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La majorité des salariés insatisfaits de la mesure de la performance dans leur entreprise

Mardi 8 février 2011

SUR LE BLOG « EMPLOI ET ENTREPRISES » de la rédaction économique du quotidien Le Monde – 8 février 2011 : un sondage qui confirme un certain malaise autour de l’évolution des conditions de travail et d’emploi dans les entreprises, que nous avons étudiée en cours de terminale (chapitre « Travail et emploi »)

Les salariés français sont très critiques sur la façon dont leur entreprise juge et récompense leurs performances, selon un sondage Ifop pour le cabinet de conseil Méthys publié le 27 janvier (échantillon de 1000 salariés d’entreprises privées de plus de 50 salariés, interrogés en ligne du 20 au 29 décembre).

Les trois quart d’entre eux (76%) jugent que la recherche de la performance immédiate prend le pas sur la vision à long terme, et que l’amélioration de la performance se fait au détriment de la qualité du travail fourni (74%).

Plus d’un sur deux (55%) estiment même que les méthodes d’évaluation de sa performance individuelle est une “entrave à son travail”.

PLUS, PLUS VITE ET A MOINDRE COÛT

95% notent d’ailleurs que ce qui leur est demandé est “de produire plus, plus vite et à moindre coût”, et 89% que cette recherche de la performance financière ne sert qu’à satisfaire les actionnaires, la même proportion jugeant que cette quête de la performance “accroît leur stress”.

Seulement 54% estiment que la mesure de la performance permet aux dirigeants de “prendre de meilleures décisions”.

A ce sentiment d’inefficacité de la mesure de la performance s’ajoute un sentiment d’injustice quant à ses effets sur la rémunération.

Alors que la littérature managériale présente la mesure de la performance comme la base de la rémunération, 71% des salariés interrogés estiment que les augmentations de salaire sont “injustes et déconnectées de la performance individuelle”, et 58% estiment “injustifiée” la rémunération de leurs dirigeants par rapport à la performance de l’entreprise.

DIRIGEANTS PAS PERFORMANTS

D’ailleurs, un quart de ces mêmes salariés (26%) estiment que leurs dirigeants… ne sont tout simplement pas performants !

Si le management est l’art d’évaluer la performance des collaborateurs et de prendre les mesures d’incitation et d’organisation propres à l’améliorer, ce sondage (entre autres) semble indiquer qu’il y a encore fort à faire sur ce terrain dans les entreprises françaises.

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Le prix des matières premières reflète déjà une crise écologique

Mardi 8 février 2011

SUR LE SITE D' »ALTERNATIVES ECONOMIQUES » :

Dans sa chronique pour Radio Nova, Guillaume Duval revient sur les ressorts écologiques de la hausse du prix des matières premières, liée à la rareté croissante des énergies fossiles et des matières premières non renouvelables.

L’inflation a atteint un niveau record en décembre dernier depuis 2008. Est-ce inquiétant ?

Oui, ce n’est pas rassurant. Les prix ont augmenté de 1,8 % en rythme annuel. Principalement du fait de la hausse des prix de l’énergie (+ 12,5 % sur un an) et des produits frais (+ 9,4 % par rapport à décembre 2009). En revanche, les autres prix, ce qu’on appelle l’inflation sous jacente, continuent d’évoluer très lentement.

1,8 % ce n’est quand même pas encore une inflation très élevée…

En effet. Ce niveau reste même encore sensiblement inférieur au seuil de 2 % fixé par la Banque centrale européenne. Mais, en 2009, au cœur de la crise, l’inflation avait été négative durant plusieurs mois. Et comme les salaires de ceux qui avaient conservé un emploi – la grande majorité malgré tout – ont continué d’augmenter du fait des hausses négociées en 2008, les ménages ont paradoxalement enregistré durant cette période des gains de pouvoir d’achat relativement importants. Ce qui avait beaucoup contribué à amortir le choc de la crise.

Mais maintenant c’en est fini des gains de pouvoir d’achat…

Oui. Car la – légère – remontée de l’inflation à laquelle on assiste se combine avec une nette décélération des hausses de salaire : alors qu’au premier trimestre 2009 ils augmentaient encore en moyenne de 3,5 % par an, à l’automne dernier ils n’ont plus progressé que de 1,8 %. Autrement dit au niveau actuel de l’inflation. Du coup, on risque de se retrouver en ce début d’année, dans la situation où on était déjà au début de 2008 : on l’a oublié tant il s’est passé de choses depuis, mais l’économie française avait été en récession à ce moment-là du fait de la hausse des prix du pétrole et des produits alimentaires, avant même que la banque Lehman Brothers ne fasse faillite… A l’époque, ces hausses avaient aussi déclenché des émeutes de la faim dans les pays du Sud. Avec les événements de Tunisie et d’Algérie on constate aujourd’hui des effets analogues.

Est-ce seulement un mauvais moment à passer ?

Cela paraît peu probable. En 2008 comme aujourd’hui, ces hausses des prix de l’énergie et des matières premières sont liées en particulier au dynamisme des économies des pays émergents, Chine en tête. La crise que nous traversons n’est pas seulement une crise financière mais aussi, en partie, déjà une crise écologique, liée à la rareté croissante des énergies fossiles et des matières premières non renouvelables. Ainsi qu’à une concurrence accrue sur les surfaces agricoles pour des usages non alimentaires et aux effets négatifs du changement climatique sur les productions agricoles.

Que faudrait-il faire pour combattre cette tendance ?

Ce qui caractérise la France et l’Europe c’est l’extrême faiblesse des ressources en énergies fossiles et autres matières premières non renouvelables disponibles sur leur sol. Pour baisser les dépenses publiques, on est en train de restreindre l’effort de conversion écologique de nos économies engagé avant la crise. Il faudrait l’accélérer au contraire pour avoir une chance de limiter l’impact futur de la hausse inévitable des prix des matières premières. Il y aurait urgence aussi à accélérer la transformation de notre modèle agricole et de nos habitudes alimentaires. Mais cela supposerait d’avoir réellement pour priorité de préparer l’avenir…

Guillaume Duval
Article Web – 17 janvier 2011
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Chômage : la France coupée en deux

Lundi 7 février 2011

Un dossier dans le quotidien Le Monde d’aujourd’hui montre les importants écarts entre les régions face au chômage : certaines régions sont très touchées par le chômage, d’autres beaucoup moins…

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Les défis des révolutions arabes

Lundi 7 février 2011

Est-il possible d’instaurer la démocratie dans les pays arabes ? Gilles Kepel, l’un des principaux spécialistes français de l’islam et du monde arabe analyse les mouvements de révolte actuels dans cette région du monde :

ARTICLE PARU DANS « LE MONDE » DU 5 FEVRIER :

Les défis de la révolution

LEMONDE | 05.02.11.

La révolution démocratique qui a chassé Ben Ali du pouvoir en Tunisie, celle qui a commencé en Egypte, et les mouvements du Yémen à la Jordanie pour renverser les régimes autoritaires et promouvoir des élections libres et les droits de l’homme bouleversent le monde arabe. Celui-ci était resté en marge des grandes vagues de transition démocratique de la fin du XXe siècle, qui avaient renversé les régimes militaires d’Amérique latine comme les « démocraties populaires » d’Europe de l’Est, mais aussi les dictatures de nombre de pays musulmans non arabes, de l’Indonésie à la Turquie, pour instaurer des élections pluralistes.

Le monde arabe semblait resté à l’écart de cette histoire universelle. Coincé de l’extérieur par le conflit avec Israël et par l’ubiquité de la rente pétrolière, il paraissait pris à l’intérieur entre l’enclume autoritaire et le marteau islamiste, écrasant les aspirations démocratiques. Le 11 septembre 2001 avait redoublé ce cercle vicieux dont ni les opérations militaires dirigées par les Etats-Unis au Moyen-Orient accompagnées d’incantations à la démocratisation, ni les attentats récurrents d’Al-Qaida suivis d’exhortations au djihad ne permirent de sortir. Une décennie plus tard, ce cercle peut-il être brisé, et comment ?

Tout processus révolutionnaire est causé par la coalescence de divers groupes sociaux antagonistes en temps normal, soudainement rassemblés pour chasser du pouvoir un dirigeant ciblé par la contestation. Une fois celui-ci tombé, les composantes de la coalition révolutionnaire se disputent le pouvoir jusqu’à ce que l’une instaure un nouveau régime politique – comme l’ont montré les révolutions française, russe ou iranienne. Qu’en est-il en Tunisie et en Egypte ? Comment les diverses forces sociales et les divers groupes politiques ou religieux se disposent-ils et composent-ils ? Quelles sont les options possibles ?

En Tunisie, la tentative d’immolation par le feu, le 17 décembre 2010, du jeune vendeur ambulant dont la charrette avait été confisquée, Mohamed Bouazizi, mort de ses blessures le 4 janvier, s’inscrivait dans un contexte social tendu, notamment depuis la révolte des mineurs de Gafsa, en 2008. Il donna à la frustration populaire latente un emblème et une icône ; au contraire des attentats-suicides djihadistes, cette immolation ne cherchait à tuer personne d’autre que celui qui l’avait commise, et par son extraordinaire force symbolique, elle fut le cri déclencheur de la révolte. Elle mobilisa d’abord des jeunes urbains pauvres des régions délaissées de la Tunisie centrale, puis des étudiants déclassés, des diplômés chômeurs.

Ce mouvement parvint à dire une exaspération générale qui dépassa les revendications d’un seul groupe social localement circonscrit et, dix jours plus tard, les manifestations, en touchant la capitale, changeaient de nature. Le relais fut pris par les classes moyennes, salariées comme libérales, d’autant plus lassées par la prédation et le racket du clan Ben Ali que la Tunisie n’est pas un pays rentier, mais tire ses performances économiques du dynamisme de ses entrepreneurs. Or, ceux-ci, en s’alliant avec la jeunesse pauvre en référence au sacrifice de Bouazizi, constituèrent une coalition qui isola un régime appuyé sur sa police – alors que l’armée, dont Ben Ali se méfiait, s’était peu compromise avec lui, et que le corps des officiers pouvait se reconnaître dans les classes moyennes mobilisées contre le pouvoir.

Il semble que la pression de l’état-major a été le déclencheur de la fuite de Ben Ali le 14 janvier – outre les incitations venues de Washington. Malgré les violences et pillages de nervis de l’ancien régime, destinés à effrayer les classes moyennes pour les détourner de la révolution, les manifestations ont contraint les instances politiques de transition à purger le gouvernement intérimaire des politiciens de l’ancien parti au pouvoir. La force des couches moyennes urbaines, dans un pays de 10 millions d’habitants, la formation de beaucoup de leurs porte-parole en France et leur attachement à une lecture laïque de la démocratie leur donnent des atouts pour la compétition électorale dans un pays où toute la loi et la Constitution sont à réécrire.

De leur capacité à offrir des perspectives à la jeunesse pauvre dépendra leur maintien à la tête du mouvement révolutionnaire, face au bouleversement radical des hiérarchies sociales auquel aspirent spontanément les déshérités, et à la rupture culturelle à quoi tendent les islamistes. Ceux-ci, en Tunisie, sont divisés, comme ailleurs dans le monde sunnite – à l’inverse de l’Iran de 1979, où Khomeyni avait pris la tête d’un clergé chiite mobilisé jusqu’à sa prise de contrôle total du pouvoir.

Le mouvement Al-Nahda n’a pas joué de rôle visible dans la révolution, et son dirigeant historique, Rached Ghannouchi, est rentré de Londres, accueilli par un petit groupe de fidèles qui se réclame du parti islamo-démocrate turc AKP de Tayyip Erdogan. Sur le plan des valeurs, ils ne pourraient l’emporter sur les classes moyennes libérales que s’ils parvenaient à incarner une alternative crédible en parlant le langage de la foi et celui de la démocratie, en galvanisant ensemble le peuple et les classes moyennes pieuses. L’AKP a bénéficié du discrédit des kémalistes qui avaient soutenu les coups d’Etat militaires, Khomeyni de la puissance économique du bazar. Rien de pareil en Tunisie, où les intellectuels et militants laïques ont été persécutés par la police du régime déchu, et où le souk est beaucoup plus faible que les secteurs économiques contrôlés par la bourgeoisie modernisatrice.

L’intifada égyptienne (comme l’appellent ses partisans) a commencé avec l’exemple tunisien, mais le mouvement s’inscrivait là aussi dans une série de frustrations populaires intenses : le Mouvement du 6 avril 2008, qui a coordonné les manifestations, se réfère à la longue grève des ouvriers du textile de Mahalla. Il a été renforcé par le verrouillage des élections législatives de novembre-décembre 2010, qui a décrédibilisé le régime aux yeux des citoyens, et par les effets du massacre des fidèles rassemblés pour le Nouvel An dans une église d’Alexandrie – qui l’a affaibli à l’international en ouvrant une polémique sur le peu de cas fait de la sécurité des chrétiens d’Orient. Mais le rapport des forces en présence et leur distribution sont différents sur les rives du Nil et en Tunisie.

Contrairement à la puissance des classes moyennes libérales de ce pays, celles d’Egypte pèsent bien moins démographiquement dans un pays de plus de 80 millions d’habitants, dont la majorité vit dans une pauvreté sans équivalent en Tunisie. Les grands entrepreneurs, liés à Gamal Moubarak, et dont le fidèle Ahmed Izz, magnat de l’acier, contrôlait l’appareil du parti, n’ont pas permis l’émergence d’une bourgeoisie opposante. Ainsi, les manifestations, si elles suscitent de fortes sympathies dans toutes les classes sociales, peinent à trouver des relais pour transformer la révolte en une coalition révolutionnaire capable de faire tomber le pouvoir.

Le pétrole, les revenus du canal de Suez, le tourisme, constituent une rente contrôlée par l’état-major, des rangs duquel Moubarak est issu ; les chefs de l’armée craignent qu’il paraisse chassé sous la pression populaire. Ils mettent en balance la pérennité au pouvoir de leur corps – remplacer un président impopulaire par un autre général mieux famé – avec sa cohésion – hésiter à sacrifier le raïs tant qu’il compte des relais capables d’organiser des contre-manifestations, de recruter des nervis qui agressent les opposants. A une armée divisée tant que Moubarak reste en place fait face une opposition mal organisée.

Les Frères musulmans, fondés en 1928 (principale organisation islamiste en Egypte) disposent du réseau le plus dense en Egypte de relais sociaux, d’associations caritatives, et contrôlent dans les faits la plupart des ordres professionnels – médecins, ingénieurs, journalistes, etc. Et la masse des manifestants s’est considérablement accrue dès qu’ils ont appelé à descendre dans la rue le 28 janvier. Mais ils sont divisés sur la stratégie politique : certains s’accommoderaient de participer à une démocratie militaire transitoire, dans une perspective de type AKP, d’autres refusent de se salir les mains pour préserver l’idéal d’Etat islamique. D’autant que les Frères doivent faire face à la puissance du courant salafiste, moralement rigoriste et intransigeant, violemment antichrétien, mais hostile, comme ses inspirateurs saoudiens, à toute action contre l’Etat, tant qu’il demeure nominalement musulman.

Enfin, les djihadistes, décimés par les services du général Souleiman, le nouveau vice-président, font peser une hypothèque que la propagation du chaos ne permettrait pas d’ignorer. Une jeunesse urbaine pauvre, pléthorique, entassée dans les immenses banlieues gonflées par l’exode rural, est avide des promesses de la modernité et d’un peu de bien-être, et beaucoup redoutent qu’elle ne soit prête à en découdre : les opposants sauront-ils la faire espérer, verra-t-elle son avenir chez des généraux qui promettent des réformes démocratiques après le retour de l’ordre, ou basculera-t-elle dans le camp islamiste ?

Tels sont les défis sociaux, politiques et religieux de la révolution démocratique arabe naissante.


Politologue et spécialiste de l’islam

Professeur à Sciences Po, membre de l’Institut universitaire de France et auteur de nombreux livres sur le monde arabe et musulman contemporain, traduits dans le monde entier. Il dirige la collection « Proche Orient » aux PUF, qui a notamment publié les ouvrages du professeur Yadh Ben Achour, chargé de réécrire la loi et la constitution tunisiennes.

Gilles Kepel

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Corrigé du bac blanc n°1

Samedi 5 février 2011

Corrigé QSTP : Innovation & croissance

Travail préparatoire

1. L’innovation peut prendre la forme d’un produit ou d’un procédé nouveau. Ainsi, l’apparition du téléphone portable, de l’iPhone ou de l’iPad sont des innovations de produits. L’innovation de procédés concerne les modes de production ou de commercialisation : métier Jacquard, travail à la chaîne, vente par correspondance…

2. L’innovation entraîne des conséquences positives pour les entreprises. Les entreprises innovantes ont en effet des performances économiques supérieures à celles des entreprises non innovantes. Les écarts de performances entre ces deux types d’entreprises sont maximaux lorsque l’innovation porte à la fois sur les produits et sur les procédés : la progression des parts de marché des entreprises innovantes est de 5,4 points supérieure à la progression des parts de marché des entreprises non innovantes. Les écarts sont moindres pour les innovations « séparées », mais ils ne sont pas négligeables (les innovations de produits assurent une croissance de parts de marché supérieure de 3,4 points). Pour la valeur ajoutée : l’innovation « combinée » permet une croissance de la valeur ajoutée supérieure de 5,2 points au bénéfice des entreprises innovantes.

3. De nombreuses innovations produisent des effets bénéfiques sur le développement humain : la mise au point d’un vaccin; un nouveau procédé de diffusion des connaissances, comme la transmission télématique des données, ou de nouveaux procédés d’impression diminuant les coûts d’accès à l’écrit, donc au savoir.

4. L’innovation technologique peut agir sur la productivité du travail, à travers la mécanisation, l’automatisation, ou la mise en place de nouvelles organisations du travail. La même quantité de travail humain permet, dans ces conditions, l’obtention d’une production croissante. Les théoriciens de la « croissance endogène » montrent que l’innovation et la formation de la main-d’oeuvre sont des facteurs décisifs de croissance économique.

5. Certaines composantes du développement humain ont des effets rétroactifs sur la capacité d’innovation. Un meilleur état de santé, un niveau de connaissance plus élevé, une participation citoyenne et sociale plus intense stimulent la créativité et l’adhésion aux innovations, à la fois sur le plan individuel et sur le plan collectif.

6. Lorsqu’on analyse la répartition du financement de l’innovation, on constate que près des trois quarts des ressources proviennent des entreprises elles-mêmes, par réinvestissement dans l’innovation des profits des périodes antérieures. Cette capacité dépend donc de manière massive des profits que ces entreprises ont pu tirer de leur activité. Il s’agit en quelque sorte d’un cercle vertueux : le dynamisme de la croissance économique fournit à ces entreprises les moyens financiers de leur effort d’innovation, ce qui en retour leur garantit la progression de leurs résultats. La croissance économique renforce aussi les recettes de l’État (puisque le produit fiscal est lié au niveau d’activité économique), facilitant le cofinancement privé-public de nombreux projets innovateurs.

7. Selon l’analyse de l’OCDE, les États ont des responsabilités spécifiques à assumer dans la stimulation de l’innovation. C’est en effet en amont des processus productifs que les dépenses publiques dans la recherche et l’enseignement créent les conditions d’apparition de l’innovation : projets de recherche fondamentale, investissements dans l’enseignement secondaire et supérieur… Dans l’Union européenne, la « stratégie de Lisbonne » à partir de 2000 cherche à promouvoir l’ « économie de la connaissance ».

Question de synthèse
Introduction

Depuis le milieu des années 90, les TIC (technologies de l’information et de la communication) sont devenues centrales dans les économies développées, tant dans les produits que dans les procédés de fabrication et de commercialisation. Les économistes ont remis à l’honneur la théorie de Joseph Schumpeter, qui dans les années 30 et 40, considérait que l’innovation était un facteur de croissance décisif. Comment l’innovation favorise-t-elle la croissance économique ? Celle-ci ne favorise-t-elle pas en retour l’innovation ? Nous verrons que l’innovation est à la fois une cause (1ère partie), et une conséquence de la croissance (2nde partie).

I. L’innovation est source de croissance économique.

1. Effets sur la demande

Les innovations de produits permettent de mieux satisfaire les besoins humains et d’améliorer notamment la consommation des ménages. Ex. de consommation individuelles ou collectives : alimentation (conservation des aliments, préparation des plats, etc.), transports, télécommunications, santé… La seconde moitié du 20e siècle a été marquée par des améliorations significatives de la couverture des besoins. Ces innovations, par le dynamisme des achats qu’elles engendrent, sont un élément important de soutien de la demande et par là même de la croissance économique. Les nouveaux équipements (informatique, vidéo…) soutiennent l’activité économique en favorisant une large diffusion de ces biens dans la population.

2. Effets sur l’offre

Au niveau des entreprises, les « grappes d’innovations » (Schumpeter) dans les procédés permettent de réaliser des gains de productivité du travail et du capital qui entraînent une amélioration de la compétitivité-prix des entreprises (par répercussion à la baisse sur les coûts de production) mais aussi, souvent, de la compétitivité hors prix (structurelle), en améliorant la qualité des produits et leur adaptation au marché, ce qui profite également aux consommateurs. Dans les deux cas, les entreprises innovantes tirent avantage de ces progrès en termes de gains de parts de marché et de croissance de leur valeur ajoutée (document 1). La capacité à mieux faire face à la concurrence, est, au niveau macroéconomique, une source de croissance.

II. La croissance économique facilite aussi l’innovation et son financement
1. La question du financement de l’innovation

Les entreprises ont en effet intérêt à l’innovation, mais pour la mettre en œuvre, elles ont besoin de ressources financières. Le financement de la recherche-développement nécessite des capitaux. Cette ressource est d’autant plus abondante que l’entreprise a dégagé des profits, qu’elle peut alors réinvestir dans son effort d’innovation. L’autofinancement constitue près des trois quarts du mode de financement des projets innovants, car cette option garantit à l’entreprise l’autonomie de sa stratégie (document 3). Au niveau macro-économique, une croissance économique soutenue rentabilise les coûts de la recherche et l’innovation en accroissant la profitabilité des sommes ainsi investies, ce qui suscite de nouveaux projets innovants.

2. Le rôle des pouvoirs publics

Un autre acteur joue cependant aussi un rôle majeur dans ce domaine. Dans la plupart des grands pays développés, sous des modalités diverses, l’État favorise en effet la recherche fondamentale ou appliquée. Lorsque la croissance est forte, les recettes fiscales augmentent, ce qui permet de financer davantage de projets de recherche. De même, des capacités budgétaires accrues permettent à la puissance publique d’investir dans l’amélioration de la qualification de la main-d’œuvre par le biais des dépenses d’enseignement et de mettre ainsi à disposition des entreprises un meilleur capital humain, favorable à l’innovation.

Conclusion

Comme l’a montré Schumpeter, la croissance économique et l’innovation entretiennent des rapports circulaires. Si l’innovation pérennise la croissance, celle-ci, en retour, permet une amélioration sensible du niveau de développement (document 2). À travers l’amélioration de l’état sanitaire et du niveau d’instruction de la population, ces transformations créent les conditions d’une adhésion collective à l’idée du progrès, état d’esprit indispensable à l’apparition d’une croissance endogène.

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« La stratégie du choc » de Naomi Klein

Samedi 5 février 2011

Voici un documentaire (2010), tiré d’un livre éponyme (paru en 2007), intitulé « La Stratégie du choc », de la célèbre essayiste antilibérale américaine Naomi Klein.

Celle-ci explique comment les gouvernements libéraux, à partir des années 1970, se sont inspirés de certaines méthodes de manipulation des individus, fondées sur les chocs et la désorientation, afin d’imposer aux sociétés contemporaines des réformes impopulaires prônées par les économistes ultra-libéraux, tels que l’Américain Milton Friedman.

Et si nos sociétés étaient moins démocratiques que nous le croyons ?

Un documentaire éprouvant (avec des séquences dures, évoquant les dictatures en Amérique latine notamment) – et sa thèse peut être discutée bien sûr – mais c’est très intéressant. (durée : 1h18)

1ère partie :

http://www.dailymotion.com/video/xffee4

2ème partie :

http://www.dailymotion.com/video/xffexu

3ème partie :

http://www.dailymotion.com/video/xfffe9

4ème partie :

http://www.dailymotion.com/video/xff6xk

5ème partie :

http://www.dailymotion.com/video/xff6pq

http://www.dailymotion.com/video/xfffe9_la-strategie-du-choc-3-5_news
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Le « despotisme démocratique » selon Tocqueville

Samedi 5 février 2011

Un texte magnifique – et ô combien actuel – d’Alexis de Tocqueville, extrait De la Démocratie en Amérique, à propos d’une dérive qui menace la démocratie, dans les sociétés modernes :

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Salaires : plus faible hausse depuis dix ans

Jeudi 3 février 2011

SUR UN BLOG ECONOMIQUE DU QUOTIDIEN  « LE MONDE » :

03 février 2011

822053_7039011-pho-paie-t105a.1296642369.jpgLes chiffres officiels pour 2010 ne seront connus que dans quelques jours, mais les estimations des économistes concordent pour dire que le niveau de progression des salaires en France, dans le secteur privé, n’avait plus été aussi faible depuis 2000 et le freinage consécutif à la généralisation des 35 heures.

Le salaire mensuel de base – grosso modo la somme qui figure sur la première ligne du bulletin de paie – aura ainsi progressé en moyenne de + 1,8 % l’année passée. Mais, en tenant compte de l’inflation, la hausse n’aura été que de + 0,3 %.

Le salaire mensuel de base est, selon les économistes, l’indicateur qui traduit les “tensions” sur le marché du travail, c’est-à-dire comment les entreprises font évoluer les salaires compte tenu de la situation du marché du travail.

Le poids du chômage

Paradoxe, en 2009, pendant la crise, la progression de ce salaire mensuel de base avait été plus forte : + 2,2 % en termes nominaux et + 2,1 % en termes réels (en incluant l’évolution des prix).

Pour mémoire, la hausse annuelle moyenne enregistrée sur la période 2005-2008 a été de l’ordre de + 2,5 % à + 3 %, selon les économistes.

Le freinage a en fait commencé à partir de fin 2008. C’est ce que traduit l’évolution du salaire de base en glissement annuel (trimestre de l’année “n” comparé au même trimestre de l’année “n-1?) : d’une progression de + 3 % fin 2008 (par rapport à fin 2007), on est passé à + 1,8 % début 2010 (par rapport à début 2009).

Ci-dessous, la courbe d’évolution du salaire mensuel de base (ainsi que du salaire horaire de base ouvrier) tracée par la Dares (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) :

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Cette modération salariale tient d’abord au fort taux de chômage. La reprise économique qui reste balbutiante, les surcapacités de production, ainsi que les marges pas totalement reconstituées conduisent aussi les entreprises à ajuster les coûts et ne pas trop lâcher sur les salaires.

Le retour des primes

L’amorce de reprise de l’activité survenue en 2010 s’est malgré traduite par un surplus de primes et d’heures travaillées. C’est ce que montre un autre indicateur salarial : le salaire moyen par tête, qui devrait avoir augmenté de 2,9 % en 2010 selon l’Insee (+ 1,4 % avec l’inflation).

Le salaire moyen par tête résulte de la comparaison des évolutions de la masse salariale totale et du nombre de salariés. En 2009, il n’avait progressé que de + 1,3 % (+ 1,2 % en tenant compte de l’inflation), son plus bas niveau depuis 1950. Cela s’expliquait par la baisse des primes et la forte utilisation du chômage partiel.

Hausse encore “modérée” cette année

Pour 2011, compte tenu notamment de la situation toujours dégradée du marché du travail, les économistes s’attendent à une progression du salaire mensuel de base sur des “pentes” voisines de celles de 2010.

Dans une note de conjoncture, publiée mi-décembre, l’Insee estimait que les salaires nominaux devraient “suivre le profil de l’inflation” au cours du premier semestre. Ce qui signifie qu’en termes réels, les salaires (mensuel de base, et moyen par tête) “progresseraient modérément”.

L’institut national de statistiques considère que les acquis de croissance à l’issue du deuxième trimestre seraient de + 1,8 % pour le salaire mensuel de base (soit +0,7 % en prenant en compte l’inflation), et de + 1,7 % pour le salaire moyen par tête (+0,6 % en réel).

Pessimisme des ménages

Autant dire que les perspectives pour le pouvoir d’achat ne sont guère réjouissantes. Les Français, d’ailleurs, ne s’y trompent pas. En janvier, l’opinion des ménages sur leur situation financière personnelle se détériore et ils sont un peu plus pessimistes sur leur situation financière future, selon l’indicateur de l’Insee.

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Débat très intéressant sur les impôts

Mercredi 2 février 2011

Qui doit payer plus ou moins d’impôts ?

Cette question sensible est relancée aujourd’hui, avec la parution d’un ouvrage collectif de brillants jeunes économistes françaises, dont Thomas Piketty, spécialiste des inégalités et des hauts revenus.

Regardez un débat très intéressant dans l’émission « Ce soir ou jamais », lundi 31 janvier, avec à la fois des personnalités « de gauche » (Piketty, Olivier Besancenot) et d’autres franchement libérales, voire ultralibérales – c’est ce pluralisme qui est intéressant.

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