Faut-il en finir avec les 35 heures ?

Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives Economiques, était interviewé il y a quelques jours sur le bilan des 35 heures :

Guillaume Duval revient pour Radio Nova sur les causes de la popularité mitigée de la réduction du temps de travail. Bien que les 35 heures aient été un succès sur le plan économique, elles ont aussi généré une stagnation du salaire mensuel et une pression à la productivité.

La polémique n’avait quasiment jamais cessé mais avec les déclarations de Manuel Valls qui veut « déverrouiller les 35 heures », elle est repartie de plus belle. Cela vous étonne ?

Pas vraiment. La seule chose qui m’étonne encore c’est qu’il ne se soit trouvé personne pour affirmer que le scandale du Mediator c’était en fait la faute aux 35 heures…

Il y a quand même bien des raisons pour que les 35 heures soient aussi impopulaires…

Oui. Les 35 heures sont un excellent exemple d’un problème classique : ce qui est bon pour la société dans son ensemble ne l’est pas forcément pour chacun des individus qui la composent… Elles ont permis en effet de créer directement 350 000 emplois supplémentaires entre 1997 et 2001. Elles ont entraîné une hausse des salaires horaires de quasiment 10 %. Et cela sans déséquilibrer les comptes des entreprises du fait des abaissements de cotisations consentis en parallèle. Grâce à ce pouvoir d’achat supplémentaire, les 35 heures ont dopé la croissance. Ce qui fait qu’au total 2 millions d’emplois ont été créés durant cette période, un niveau jamais atteint, même pendant les fameuses « Trente glorieuses »…

Mais elles ont dégradé la compétitivité de la France

Rien n’est moins sûr. Les salariés français restent parmi les plus productifs au monde et dans la plupart des pays qu’on nous donne en exemple, à commencer par l’Allemagne, les salariés travaillent en fait globalement moins longtemps qu’en France. Simplement cela se fait par la multiplication du travail à temps très partiel pour les femmes. Ce n’est ni juste – ça accroît les inégalités entre hommes et femmes – ni efficace car la coordination de nombreux temps partiels est toujours très difficile.

Oui mais Lionel Jospin a été éliminé en 2002 à cause des 35 heures et Nicolas Sarkozy a gagné en 2007 grâce au « travailler plus pour gagner plus ».

Et Manuel Valls espère marquer des points cette année en continuant à taper sur les 35 heures… La contradiction n’est qu’apparente. Ce qui a été bon pour l’économie française dans son ensemble l’a moins été pour beaucoup de ses membres qui avaient déjà un emploi : les salaires mensuels ont été bloqués. La pression à la productivité s’est accrue avec des pauses supprimées, le temps de travail a été annualisé, les horaires devenant plus dépendants de l’état des commandes… Du coup, il y a bien eu deux millions de gagnants mais aussi 16 millions de ronchons. Surtout chez ceux, particulièrement nombreux en France, dont la rémunération reste collée au SMIC. Pas étonnant donc qu’électoralement cela ne paie pas…

Bon mais avec la crise, est-ce qu’il ne faut pas quand même accepter de travailler plus ?

Sûrement pas. C’est au moment où il y a plus de quatre millions de chômeurs, pour la première fois depuis 1999 qu’on voudrait allonger le travail de ceux qui en ont déjà un ? On marche vraiment sur la tête… Il faut au contraire, au minimum, cesser de subventionner grassement les heures supplémentaires. Les 177 millions d’heures sup subventionnées  effectuées au troisième trimestre 2010 représentent l’équivalent de 390 000 emplois à temps plein. Et les 4 milliards d’euros qu’on dépense chaque année pour ces heures sup permettraient de financer entièrement 100 000 emplois supplémentaires…

Guillaume Duval | Article Web – 14 janvier 2011
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