Vivent les belles vaches !

DANS « LIBERATION » :

Au Salon de l’agriculture, les vaches rares font de la résistance

Par ELODIE AUFFRAY

La béarnaise (181 femelles) a des cornes en forme de lyre.

La béarnaise (181 femelles) a des cornes en forme de lyre. (E.A.)

Au beau milieu du vaste pavillon numéro 1, au salon de l’agriculture, le coin des «races bovines en conservation» fait figure d’îlot de résistance aux méthodes d’élevage intensives.

On y trouve trois de ces quinze races menacées de disparition: la petite bretonne pie noir (1400 représentantes), la blonde et solide béarnaise, (185) aux cornes en forme de lyre, la Villard-de-Lans, costaude et froment (un peu plus de 400). Des poids plume à côté des 2,5 millions de prim’Holstein ou des 600.000 normandes.

Cédric Briand, éleveur de bretonnes pie noir dans la région de Redon. La bretonne pie noir est de petit gabarit, mais elle a «un caractère bien trempé», décrit le paysan.

Ces «vaches rares» ont vu leurs effectifs chuter à partir des années 1950 et la modernisation de l’agriculture. Il faut nourrir la France, le choix est fait de se concentrer sur quelques races. La solide béarnaise, essentiellement utilisée pour les travaux agricoles, tombe en désuétude avec l’arrivée du tracteur. La bretonne pie noir -700.000 représentantes en 1900, 300 en 1970- n’était pas non plus «adaptée à l’époque. Elle produit un lait très crémeux, mais en petite quantité», explique Cédric Briand, président de l’Union pour la bretonne pie noir, «fils, petit-fils, arrière-petit-fils d’éleveurs de bretonnes».

Sursaut dans les années 1970, grâce à l’acharnement de quelques passionnés. Le premier plan de sauvegarde est mis en place en 1975, pour la pie noir. «De vieux têtus bretons avaient gardé quelques bêtes. Des éleveurs, plutôt des néoruraux, les ont reprises et se sont engagés dans la conservation de l’espèce», raconte Cédric Briand.

La béarnaise est une vache «autonome», décrit Jean-Michel Missègue, bien adaptée aux montagnes du territoire qui l’a façonnée. Bonne marcheuse, elle est capable de parcourir des dizaines de kilomètres pour trouver sa pitance.

La remontée est lente. Il faut développer les effectifs, tout en évitant la consanguinité. Les programmes génétiques et l’entretien coûtent cher. Jean-Michel Missègue, du conservatoire des races d’Aquitaine, n’a pas manqué de le rappeler à Nathalie Kosciusko-Morizet, la ministre de l’Ecologie, qui s’était arrêtée devant les belles béarnaises.

«C’est un combat difficile, dans un monde productiviste. Nos techniques d’élevage vont à l’encontre des méthodes courantes», juge le technicien d’élevage. «Nous n’accélérons pas la croissance de nos vaches, détaille-t-il. Plus on l’accélère, plus on perd en qualité». Cédric Briand explique vouloir «proposer autre chose» face au «rouleau compresseur» de l’agriculture intensive.

Autres atouts de la bretonne pie noir: sa «précocité sexuelle» et sa «rusticité», décrit le panneau de présentation, son lait «très riche, très crémeux, très fromageable», ajoute Cédric Briand.

Dans leur exploitation, Cédric Briand et ses deux associés produisent 90.000 litres de lait de pie noir chaque année. «La norme dans la région, pour une exploitation laitière, c’est 300.000!», compare le jeune agriculteur.

Dans le Béarn, l’élevage de la blonde locale sert surtout «à la consommation personnelle, ou pour des ventes occasionnelles au boucher du coin», regrette Jean-Michel Missègue. «Pour conserver une race, il faut réfléchir à la valorisation des produits», résume-t-il.

Eleveuse de 35 villardes, «par nostalgie de ce que faisaient [ses] grands-parents», Catherine Duboucher «s’en sort car on commercialise tout en vente directe, à la ferme». Idem pour Cédric Briand. Cédric Briand, qui juge que la bretonne pie noir «répond aux attentes sociétales».

Pratique: Défilé de races bovines en conservation, sur le ring bovin du salon de l’agriculture, pavillon 1. Dimanche 27 février, de 14h00 à 15h00.

Vache assez costaude, couleur forment uniforme, la Villard-du-Lans est faite pour le Vercors. «Une charolaise aurait trop mal aux pattes, parce que nos plaines sont très caillouteuses», décrypte Catherine Dubouch.

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