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Vivent les belles vaches !

samedi 26 février 2011

DANS « LIBERATION » :

Au Salon de l’agriculture, les vaches rares font de la résistance

Par ELODIE AUFFRAY

La béarnaise (181 femelles) a des cornes en forme de lyre.

La béarnaise (181 femelles) a des cornes en forme de lyre. (E.A.)

Au beau milieu du vaste pavillon numéro 1, au salon de l’agriculture, le coin des «races bovines en conservation» fait figure d’îlot de résistance aux méthodes d’élevage intensives.

On y trouve trois de ces quinze races menacées de disparition: la petite bretonne pie noir (1400 représentantes), la blonde et solide béarnaise, (185) aux cornes en forme de lyre, la Villard-de-Lans, costaude et froment (un peu plus de 400). Des poids plume à côté des 2,5 millions de prim’Holstein ou des 600.000 normandes.

Cédric Briand, éleveur de bretonnes pie noir dans la région de Redon. La bretonne pie noir est de petit gabarit, mais elle a «un caractère bien trempé», décrit le paysan.

Ces «vaches rares» ont vu leurs effectifs chuter à partir des années 1950 et la modernisation de l’agriculture. Il faut nourrir la France, le choix est fait de se concentrer sur quelques races. La solide béarnaise, essentiellement utilisée pour les travaux agricoles, tombe en désuétude avec l’arrivée du tracteur. La bretonne pie noir -700.000 représentantes en 1900, 300 en 1970- n’était pas non plus «adaptée à l’époque. Elle produit un lait très crémeux, mais en petite quantité», explique Cédric Briand, président de l’Union pour la bretonne pie noir, «fils, petit-fils, arrière-petit-fils d’éleveurs de bretonnes».

Sursaut dans les années 1970, grâce à l’acharnement de quelques passionnés. Le premier plan de sauvegarde est mis en place en 1975, pour la pie noir. «De vieux têtus bretons avaient gardé quelques bêtes. Des éleveurs, plutôt des néoruraux, les ont reprises et se sont engagés dans la conservation de l’espèce», raconte Cédric Briand.

La béarnaise est une vache «autonome», décrit Jean-Michel Missègue, bien adaptée aux montagnes du territoire qui l’a façonnée. Bonne marcheuse, elle est capable de parcourir des dizaines de kilomètres pour trouver sa pitance.

La remontée est lente. Il faut développer les effectifs, tout en évitant la consanguinité. Les programmes génétiques et l’entretien coûtent cher. Jean-Michel Missègue, du conservatoire des races d’Aquitaine, n’a pas manqué de le rappeler à Nathalie Kosciusko-Morizet, la ministre de l’Ecologie, qui s’était arrêtée devant les belles béarnaises.

«C’est un combat difficile, dans un monde productiviste. Nos techniques d’élevage vont à l’encontre des méthodes courantes», juge le technicien d’élevage. «Nous n’accélérons pas la croissance de nos vaches, détaille-t-il. Plus on l’accélère, plus on perd en qualité». Cédric Briand explique vouloir «proposer autre chose» face au «rouleau compresseur» de l’agriculture intensive.

Autres atouts de la bretonne pie noir: sa «précocité sexuelle» et sa «rusticité», décrit le panneau de présentation, son lait «très riche, très crémeux, très fromageable», ajoute Cédric Briand.

Dans leur exploitation, Cédric Briand et ses deux associés produisent 90.000 litres de lait de pie noir chaque année. «La norme dans la région, pour une exploitation laitière, c’est 300.000!», compare le jeune agriculteur.

Dans le Béarn, l’élevage de la blonde locale sert surtout «à la consommation personnelle, ou pour des ventes occasionnelles au boucher du coin», regrette Jean-Michel Missègue. «Pour conserver une race, il faut réfléchir à la valorisation des produits», résume-t-il.

Eleveuse de 35 villardes, «par nostalgie de ce que faisaient [ses] grands-parents», Catherine Duboucher «s’en sort car on commercialise tout en vente directe, à la ferme». Idem pour Cédric Briand. Cédric Briand, qui juge que la bretonne pie noir «répond aux attentes sociétales».

Pratique: Défilé de races bovines en conservation, sur le ring bovin du salon de l’agriculture, pavillon 1. Dimanche 27 février, de 14h00 à 15h00.

Vache assez costaude, couleur forment uniforme, la Villard-du-Lans est faite pour le Vercors. «Une charolaise aurait trop mal aux pattes, parce que nos plaines sont très caillouteuses», décrypte Catherine Dubouch.

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L’illusion de l’aide aux collèges en difficulté

vendredi 25 février 2011

SUR LE SITE DE L’OBSERVATOIRE DES INEGALITES, un sociologue spécialiste de l’éducation critique les politiques d’aide aux collèges « difficiles »…

Les collèges « ambition réussite » : un bilan négatif, une politique non prioritaire
le 18 février 2011
Contrairement au discours officiel, les inégalités continuent à se creuser entre les élèves des réseaux « ambition réussite » et les autres. Les territoires les plus en difficulté n’ont jamais été une vraie priorité. Une analyse de Pierre Merle, sociologue, IUFM et Université européenne de Bretagne.

Les réseaux « ambition réussite » (RAR), mis en place par Gilles de Robien à la rentrée scolaire 2006, ont eu pour objet de relancer l’éducation prioritaire en recentrant les moyens financiers et humains sur des écoles élémentaires et 249 collèges dans lesquels les élèves en grande difficulté scolaire sont particulièrement sur-représentés.

La politique des RAR était a priori pertinente en raison de l’extension considérable des collégiens scolarisés en Zone d’éducation prioritaire (ZEP) : 10% en 1982, 14,3% en 1996 avant la relance de la politique des ZEP par Ségolène Royal et 20% en 2004. L’inconvénient majeur de cet accroissement continu des écoliers et collégiens relevant de l’éducation prioritaire tenait à une dilution progressive des moyens.

Ainsi, en 1997, on dénombrait 23 élèves par classe en moyenne dans les ZEP et 24,7 hors ZEP, soit une différence de seulement 1,7 élèves en moins au profit des ZEP [1]. Sur cet indicateur comme sur d’autres, la proportion considérable d’élèves scolarisés dans l’éducation prioritaire aboutissait à des aides limitées sans rapport avec les difficultés propres à ces établissements. L’éparpillement des moyens a favorisé des évaluations mitigées, voire négatives, de ce dispositif d’aide aux élèves en difficulté [2].

Une politique de recentrage des moyens sur les établissements scolarisant les élèves les plus en difficulté, projet poursuivi par les RAR, avait pour objet d’aller à contre courant des politiques précédentes. Plutôt que de donner peu à beaucoup d’élèves, il s’agissait de donner beaucoup à peu. Ce projet d’approfondissement de la politique d’éducation prioritaire – une première pour un gouvernement de droite jusqu’à présente rétif à cette politique – avait d’ailleurs été bien accueilli par les partisans des ZEP et l’Observatoire des zones prioritaires.

Des moyens non négligeables accompagnaient cette politique. En 2006, les 249 collèges Ambition réussite sont dotés de 1 000 enseignants et 3 000 assistants pédagogiques supplémentaires. Le nombre moyen d’élèves par classe passe alors à 21,2 élèves par classe dans les collèges ambition réussite alors qu’il est de 24,6 dans les collèges ordinaires, soit 3,4 élèves en moins par classe. La différence devient sensible. Est-elle pour autant suffisante ?

Quatre ans après la mise en place des réseaux ambition réussite, le temps du bilan est venu. Rendu au ministère en juin 2010, le rapport n’a été rendu public qu’au mois de janvier 2011 [3]. Le rapport juge les résultats « encourageants ». Un bilan très positif pourtant fort contestable. Quelques exemples des imprécisions, parfois même des tours de passe-passe, propres à ce rapport.

Quelles sont les preuves des progrès jugés encourageants ? Des évaluations en fin de l’école élémentaire, dont la pertinence technique fait par ailleurs polémique, montrent « un maintien des écarts en français et une légère réduction des écarts en mathématiques » entre les écoliers des réseaux ambition réussite et les autres, soit un progrès minime réalisé dans une seule discipline. Mais, en fin de troisième, le résultat des élèves aux tests de compétence est tout autre : « un accroissement des écarts en français et en mathématiques ». Ces évaluations sont contradictoires. La plus pertinente concerne toutefois celle réalisée en fin de troisième. Aussi bien en maths qu’en français, les écarts de réussite entre les collégiens des RAR et les autres sont sensibles et ces évaluations ne sont pas techniquement contestées. Contre toute attente, les auteurs du bilan concluent, en synthèse, à la « réduction des écarts de réussite scolaire ».

Deuxième exemple d’embrouillamini du rapport ministériel. Le rapport souligne une diminution des écarts des taux de redoublement entre les élèves en collèges ambition réussite et les autres. Mais les décisions de redoublement relèvent parfois moins de l’évaluation des compétences des élèves que de directives rectorales : les chefs d’établissement sont tout simplement invités à limiter le taux de redoublants. Les auteurs du rapport indiquent d’ailleurs que leur constat peut être lié au projet de « faire passer le plus rapidement possible la scolarité obligatoire à des élèves en difficultés pour leur proposer des orientations post-troisième ». C’est la politique classique du « passage-dégage ».

Le constat de réussite est alors un déguisement du constat d’échec ! Cet échec est d’ailleurs facile à montrer. Si le rapport constate en effet des passages plus fréquents en classe de seconde, il indique aussi que les professeurs de lycée font de plus en plus souvent redoubler, en fin de seconde, les élèves issus des collèges ambition réussite. Ces décisions sont cohérentes avec les évaluations négatives en maths et en français de fin de troisième de ces mêmes élèves. Le moindre taux de redoublement en collège débouche ainsi sur plus de redoublements en lycée. Progrès des élèves ou évaluation faussée ?

Un troisième exemple d’échec des collèges ambition réussite est caché sous le bel intitulé de la « mobilité des parcours scolaires ». Qu’apprend-on ? A l’entrée en 6e, un parent sur dix demande une dérogation pour ne pas scolariser son enfant dans le collège de son secteur. Mais quand il s’agit d’éviter la scolarité en collège ambition réussite, ce taux de demande de dérogations explose : plus d’un parent sur quatre ! Le résultat est sans ambiguïté : 70 collèges ambition réussite perdent plus de 25% de leur effectif. Une quasi-hémorragie, déjà mentionnée par un rapport de la Cour des Comptes en 2009. Pour les parents les mieux informés, la stratégie dominante est celle du « sauve qui peut ». Et les départs seraient encore plus nombreux, dixit le rapport, si les inspections académiques ne décidaient pas, pour limiter la fuite des élèves, de moins satisfaire les demandes de dérogation en surnombre qui concernent ces collèges… L’inégalité géographique que l’assouplissement de la carte scolaire était censée réduire est ainsi maintenue pour les élèves qui pâtissent le plus de l’inégalité de l’offre pédagogique entre établissements.

Il y a aussi – c’est le B-A-BA de l’art du camouflage – ce que le rapport ne dit pas alors que les données existent. Les demandes de mutation des professeurs en poste dans les collèges ambition réussite ont connu une progression fulgurante. Un seul exemple. Dans les collèges ambitions réussite de la capitale, le taux de demande de mutation des professeurs est passé de 27,7% en 2006, au moment de l’entrée dans le nouveau dispositif, à 47 % en 2009, alors que ce taux, la même année, n’est que de 19% pour les autres enseignants parisiens… Et, dans ces collèges en péril, le taux de départ des professeurs est monté à 45 % en 2009 ! Le rapport, sans apporter de données chiffrées, conclut toutefois à « une modification des postures des enseignants, qui acceptent de jouer un rôle éducatif en s’investissant plus largement ». Drôle de conclusion quand presque un professeur sur deux quitte le navire à la fin de chaque année ! Quelle entreprise supporterait sans encombre un tel turn over de son personnel qualifié alors qu’il lui faut mener des projets d’équipe pour réussir ? Autre oubli de taille. Aucune donnée n’est présentée sur les phénomènes de violence scolaire, bien plus importants dans les établissements en éducation prioritaire, et directement fonction de la concentration des élèves en difficulté scolaire. C’est d’ailleurs une des raisons qui expliquent la fuite des enseignants et l’inquiétude des parents…

Le rapport du ministère est un bel exemple de bilan truqué : des faux profits excessivement gonflés, de vrais déficits réellement occultés. Entre l’absence de bilan de la politique d’assouplissement de la carte scolaire et le faux bilan pour les collèges ambition réussite, le ministère de l’Education nationale s’enferme dans le déni des réalités. A contrario, les récentes évaluations internationales réalisées par l’OCDE (programme PISA) apportent un éclairage cruel sur le déclin de l’école française.

En France, l’impact du milieu socioéconomique sur la performance des élèves est plus grand que dans la moyenne des pays de l’OCDE : les caractéristiques du milieu familial des élèves de 15 ans expliquent 28 % de la variation de leurs performances (22 % au niveau des pays de l’OCDE). Les écarts se creusent aussi entre les meilleurs élèves et les plus faibles dont le nombre augmente [4]. Il est urgent de passer de la rhétorique de l’auto-satisfaction à l’analyse des difficultés rencontrées.

Quelles sont les raisons de l’échec des établissements relevant des réseaux ambitions réussite ? Multiples évidemment. D’abord, la politique de l’éducation prioritaire souffre d’un effet de stigmatisation. Le label ZEP et les « réseaux ambition réussite » sont associés aux catégories populaires et aux difficultés scolaires. Il en résulte la fuite de la minorité d’élèves d’origine aisée et une réduction de la mixité scolaire et sociale, réduction préjudiciable à la réussite scolaire des élèves qui demeurent scolarisés dans ces établissements.

La politique d’assouplissement de la carte scolaire a de surcroît favorisé la mise en concurrence des établissements et la mise à l’écart scolaire et social des élèves des catégories populaires [5] [6]. L’école devient de plus en plus un lieu d’exclusion pour les uns, d’intégration pour les autres, une petite société où se façonnent des inégalités scolaires irréductibles entre les enfants d’une même génération.

Ensuite, la réduction de la taille des classes dans les établissements en RAR, aussi bien que dans les ZEP, demeure trop limitée pour produire des effets sensibles sur le niveau des apprentissages. Piketty et Valdenaire [7] ont montré, dans une étude de grande qualité, que l’impact positif de la réduction des effectifs par classe se manifestait avec des baisses plus substantielles. Ainsi, une baisse de cinq collégiens par classe permettrait aux élèves scolarisés dans l’éducation prioritaire de réduire de 22% leurs écarts moyens de compétence avec les élèves hors éducation prioritaire. Mais dans les établissements en RAR, la baisse des effectifs par classe demeure insuffisante pour produire un effet sensible et compenser leur retard scolaire.

Enfin, une autre raison de l’échec des collèges ambition réussite tient à l’importance du niveau de développement cognitif des enfants dès l’école maternelle et le rôle positif de la préscolarisation pour la réussite scolaire ultérieure, notamment l’apprentissage de la lecture [8]. Dans ce domaine, la politique menée est celui d’un changement total et paradoxal de direction. Lorsqu’il était ministre de l’Education nationale, Lionel Jospin avait favorisé la scolarisation à deux ans, notamment dans les ZEP. La politique actuelle a pour objet de réduire continument cette préscolarisation. Elle est passée de 35% en 2000 à 18,1% en 2008, une baisse brutale sur une période très brève [9]. Ce sont les élèves issus des catégories défavorisées qui sont les premières victimes de cette politique. Lorsque l’Etat intervient de moins en moins pour assurer l’éducation des jeunes enfants, l’effet des inégalités familiales de départ est maximisé.

Le surcoût des mesures telles que le maintien de la préscolarisation à deux ans ou la réduction du nombre d’élèves par classe peut sembler considérable, surtout en période de crise. Il faut toutefois saisir les ordres de grandeur des diverses politiques menées par l’Etat. Ainsi, pour les réseaux ambitions réussite, le surcoût annuel est de 325 millions d’euros. Somme importante certes mais finalement modeste eu égard aux pertes de recettes pour le budget de l’Etat consécutives à la diminution de la TVA à 5,5% dans la restauration (au minimum trois milliards d’euros par an), à l’instauration du bouclier fiscal, et à la diminution du taux d’imposition sur les successions et les donations qui constituent aussi des pertes annuelles de recettes de l’ordre de trois milliards d’euros annuels. Soient, au total, au minimum six milliards par an, environ vingt fois le coût des établissements en RAR, sans que l’efficacité économique de ces réductions fiscales ne soit bien établie.

Une politique plus résolue en faveur de l’éducation prioritaire ne relève pas d’une difficulté budgétaire mais d’un arbitrage dans les dépenses. Actuellement, les mesures relatives à la préservation du patrimoine d’une minorité sont jugées plus prioritaires et plus urgentes que l’investissement dans l’éducation de plus de 100 000 élèves en grande difficulté scolaire et dont l’avenir le plus probable est la sortie sans qualification. Les coûts de prise en charge de ces populations scolaires en déshérence à leur sortie de l’école, notamment sous forme du RSA (revenu de solidarité active), sont sur le moyen terme considérables. Une politique éducative ambitieuse, indispensable à la réduction de l’inégalité des chances, est une dimension incontournable de la politique de l’emploi pour éviter qu’une partie des jeunes, marginalisés à l’école, ne soit également en marge de la vie professionnelle et sociale.

Pierre Merle, professeur de sociologie, IUFM et Université européenne de Bretagne. Expert à l’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (AERES).

Les réseaux « ambition réussite »
Créés en 2006, les réseaux « ambition réussite »(RAR) regroupaient 254 collèges à la rentrée 2009, et scolarisaient 115 000 élèves, soit un collégien sur vingt. Ils scolarisent une part très inégale des élèves selon les académies : 10 % dans l’académie d’Aix-Marseille, contre 0,2 % dans celle de Grenoble. Les RAR regroupent aussi 1 725 écoles primaires publiques et 280 000 élèves.
La définition des établissements repose sur des critères économiques et sociaux. Interviennent notamment la part de parents de catégories défavorisées, de titulaires des minima sociaux ou de non-francophones. Dans les collèges « ambition réussite », les trois quarts des élèves ont un parent ouvrier ou inactif, contre un tiers hors de ces réseaux.

Photo : Collège Jules Ferry, réseau « ambition réussite » de Woippy

[1] MEN (1998), Les zones d’éducation prioritaires en 1997-1998, Note d’information, n°15.

[2] Par exemple, Meuret D., L’efficacité de la politique des zones d’éducation prioritaire dans les collèges, Revue française de pédagogie, 109, 1994, 41-64.

[3] MEN, Bilan national des réseaux « ambition réussite », juin 2010, 110 p.

[4] PISA, 2010. – « Note de présentation France », OCDE : http://www.oecd.org/dataoecd/33/7/46624019.pdf

[5] Merle P., 2010, « Structure et dynamique de la ségrégation sociale dans les collèges parisiens », Revue française de pédagogie, n°170, p.73-85, 2010.

[6] Merle P., 2011, Concurrence et spécialisation des établissements scolaires. Une modélisation de la transformation du recrutement social des secteurs d’enseignement public et privé, Revue Française de Sociologie, 52-1, p. 133-169.

[7] Piketty T., Valdenaire M. (2006), L’impact de la taille des classes sur la réussite scolaire dans les écoles, collèges et lycées français, MEN, 153 p.

[8] MEN (2003), Faut-il développer la scolarisation à deux ans ? Éducation et Formations, nº 66, p. 7-12.

[9] Ministère de l’Education nationale, Repères et références statistiques, Editions 2002 et 2010.

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A ne pas manquer : vidéo sur la crise des classes moyennes

mercredi 23 février 2011

UN BON DOCUMENTAIRE D’ARTE sur les difficultés actuelles des classes moyennes : la crise remet en cause certaines de leurs valeurs fondamentales, telles que la méritocratie, l’égalité des chances, l’ascension sociale…

Parfait pour le chapitre de terminale sur les inégalités !

Attention, le documentaire évoque certains cas d’individus qui ne font pas partie des classes moyennes (qui ont des revenus et des diplômes réellement moyens), mais des classes supérieures (cadres, patrons…) qui peuvent avoir des difficultés aussi – mais il ne faut pas tout mélanger.

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République et justice sociale

mercredi 23 février 2011

La prochaine émission de Raphaël Enthoven (dimanche 27) est diffusée en avant-première sur le site d’Arte.

Elle est consacrée à la République : très intéressante !

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Des solutions pour lutter contre la précarité des jeunes

lundi 21 février 2011

DANS « LE MONDE DE L’ECONOMIE » ce soir : on retrouve l’opposition classique entre solutions libérales (J-F Copé) et solutions « de gauche » :

Emploi : comment sortir les jeunes de la précarité en 2012

LE MONDE ECONOMIE | 21.02.11 |

Une du "Monde Economie" du mardi 22 février 2011.

Une du « Monde Economie » du mardi 22 février 2011.DR

Au surlendemain de l’ouverture des négociations entre partenaires sociaux sur l’insertion professionnelle des jeunes, le président Nicolas Sarkozy a annoncé, le 10 février sur TF1, 500 millions d’euros supplémentaires pour la politique de l’emploi en faveur des jeunes et des chômeurs de longue durée. Le nombre de contrats aidés, réduits par le projet de loi de finances 2011, sera revu à la hausse, et les entreprises de 250 salariés et plus seront incitées à recourir à l’alternance par un système de bonus-malus.

Tandis que la priorité donnée à l’emploi des jeunes revient comme une antienne depuis les années 1980, le diagnostic établi le 10 février par le Conseil d’orientation pour l’emploi confirme que leur précarité ne cesse de croître et est devenue structurelle.

La loi de modernisation du marché du travail de 2008 a eu beau réaffirmer le contrat à durée indéterminée (CDI) comme « la forme normale et générale de la relation de travail », c’est celui à durée déterminée (CDD) qui s’impose aux jeunes, quand ce ne sont pas les stages.

STAGES PLEBISCITES

L’enquête « Insertion des jeunes », publiée en janvier par l’Association nationale des DRH, révèle que les stages sont plébiscités par les employeurs comme mode de recrutement des bac + 5. Avec la crise, le « bizutage social », selon le mot du secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, a aussi atteint les diplômés du supérieur.

Les instruments de lutte contre la précarité seraient-ils tous inefficaces ? Les économistes indépendants et autres think tanks de droite comme de gauche s’interrogent sur de nouvelles approches, de nouveaux instruments susceptibles d’être mis en oeuvre d’ici à 2012 ou lors de la prochaine mandature présidentielle.

Le fait que le capital humain soit une richesse qu’on ne peut plus considérer comme une variable d’ajustement du marché de l’emploi fait à peu près l’unanimité. La question est de savoir comment valoriser ce capital afin que l’embauche d’un jeune soit, enfin, perçue comme un investissement plutôt que comme un coût.

Et comment sécuriser ce nouvel actif sur un marché du travail devenu instable ? Car la précarité n’est pas tant liée au statut d’emploi qu’à l’insécurité qui l’accompagne.

Les propositions sont de différentes natures, en fonction des convictions de leurs auteurs. Les unes insistent sur la nécessité d’abaisser le coût du travail, d’autres sur l’adaptation des qualifications aux besoins des entreprises ; tous cherchent à renouer la confiance entre salariés et entreprises malgré la rotation des personnels imposée par des stratégies de court terme.

Pour améliorer la qualification au-delà de la formation initiale, et susciter l’intérêt des employeurs, le président du think tank Génération France et secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, émet l’idée de « créer un compte individuel de formation dont le capital de départ serait inversement proportionnel au niveau de formation initiale ». « Il ne dépendrait pas du type de contrat de travail dont vous disposez. Des mécanismes pourraient ensuite orienter les salariés et les chômeurs vers les gisements d’emploi disponibles », précise-t-il en préface à l’ouvrage de Gilles Lecointre Pour en finir avec l’emploi jetable (l’Archipel).

La fondation Terra Nova, marquée à gauche, préconise aussi un système de capital-formation de 16 600 euros articulé à des prêts pour financer la vie étudiante et la formation professionnelle. Ce dispositif serait organisé par les pouvoirs publics ; le remboursement commencerait au moment où le revenu de l’emprunteur dépasserait un certain seuil. Ce système attribue un capital à tous les jeunes adultes, utilisable tout au long de la vie active, et « permet de donner plus de droits en formation continue à ceux ayant suivi le moins d’études en formation initiale », précise l’économiste Guillaume Allègre, dans une note de la fondation.

Pour le président de Terra Nova, Olivier Ferrand, la clé d’une qualification adaptée passe d’abord par « la démocratisation de l’enseignement supérieur grâce à un effort budgétaire nécessaire pour rejoindre le niveau des pays les plus avancés – les Etats-Unis consacrent 3 % de leur produit intérieur brut (PIB) à l’enseignement supérieur, contre 1,5 % en France -, puis par un renforcement des liens entre entreprises et étudiants ».

SYSTEMATISER L’ALTERNANCE

Le Conseil d’orientation pour l’emploi souligne d’ailleurs l’intérêt de systématiser l’alternance en dernière année de cursus. L’enquête de l’Association nationale des DRH (ANDRH) avec la société de conseil en management Inergie publiée en janvier indiquait que les DRH mettent au premier rang des freins au recrutement des jeunes « la mauvaise adéquation entre les filières de formation, (leur) contenu et les besoins de l’entreprise, ainsi que le manque de connaissance des jeunes de ce qu’est l’entreprise ».

L’association La Manu, fondée et présidée par Julie Coudry, oeuvre depuis deux ans à ce rapprochement avec les universités. Elle soutient en cours de cursus des projets de rencontres organisées par les étudiants avec de grandes sociétés : GDF Suez, Crédit agricole, Vivendi, SFR, etc. Coachés par -l’ANDRH ou le Centre des jeunes dirigeants, ils identifient leur profil de compétences et celui des entreprises avec lesquelles ils organisent des événements. « Ces projets leur permettent de gagner en confiance, de mieux connaître les entreprises et de commencer à tisser un réseau professionnel indispensable dans la perspective d’un parcours cahoteux sur le marché du travail. L’intervention en amont rééquilibre le rapport de forces entre le futur salarié – qui n’est plus un demandeur mais une ressource – et l’employeur. Une meilleure connaissance mutuelle permet à l’entreprise d’être moins en risque au moment de recruter », explique Mme Coudry.

Mais pour Jean-François Copé, la première cause de l’exclusion des jeunes de l’emploi est le coût du travail.

Aussi propose-t-il de transférer une partie des charges salariales et patronales vers la TVA ou la CSG. M. Ferrand, lui, préconise « un taux de cotisation patronale variable en fonction du taux d’emplois précaires de l’entreprise ».

Mais pour maintenir les jeunes en emploi, les pistes les plus innovantes concernent les relations entre salariés et employeurs. Gilles Lecointre, entrepreneur et chargé d’enseignement à l’Essec, estime que, pour qu’un jeune soit considéré comme un investissement, il faut redonner au capital humain sa place dans l’entreprise.

Il propose, d’une part, un engagement de moyen terme entre le salarié et son employeur sous la forme d’un contrat de cinq à dix ans avec tacite reconduction – à l’instar de ce que Siemens vient de mettre en place en Allemagne ; et d’autre part, une inscription du « capital humain » à l’actif du bilan de la société. Chaque salarié, représenté par sa rémunération, serait alors comptabilisé comme une richesse de l’entreprise.

La Fondation Jean-Jaurès, proche du Parti socialiste, estime que la lutte contre la précarité passe par un regain du rôle de toutes les parties prenantes de l’entreprise. « Il s’agit de développer la démocratie sociale dans l’entreprise en donnant aux représentants du personnel un réel pouvoir d’influence et de contrôle sur la gestion de l’emploi. Un droit de veto du comité d’entreprise, par exemple, permettrait de lutter efficacement contre la précarité », assure Philippe-Michel Thibault, coauteur des 15 propositions éditées par la Fondation dans la perspective de 2012.

Mais pour l’économiste Philippe Askenazy, au-delà de l’effort éducatif, la véritable réponse consiste à cesser les politiques d’emplois précaires et à construire une nouvelle stratégie de croissance en répertoriant les besoins du futur, susceptibles de générer des emplois qualifiés et pérennes comme, par exemple, dans le secteur de la santé.

Anne Rodier

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L’emprise du clan Ben Ali sur l’économie tunisienne

lundi 21 février 2011

Sur un blog du quotidien Libération consacré à la Tunisie, voici une belle infographie montrant l’emprise du clan de l’ancien dictateur tunisien Ben Ali sur l’économie tunisienne. Une oligarchie familiale, qui avait fait main basse sur une grande partie des richesses du pays.

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Près de 2 millions de travailleurs pauvres en France

samedi 19 février 2011

ARTICLE RECENT DE L’OBSERVATOIRE DES INEGALITES :

Les travailleurs pauvres en France
le 24 janvier 2011
On compte entre un et deux millions de travailleurs pauvres en France selon les définitions.

Les travailleurs dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté

Entre 1 et 1,9 millions de personnes exercent un emploi mais disposent, après avoir comptabilisé les prestations sociales (prime pour l’emploi, allocation logement, etc.) ou intégré des revenus de leur conjoint, un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté, fixé à la moitié du revenu médian [1] dans le premier cas et à 60 % dans le second cas. Quelle que soit la définition que l’on utilise, le nombre de travailleurs pauvres a grossi de 100 000 personnes entre 2003 et 2008, et encore les données 2008 minimisent les chiffres du fait d’un changement de méthodologie. Il est d’ailleurs possible que ce nombre ait progressé depuis avec la montée du chômage.

Si l’on compte l’ensemble des personnes, conjoints et enfants compris, c’est entre 1,9 et 3,7 millions de personnes qui vivent dans un ménage pauvre dont le chef de famille dispose d’un emploi – toujours en tenant compte de l’ensemble des ressources.

Même en utilisant la définition la plus restrictive on compte presque deux millions de personnes qui vivent avec moins de 800 euros par mois pour un adulte seul [2], alors qu’elles exercent un emploi ou que leurs parents sont dans ce cas.

L’existence de travailleurs pauvres résulte de plusieurs facteurs. D’abord, de la faiblesse des salaires dans de très nombreux secteurs et notamment du niveau du salaire minimum. Ensuite du temps partiel, qui réduit en proportion les niveaux de vie. Enfin, du fractionnement des emplois : petits boulots, alternances de phases d’emploi et de chômage ou d’inactivité.

Evolution du nombre de travailleurs pauvres
Personnes qui exercent un emploi, dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté, aux seuils de 50 et 60 % du revenu médian.
Unité : milliers
1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
Seuil de 50 % 977 996 1 013 953 913 915 947 994 977 1 008 1 022
Seuil de 60 % 1 882 1 942 1 948 1 934 1 896 1 771 1 797 1 838 1 872 1 999 1 897
Les données 2008 sont minimisées du fait d’un changement de méthodologie de l’Insee. Le niveau de vie tient compte des prestations sociales, des impôts et des revenus des conjoints.
Source : Insee
Personnes vivant dans un ménage de travailleurs pauvres
Nombre de personnes pauvres, chef de ménage, enfants et conjoints, vivant dans un ménage dont le chef de ménage exerce un emploi
Unité : milliers
1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
Seuil de 50 % 1 874 1 899 1 964 1 793 1 644 1 702 1 742 1 821 1 743 1 818 1 878
Seuil de 60 % 3 879 3 965 4 041 3 981 3 682 3 527 3 558 3 619 3 596 3 838 3 728
Les données 2008 sont minimisées du fait d’un changement de méthodologie de l’Insee. Le niveau de vie tient compte des prestations sociales, des impôts et des revenus des conjoints.
Source : Insee

Les travailleurs dont le revenu d’activité était inférieur au seuil de pauvreté (au seuil de 60 %) en 2006.

3,7 millions de travailleurs – soit 15 % des actifs – disposent de revenus individuels d’activité (de leur travail, on ne tient pas compte là des revenus du ménage et des prestations sociales perçues par ailleurs) inférieurs à 60 % du revenu médian et peuvent donc être considérés comme pauvres. Parmi eux, 2,5 millions ont été en emploi tout au long de l’année, 700 000 ont connu des périodes de chômage et 500 000 une alternance entre emploi et inactivité.

Parmi les 1,8 million de travailleurs pauvres qui ont été en emploi toute l’année, 1,3 million sont employés en temps partiel. Au total, près de 40 % des actifs en temps partiel disposent de revenus d’activité inférieurs au seuil de pauvreté à 60 %. Le taux de pauvreté, en considérant les revenus individuels d’activité, est aussi très élevé chez les non-salariés : il atteint 32 % pour ceux qui ont été en emploi toute l’année.

Les travailleurs dont le revenu d’activité est inférieur au seuil de pauvreté
Au seuil de 60 %
Unité : %
Effectif (milliers) Part dans la population des travailleurs pauvres (%)
Situation d’activité des travailleurs pauvres
Ensemble 3 745 100,0
Emploi salarié toute l’année : 1 800 48,0
– à temps complet 525 14,0
– à temps partiel 1 275 34,0
Emploi non salarié toute l’année 739 19,7
Alternances emploi/chômage : 741 19,8
– emploi majoritaire 299 8,0
– chômage majoritaire 442 11,8
Alternances avec inactivité 467 12,5
* Pauvreté mesurée sans tenir compte des revenus du ménage, des prestations sociales et des impôts. Il s’agit uniquement des revenus d’activité
Source : Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, données 2006.
Comment mesurer le nombre de travailleurs pauvres ?
Il existe deux façons de mesurer le nombre de travailleurs pauvres. Soit on prend en compte l’ensemble des revenus du ménage et des prestations sociales. Il s’agit de travailleurs dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. C’est le cas, par exemple, d’une famille de cinq personnes où une seule dispose d’un emploi payé au Smic à temps plein. Soit on prend en compte uniquement les revenus individuels d’activité (salaires ou revenus des travailleurs indépendants). C’est le cas par exemple d’une personne employée au Smic à mi-temps, qui n’est pas prise en compte dans la seconde définition si elle vit avec une personne dont les revenus permettent de dépasser le seuil de pauvreté pour l’ensemble du ménage.

Pour en savoir plus :

L’Insee diffuse des données détaillées sur les niveaux de vie des actifs occupés ou des personnes vivant dans les ménages dont le chef de famille est actif occupé (lire en ligne).

Des données beaucoup plus détaillées sont disponibles auprès de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale. Lire en ligne.

Photo/ © ataly – Fotolia.com

[1] Le revenu médian est celui qui sépare l’effectif des ménages en deux – autant gagnent moins, autant gagnent plus

[2] Pour une famille on ajoute 400 euros pour un autre adulte ou un enfant de plus de 14 ans, 240 euros pour un enfant de moins de 14 ans.

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Le lien développement-démocratie dans les pays arabes et ailleurs

mercredi 16 février 2011

EXTRAIT très intéressant d’une interview récente d’Emmanuel Todd, historien et démographe, qui étudie les sociétés dans leurs structures et dans la longue durée.

Il avait prédit depuis plusieurs années que les pays arabes n’étaient pas automatiquement voués à l’islamisme, mais qu’au contraire, leur alphabétisation et la modernisation de leurs comportements démographiques (de moins en moins d’enfants par femme) les amèneraient plutôt à s’occidentaliser, et à se rapprocher du modèle démocratique occidental…

Vous avez compris que ces travaux sont totalement d’actualité !

10 FEVRIER 2011 sur France Culture :

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Une nouvelle exploitation de la main-d’oeuvre ?

mardi 15 février 2011

Un article radical, engagé, d’un économiste – mais très intéressant (notamment dans le cadre du chapitre de terminale « Travail et emploi ») – à propos de la montée de la précarité dans le monde du travail :

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ARTICLE DE L’ECONOMISTE JACQUES RIGAUDIAT

LA CRISE, L’EXPLOITATION DU TRAVAIL, L’EMPLOI ET NOUS

Jacques RIGAUDIAT

De cette crise, on voudrait nous faire croire qu’elle est — et n’est que — financière. La récession durable qui menace ne serait ainsi qu’une conséquence, désagréable mais collatérale, d’un dysfonctionnement certes majeur, mais somme toute accidentel : le capitalisme n’est pas en cause, il suffit de le purger de ses excès et de le réguler.

C’est là faire bien peu de cas de ce qui, avec la mondialisation, a été la transformation économique et sociale majeure de ces dernières décennies : le déplacement de la frontière entre profits et salaires au détriment de ces derniers. Derrière ce déplacement, c’est d’un remodelage en profondeur du système productif et de la condition salariale qu’il s’agit ; il a touché l’ensemble des pays occidentaux. Cette réviviscence de ce qu’il faut bien appeler par son nom : la surexploitation, est à l‘origine de la catastrophe ; les contradictions qui l’accompagnent ont assuré le déclenchement de la crise.

Montée des précarités, dégradation de la condition salariale.

La situation de l’emploi du dernier quart de siècle peut être résumée à deux faits : l’installation d’un chômage de masse, la montée de la précarité.

Depuis le début des années quatre vingt, le chômage n’est que rarement passé sous les 8%, plus rarement, malheureusement, qu’il n’a dépassé les 10%. Encore est-ce là l’estimation officielle, dont on sait combien elle donne une estimation doublement biaisée de la réalité. Biaisée, d’abord, parce qu’il s’agit d’une moyenne qui masque une extrême hétérogénéité sociale. Un taux de chômage de l’ordre de 10%, comme aujourd’hui, cela veut dire absence d’emploi pour un ouvrier sur huit, un jeune sur quatre et … plus de quatre jeunes des « quartiers » sur dix. Biaisée, ensuite, parce que, en ne décomptant pas ses formes plus ou moins diffuses, elle sous estime gravement l’ampleur du chômage. Ainsi, en avril 2010, le noyau dur des demandeurs d’emploi inscrits à l’ANPE était de 2,7 millions de personnes, mais l’ensemble des inscrits à « Pôle emploi » de … 4,5 millions !

Au-delà de ce chômage de masse et du « halo » de situations dégradées qui désormais l’entoure, l’autre fait majeur est l’éclatement de l’emploi. Alors que l’emploi stable, le CDI à temps plein, constituait la base normale, il est désormais menacé par la montée de formes d’emploi précaires : le CDD et l’intérim, comme par le sous emploi (le temps partiel contraint). Quant le nombre de CDI s’accroît de 20% en un quart de siècle, celui des emplois précaires fait plus que tripler et le sous emploi contraint est multiplié par plus de 8 !

Au total, à la veille de la crise, les situations de précarité ou de sous emploi représentaient un peu plus de18% de l’emploi salarié, contre environ 6% il y a un quart de siècle. Cela donne une idée de la dynamique délétère qui est à l’œuvre.

Un quart de siècle d’évolution des différentes formes d’emploi et de chômage (en milliers de personnes)

————– 1983 —- 2008 —- 2008/1983=100

Non salariés —- 3.644 —- 2.730

Salariés —- 17.735 —- 23.183 —- 131

Emploi CDI —- 16.804 —- 20.148 —- 120

Emploi précaire —- 931 —- 3.035 —- 326 dont

Intérim —- 113 —- 548 —- 485

CDD —- 638 —- 2.140 —- 335

Apprentissage —- 180 —- 347 —- 193

Pop. active occupée —- 21.379 —- 25.913 —- 121

dont sous emploi —- 148 —- 1.247 —- 843

Chômeurs BIT —- 1.840 —- 2.070

Population active —- 23.219 —- 27.983

Sources : INSEE

Là encore, bien sûr, le chiffre global est trompeur. Ainsi, pour les jeunes et les ouvriers ou employés plus de quatre embauches sur cinq se font sur emplois précaires ; quant au temps partiel contraint, il pèse quasi exclusivement sur les femmes, mais pas toutes, celles des classes populaires, d’abord.

En France, comme en Europe, une pauvreté massive.

Pendant cette période, l’emploi a donc connu une dégradation profonde, qui a particulièrement touché les couches populaires. En conséquence, il bien fallu reconnaître l’existence d’une pauvreté massive. De cela témoignent tant l’institution du RMI en 1989 que celle, vingt années après, du RSA. Le dernier rapport de l’Observatoire de la pauvreté et de l’exclusion sociale , dresse à cet égard un constat sans appel de la situation. Selon la norme européenne – fixée à 60% des ressources médianes disponibles , soit 908 € par mois pour une personne seule-, en 2007, soit avant même le déclenchement de la crise, 8 millions de personnes sont pauvres, 13.4% de la population ; un million de plus que cinq années auparavant.

Il y a donc, en ce début de XXI ème siècle, une pauvreté massive dans notre pays. Amère consolation, il ne s’agit pas là d’une spécificité de la France, qui se trouve dans la moyenne des pays de la zone euro, sans même parler des USA …

Il est vrai que la pauvreté a connu un très important recul depuis trente ans. Mais c’est le résultat de deux mouvements de sens contraire : une très forte diminution chez les retraités, une montée continue chez les salariés. Or, depuis quelques années, du fait des « réformes » successives des retraites, la pauvreté ne recule plus chez les retraités , et sa hausse se poursuit chez les salariés. Désormais, donc, la pauvreté ne recule plus mais progresse ; c’est une rupture majeure.

La montée de la pauvreté des actifs n’a a priori rien de surprenant dans une période de chômage croissant. Du fait des manques criants du système d’indemnisation, elle est massive chez les chômeurs : un sur trois ! Pourtant, cela ne suffit pas à expliquer son importance chez les actifs : les 2/3 des situations de pauvreté y concernent des personnes qui ont travaillé, continûment pendant les douze mois précédant l’enquête (dont la moitié à temps partiel). Seuls 20% avaient été au chômage pendant l’année et avaient éventuellement travaillé par intermittence, alors que 12.5%, essentiellement de femmes se retirant plus ou moins momentanément du marché du travail, étaient passés par des périodes d’inactivité. S’il y a montée de la pauvreté chez les actifs, c’est, d’abord, parce que la précarité des emplois c’est aussi celle des revenus.

Remodelage du système d’emploi et recomposition des couches populaires.

En un quart de siècle, la France a perdu plus de deux millions d’emplois industriels, les couches populaires en ont été profondément recomposées : hommes/femmes, comme ouvriers/employés. Les hommes des catégories populaires ont perdu plus de deux millions d’emplois. Corrélativement, l’emploi s’est tertiarisé, -aujourd’hui les ¾ des emplois sont dans le tertiaire-, et féminisé, et les employés sont désormais plus nombreux que les ouvriers.

A la concentration des salariés dans les lieux de production, où l’interprofessionnel était une réelle perspective, succède un nouveau modèle d’organisation économique, où l’atomisation et l’individualisation sont des principes directeurs. Les entreprises sont désormais repliées sur leur « cœur de métier », externalisent les activités périphériques et s’organisent « en réseau », dans une sous traitance en cascade. Les têtes de réseau, les entreprises les plus importantes, s’affirment ainsi comme maîtres d’ouvrage et donneurs d’ordres à l’égard des entreprises, plus petites, qu’elles dominent.

Enfin, avec la fermeture des mines, la quasi disparition du textile et de la métallurgie, ce moment est aussi celui de la perte des secteurs historiques. Ceux où, à travers ses luttes, la classe ouvrière s’était forgé son identité, et qui constituaient le cœur de son organisation et de sa combativité. Elle est à l’origine d’un affaiblissement syndical structurel, fait crucial pour comprendre ce qui est aujourd’hui en jeu.

Le résultat, en France comme partout ailleurs, c’est une transformation du rapport des forces et son résultat : la baisse de la part des salaires dans la richesse produite. Jusqu’alors les salaires suivaient tant bien que mal l’évolution de la productivité, selon un modèle que les économistes ont qualifié de fordiste ; ils en sont aujourd’hui déconnectés. Ce mouvement, général et commun à tous les pays de l’OCDE, vient de ce remodelage en profondeur du système d’emploi, de la recomposition des couches populaires et de la modification du rapport des forces qui s’en est ensuivi. On est ainsi subrepticement passé d’un modèle -le fordisme- à un autre.

Flexibilité et précarité : du fordisme au walmartisme.

Ce qui se joue ici, c’est le cœur du cœur : la répartition primaire des revenus, soit la lutte des classes et l’exploitation. Et c’est dans les entreprises, dans les rapports de production et les modalités d’organisation du travail, que cela d’abord se noue. On est ainsi passé du fordisme, à ce que l’on peut appeler le « walmartisme ».

Wal-Mart, le « Carrefour » américain, est, en effet, à tous égards, exemplaire de ce mouvement. C’est le premier empire mondial de distribution et son chiffre d’affaires est à peine inférieur au PIB de la Suisse ; à elle seule, l’entreprise, qui est le premier employeur au monde avec 2 millions de salariés, achète plus à la Chine que la Russie, la Grande-Bretagne ou la France ! Enfin, sa direction est représentative de la ploutocratie mondiale, puisque le dernier classement des fortunes place chacun des quatre héritiers du défunt Sam Walton (qui, à partir d’un petit magasin ouvert à Bentonville, Arkansas, a fondé, la chaîne de supermarchés Wal-Mart) dans les 20 premières fortunes mondiales. La fortune familiale des Walton est, et de très loin, la première fortune mondiale .

Ce système, dont Wal-Mart est l’exemple achevé, est totalement organisé autour d’une extraction maximale du profit .

C’est, d’abord, une transformation du modèle d’organisation du travail. Désormais, on ne parle plus de salariés mais d’ « opérateurs », d’ « associés », de « collaborateurs », d’« assistants » : on euphémise le rapport de subordination. A travers l’exemple tragique de France Télécom/Orange, on voit combien ce nouveau mode d’organisation vise à faire porter au salarié des responsabilités et à les lui faire intérioriser. Pour comprendre ce nouveau modèle, il faut remonter aux années soixante, aux difficultés que rencontrait alors le « travail en miettes » et à la « révolte des OS ». Polyvalence et rotation des taches, organisation en « missions », en « projets », ce qui a alors été recherché, c’est de faire passer le salarié pour « autonome ». Le rendre responsable de l’atteinte d’un objectif plutôt que de le contraindre à la réalisation d’un geste, permettait de lui faire intérioriser des responsabilités. Cette recherche, a ensuite rencontré le « toyotisme » : « juste à temps », « zéro défaut », « zéro stock » et « flux tendus ». De cette rencontre est née une organisation dont le principe, inverse de celui de la chaîne fordienne, est de produire ce que l’on a en quelque sorte déjà vendu. La production y est donc directement soumise aux aléas, puisqu’il n’y a plus de stocks pour faire tampon. Inévitablement, elle suppose la flexibilité du travail, c’est-à-dire une précarisation des salariés, puisque le recours à la main d’œuvre doit lui-même être ajusté aux à-coups de la production. Externalisation et sous traitance généralisées, flexibilité de la main d’œuvre et précarisation des salariés, tels sont ainsi les maître mots.

Par sa recherche effrénée des moindres coûts, la nouvelle organisation/division du travail a nourri la mondialisation. Les entreprises, notamment les grands distributeurs, ont un bureau d’étude, une marque protégée, ils ne font pas eux-mêmes ou le moins possible, mais font faire dans les pays à très bas salaires, sur des dessins ou des plans déposés et brevetés et, du moins en principe, selon des normes de qualité imposées aux sous-traitants. C’est bien cela, le « global sourcing », que nous vivons dans notre quotidien : sur l’étiquette de nos tee shirt ou de nos polaires, chacun peut lire « made in Mauricius, China, India, Thailand … », mais « sous licence XXXX ». Il s’agit là d’un retour aux fondamentaux du capitalisme, démarque du système des « marchands-fabricants » du textile ou de la soierie du XVIIIème siècle, ce que les encyclopédistes appelaient alors la « manufacture dispersée ». Faut-il rappeler que face aux soyeux, il y avait les canuts, formellement des artisans autonomes …

Ce qui vaut pour le textile ne vaut pas moins pour les autres secteurs, car ce qui importe pour tous, c’est la flexibilisation et la précarisation du travail, la sous-traitance et leur résultat : le profit le plus élevé. Ainsi, Airbus a cherché à sortir de ses difficultés avec l’A380, en se fixant dans son plan « Power 8 » l’objectif d’au moins 50% de sous-traitance. De même, autant que des producteurs, les constructeurs automobiles sont désormais des « assembleurs ». On pourrait multiplier à l’envi les exemples de cette transformation, tant elle est générale. C’est pourquoi on est fondé à parler d’un nouveau stade du capitalisme.

Ce mouvement de fond s’est amorcé dès la fin des années 60, et s’est structuré au début des années quatre vingt. La mondialisation en a, ensuite, été un support et un accélérateur en permettant d’aller plus loin, plus vite. Sa réalité profonde et fondamentale, c’est la transformation de l’organisation et des conditions du travail, les figures nouvelles de l’exploitation, donc.

Surexploitation, contradiction et crise.

Le déplacement de la frontière salaires/profits marque donc une rupture, et traduit une aggravation des conditions de l’exploitation des salariés. Mais cette surexploitation est grosse d’une contradiction classique du capitalisme : pas de profit possible sans la « réalisation », la vente, des marchandises produites. Le profit accumulé se traduit alors par un excès d’investissement et une surproduction relativement aux revenus du travail qui lui font face.

L’issue, du moins à court terme, est alors double.

D’abord, produire à plus bas coût possible : délocaliser vers les pays à très bas salaires, et revoir les gammes de produits vers le bas. De là, le développement et le succès du « low cost », comme du « hard discount ». Mais c’est un modèle qui se détruit lui-même : on ne peut indéfiniment vendre aux chômeuses du textile des polaires thaïlandaises qu’elles devront acheter avec leurs indemnités de chômage, ni des Logan roumaines aux travailleurs licenciés de l’automobile…

L’autre issue, complémentaire, est à l’origine immédiate du déclenchement de la crise : la facilité qu’offre le crédit. Il permet certes d’ouvrir des perspectives nouvelles, mais d’autant plus risquées que l’emprunteur est en situation précaire, ce qui est précisément la raison pour laquelle il a besoin d’emprunter. Le prêteur se couvre alors lui-même de ce risque de défaut par des titres dérivés de crédits, les CDS, par lesquels il s’assure. A court terme, par sa dissémination, le risque est dilué ; mais que, la part des salaires se réduisant, ce mécanisme, comme ce fut le cas avec le crédit hypothécaire aux USA, en vienne à devoir se généraliser et il se transforme en un « risque systémique ». La machine infernale est alors en place : dans un modèle de croissance fondé sur une consommation rendue possible par l’endettement des ménages plutôt que la progression de leur pouvoir d’achat, au moindre incident de taille, tout s’effondre comme un château de cartes. Que croyez-vous qu’il arrivât ?

***

La crise actuelle nous invite à penser la mise au pas d’une mondialisation capitaliste, en particulier financière, devenue folle. Mais c’est sa face cachée, la transformation du rapport salarial, qui la rend possible. Dans une économie devenue de casino, il faut, certes, se scandaliser des sommes qui y sont jouées et perdues à nos dépens, mais il importe, avant tout, de savoir d’où, en définitive, ces fortunes dilapidées ont pu être tirées. Aujourd’hui comme hier, de l’exploitation du travail vivant.

Juin 2010 Jacques Rigaudiat Economiste

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Total affiche des bénéfices en hausse de 32 %

dimanche 13 février 2011

Total engrange 10 milliards d’euros de bénéfice net en 2010

LEMONDE.FR avec AFP | 11.02.11

Les bénéfices de Total ont dépassé les 10 milliards d'euros en 2010, un bond de 32 % dû au pétrole cher.

Les bénéfices de Total ont dépassé les 10 milliards d’euros en 2010, un bond de 32 % dû au pétrole cher.AFP/DAVID MCNEW

Les bénéfices de Total ont dépassé les 10 milliards d’euros en 2010, un bond de 32 % dû au pétrole cher. La compagnie pétrolière française a également annoncé qu’elle allait redoubler d’efforts dans la prospection d’or noir pour pomper plus de barils dans les années à venir.

« On a de bons résultats parce qu’on a bien travaillé. On peut en être fier », s’est félicité le patron de Total, Christophe de Margerie, au cours d’une conférence de presse. Il a affirmé qu’il n’avait pas à s’excuser pour ces profits faramineux, qui suscitent régulièrement la polémique en France.

Sur le seul dernier trimestre 2010, le bénéfice net s’élève à 2,56 milliards d’euros, au-dessus des attentes des analystes financiers.

La croissance des bénéfices de Total s’explique essentiellement par le rebond l’an dernier des cours du pétrole brut, eux-mêmes dopés par le regain de croissance économique mondiale. Le baril de Brent de la mer du Nord s’est échangé à 79,44 dollars en moyenne en 2010, soit 29 % de plus qu’en 2009.

Total, première capitalisation boursière française, renoue ainsi avec les années fastes de 2005 à 2008, quand la flambée de l’or noir permettait à la compagnie de réaliser chaque année des profits supérieurs à 10 milliards d’euros.

UN BÉNÉFICE 2010 INFÉRIEUR À CELUI DE 2008

A 10,28 milliards d’euros très exactement, le bénéfice net 2010 est cependant encore loin du record de 13,9 milliards d’euros enregistré en 2008, un profit inégalé pour une entreprise française.

Il est aussi très inférieur aux 30,46 milliards de dollars (22,3 milliards d’euros) réalisés en 2010 par l’américain ExxonMobil, leader mondial du secteur pétrolier.

5 MILLIARDS D’EUROS DE DIVIDENDES AUX ACTIONNAIRES

Au-delà de la flambée des cours, la « major » française a recueilli les fruits de la progression de sa production de gaz et de pétrole. En 2010, Total a pompé 2,378 millions de barils d’hydrocarbures par jour, un chiffre en hausse de 4,3 % en un an.

Fort de cette performance, le groupe va distribuer environ 5 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires au titre de l’année écoulée. En 2011, Total prévoit que sa production reste stable avant de rebondir l’année suivante.

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