Des solutions pour lutter contre la précarité des jeunes

DANS « LE MONDE DE L’ECONOMIE » ce soir : on retrouve l’opposition classique entre solutions libérales (J-F Copé) et solutions « de gauche » :

Emploi : comment sortir les jeunes de la précarité en 2012

LE MONDE ECONOMIE | 21.02.11 |

Une du "Monde Economie" du mardi 22 février 2011.

Une du « Monde Economie » du mardi 22 février 2011.DR

Au surlendemain de l’ouverture des négociations entre partenaires sociaux sur l’insertion professionnelle des jeunes, le président Nicolas Sarkozy a annoncé, le 10 février sur TF1, 500 millions d’euros supplémentaires pour la politique de l’emploi en faveur des jeunes et des chômeurs de longue durée. Le nombre de contrats aidés, réduits par le projet de loi de finances 2011, sera revu à la hausse, et les entreprises de 250 salariés et plus seront incitées à recourir à l’alternance par un système de bonus-malus.

Tandis que la priorité donnée à l’emploi des jeunes revient comme une antienne depuis les années 1980, le diagnostic établi le 10 février par le Conseil d’orientation pour l’emploi confirme que leur précarité ne cesse de croître et est devenue structurelle.

La loi de modernisation du marché du travail de 2008 a eu beau réaffirmer le contrat à durée indéterminée (CDI) comme « la forme normale et générale de la relation de travail », c’est celui à durée déterminée (CDD) qui s’impose aux jeunes, quand ce ne sont pas les stages.

STAGES PLEBISCITES

L’enquête « Insertion des jeunes », publiée en janvier par l’Association nationale des DRH, révèle que les stages sont plébiscités par les employeurs comme mode de recrutement des bac + 5. Avec la crise, le « bizutage social », selon le mot du secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, a aussi atteint les diplômés du supérieur.

Les instruments de lutte contre la précarité seraient-ils tous inefficaces ? Les économistes indépendants et autres think tanks de droite comme de gauche s’interrogent sur de nouvelles approches, de nouveaux instruments susceptibles d’être mis en oeuvre d’ici à 2012 ou lors de la prochaine mandature présidentielle.

Le fait que le capital humain soit une richesse qu’on ne peut plus considérer comme une variable d’ajustement du marché de l’emploi fait à peu près l’unanimité. La question est de savoir comment valoriser ce capital afin que l’embauche d’un jeune soit, enfin, perçue comme un investissement plutôt que comme un coût.

Et comment sécuriser ce nouvel actif sur un marché du travail devenu instable ? Car la précarité n’est pas tant liée au statut d’emploi qu’à l’insécurité qui l’accompagne.

Les propositions sont de différentes natures, en fonction des convictions de leurs auteurs. Les unes insistent sur la nécessité d’abaisser le coût du travail, d’autres sur l’adaptation des qualifications aux besoins des entreprises ; tous cherchent à renouer la confiance entre salariés et entreprises malgré la rotation des personnels imposée par des stratégies de court terme.

Pour améliorer la qualification au-delà de la formation initiale, et susciter l’intérêt des employeurs, le président du think tank Génération France et secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, émet l’idée de « créer un compte individuel de formation dont le capital de départ serait inversement proportionnel au niveau de formation initiale ». « Il ne dépendrait pas du type de contrat de travail dont vous disposez. Des mécanismes pourraient ensuite orienter les salariés et les chômeurs vers les gisements d’emploi disponibles », précise-t-il en préface à l’ouvrage de Gilles Lecointre Pour en finir avec l’emploi jetable (l’Archipel).

La fondation Terra Nova, marquée à gauche, préconise aussi un système de capital-formation de 16 600 euros articulé à des prêts pour financer la vie étudiante et la formation professionnelle. Ce dispositif serait organisé par les pouvoirs publics ; le remboursement commencerait au moment où le revenu de l’emprunteur dépasserait un certain seuil. Ce système attribue un capital à tous les jeunes adultes, utilisable tout au long de la vie active, et « permet de donner plus de droits en formation continue à ceux ayant suivi le moins d’études en formation initiale », précise l’économiste Guillaume Allègre, dans une note de la fondation.

Pour le président de Terra Nova, Olivier Ferrand, la clé d’une qualification adaptée passe d’abord par « la démocratisation de l’enseignement supérieur grâce à un effort budgétaire nécessaire pour rejoindre le niveau des pays les plus avancés – les Etats-Unis consacrent 3 % de leur produit intérieur brut (PIB) à l’enseignement supérieur, contre 1,5 % en France -, puis par un renforcement des liens entre entreprises et étudiants ».

SYSTEMATISER L’ALTERNANCE

Le Conseil d’orientation pour l’emploi souligne d’ailleurs l’intérêt de systématiser l’alternance en dernière année de cursus. L’enquête de l’Association nationale des DRH (ANDRH) avec la société de conseil en management Inergie publiée en janvier indiquait que les DRH mettent au premier rang des freins au recrutement des jeunes « la mauvaise adéquation entre les filières de formation, (leur) contenu et les besoins de l’entreprise, ainsi que le manque de connaissance des jeunes de ce qu’est l’entreprise ».

L’association La Manu, fondée et présidée par Julie Coudry, oeuvre depuis deux ans à ce rapprochement avec les universités. Elle soutient en cours de cursus des projets de rencontres organisées par les étudiants avec de grandes sociétés : GDF Suez, Crédit agricole, Vivendi, SFR, etc. Coachés par -l’ANDRH ou le Centre des jeunes dirigeants, ils identifient leur profil de compétences et celui des entreprises avec lesquelles ils organisent des événements. « Ces projets leur permettent de gagner en confiance, de mieux connaître les entreprises et de commencer à tisser un réseau professionnel indispensable dans la perspective d’un parcours cahoteux sur le marché du travail. L’intervention en amont rééquilibre le rapport de forces entre le futur salarié – qui n’est plus un demandeur mais une ressource – et l’employeur. Une meilleure connaissance mutuelle permet à l’entreprise d’être moins en risque au moment de recruter », explique Mme Coudry.

Mais pour Jean-François Copé, la première cause de l’exclusion des jeunes de l’emploi est le coût du travail.

Aussi propose-t-il de transférer une partie des charges salariales et patronales vers la TVA ou la CSG. M. Ferrand, lui, préconise « un taux de cotisation patronale variable en fonction du taux d’emplois précaires de l’entreprise ».

Mais pour maintenir les jeunes en emploi, les pistes les plus innovantes concernent les relations entre salariés et employeurs. Gilles Lecointre, entrepreneur et chargé d’enseignement à l’Essec, estime que, pour qu’un jeune soit considéré comme un investissement, il faut redonner au capital humain sa place dans l’entreprise.

Il propose, d’une part, un engagement de moyen terme entre le salarié et son employeur sous la forme d’un contrat de cinq à dix ans avec tacite reconduction – à l’instar de ce que Siemens vient de mettre en place en Allemagne ; et d’autre part, une inscription du « capital humain » à l’actif du bilan de la société. Chaque salarié, représenté par sa rémunération, serait alors comptabilisé comme une richesse de l’entreprise.

La Fondation Jean-Jaurès, proche du Parti socialiste, estime que la lutte contre la précarité passe par un regain du rôle de toutes les parties prenantes de l’entreprise. « Il s’agit de développer la démocratie sociale dans l’entreprise en donnant aux représentants du personnel un réel pouvoir d’influence et de contrôle sur la gestion de l’emploi. Un droit de veto du comité d’entreprise, par exemple, permettrait de lutter efficacement contre la précarité », assure Philippe-Michel Thibault, coauteur des 15 propositions éditées par la Fondation dans la perspective de 2012.

Mais pour l’économiste Philippe Askenazy, au-delà de l’effort éducatif, la véritable réponse consiste à cesser les politiques d’emplois précaires et à construire une nouvelle stratégie de croissance en répertoriant les besoins du futur, susceptibles de générer des emplois qualifiés et pérennes comme, par exemple, dans le secteur de la santé.

Anne Rodier

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