Tous les billets de mai 2011

La bataille du bio !

mardi 31 mai 2011

http://www.dailymotion.com/video/x2c3nq Tags : , , ,

Keynes versus Hayek : deuxième round !

vendredi 27 mai 2011

LA SUITE DU MATCH, sous forme de battle de rap entre les deux grands économistes du siècle… Ils reviennent avec un flow d’enfer et des paroles à bien retenir pour le bac… J’adore :

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A quoi sert le G8 ? A-t-il changé ? Débat télévisé

vendredi 27 mai 2011

VOIR LE DEBAT DANS L’EMISSION « CE SOIR OU JAMAIS » (France 3) DU JEUDI 26 MAI

Avec des économistes et des responsables politiques.


Révision bac : Croissance économique et développement durable

jeudi 26 mai 2011

SUR UN AUTRE BLOG DU « WEB PEDAGOGIQUE », voici un plan détaillé sur le premier chapitre du programme de terminale :

Dossier EDD : la croissance économique est-elle compatible avec le développement durable ?

le 18 mai 2011

Je ne vous apprendrai rien en disant qu’on attend de vous une réponse argumentée plutôt qu’une simple prise de position. Dans ce type de sujet où deux termes s’opposent, une posture classique revient à analyser les impacts de l’un sur l’autre. Dans un premier temps, il est plus simple d’aller dans le sens du sujet (croissance et développement durable sont incompatibles) puis de montrer qu’ils se nourrissent l’un l’autre. Cela ne sert à rien d’essayer de faire plus original : ce type de plan vous permet de présenter vos idées de manière cohérente.

Vous pourrez en conclusion rappeler la complexité du sujet (comme le montre l’exemple du barrage des Trois-Gorges) puis prendre position à la lumière des différents arguments exposés précédemment. Ne cherchez pas à trouver une solution (vous venez de démontrer qu’il n’y avait pas une seule solution), mais vous pouvez par exemple imaginer, selon vous, quel axe de développement sera privilégié dans les prochaines années.

La recherche de la croissance économique et celle d’un développement durable ne sont-elles pas incompatibles? Cette question est présente dans le projet de programme 2012 de Terminale, déjà sous-entendue dans le programme actuel et a fait l’objet de sujets au bac ES.

PLAN DETAILLE

Le développement durable peut être ici appréhendé dans ces différentes dimensions. Ainsi les dimensions sociales et environnementales du développement durable rentrent-elles en contradiction avec l’objectif de croissance économique ?

  • I. Croissance économique et développement durable semblent inconciliables
    • A. La croissance économique compromet le développement durable
    • B. Le développement durable freine la croissance économique
  • II. Croissance économique et développement durable peuvent aller de pair
    • A. La croissance économique rend possible le développement durable
    • B. Le développement durable stimule la croissance économique

I. Croissance économique et développement durable semblent inconciliables

A. La croissance économique compromet le DD

1. La croissance économique a un impact négatif sur l’environnement. L’accroissement de la production (et de la consommation) s’accompagne d’une plus forte consommation d’énergie, de l’épuisement des ressources naturelles, de davantage de déchets ménagers et industriels… Les pays les plus riches sont le plus souvent ceux qui ont l’empreinte écologique la plus élevée. Pour illustrer le fait que produire est un acte polluant, certains sites d’entreprise présentent leur impact environnemental (certes pour montrer les efforts faits pour le minimiser).

L’exemple d’Apple est intéressant, l’entreprise décompose les différents stades de la pollution durant la vie de ses produits: la fabrication, le transport, les installations telles que les bureaux, les centres de distribution, les points de vente, mais aussi l’utilisation par les consommateurs et le recyclage. Autre idée pour illustrer ces propos: trouver une vidéo d’entreprise et demander aux élèves les différents moments où une pollution peut s’exercer. Le site de Méo propose une vidéo succincte mais claire de la production de son café.

2. L’accroissement des revenus se fait souvent au prix de l’accroissement des inégalités, ce qui compromet la dimension sociale du DD. Par exemple l’externalisation de la production dans les secteurs du textile ou des jouets dans les PED est l’occasion d’exploiter une main d’œuvre bon marché.

B. Le DD freine la croissance économique

1. Les taxes créées sous le principe « pollueur-payeur » viennent alourdir les coûts de production et rendent les entreprises moins compétitives que leurs homologues étrangères non soumises aux mêmes règlementations. C’est d’ailleurs l’argument que le Medef avait avancé pour argumenter contre le projet de la taxe carbone. Ainsi Laurence Parisot avait déclaré en mars 2010 suite à l’abandon du projet: « Nous sommes soulagés, notamment pour toute l’industrie qui n’aurait pas supporté ce nouveau handicap de compétitivité. » (source: Medef)

2. Pour les adeptes de la décroissance, la préservation de l’environnement passe par la fin du consumérisme et du productivisme.(voir notre article à ce sujet)

II. Pourtant croissance économique et DD peuvent aller de pair

A. La croissance économique rend possible le DD

1. D’un point de vue social, la hausse des revenus distribués (salaires) et des montants de prélèvements obligatoires à l’origine de la redistribution, générée par la croissance économique, permet de réduire les inégalités. L’exemple du commerce équitable nous montre aussi qu’une partie des revenus de l’activité de production peuvent être réinvestis dans des projets de développement, au service de la population et de l’environnement. Un article sur le commerce équitable est présent sur notre site.

2. La protection de l’environnement serait davantage la préoccupation des pays riches. Ce serait à partir d’un certain niveau de richesse, une fois les besoins primaires et secondaires assurés, que les populations seraient plus enclines à se préoccuper de l’environnement.

B. Le DD stimule la croissance économique

1. Concernant la dimension sociale du DD, des services de santé et d’éducation pour tous permettent d’améliorer le capital humain et ainsi la productivité.

Une meilleure répartition des richesses accroitrait la consommation (et donc stimulerait la production) du fait des propensions marginales à consommer plus fortes chez les bas revenus. Ainsi la Chine commence à compter aujourd’hui sur sa consommation intérieure pour continuer à doper sa croissance économique. On peut lire sur le site de l’Ambassade de la République Populaire de Chine en France que « la Chine s’efforcera d’établir un mécanisme à long terme afin d’accroître la consommation intérieure pour les cinq années à venir, a indiqué Zhang Ping, directeur de la Commission nationale pour le Développement et la Réforme. Les  mesures pour encourager la consommation domestique comprennent la stimulation du marché de l’emploi, la promotion du processus d’urbanisation, le réajustement du système de distribution des revenus, le renforcement du réseau de sécurité sociale et l’optimisation de l’environnement de la consommation ».

2. Concernant la dimension environnementale du DD, la recherche d’économie d’énergie contribue à la réduction des coûts de production et rend l’entreprise plus compétitive. De plus, les contraintes visant à protéger l’environnement (taxes sur la pollution, lutte contre la raréfaction des matières premières et sources d’énergie utilisées) incitent les entreprises à innover. Or l’innovation est source de croissance économique et renforce la compétitivité des entreprises. Par exemple les transporteurs aériens cherchent des solutions pour s’adapter à la raréfaction et à la hausse du prix du pétrole telles que la conception d’avions fonctionnant à l’hydrogène ou aux biocarburants de deuxième génération. Vous trouverez plus d’informations à ce sujet dans un article du site Capital, Comment l’aérien se prépare à l’après pétrole.

Enfin l’environnement est un marché à part entière, en plein essor (ex: production et montage des panneaux photovoltaïques, succès des voitures hybrides, multiplication des gammes de produits bio…).

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L’OCDE crée un nouvel indicateur de « bien-être »

jeudi 26 mai 2011

DANS « LE MONDE » :

A la Une > Economie

La difficile mesure du bien-être des populations

LEMONDE.FR | 25.05.11

Le produit intérieur brut a désormais son pendant subjectif, ciblé sur le bien-être et le progrès social : l'indice "vivre mieux", élaboré par l'OCDE.

Le produit intérieur brut a désormais son pendant subjectif, ciblé sur le bien-être et le progrès social : l’indice « vivre mieux », élaboré par l’OCDE.ASSOCIATED PRESS/Edmond Terakopian

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a mis en ligne, mardi 24 mai, un indicateur destiné à mesurer le bien-être des habitants de ses trente-quatre pays membres. Cet indicateur, qui regroupe dix-neuf variables réparties en onze critères, comme le logement ou l’éducation, est la première traduction concrète du rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi de 2009.

Commandé par Nicolas Sarkozy à l’économiste américain Joseph Stiglitz, ce rapport avait pour objectif de réfléchir aux limites du baromètre privilégié qu’est le produit intérieur brut (PIB : somme des valeurs ajoutées produites en un an par l’économie d’un pays). « Le PIB, ce n’est pas un indicateur suffisant » pour mesurer l’évolution d’une société, explique Jean-Paul Fitoussi, professeur d’économie et coauteur du rapport. Un tremblement de terre et les reconstructions qu’il implique, une augmentation de la violence qui pousse les gens à s’équiper de systèmes d’alarmes, « tout cela accroît le PIB mais sûrement pas le bien-être », constate-t-il. Même en matière de revenus, « lorsque l’on vous dit que la croissance est de 3 %, eh bien, elle n’est de 3 % pour personne, elle est de 3 % en moyenne ». Dans ses conclusions, le rapport de 2009 préconisait de modifier les systèmes de mesures statistiques mais également de réfléchir à de nouveaux indicateurs pour compléter le PIB. C’est dans cette optique que s’inscrit le projet présenté par l’OCDE.

L’INDICATEUR DE L’OCDE, « UN PREMIER ESSAI D’APPLICATION »

Partant des recommandations du rapport, l’OCDE établit une liste de onze critères : logement, revenu, emploi, communauté, éducation, environnement, gouvernance, santé, satisfaction, sécurité et l’équilibre vie professionnelle-vie familiale. Ces critères, notés de 1 à 10, comprennent plusieurs indicateurs, renvoyant à des mesures statistiques objectives, comme le taux d’emploi ou l’espérance de vie, et subjectives, comme la satisfaction, établie à partir de sondages. Le poids accordé à chaque critère dépend de l’internaute, qui peut lui donner une importance de 1 à 5 pour établir son indicateur personnel. Pour Jean-Claude Fitoussi, « c’est un premier essai d’application ; […] pour l’instant, on tâtonne ».

Jean Gadrey, professeur d’économie et animateur du Forum pour de nouveaux indicateurs de richesse (FAIR), salue « une bonne initiative« , mais se montre réservé sur certains points. « C’est un indicateur orienté vers le bien-être individuel, et pas du tout vers ce que l’on pourrait appeler la ‘qualité d’une société' », regrette-t-il. Selon lui, cet indicateur manque de mesures de « santé sociale », comme le pourcentage de personnes pauvres, de personnes couvertes par l’assurance maladie ou encore, le revenu des dix pour cent les plus riches divisés par le revenu des dix pour cent les plus pauvres, un indicateur d’inégalité utilisé par les Nations unies. Ces manques expliquent en partie les mauvais résultats de la France, et les bons résultats des Etats-Unis : « Si on avait tenu compte d’indicateurs plus sociaux, la France serait remontée [dans le classement] », constate-t-il. Autre réserve, la faible place réservée à l’écologie, qui n’est représentée que par une seule des dix-neuf variables : la pollution de l’air en ville.

« UN THÈME QUI FAIT FLORÈS PARMI LES DÉCIDEURS POLITIQUES »

A court terme, les effets politiques de ce type d’indicateur restent limités. Mais « les décideurs politiques s’aperçoivent qu’ils sont parfois en porte-à-faux avec la société quand ils se ‘vantent’ d’une croissance du PIB élevée alors qu’une très grande fraction de la société n’en bénéficie pas », estime Jean-Paul Fitoussi. « Cela va influencer leur discours », nuance Jean Gadrey, qui compte davantage sur le débat public pour faire avancer cette question. Du côté des statisticiens, Stefan Lollivier,  directeur de la direction des statistiques démographiques et sociales de l’Insee, explique que la réflexion sur les indicateurs de bien-être avance : « c’est un thème qui fait florès parmi les statisticiens et les décideurs politiques ».

L’Insee s’est associé à Eurostat, l’organisme statistique de la Commission européenne, et à l’OCDE pour mettre en place de nouvelles mesures. En effet, l’indicateur de l’OCDE se fonde sur des données déjà existantes, auxquelles s’ajoutent quelques enquêtes d’opinion. « Nous sommes plus ambitieux côté européen, parce que nous voulons modifier le système de mesures. C’est-à-dire modifier les enquêtes européennes pour les adapter aux recommandations du rapport Stiglitz et pour que la statistique publique ajoute des questions qui n’existent pas forcément, notamment sur la sociabilité, les liens entre vie familiale et vie professionnelle », détaille M. Lollivier. L’Insee expérimente une collecte où différentes activités, comme travailler ou s’occuper des enfants, sont évaluées sur une échelle de 1 à 10, allant de l’agréable au désagréable. L’institut cherche également à identifier les populations fragiles, qui cumulent les indicateurs de mauvaise qualité de vie.

L’autre chantier majeur, c’est la pondération des différents critères et leur agrégation. Le rapport Stiglitz était très réticent à l’idée de proposer des indicateurs synthétiques. « Nous n’aurons jamais de pondération satisfaisante, c’est clair et net, parce qu’il y a autant d’avis que de personnes », reconnaît Stefan Lollivier. Mais, « parce que en termes de communication, c’est un message qui passe beaucoup mieux », un indicateur synthétique lui semble tout de même nécessaire. « L’OCDE a fait un très bon travail, mais ce n’est vraiment qu’un début, résume Jean-Paul Fitoussi. Avant que nous aboutissions à quelque chose d’achevé, il faudra du temps. »

Thomas Baïetto

Mesure du bien-être

Les clés Comment mesure-t-on le PIB et le bien-être ?

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La « Génération Y » : les moins de 30 ans

mercredi 25 mai 2011

SUR ECO.RUE89

Tribune

Génération Y en entreprise : ce que cache la peur des 15-30 ans

Par Jean Pralong | Professeur | 22/05/2011 | 18H15

La menace d’un « Péril jeune », incarné par ces geeks indisciplinés, est le juteux business de « Y-ologues » autoproclamés.

Jesse Eisenberg dans "The Social Network" de David Fincher, 2010.

Les jeunes n’intéressent pas que les candidats à l’élection présidentielle. Dans les entreprises aussi, les plus jeunes font l’objet d’une attention soutenue. Il s’agit certes de tenter de recruter de jeunes « talents », mais surtout de se méfier de leur indiscipline et de leur insubordination. Ce nouveau « Péril jeune » a un nom : la « génération Y » qui regroupe les jeunes nés entre 1980 et 1996 sans distinction de sexe, de classe sociale ou de lieu d’habitation. La propagation des craintes de la génération Y dans les entreprises n’est évidemment pas un phénomène spontané.

Elle est soutenue par l’activité de consultants « Y-ologues » autoproclamés qui font de cette mode un juteux business. Leurs analyses, qui s’embarrassent moins de vérité que de vraisemblance, ont d’autres enjeux que l’objectivité ou la scientificité : permettre aux entreprises de nommer leurs difficultés sans questionner réellement leurs pratiques.

Patrons, avez-vous veillé à « prévenir le choc de générations » ?

La génération Y fait l’objet d’une production livresque et bloguesque pléthorique.

Ici, on s’enthousiasme pour son adaptabilité aux nouvelles technologies. Mais son arrivée serait la cause de bouleversements dans les équipes : la patience des seniors et le leadership des managers seraient mis à rude épreuve par leur indiscipline. Un bug générationnel serait à craindre.

Là, on déplore leur faible loyauté : un « Y » serait destiné à changer d’employeur 29 fois au cours de sa carrière ; sa durée moyenne dans l’emploi n’accèderait pas 1,1 an (selon « Demystifying GenY », d’A. De Felice, Accounting Technology, décembre 2008).

Ici encore, on craint que ces comportements capricieux et déviants contaminent toutes les générations.

Sous couvert « d’éviter les clichés », il s’agit bien d’ancrer la croyance en l’existence de différences intergénérationnelles. La presse spécialisée en gestion des ressources humaines a largement fait écho à ces prises de positions. Il est donc consensuel, parmi les praticiens de la gestion des ressources humaines, les managers et progressivement le grand public, de considérer qu’il existe bien un nouveau péril jeune. Les Y-ologues, qui tiennent des blogs ou publient des ouvrages sur les jeunes générations, proposent des remèdes.

Spécialistes du « management intergénérationnel », ils ont fait leur spécialité de « favoriser l’intégration » et de « prévenir le choc des générations ». Les consultants Y-ologues ont ainsi théorisé une menace qu’ils se proposent de transformer en opportunités. Une posture qui serait fort louable si la menace génération Y existait bien. Encore faudrait-il que ce soit le cas.

Jeunes des beaux quartiers = jeunes de banlieues déshéritées ?

Qu’ont donc en commun, hormis leur âge, un cadre diplômé d’une école de commerce et un artisan ? Un enfant de cadres et un enfant de familles plus populaires ? Des jeunes des beaux quartiers ou de banlieues déshéritées ? Suffit-il de considérer que les membres de la génération Y auraient été confrontés à un monde plus technologique, plus mondialisé et plus consumériste ? Etaient-ils réellement tous confrontés à la même technologie ? Quels foyers possédaient des ordinateurs en 1990, quand ces jeunes sont nés ? Auraient-ils tous développé un rapport au monde plus individualiste, plus technophile et moins impliqué dans les entreprises, uniformément, sans distinction de classe sociale ou de formation ? Non, évidemment.

Télécharger l'étude de Jean Pralong, "La génération Y au travail : un pérol jeune ?"

Plusieurs études rappellent que l’âge explique moins les comportements que les classes sociales, les formations ou les conditions d’emploi. (Télécharger l’étude de Jean Pralong, « La génération Y au travail : un péril jeune ? »)

Les salariés de tous âges soumis aux mêmes contextes et aux mêmes règles de gestion des ressources humaines se ressemblent. Les temps sont d’ailleurs moins à la rébellion qu’au conformisme : tous ont bien compris le conservatisme du marché du travail et le besoin d’un CV aussi peu déviant que possible.

Un simple rappel à l’ordre

Si l’on doit éliminer l’influence des générations pour expliquer les comportements au travail, il faut encore expliquer le succès de cette notion. C’est sans doute ici que la génération Y a de l’intérêt : elle révèle, en deçà, comment se construisent les idées qui font consensus.

Il faut d’abord un thème consensuel. Le conflit des générations est une idée banale, l’indiscipline brouillonne des jeunes est un marronnier : n’étaient-ce pas déjà ce lieu commun qu’enfourchait le « sida mental » de Louis Pauwels en 1986 ?

Il faut ensuite un message. Les intitulés des formations au « management intergénérationnel » sont explicites (« rappeler la règle », « exiger un comportement »,…) : elles sont moins destinées à développer la tolérance qu’à rappeler quels comportements doivent être sanctionnés.

Malgré les appels à la diversité ou à la créativité, l’entreprise est le lieu de l’ordre et de l’obéissance. La recherche de plaisir vantée par la communication commerciale ne doit pas remplacer l’ascétisme que ces mêmes firmes imposent à leurs salariés.

La Y-ologie prescrit donc un rappel à l’ordre plutôt qu’elle ne décrit une réalité sociologique. Elle est aussi une arme utile pour attirer le regard sur les comportements des individus plutôt que sur les pratiques des entreprises. Le débat sur les générations oublie la rudesse et l’opacité des règles de la compétition pour l’emploi. C’est pourquoi la génération Y n’est pas qu’un faux concept : c’est aussi un instrument idéologique.

Illustration : Jesse Eisenberg dans « The Social Network » de David Fincher, 2010.

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A voir : le Parlement européen comme si vous y étiez

mercredi 25 mai 2011

Le quotidien Libération met en ligne un Web-documentaire intéressant, consacré au travail du Parlement européen face à la grande crise économique et sociale depuis 2008 – en suivant la députée européenne PS Pervenche Berès.

Le documentaire est balisée par des parenthèses, sous forme d’explications, de précisions… Il montre les coulisses réelles de la vie politique (avec des mécanismes valables aussi en dehors du Parlement européen).

Et en plus, cela vous fera travailler votre anglais !  🙂

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Des chansons contre la société de consommation

mercredi 25 mai 2011

VOIR SUR UN BLOG PEDAGOGIQUE DES CLIPS ET DES PAROLES DE CHANSONS ENGAGEES, qui critiquent la société de consommation et le matérialisme, depuis les années 50.

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Le « mouvement des Indignés » en Espagne et en France

mardi 24 mai 2011

UN ARTICLE DANS LE QUOTIDIEN « L’HUMANITE » : un mouvement né sur Internet :

http://www.dailymotion.com/video/xis6ve

Le mouvement arrive à Lyon : Les rassemblements-campements se renouvellent chaque jour Place Bellecour à 19H, depuis dimanche, en solidarité avec des manifestations similaires en Espagne.

Lire les deux textes espagnols de référence ci-dessous, cités par les manifestants de Lyon :

Manifeste de democracia real Ya!
Nous sommes des personnes simples et ordinaires. Nous sommes comme toi. Des gens qui se lèvent chaque matin pour étudier, pour travailler ou pour chercher du boulot ; des gens qui ont une famille et des amis. Des gens qui travaillent dur tous les jours pour vivre et offrir un meilleur futur à ceux qui les entourent.
Parmi nous, cer­tains se consi­dè­rent pro­gres­sis­tes, d’autres plutôt conser­va­teur-trice-s. Certains sont croyant-e-s, d’autres pas. Certain-e-s ont des idéo­lo­gies affirmées, d’autres sont apo­li­ti­ques. Mais nous sommes tous préoc­cupé-e-s et indi­gné-e-s par la situa­tion poli­ti­que, économique et sociale actuelle. Par la cor­rup­tion des poli­ti­cien-ne-s, des patron-e-s, des ban­quier-e-s… qui nous laissent impuissant-e-s et sans voix.
Cette situa­tion nous fait souffrir au quotidien ; mais si nous nous unissons nous pouvons la modifier. C’est le moment de nous mettre en marche pour bâtir ensemble une société meilleure. Pour ce faire, nous sou­te­nons fermement que :

Les priorités de toute société développée doivent être l’égalité, le progrès, la solidarité, le libre accès à la culture, le développement durable et le bien-être des personnes.

Il existe des droits fondamentaux que la société a le devoir de garantir : le droit au logement, au travail, à la culture, à la santé, à l’éducation, à l’engagement politique, à l’épanouissement personnel et le droit à l’accès aux biens nécessaires à une vie saine et heureuse.

Le fonctionnement actuel de notre système politique et gouvernemental ne répond pas à ces priorités et il devient un obstacle pour le progrès de l’humanité.

La démocratie, par essence, émane et appartient au peuple, mais, dans ce pays, la majorité de la classe politique ne lui prête pas attention. Le rôle des politicien-ne-s devrait être de faire entendre nos voix aux institutions, en facilitant la participation politique des citoyen-ne-s grâce à des voies de démocratie directe pour le bénéfice de l’ensemble de la société. Et non celle de s’enrichir et prospérer à nos dépens, en se pliant aux exigences des pouvoirs économiques et s’accrochant au pouvoir par la dictature partitocratique du PPSOE[*].

La soif de pouvoir et son accumulation entre les mains de quelques-un-e-s créent inégalités, tensions et injustices, ce qui mène à la violence et que nous refusons. Le modèle économique en vigueur, obsolète et antinaturel, coince le système social dans une spirale qui se consomme par elle-même en enrichissant une minorité et en plongeant les autres dans la pauvreté. Jusqu’à l’effondrement.

L’accumulation d’argent est la finalité du système, sans prendre en considération le bien-être de la société et de ceux qui la composent ; gaspillant nos ressources, détruisant la planète, générant du chômage et des personnes frustrées.

Nous sommes les rouages d’une machine destinée à enrichir une minorité qui ne sait plus reconnaître nos besoins. Nous sommes des citoyen-ne-s anonymes, mais sans nous rien ne serait possible car nous faisons tourner le monde.

Nous ne devons plus placer notre confiance en une économie qui ne tourne jamais à notre avantage. Il nous faut éliminer les abus et les carences que nous endurons tous.

Nous avons besoin d’une révolution éthique. L’argent ne doit plus être au dessus tout, mais simplement à notre service. Nous sommes des êtres humains, pas des marchandises. Je ne suis pas le produit de ce que j’achète, pourquoi je l’achète et à qui je l’achète.

Pour toutes ces raisons, je suis indigné-e.
Je crois que je peux changer les choses.Je crois que je peux aider.
Je sais que tous ensemble nous le pouvons.
Il ne tient qu’à toi de nous rejoindre.

[*] Contraction des deux partis PP et PSOE, un peu comme si on disait UMPS chez nous.

Manifeste féministe de l’assemblée féministe de la Puerta del Sol
La Révolution sera féministe ou ne sera pas : traduction du manifeste rédigé sur la Puerta del Sol.

Nous sommes sur la place car :
– Nous vou­lons une société dont le centre soit les per­son­nes et non les mar­chés finan­ciers. Nous reven­di­quons donc la gra­tuité des ser­vi­ces publics et vitaux que sont l’éducation et la santé face aux réduc­tions sociale et à la réforme du tra­vail.
– Nous exi­geons l’usage d’un lan­gage non sexiste qui nomme toutes les per­son­nes sans trace d’homo­pho­bie, de machisme et de racisme.
– Nous vou­lons un com­pro­mis d’hommes et de femmes afin de cons­truire une société qui n’admette pas la vio­lence machiste.
– Notre corps nous appar­tient, c’est pour­quoi nous accep­tons les mul­ti­ples formes de vivre le sexe et la sexua­lité (les­bien­nes, gays, inter­sexuel­les, bisexuel­les, tran­sexuel­les, tans­gen­res, queers…)
– Nous reven­di­quons l’avor­te­ment libre et gra­tuit.
– Il est indis­pen­sa­ble de d’incor­po­rer l’appro­che fémi­niste au sein des poli­ti­ques économiques, au sein du ser­vice public, dans la créa­tion d’un autre modèle de ville et au sein des poli­ti­ques de l’envi­ron­ne­ment afin de sortir de la crise.
– Nous exi­geons que les Employées domes­ti­ques ou Employées du foyer soient inclues au sein du régime géné­ral de la sécu­rité sociale.
– Nous exi­geons que la tran­sexua­lité ne soit plus traité comme une mala­die.
– Nous exi­geons des papiers pour toutes et que les femmes migran­tes jouis­sent des tous les droits.
La révo­lu­tion sera fémi­niste, écologiste, répu­bli­caine, laïque et non du Capital.

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Une sociologue à propos de l’affaire DSK

lundi 23 mai 2011

UN TEXTE D’UNE GRANDE SOCIOLOGUE SPECIALISTE DE LA FAMILLE, IRENE THERY, pour prendre du recul face à l’événement, et réfléchir…

La femme de chambre et le financier, par Irène Théry

LEMONDE.FR | 23.05.11

Ce matin du dimanche 15 mai, la surprise, l’incrédulité et la consternation nous ont littéralement saisis. Face à une forme inédite d’adversité politique et morale, on a senti partout le besoin de se hausser à la dimension de l’événement comme pour conjurer, dans l’union sacrée d’un silence suspendu, l’image salie de notre pays. Passé ce moment d’étrange stupeur, le débat a repris ses droits pour explorer ce qu’on nomme désormais  » l’affaire DSK « . Dans le maelstrom des commentaires, comment s’y retrouver ? Si l’on se souvient que l’enjeu de tout cela n’est pas de jeter aux chiens la vie privée ou la personnalité d’un homme à terre, mais une inculpation sexuelle précise dans le cadre d’une procédure criminelle définie, on aperçoit qu’un clivage nouveau est apparu dans le débat français. Evident d’une certaine façon, tant on s’accuse mutuellement aujourd’hui de n’avoir de considération que pour un maître de la finance mondiale ou de compassion que pour une pauvre femme de chambre immigrée, il n’est pourtant pas si simple à comprendre.

D’un côté, il y a ceux qui soulignent avant tout la valeur fondamentale de la présomption d’innocence à laquelle a droit l’auteur allégué des faits. Ils ont semblé, dans les premiers jours, si majoritaires parmi les ténors qui font l’opinion en France et si indifférents au sort de la victime présumée qu’on n’a pas manqué de les traiter de défenseurs patentés de l’ordre patriarcal. Il est vrai que des réflexes machistes assez cognés ont fleuri ici et là pour défendre à leur manière l’innocence virile : « il n’y a pas mort d’homme », « un troussage de domestique »… Mais on aura peine à nous faire croire que ces insanités d’un autre âge soient le révélateur providentiel d’un complot masculin caché sous la défense intransigeante des droits des justiciables. Ce n’est pas la défense des mâles dominants qui est préoccupante chez ceux qui croient trouver dans la présomption d’innocence la boussole unique guidant leurs réactions; c’est plutôt un certain aveuglement mental aux défis nouveaux surgis du lien social contemporain.

Car de l’autre côté, il y a ceux – au départ plus souvent des femmes, féministes et engagées – qui s’efforcent de porter au plus haut des valeurs démocratiques une forme nouvelle de respect de la personne, qui n’a pas encore vraiment de nom dans le vocabulaire juridique, et qu’on pourrait appeler son droit à la présomption de véracité. C’est la présomption selon laquelle la personne qui se déclare victime d’un viol ou d’une atteinte sexuelle est supposée ne pas mentir jusqu’à preuve du contraire. Le propre des agressions sexuelles, on le sait, est qu’à la différence des blessures ou des meurtres, leur réalité  » objective «  ne s’impose pas d’elle-même aux yeux des tiers. Ont-elles seulement existé ? Avant même qu’un procès n’aborde les terribles problèmes de la preuve et de la crédibilité des parties en présence, la question spécifique que posent ces affaires judiciaires s’enracine très exactement là : ce qui est en jeu au départ n’est jamais seulement la présomption d’innocence du mis en cause, mais la possibilité même qu’une infraction sexuelle  alléguée prenne assez de réalité aux yeux de tiers qualifiés pour ouvrir la procédure. Cette possibilité passe en tout premier lieu par la possibilité donnée à une victime présumée d’être vraiment écoutée. On accueille de mieux en mieux, dans nos commissariats, les victimes sexuelles qui déposent plainte. Mais sommes-nous prêts, dans la culture politique française, à considérer la présomption de véracité  comme un véritable droit ? Rien n’est moins sûr.

C’est pour cette raison que nombre de nos concitoyens ont eu le sentiment pénible qu’en France, on n’avait pas accordé à Madame Diallo un respect égal à celui qui fut témoigné à son agresseur présumé, Dominique Strauss-Kahn. Cette situation choquante n’est pas d’abord un problème de morale personnelle, mais de justice et d’institutions communes. On l’entrevoit bien : présomption d’innocence et présomption de véracité sont aussi cruciales l’une que l’autre pour bâtir une justice des crimes et délits sexuels marchant sur ses deux pieds. Mais pour le moment, nous ne les distinguons pas clairement et savons encore moins comment les faire tenir ensemble. Tout se passe alors comme si on ne pouvait choisir l’une que contre l’autre. En se targuant de respecter les grands principes pour DSK au moment où il était cloué au pilori, les partisans sincères de la présomption d’innocence n’ont pas vu qu’ils bafouaient au même instant la présomption de véracité à laquelle avait droit la jeune femme qui l’accuse de l’avoir violentée.

C’est pourquoi il est vain de croire que nous échapperons aux questions de plus en plus fortes que nous posera dans l’avenir la lutte sans merci du coupable allégué et de la victime présumée du Sofitel de New-York, en faisant le procès de la procédure accusatoire américaine. Au moment le plus dramatique de l’affaire d’Outreau on avait, face aux mêmes dilemmes, fait le procès symétrique : celui de la procédure inquisitoire à la française. L’aurait-on déjà oublié ? Pour construire un jour une façon de tenir ensemble les deux présomptions opposées, le premier pas est d’accepter de penser la spécificité des questions sexuelles, et d’élargir le champ de nos réflexions pour reconnaître les responsabilités collectives nouvelles que nous confère, à nous citoyens des démocraties occidentales, les mutations profondes qui ont lieu aujourd’hui.

La France donne souvent aux autres pays le sentiment d’être politiquement  » en retard «  sur les questions de sexe, de genre, de sexualité. Sans aborder ici cette vaste question, soulignons simplement que le procès de New-York ne doit pas nous enfermer dans une frilosité défensive au prétexte des clichés anti-français qui pleuvent sur nous depuis quelques jours. Au contraire, il devrait être l’occasion de nous emparer collectivement des grande questions sociales, historiques et anthropologiques qui sont l’horizon de sens commun à tous les procès pour crimes ou délits sexuels, en France comme ailleurs. En général, nous n’avons d’yeux que pour les ressorts psychologiques des transgressions sexuelles comme si nous ne voulions pas voir qu’elles ont lieu dans le contexte de mutations profondes des valeurs et des normes censées faire référence pour tous. Or, sous l’égide de l’égalité croissante des sexes, nous vivons aujourd’hui des bouleversements sans précédent du permis et de l’interdit sexuels. Les procès pour viol, qui se multiplient partout aujourd’hui, sont à la fois l’expression de ces mutations démocratiques et le symptôme de leur caractère inassumé.

Considérer le viol comme un crime, prendre au sérieux les atteintes sexuelles, participe directement du refus contemporain de l’ordre sexuel matrimonial traditionnel, construit sur la condamnation de la sexualité hors mariage, la diabolisation de l’homosexualité, la double morale sexuelle et la division des femmes en deux catégories : épouses honorables et filles perdues, mères de famille légitimes et filles-mères parias, maîtresses de maison respectées et domestiques qu’on  » trousse « . Comme l’a montré Georges Vigarello dans son Histoire du viol, celle-ci se déploie toujours à la croisée de l’appartenance sociale des individus et des statuts respectifs des hommes, des femmes et des enfants dans une société. Notre attachement à punir ce crime est la trace en creux de la valeur centrale que nous accordons non plus au mariage mais au consentement dans le grand partage entre le permis et l’interdit sexuels.

Mais les procès pour viol d’aujourd’hui sont aussi symptomatiques des ambiguïtés du changement, tant ils donnent à voir le vide sidéral que nous avons laissé se développer en lieu et place d’une civilité sexuelle renouvelée, capable d’irriguer la vie ordinaire de nos sociétés et d’inscrire la sexualité au sein d’un monde humain certes pluraliste, mais qui demeurerait un monde commun. C’est la rançon de l’idéologie individualiste et mercantile, qui transforme ce monde en une collection insignifiante d’individus autarciques bons à consommer. Le consentement, coeur de la nouvelle normalité sexuelle, est ainsi à la fois la solution et le problème. Consentir, oui, mais à quoi ? Pourquoi ? Et quand le refus de tout consentement s’est exprimé loin des regards, comment passer à sa dimension publique, sociale, juridique ? Concentrant toutes ces questions, nous interrogeant directement sur la solidité de nos valeurs communes, le procès de New-York incarne à sa manière le changement démocratique. Mais il peut devenir aussi un de ces moments périlleux où, pour reprendre l’expression de Marcel Gauchet,  la démocratie se retourne  » contre elle-même «  .

Pour prendre la mesure du ressort proprement sociologique de ce risque, il faut revenir à la sidération initiale qui fut la nôtre, et qu’une semaine de débat a déjà recouverte. L’image première qui nous a saisis ne s’arrêtait pas au seul DSK. C’était le choc de deux figures, deux symboles, deux incarnations si extrêmes des inégalités du monde contemporain, que la réalité semblait dépasser la fiction. Elle, une femme de chambre immigrée d’origine guinéenne, pauvre, vivant dans un logement social du Bronx, veuve, mère de famille monoparentale. Lui : un des représentants les plus connus du monde très fermé de la haute finance internationale, une figure de la politique française, de l’intelligentsia de gauche, une incarnation aussi, de la réussite sociale, de l’entre-soi des riches et de la jouissance facile. La femme de chambre et le financier, ou le choc de celui qui avait tout et de celle qui n’était rien.

Dans ce face à face presque mythique, les individus singuliers disparaissent, absorbés par tout ce qu’incarnent les personnages. C’est pourquoi il y a quelque chose d’épique dans ce qui s’est passé. En prenant en considération la parole d’une simple femme de chambre et en lui accordant la présomption de véracité, la police new-yorkaise n’a pas seulement démontré qu’elle pouvait en quatre heures renverser l’ordre du pouvoir et saisir au collet le puissant financier. Elle a aussi mis en scène une sorte de condensé inouï des incertitudes, des injustices et des espoirs de notre temps, et engagé un processus où vont venir s’engouffrer toutes les passions qui meuvent les sociétés démocratiques. Au risque de transformer tragiquement deux individus, inégaux à l’extrême, en boucs émissaires de nos désirs frustrés, de nos peurs ancestrales, de nos haines inassouvies.

Irène Théry, directrice d’études à l’EHESS

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