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L’ancien président de la FED américaine a-t-il compris la crise financière ?

jeudi 31 mars 2011

ALAN GREENSPAN, l’ancien président de la FED (Réserve fédérale américaine), considéré comme un « gourou », un magicien de la finance jusqu’à la crise des subprime, a toujours défendu la déréglementation des marchés financiers, et l’absence d’encadrement par l’Etat, en grande partie responsable de la grande crise financière de 2007-2008, et de la crise économique globale qui a suivi.

Greenspan critique aujourd’hui la nouvelle loi destinée à réguler les activités spéculatives des banques.

Crise des subprimes : Alan Greenspan ne fait pas son mea culpa

LEMONDE | 30.03.11

Alan Greenspan (à gauche), président de la Réserve fédérale américaine de 1987 à 2006, et Ben Bernanke qui la dirige depuis.

Alan Greenspan (à gauche), président de la Réserve fédérale américaine de 1987 à 2006, et Ben Bernanke qui la dirige depuis.REUTERS/JASON REED

Londres, correspondant – Les croisés du libéralisme financier refusent à faire leur mea culpa à propos de leur rôle prépondérant dans le déclenchement de la crise des subprimes, en 2008-2009. Le dernier en date est l’ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Alan Greenspan, aux commandes entre 1987 et 2006.

Dans un article publié dans l’édition datée du 30 mars du Financial Times, l’ex-banquier central, âgé de 85 ans, tire à boulets rouges sur la loi Dodd-Frank de re-réglementation définie comme « une création ne pouvant que déstabiliser les marchés et une menace potentielle au niveau de vie des Américains ».

A écouter le champion du « moins d’Etat », cette législation, adoptée en juillet 2010 et destinée à contrôler l’activité des banques, ne permet qu’un « coup d’œil rapide sur les mécanismes internes du plus subtil système financier ».

HOSTILE À LA RÉGLEMENTATION DES PRODUITS DÉRIVÉS

Le message de M. Greenspan n’a pas changé d’un iota : le système est le seul qui fonctionne et il rend tout le monde plus riche, pourvu que l’Etat ne l’étouffe pas. Son hostilité, en 1998, à toute réglementation des produits dérivés l’atteste. La faillite du fonds spéculatif américain Long Term Capital Management et les risques systémiques posés à l’économie américaine reposent alors la question du contrôle des risques.

L’intervention in extremis de la banque fédérale de New York et d’un consortium de banques, pour éviter une réaction en chaîne mettant en difficulté l’ensemble des établissements financiers qui lui avaient fait crédit, soulève des interrogations sur l’absence de législation digne de ce nom sur les produits dérivés.

Brooksley Born, la présidente de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), l’organisme fédéral de surveillance des marchés à terme, fraîchement nommée par Bill Clinton, propose alors d’inclure la supervision de ces instruments financiers extrêmement dangereux. Alan Greenspan, qui a siégé au conseil d’administration de la banque JP Morgan, l’une des grandes usines à produits dérivés, avant de prendre les commandes de la Fed, sort de son devoir de réserve pour torpiller cette initiative. Or, les produits dérivés adaptés aux produits financiers liés au marché immobilier, les fameux subprimes, seront l’un des facteurs de déclenchement de l’implosion des marchés à l’automne 2008.

« JE SUIS CRITIQUÉ POUR DES CHOSES QUE JE N’AI PAS FAITES »

M. Greenspan a passé la main en 2006 à Ben Bernanke, après dix-neuf ans à la tête de la banque fédérale. Aux louanges ont succédé les critiques acerbes d’une politique de laisser-faire à l’origine du tsunami financier. « J’ai été félicité pour des choses que je n’ai pas faites et je suis critiqué aujourd’hui pour des choses que je n’ai pas faites », répond-il à ses détracteurs.

Outre les apparitions télévisées et les conférences hautement rémunérées, l’expert retraité conseille le spéculateur de haut vol John Paulson – le « sultan des subprimes » – et la Deutsche Bank.

Un peu d’humilité parfois aurait mieux valu qu’une filandreuse plaidoirie. La vieillesse n’est pas une excuse. Le prédécesseur de M. Greenspan à la tête de la FED, Paul Volcker, en témoigne. Le « Maestro », âgé de 83 ans, est l’architecte de la Volcker Rule qui a inspiré le texte Dodd-Frank interdisant aux banques d’affaires de spéculer à l’aide de leurs fonds propres.

Marc Roche

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La situation des petits pays fragiles d’Europe ne s’arrange pas

mercredi 30 mars 2011

SUR FRANCE 24 :
Les économies fragiles de l’Union européenne au menu des discussions à Bruxelles
Les économies fragiles de l'Union européenne au menu des discussions à Bruxelles
L’Union européenne et le FMI devraient bientôt proposer un plan de soutien financier au Portugal. Après la Grèce et l’Irlande, c’est la troisième fois que Bruxelles doit intervenir. Mais les fonds de l’UE ne sont pas illimités…
Par Sébastian SEIBT (texte)

Le Portugal s’est réveillé, ce jeudi, sans gouvernement mais toujours avec des dettes qu’il peine à honorer. Jusqu’alors peu enclin à demander l’aumône, Lisbonne devrait, selon les spécialistes, officiellement solliciter une aide financière à l’Union européenne (UE) et au Fonds monétaire international (FMI).

« Si l’opposition a voté contre le plan d’austérité du gouvernement [mercredi, ndlr], cela signifie qu’elle n’est pas opposée à un recours à l’aide internationale », juge Céline Antonin, spécialiste de l’économie portugaise à l’OFCE-Sciences-Po.

De fait, avec son nouveau tour de vis économique, le Premier ministre socialiste, José Socrates, espérait apaiser les craintes des marchés financiers. Et ainsi éviter de devoir demander de l’argent à ses voisins. Raté.

Le voisin ibère

La démission du gouvernement ne change rien aux échéances. En juin, le Portugal doit rembourser environ 9 milliards d’euros de prêts qui arrivent à terme. Le pays n’a pas l’argent et peut difficilement s’endetter davantage. Il devrait, en effet, emprunter à un taux d’intérêt de plus de 7 % sur 10 ans, alors que l’Allemagne obtient des prêts à 3 %. Lorsque la Grèce avait appelé l’UE et le FMI à la rescousse, elle était soumise à un taux  d’un peu plus de 6 %.

« Le Portugal va avoir besoin, pour 2011, d’environ 26 milliards d’euros d’aides », estime Céline Antonin. Une enveloppe que l’Union européenne ne devrait pas avoir trop de mal à débloquer. Mais à force d’aider ses économies en péril, l’addition commence à être salée.

L’opération de sauvetage de la Grèce a déjà coûté 110 milliards d’euros à l’UE et au FMI tandis que l’Irlande a encaissé une aide de 80 milliards d’euros. Avec le Portugal, la facture devrait s’élever à plus de 200 milliards d’euros.

Pour l’heure, le fonds de stabilité mis en place par les Vingt-Sept dispose encore de ressources puisqu’il a été doté de 500 milliards d’euros. Mais aujourd’hui tout le monde à Bruxelles espère que l’effet domino s’arrêtera avec le Portugal. « Le prochain candidat, si on regarde les courbes d’évolution des taux d’intérêt, est l’Espagne », indique Céline Antonin. Si le voisin ibère devait également avoir recours à l’aide internationale, le montant « dépasserait alors largement les sommes versées jusqu’à présent ».

Marchés pas impressionés

Les 500 milliards du fonds de soutien sembleraient, alors, beaucoup moins rassurants. Le problème est que l’Union européenne ne dispose pas d’un plan B. Augmenter le fonds ? « Cela a déjà pris un an aux États de la zone euro pour tomber d’accord sur le montant actuel, je les imagine mal décider de l’augmenter encore », tranche Céline Antonin. Les efforts déployés jusqu’à présent par les autorités européennes ne semblent en outre pas du tout avoir impressionné les marchés. « Les taux d’intérêt auxquels l’Irlande ou la Grèce peuvent emprunter sur les marchés n’ont pas beaucoup baissé », confirme Céline Antonin.

Reste que les déboires financiers de ces pays peuvent être, paradoxalement, une bonne chose pour la zone euro. « Il est en effet beaucoup plus compliqué de spéculer contre la dette de grands pays comme l’Espagne ou l’Italie », conclut Céline Antonin. Les autorités européennes peuvent, ainsi, espérer que les marchés se montrent moins agressifs maintenant que les cibles les plus vulnérables sont tombées.

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La misère du budget de la Justice en France

mercredi 30 mars 2011

DANS « ALTERNATIVES ECONOMIQUES » CE MOIS-CI :

La grande misère de la justice

Guillaume Duval et Laurent Jeanneau
Alternatives Economiques n° 300 – mars 2011

Mardi 29 mars 2011, les magitrats manifestent pour dénoncer l’état de la justice française. La France consacre en effet très peu d’argent au fonctionnement de sa justice par rapport à ses voisins européens.

En colère, les juges se sont fortement mobilisés début février, en reportant les audiences non urgentes et en organisant plusieurs manifestations. Ce mouvement faisait suite aux accusations portées contre eux par le chef de l’Etat, après le meurtre de la jeune Laëtitia, probablement tuée par un ancien détenu en période probatoire, mais non suivi effectivement par les services judiciaires. Les juges et les autres personnels du ministère protestent contre le manque de moyens qui explique à leurs yeux les nombreux dysfonctionnements de la justice française, et notamment ceux qui ont été mis en évidence lors de l’affaire Laëtitia.

58 euros par habitant

En matière de justice comme dans d’autres domaines, l’efficacité des services publics ne peut bien sûr pas s’apprécier uniquement à l’aune des moyens mis à leur disposition, mais quand même : selon les données collectées par la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (Cepej) du Conseil de l’Europe, le budget de la justice française est l’un des plus faibles d’Europe [1]. La France consacre 58 euros par an et par habitant à sa justice, c’est-à-dire deux fois moins que l’Allemagne (le modèle tant vanté par ailleurs…). Avec 86 euros par an et par habitant, l’Espagne dépense également largement plus que l’Hexagone. C’est aussi le cas du Royaume-Uni (79) ou encore de l’Italie (72).

Un autre indicateur intéressant est le nombre de magistrats par habitants. Là encore, la France est largement sous dotée : on y recense près de 11 juges professionnels pour 100 000 habitants (en tenant compte des juges administratifs), contre 24 en Allemagne, 18 au Portugal, 15 en Belgique…

Même constat en ce qui concerne les procureurs : la France en compte 3 pour 100 000 habitants, bien moins que le Portugal (13), le Danemark (11), l’Allemagne (6) ou l’Espagne (5). Pourtant, le rôle des procureurs dans le fonctionnement de la justice est très important en France : ils règlent directement près d’une affaire sur deux, sans qu’il y ait d’intervention d’un juge indépendant du ministère public. Une situation sans équivalent en Europe, ce qui fait dire à la Cepej que  » le procureur français apparaît comme particulièrement chargé « .

L’argent ne fait pas tout

Manifestement, il y a donc bien un (gros) problème de moyens en France. Quel impact cela a-t-il sur le cours de la justice ? La Cepej a estimé le temps qu’il faudrait dans chaque pays pour juger le stock d’affaires en attente. En France, 286 jours seraient nécessaires pour traiter ces dossiers, soit bien plus qu’au Danemark (206), en Suède (197) ou en Autriche, championne en la matière (129). Mais certains pays, pourtant mieux dotés budgétairement que l’Hexagone, font largement moins bien, comme l’Espagne (296), mais surtout l’Italie (533). Si dépenser plus n’est donc pas toujours suffisant pour garantir l’efficacité d’un système judiciaire, cela n’en reste pa moins une condition nécessaire. Notamment en France.

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La fin de la moyennisation ? Emission à écouter

mardi 29 mars 2011

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UN DEBAT A LA RADIO TRES INTERESSANT SUR LES CLASSES MOYENNES, LA MOYENNISATION ET LA PEUR DU DECLASSEMENT :

France Culture, émission « Le Grain à moudre », 28 février 2010.

Avec des économistes spécialistes des inégalités.

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Le battle Keynes VS Hayek !

samedi 19 mars 2011

Voici une vidéo plutôt originale : un rap opposant les deux économistes les plus influents du XXe siècle, Keynes et Hayek (le film étant le fruit de l’association d’une producteur d’audiovisuel et d’un professeur d’économie) ! En plus, c’est très bien fait – pardon, ça déchire sa race – dans le fond comme dans la forme :

John Maynard Keynes est un joyeux fêtard, il veut relancer la croissance par les dépenses publiques et la baisse des taux d’intérêt (cad. un crédit pas cher), il veut réguler le marché à court terme (« à long terme, nous sommes tous morts… »), et rétablir la confiance. Selon lui, l’économie n’est pas vraiment fondée sur des calculs rationnels mais sur des « esprits animaux » (sentiments, pulsions)…

Mais à force d’injecter trop de liquidités dans l’économie, on risque de se retrouver avec des bulles financières, et se réveiller avec la gueule de bois…

C’est ce que lui explique Friedrich A. von Hayek, qui a moins de charisme, mais qui pointe les limites de l’approche keynésienne. Hayek prône des mesures exactement opposées : redonner de la valeur à la monnaie et au capital, encourager l’épargne, laisser faire le marché, etc.

Les sous-titrages sont bons mais passent vite, il faut s’accrocher mais des élèves de terminale ES sont capables de comprendre le clip : et c’est ça qui est trop bien !  🙂

http://www.dailymotion.com/video/xc5c82

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Tchernobyl, souvenons-nous…

lundi 14 mars 2011

La catastrophe nucléaire au Japon me donne envie de vous renvoyer à un documentaire extraordinaire, que j’ai mis en ligne ici, il y a deux ans et demi, consacré à Tchernobyl : il y a 25 ans – c’est beaucoup et c’est si peu…

Une catastrophe écologique sans précédent, doublée d’un immense mensonge des autorités politiques, soviétiques mais aussi occidentales :

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A ne pas manquer : débat intéressant sur « la peur du déclassement »

vendredi 11 mars 2011

Sur les questions des inégalités et de la mobilité sociale,  et l’actuelle « peur du déclassement » de la part des classes moyennes, voici une page très intéressante : un débat entre deux spécialistes du sujet très connus et reconnus, LOUIS CHAUVEL (plutôt social-démocrate) et ERIC MAURIN (plutôt libéral), qui débattent dans plusieurs courtes vidéos réalisées par l’association « La République des idées ».

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