Tous les billets de mai 2011

« Questions insurrectionnelles et nouveaux mouvements sociaux »

Samedi 21 mai 2011

POUR SE DETENDRE, VOICI UN CLIP SYMPA de Keny Arkana : comme souvent avec le rap, les paroles sont difficiles à comprendre, mais écoutez bien, car elles sont bien écrites…

http://www.dailymotion.com/video/xig0nx Tags : , ,

Magnifique film d’animation sur la déviance

Vendredi 20 mai 2011

« Mermaid », de Tezuka

Image de prévisualisation YouTube

Tags : ,

Documentaire sur le féminisme

Mardi 17 mai 2011

A voir, en relation avec le chapitre sur les « Conflits sociaux » (et en particulier la question des « nouveaux mouvements sociaux ») : les intervenantes sont des féministes bien connues dans le débat public français. Le sociologue Eric Fassin est spécialiste des discriminations, notamment en matière sexuelle :

http://www.dailymotion.com/video/xcygc8 http://www.dailymotion.com/video/xcygcz Tags : , ,

Petits films contre l’homophobie

Mardi 17 mai 2011

A l’occasion de la Journée mondiale contre l’homophobie, le 17 mai, voici deux beaux courts-métrages :

Image de prévisualisation YouTube Image de prévisualisation YouTube Tags : ,

Pour sortir des clichés sur l’immigration

Samedi 14 mai 2011

Immigrés: une boîte à outils pour répondre à Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy

Un travail de contre-expertise de longue haleine à visée utilitaire. Entre juin 2010 et mars 2011, une trentaine de personnalités – des économistes, des juristes, des historiens, des sociologues, des acteurs associatifs, des syndicalistes, des responsables patronaux, des hauts fonctionnaires et des représentants d’organismes internationaux – ont été auditionnées sur les questions d’immigration par l’association Cette France-là et des parlementaires, surtout de gauche, et un peu de droite. Objectif: prendre Nicolas Sarkozy au mot de sa «culture du résultat» et évaluer la politique mise en œuvre depuis le début du quinquennat.

Mediapart a accompagné cette initiative en mettant en ligne l’ensemble des vidéos des auditions, jugeant précieuse leur valeur documentaire (pour les regarder, cliquer ici). En vue de l’élection présidentielle de 2012, le rapport de synthèse rédigé par Cette France-là (pour le lire, cliquer là) s’apparente à une boîte à outils pour lutter contre les stéréotypes et les contrevérités assenées dans l’espace public. Les élus ont communiqué leurs conclusions de leur côté ce mercredi 11 mai (pour les consulter, cliquer ici), alors que le projet de loi Besson-Hortefeux-Guéant devrait être définitivement adopté à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Pour le collectif Cette France-là, créé en 2007 par des universitaires, des journalistes et des militants associatifs, «l’immigration est un faux problème, à la fois mal informé et mal posé: ses prémisses ne résistent pas à l’analyse. Nos gouvernants le reconnaissent d’ailleurs implicitement, en déplaçant sans cesse la question pour la relancer – de l’immigration irrégulière à l’immigration dite “subie”, et aujourd’hui à l’immigration légale, en même temps qu’aux Français naturalisés, voire d’origine étrangère».

Y a-t-il trop d’immigrés en France? Coûtent-ils trop cher aux finances publiques? Font-ils baisser les salaires? Recension des questions telles qu’elles sont posées et instrumentalisées, de Marine Le Pen à Claude Guéant et parfois jusqu’au PS, et des argumentaires pour y répondre. Les bibliographies des personnes citées sont détaillées ici.

1. Y a-t-il trop d’immigrés en France?

«Il y a à peu près 200.000 étrangers supplémentaires qui sont autorisés à séjourner en France, cela représente, il faut s’en rendre compte, la taille d’une ville comme Rennes, par exemple. Mon objectif, c’est de réduire ce nombre de 20.000», a déclaré Claude Guéant, sur TF1 le 15 avril 2011, tandis que Marine Le Pen plaide pour l’immigration zéro. Décrivant un «monde de sédentaire», le géographe Gildas Simon a rappelé, lors de son audition, que le nombre des migrants internationaux s’élève aujourd’hui à peu près à 230 millions de personnes, dont 200 millions en situation régulière, selon la division de la population de l’ONU, soit 3,3% de la population mondiale.

À propos de l’immigration en provenance d’Afrique subsaharienne, qui constitue un objet d’inquiétude récurrent de Nicolas Sarkozy («Il y a 475 millions de jeunes Africains qui ont moins de 17 ans. La France est à 14 kilomètres de l’Afrique, par le détroit de Gibraltar», avril 2008), le démographe Cris Beauchemin dément l’image de l’Afrique terre d’exode. Les arrivées de migrants subsahariens se sont certes intensifiées depuis les années 1970, mais la part des Subsahariens demeure minoritaire parmi les immigrés: en France, elle s’élevait à 12 % en 2004, alors que 35 % d’étrangers venaient de l’Union européenne, 31 % du Maghreb et 17 % d’Asie. En nombre, l’Hexagone se situe dans la moyenne européenne (5,2 millions en 2008, soit 8,4% de sa population).

L’économiste Joël Oudinet précise par ailleurs qu’«on estime entre 200 et 400.000 le nombre d’étrangers en situation irrégulière en France. 400.000 personnes, cela représente 0,6 % de la population française. La proportion est équivalente au Royaume-Uni. Elle est de 1,2 % en Allemagne, de 1,1 % en Italie et de 3,2 % en Espagne». En matière d’entrées et de sorties, la France figure parmi les pays développés qui ont accueilli la plus faible proportion d’immigrés. «Entre 1995 et maintenant, indique l’économiste, la part des étrangers en Espagne a augmenté 6 fois plus vite qu’en France; au Royaume-Uni, 3,5 fois plus vite; en Allemagne, 1,8 fois plus vite qu’en France; 5 fois plus vite aux États-Unis.» Joël Oudinet soutient même que la France est, «avec le Japon, un des pays riches qui a le plus maintenu ses frontières closes».

Non seulement il n’y a pas trop d’immigrés mais les flux ne doivent pas se tarir. Nombre de pays de l’Union européenne verraient leur population baisser sans cet apport. La France n’est pas dans cette situation, en raison du nombre élevé des naissances. Mais elle ne peut pas se passer d’immigration. Le seuil de remplacement de la population étant de 2,1 alors que son taux de fécondité est de 1,8, il manque 100.000 naissances par an pour assurer le remplacement des générations. «Un flux migratoire d’une ampleur à peu près comparable permet de combler ce déficit», souligne l’économiste Didier Blanchet. Soit 100.000 entrées nettes par an, ce qui correspond au rythme actuel des entrées et sorties (le chiffre de 200.000 avancé par Claude Guéant ne correspond qu’aux entrées sans tenir compte des sorties du territoire).

2. Les immigrés sont-ils trop peu qualifiés?

C’est l’une des idées reçues les plus tenaces. Selon l’Insee, la part des immigrés diplômés de l’enseignement supérieur est passée de 12 à 25% entre 1990 et 2007. Elle se rapproche donc désormais de celle des natifs (29% en 2007). Au cours de la même période, la proportion des immigrés dépourvus de diplômes a chuté de 53 à 37%, même si elle reste trois fois supérieure au pourcentage des natifs sans diplôme. «Les Subsahariens sont plus diplômés du supérieur que la moyenne des immigrés, et plus diplômés du supérieur que la moyenne des personnes qui vivent en France métropolitaine», indique Cris Beauchemin, même si les femmes sont, elles, moins bien loties.

Cette situation contredit l’idée selon laquelle la «misère du monde» se presserait aux frontières de la France. Elle s’explique par le fait que l’émigration, en particulier du Nord vers le Sud, est coûteuse. Selon le spécialiste des migrations et de l’économie du développement, El Mouhoub Mouhoud, la mondialisation des échanges a contribué à une augmentation sensible de ses coûts, car, contrairement aux autres composantes de la mondialisation, à savoir le commerce, les investissements directs à l’étranger, les mouvements de capitaux et les transferts de technologie, on constate que la circulation des personnes n’a pas ou peu été libéralisée.

À la différence des migrations «fordistes» des années 1950 et 1960, ce sont les migrants eux-mêmes, et non pas les entreprises, qui assument le coût de la mobilité. Il en résulte que les candidats à l’émigration ne se recrutent pas parmi les moins bien dotés en capitaux financier, humain et social.

3. Les immigrants sont-ils trop «différents»?

Quand il remet au goût du jour la notion controversée d’«assimilation», lors d’un récent séminaire gouvernemental à Matignon, Claude Guéant préconise l’acculturation des immigrés, c’est-à-dire l’abandon de leurs habitudes d’origine. Nombre de responsables de la droite gouvernementale et d’extrême droite disent, plus ou moins ouvertement, que les populations récemment immigrées, seraient difficiles à «intégrer». Leurs mœurs les empêcheraient d’adhérer aux valeurs républicaines de laïcité et d’égalité entre les sexes. C’est ce qui ressort des différentes polémiques, utilisées comme des chiffons rouges, sur les prières de rue, le niqab ou la polygamie.

L’historien Gérard Noiriel montre que ce type d’assertion est récurrente, en particulier dans les périodes de crise économique et sociale où les inégalités se creusent et où les gouvernants sont impuissants à répondre à la peur de la pauvreté ou du déclassement éprouvée par les classes populaires.

Dès les années 1880, les Italiens travaillant en France se voient reprocher leur supposé défaut d’«assimilation». Dans Immigration, antisémitisme et racisme en France, l’historien décrit comment la rhétorique des années 1930 joue de l’opposition entre les «bons» immigrés d’avant et leurs successeurs considérés comme peu ou difficilement intégrables. Les travaux scientifiques invalident ces préjugés: en analysant des critères comme l’acquisition de la langue, la fréquence des unions mixtes et la mobilité socio-économique, ils démontrent que l’insertion des migrants dans la société française s’effectue à peu près au même rythme d’une génération à l’autre. Jean-Pierre Garson, économiste à l’OCDE, le confirme: «La promotion des immigrés est une réalité souvent cachée, invisible, alors qu’elle se vérifie dans les chiffres.»

4. Les immigrés coûtent-ils cher à la France?

C’est un des thèmes de prédilection traditionnels de Marine Le Pen. «L’immigration peuple la France d’ayants droit pour qui, bien souvent, la seule affinité avec notre pays se limite aux avantages matériels qu’il leur procure», écrit-elle dans son programme. Mais elle n’est pas la seule. Récemment, le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, a pris l’argument frontiste à son compte.

«Sur l’immigration à caractère strictement social, nous allons nous heurter à un problème, c’est que nous n’aurons plus les moyens de payer, c’est-à-dire que derrière cela le coût social pour le contribuable est tellement élevé qu’il y aura un moment où on ne tiendra plus le coup financièrement, parce que c’est du déficit et qu’on n’y arrive plus», a-t-il déclaré sur RFI.

«D’aucuns vont jusqu’à laisser entendre que les avantages offerts par le système de protection sociale français constituerait l’une des principales motivations de l’expatriation des migrants. Les étrangers sont alors portraiturés en oisifs, vivant aux crochets des autochtones par l’entremise de l’assurance chômage et de l’accès gratuit aux soins et à l’éducation pour leurs enfants», rapporte Cette France-là, qui souligne qu’une enquête d’Eurostat de 2001, menée à la fois auprès de migrants déjà présents en Europe et parmi des candidats au départ résidant encore dans leurs pays d’origine (en l’occurrence la Turquie, le Maroc, l’Égypte, le Ghana et le Sénégal), montre que seuls 3 à 28% des migrants ont acquis des connaissances sur la protection sociale que pouvait leur offrir leur nouveau ou futur pays d’accueil.

À la différence des pays anglo-saxons, où les travaux sur la contribution des immigrés aux finances publiques sont monnaie courante, ils sont rares en France, ce qui empêche que le débat ait lieu sur des bases sérieuses. D’où l’intérêt d’une récente étude sur l’impact de l’immigration sur les comptes de la protection sociale réalisée pour la MIRE, le centre de recherches du ministère de la santé, des affaires sociales et du travail. L’économiste Lionel Ragot y a participé.

Après avoir calculé le montant des prélèvements effectués par l’État et le niveau des prestations perçues, il conclut, en tenant compte de la structure par âge, que «globalement la contribution au budget des administrations publiques des immigrés, en 2005, était positive et de l’ordre de 12 milliards d’euros. (…) Si on ramène ça par immigré, grosso modo la contribution nette d’un immigré, en 2005, était de 2.250 euros alors que celle d’un natif était de 1.500 euros». Plus un étranger est hautement qualifié, plus son apport aux finances publiques est important, constate Lionel Ragot qui rappelle aussi que les deux postes de dépenses que sont le RMI et les aides au logement «sont beaucoup moins importants dans l’ensemble des transferts sociaux, les deux postes les plus importants étant les retraites et la santé».

Également interrogé, Joël Oudinet partage la même analyse. «Les études, dit-il, montrent que le solde est plutôt positif: ils dépensent en moyenne plus en impôts qu’ils ne bénéficient d’aides sociales. L’impact est d’autant plus positif que les migrants sont qualifiés.»

En tenant compte des perspectives démographiques, et notamment du vieillissement de la population, Lionel Ragot va plus loin. Sans les immigrés, il sera plus difficile de payer les retraites et de financer la branche maladie. «Nos résultats sont sans ambiguïté, insiste-t-il. Si on compare avec immigration et sans immigration, on voit bien que l’immigration a un apport au financement de la protection sociale puisque sans immigration, en 2050 ce n’est pas 3% du PIB en plus qu’il faut trouver pour financer la protection sociale, c’est quelque chose de l’ordre de 4,3%. Ça montre bien que l’immigration réduit le fardeau fiscal lié au phénomène du vieillissement démographique.»

5. Les immigrés font-ils baisser les salaires?

La présidente du FN répète que l’immigration est «poussée par le grand patronat pour qui elle est une délocalisation à domicile qui lui permet de compresser les coûts salariaux». Là encore Marine Le Pen est rejointe par la droite. Cette fois-ci, c’est Hervé Morin, ancien ministre de la défense et président du Nouveau Centre, qui déclare: «Que Claude Guéant dise “il faut arrêter les flux migratoires”, je l’approuve, parce que les flux migratoires pèsent sur le pouvoir d’achat, parce qu’ils pèsent sur les salaires.» Ce présupposé est pourtant sans fondement.

Certes, d’un point de vue théorique, «les salaires sont effectivement susceptibles de baisser s’il y a une concurrence entre les demandeurs, selon l’économiste Joël Oudinet. (Mais) cela n’est valable que pour les emplois substituables: mêmes types de compétences et de qualifications. À l’inverse, les emplois complémentaires voient leurs revenus s’accroître. Mais dans les faits, toutes les études montrent que les effets sont très limités. On peut voir dans certains cas certaines baisses, pour ceux qui sont en concurrence, et certaines hausses, pour ceux qui ne le sont pas, mais c’est très très faible».

En outre, les «autochtones» ne sont pas les premières victimes d’éventuelles baisses de salaire: «La concurrence se joue essentiellement entre les anciens immigrés et les nouveaux arrivants, indique l’économiste. Ce sont donc les premiers qui voient leurs salaires baisser. Parce qu’ils se retrouvent dans les mêmes secteurs: construction, restauration, commerce, services, ménage… Dans toute l’Europe, ce sont les immigrés qui font tourner ces secteurs-là.»

Une étude récente, réalisée en 2010 par Javier Ortega, chercheur à la London School of Economics, et Grégory Verdugo, chercheur associé à la Banque de France, avance même que la présence d’immigrés sur le marché de l’emploi aurait, en réalité, plutôt un effet positif sur les revenus des natifs. Ayant étudié la période allant de 1962 à 1999, les auteurs constatent que non seulement «l’immigration a aidé les autochtones à grimper les échelons professionnels», mais que, en plus, «l’arrivée de migrants d’un niveau d’éducation et d’expérience donné aurait permis aux autochtones ayant le même niveau de se libérer de la contrainte d’occuper des emplois peu rémunérés et d’accéder à des postes mieux payés». Ainsi, «une croissance de 10% de l’immigration entraînerait une hausse de l’ordre de 3% des salaires des natifs».

6. Les immigrés prennent-ils les emplois des natifs?

Aussi ancrée dans l’esprit des Français, cette idée reçue n’a pas plus de justification que la précédente puisque le marché du travail se dilate pour s’adapter à l’arrivée de nouveaux venus. «Les immigrés sont aussi consommateurs, ils créent donc de la demande supplémentaire, donc des emplois, souligne Joël Oudinet. Toutes les études montrent, et c’est encore plus significatif que sur les salaires, que les migrants arrivant créent leurs propres emplois. Nous avons simulé un modèle macro-économétrique là-dessus, en 2007: en imaginant une augmentation de 10% du flux d’immigration au Royaume-Uni, le taux de chômage n’augmenterait alors que de 0,01 point au bout de 13 ans. Et si on allait jusqu’à + 1% de population active, le taux de chômage n’augmentait même que de 0,58%.»

Les exemples empiriques des rapatriés d’Algérie en 1962 et des Cubains en Floride confirment l’impact quasi nul que des afflux, même massifs, d’étrangers ont sur le taux de chômage du pays d’accueil. Par ailleurs, des pans entiers des secteurs des services, du bâtiment, de l’agriculture, de la restauration ou des travaux publics recrutent massivement leur main-d’œuvre parmi la population immigrée, car ils peinent à trouver preneurs pour les emplois pénibles et précaires.

7. La France manque-t-elle de logements pour accueillir les immigrés?

Cet argument ne cesse d’être utilisé, y compris parfois à gauche. Et pourtant, les analyses du démographe François Héran viennent le contrecarrer. «Les capacités d’accueil de la France seraient en nombre fini, seraient quantifiables et seraient déjà saturées. Or, l’adéquation entre les flux d’entrée et les moyens disponibles est une affaire très complexe», dit-il, citant, aux côtés des entrées d’étrangers, les afflux de naissances inattendus, tel le baby boom qui a provoqué l’arrivée de 7 millions de personnes, ou les afflux de personnes âgées, «là encore, dit-il, 7 à 8 millions de survivants supplémentaires qu’on n’avait pas prévus, à cause de l’allongement de la vie».

D’où sa conclusion, éloignées des lieux communs: «On a dit “nos capacités d’accueil sont limitées, désolés, il va falloir réduire les flux”… C’est assez intéressant de voir qu’en réalité une politique démographique, si on peut utiliser ce grand mot, c’est quand même fondamentalement de devoir faire avec, c’est-à-dire d’accueillir le surcroît de population imprévu et les migrants en font partie. À la différence qu’il y a des époques où on va les chercher.»

L’intégralité du rapport d’audit de la politique d’immigration de Nicolas Sarkozy est ici.

L’ensemble des vidéos des auditions sont rassemblées sur une seule page là.

Tags : , ,

Les idées reçues sur l' »assistanat »

Mercredi 11 mai 2011

Le quotidien LE MONDE analyse les idées reçus liées aux déclarations du ministre Laurent Wauquiez sur les prétendues « dérives de l’assistanat » : un thème important du programme de terminale (dans le chapitre « Intégration et solidarités »)

Cinq idées reçues sur « l’assistanat »

LEMONDE.FR | 10.05.11

Laurent Wauquiez a jugé anormal que le système de protection social français, "le plus généreux d'Europe", permette "très facilement aux étrangers de bénéficier de nos différents outils de solidarité".

Laurent Wauquiez a jugé anormal que le système de protection social français, « le plus généreux d’Europe », permette « très facilement aux étrangers de bénéficier de nos différents outils de solidarité ». AFP/PIERRE VERDY

L’assistanat est un « cancer de la société française ». Si on lui a reproché les mots employés, Laurent Wauquiez, en s’attaquant au revenu de solidarité active (RSA), a surfé sur un cliché bien implanté. Quelque 80 % des classes moyennes sont d’accord avec l’idée qu’il « y a trop d’assistanat et [que] beaucoup de gens abusent des aides sociales », selon une étude menée par l’IFOP en octobre 2010, citée par Le Post.fr.

Peut-être le ministre des affaires européennes pensait-il à cet électorat quand il a émis l’idée, dimanche 8 mai, de plafonner les minima sociaux à 75 % du smic et d’obliger les personnes au RSA à effectuer des travaux « d’intérêt civique » ? Malgré les protestations suscitées dans l’opposition comme dans la majorité, cette proposition s’inscrit dans une longue tradition d’attaques contre « l’assistanat ». Un thème cher à des figures de droite, comme Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy,  mais aussi de gauche, comme Ségolène Royal. Cela n’empêche ce discours de reposer en partie sur des clichés trompeurs. Décryptage.

1. La France distribue plus d’aides sociales que les autres pays d’Europe ?

C’est faux. La France est dans la moyenne européenne pour sa protection sociale. En 2005, elle se classait, selon l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes), au deuxième rang des pays de l’OCDE quant au poids de ses dépenses de protection sociale par habitant. Mais ce chiffre recouvre à la fois la couverture maladie, les retraites et les minima sociaux.

Or, ces derniers ne sont pas distribués à tort et à travers. En France, il existe une dizaine de minima sociaux (voir encadré) qui répondent à des critères très précis d’attribution. Au total, selon l’Insee, 3,5 millions de personnes ont perçu une de ces allocations en 2009. Soit 6,2 % de plus qu’en 2001, où elles étaient 3,28 millions. Une hausse imputée par le gouvernement à la mise en place du RSA et à la crise.

Mais, en ce qui concerne le seul revenu minimum – équivalent du RSA ou du RMI –, on se rend compte que la France n’est pas plus généreuse que ses voisins européens. Selon l’Irdes, les allocataires du revenu mimimum ne représentaient que 2 % de la population active française en 2006. Une proportion qui monte à 6 % en Finlande, 3,4 % en Allemagne ou 5,6 % au Royaume-Uni. « Nous sommes dans la moyenne européenne », confirme Henri Sterdyniak, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). « Les pays scandinaves dépensent bien plus que nous. Plus étonnamment, l’Angleterre et l’Irlande aussi ont des systèmes très généreux, certes avec un contrôle social plus fort des bénéficiaires, un suivi serré. »

2. Les montants des minima sociaux sont plus importants en France ?

C’est une autre idée reçue. Les montants des aides sociales françaises sont plutôt bas, par rapport à ceux d’autres pays européens. Suivant l’allocation, le montant mensuel peut varier de 324 euros (allocation d’insertion) à 711 euros (allocation adulte handicapé), comme le montre ce barème de l’Insee. On note l’exception de l’allocation équivalent retraite : 994 euros.

Selon une étude du ministère de la santé, en 2003, les minima sociaux versés en France équivalaient, pour un célibataire, à 44 % du salaire médian. C’était plus qu’en Belgique (39 %) mais moins qu’en Allemagne (46 %), qu’au Royaume-Uni (51 %), qu’en Irlande (62 %) ou qu’aux Pays-Bas (77 %).

« Les montants ne sont pas généreux en France, affirme M. Sterdyniak, de l’OFCE. Les minima ne sont pas revalorisés depuis longtemps. Des gens qui étaient juste au-dessus du seuil de pauvreté se retrouvent maintenant en dessous. Etrangement, bien qu’averti de ce fait, le gouvernement n’a touché qu’au seul minimum vieillesse. » Ce dernier est revalorisé chaque année depuis le début du quinquennat.

Une politique de baisse volontaire, selon l’économiste. « Depuis Jospin, la grande idée, c’est d’inciter à travailler, donc creuser l’écart entre le RMI, puis le RSA, et le smic. Il y a deux stratégies : augmenter le smic ou laisser stagner le RSA. Le gouvernement a choisi la seconde. »

3. On peut gagner davantage en touchant les minima sociaux qu’en travaillant ?

Encore un cliché qui a la vie dure. Il n’est pas possible en pratique de cumuler les minima sociaux pour atteindre des revenus supérieurs à ceux d’un smicard. Le RSA, qui remplace depuis 2009 le RMI, est conçu pour ne pas dépasser 62 % du smic, avec un bonus en fonction du nombre éventuel d’enfants.

Et toucher une autre aide, par exemple, des allocations familiales (auxquelles toute famille a droit quels que soient ses revenus) entraîne mécaniquement une diminution du montant du RSA. Toute autre allocation provoque le même effet.

« M. Wauquiez raconte des choses fausses quand il dit qu’on peut gagner plus en minima sociaux qu’en salaires. Il n’y a aucun problème : on gagne plus en travaillant que dans l’assistanat, toutes les études le prouvent », assure M. Sterdyniak.

4. Les personnes aidées ont en plus des petits avantages que n’ont pas les smicards ?

C’est un autre angle d’attaque du ministre, qui exagère la réalité. Les « droits connexes » sont ciblés et s’adressent à des populations suivies. Les bénéficiaires de minima sociaux ont certes droit à des avantages souvent attribués par les communes ou les départements : transports en commun gratuits ou à tarif réduit, cantine moins chère pour les enfants, services de garde, tarifs sociaux de l’électricité…

Mais une mission parlementaire de 2009 a montré que, si ces droits étaient très variables en fonction du lieu d’habitation, leur attribution était plutôt accompagnée et ciblée (familles monoparentales, publics volontaires). Et que leur distribution, tout comme celle du RSA, s’accompagnait d’un suivi de la personne bénéficiaire.

Point important : la plupart de ces aides ne sont souvent pas attribuées en fonction d’un statut (par exemple, être au RSA) mais selon un niveau de revenu. Une famille de deux enfants vivant avec un seul salaire au smic – exemple pris par M. Wauquiez – peut ainsi bénéficier de la couverture médicale universelle (CMU).

5. Les étrangers peuvent profiter facilement de ces minima sociaux ?

C’est un autre stéréotype qui revient régulièrement. Pourtant, en France, les conditions d’accès aux minima sociaux pour les étrangers sont complexes.

Dans sa sortie controversée, M. Wauquiez a proposé de réserver le RSA aux étrangers travaillant depuis cinq ans minimum en France. Il ignorait visiblement que la loi instaurant le revenu de solidarité active prévoit déjà exactement la même chose : il faut être en possession d’un titre de séjour et d’une carte de travail depuis au moins cinq ans pour bénéficier du RSA si on est natif d’un pays extérieur à l’Union européenne. Pour les ressortissants de l’UE, ce délai est de trois mois, et ceux-ci ne peuvent prétendre au RSA s’ils sont entrés en France pour y chercher un travail. Les conditions sont tellement restrictives que des associations comme le Gisti avaient protesté lors de la mise en place du revenu de solidarité active.

« Notre drame, c’est ce délitement des classes populaires, qui ont connu le plein emploi et dont le monde s’effondre avec le chômage de masse, résume Henri Sterdyniak. Ils voient des travailleurs immigrés dont ils ont l’impression qu’ils les tirent vers le bas, et ils ont l’impression que les aides vont vers ces populations plutôt que vers eux, ce qui n’est pas vrai. Laurent Wauquiez ne fait que soutenir cette idée reçue pour tenter de capter un électorat déboussolé, qui est passé du vote communiste au vote FN. »


Samuel Laurent

Les minima sociaux français

– Le RSA (revenu de solidarité active) a remplacé le RMI (revenu minimum d’insertion) et l’allocation de parent isolé en 2009 : 466 euros mensuel maximum pour une personne seule.

– L’allocation aux adultes handicapés (AAH) : 727,61 euros maximum

– L’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI) : 388,05 euros maximum

– L’allocation de solidarité spécifique (ASS) pour les chômeurs en fin de droits : 460,51 euros maximum

– L’allocation d’insertion remplacée par l’allocation temporaire d’attente (ATA) pour les demandeurs d’asile et les ex-détenus : 324,55 euros maximum

– L’allocation supplémentaire de vieillesse et l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ce qu’on nomme « minimum vieillesse ») : 708,95 maximum

– L’allocation veuvage (AV) : 565,13 euros maximum

– L’allocation équivalent retraite-remplacement (AER) : 995,40 euros maximum

– Le revenu de solidarité (RSo) pour les personnes sans emploi de plus de 55 ans outre-mer : 860,72 euros maximum, en fonction des revenus

Tags : , ,

La finance disqualifiée par ses escroqueries

Mardi 10 mai 2011

Un chercheur spécialiste des marchés financiers, PAUL JORION – l’un des rares auteurs à avoir prévu la crise de 2008 -, rappelle dans Le Monde que le secteur financier a volontairement trompé ses clients, et ne peut plus inspirer confiance aux autorités publiques. On peut ajouter qu’aucun de ces quelques dizaines de spéculateurs, qui par leurs agissements frauduleux ont coûté chacun des milliards de dollars au système financier mondial, n’est allé en prison…

Lloyd Blankfein, PDG de la banque d’affaires Goldman Sachs, lors d’une audience devant une commission d’enquête du Sénat américain en avril 2010.

La finance s’est disqualifiée

LE MONDE ECONOMIE | 09.05.11

Tous les efforts menés en vue d’une nouvelle régulation de la finance recourent à une même stratégie : consultation du monde financier par les autorités, puis négociation pour que se dégage un compromis entre les exigences des uns et des autres.

Mais la condition essentielle pour qu’une telle stratégie réussisse est que l’industrie financière s’identifie à l’intérêt général, qu’elle reconnaisse et promeuve la nécessité de garantir un cadre qui maintienne la pérennité des institutions financières sans affecter pour autant la bonne santé de l’économie.

Existe-t-il des éléments pour étayer l’hypothèse que chaque établissement financier fera prévaloir l’intérêt général sur son intérêt particulier ?

Hélas, non : le déroulement de la crise en 2007 et 2008 suggère au contraire qu’il s’agit d’une croyance infondée.

Le rapport du Sénat américain rendu public le 13 avril confirme ce qu’avaient déjà mis en évidence les auditions de dirigeants de la banque Goldman Sachs en avril 2010.

CONFIANCE DES MEILLEURS CLIENTS TRAHIE

A savoir qu’elle – et plusieurs autres, dont, au premier rang, la Deutsche Bank – a non seulement trahi la confiance de certains de ses meilleurs clients en leur vendant des produits financiers (les « collateralized debt obligations » – CDO) structurés de manière à être de la plus mauvaise qualité possible, mais qu’elle a mis au point de nouveaux produits dérivés (les CDO « synthétiques ») pour parier sur la perte de l’ensemble du secteur du crédit hypothécaire américain.

Elle a ainsi précipité la chute de tous ceux qui eurent la naïveté de se positionner sur l’autre versant du pari, mais aussi celle du système financier mondial dans sa globalité !

Le rapport du Sénat décrit le responsable du crédit hypothécaire chez Goldman Sachs promettant à son équipe de commerciaux des primes « ginormous » – une contraction des mots « gigantic » et « enormous » – s’ils parvenaient à vendre ces produits.

Dans un mail, l’un des dirigeants de la banque en Australie dit, à propos de la découverte d’un gogo à qui l’on pourra vendre ces produits avariés : « Je crois avoir trouvé un éléphant blanc, un cochon volant et une licorne, tout en un ! »

Les établissements financiers en question poursuivent aujourd’hui leurs activités en toute quiétude.

Aucun de leurs dirigeants n’a été inculpé. Mieux, on les retrouve assis aux tables de négociation, faisant objection aux propositions des régulateurs qui représentent la communauté dans son ensemble.

Il faut donc changer de méthode. Le régulateur doit rédiger les règles qui permettront de réduire de manière drastique le risque systémique.

Alors que les positions de couverture neutralisent un risque existant dans une perspective assurantielle, les positions spéculatives, du fait de leur nature de pari, créent, elles, un risque là où il n’existait pas préalablement.

L’apport en liquidité du spéculateur, qu’il invoque en général pour justifier sa présence, doit être ignoré : un apport en liquidité à des niveaux de prix spéculatifs est sans objet et, a fortiori, ne compense pas l’accroissement du risque systémique qu’il apporte avec lui.

Une fois définies les mesures à prendre, celles-ci doivent être mises en application, sans négociation avec l’industrie financière : l’incapacité de ses principaux représentants à s’identifier à l’intérêt général a été amplement prouvée au cours de ces trois dernières années.

Paul Jorion, économiste et ethnologue.

Tags : , ,

L’avenir de l’Europe, vu par son Président

Lundi 9 mai 2011

On le sait peu, mais l’Union européenne a un président : Herman Van Rompuy, président du Conseil européen. Il a peu de pouvoirs, mais il donne dans un article du Monde paru aujourd’hui son point de vue sur les deux défis qui attendent l’Europe, selon lui.

Tags : ,

Un ministre veut lutter contre « les dérives de l’assistanat »

Lundi 9 mai 2011

LAURENT WAUQUIEZ, ancien secrétaire d’Etat à l’Emploi et actuel ministre des Affaires européennes, propose – avec son mouvement politique « La Droite sociale » – un projet de loi contre « l’assistanat », et souhaite notamment limiter l’ensemble des aides sociales perçues par une personne à 75 % du SMIC.

Lire l’article dans le quotidien (favorable au gouvernement) LE FIGARO.

Un bon exemple d’actualité à citer dans une accroche d’introduction d’un devoir en terminale, pour un sujet sur la protection sociale ou l’emploi…

Tags : , , ,

L’affaire des « binationaux » de la FFF : un problème plus social que racial ?

Samedi 7 mai 2011

ARTICLE PARU DANS LE QUOTIDIEN « LIBERATION », par deux auteurs de sciences sociales très connus : Stéphane Beaud, sociologue, spécialiste des quartiers populaires (et qui a écrit un livre sur la grève des Bleus en Afrique du Sud) ; et Gérard Noiriel, historien, spécialiste de l’immigration. A lire attentivement, pour mieux comprendre la polémique sur les « binationaux » :

Sports 06/05/2011

Race, classe, football: ne pas hurler avec la meute

Par GÉRARD NOIRIEL historien, EHESS, STÉPHANE BEAUD Sociologue, Ecole normale supérieure, auteur de « Traîtres à la nation » (La Découverte)

Depuis la grève des Bleus en Afrique du Sud, le football d’élite est devenu un objet pour sociologues, et même l’objet d’une vive controverse. Samedi dernier, à rebours des analyses d’Eric Fassin et Pap Ndaye, le sociologue Stéphane Beaud refusait de taxer de «racistes» les propos des dirigeants de la FFF. Il persiste dans ce texte, cosigné avec l’historien de l’immigration Gérard Noiriel : la discrimination serait moins raciale que sociale. Eric Fassin répondra à cet article la semaine prochaine, dans nos colonnes.

—-

Une nouvelle fois le football français est l’objet d’un «scandale» déclenché cette fois non par la grève des Bleus mais par les révélations de Mediapart sur le projet de la DTN (direction technique nationale) d’imposer des «quotas» de binationaux dans le recrutement de jeunes joueurs (13 ans) dans ses propres centres de formation. Dans un premier temps, les intéressés – le sélectionneur (Laurent Blanc) et le DTN (François Blaquart) – nient en bloc. Quand la publication le lendemain du verbatim de la réunion par Mediapart apporte la preuve des allégations du premier article, la machine médiatique s’emballe : gros titres de la presse écrite, première place dans les JT, etc. Face à ces révélations, la ministre des Sports ne tarde pas à suspendre le DTN. Laurent Blanc, jusqu’alors épargné, est mis en cause : suspecté de «racisme», il se voit contraint de s’excuser («si, pour ce qui me concerne, j’ai heurté certaines sensibilités, je m’en excuse»). Les militants de la «cause noire» en France montent ensuite au créneau, réclamant la tête de tous les participants à cette réunion de travail. Dans cette nouvelle affaire, c’est la direction du football français qui est éclaboussée, la DTN apparaissant comme le siège d’un racisme institutionnel.

Il va sans dire (mais par les temps qui courent il n’est pas inutile d’enfoncer le clou) que nos propos n’ont nullement pour but de justifier la DTN. D’une part, ce projet de quotas dans les centres de formation est, sur le plan du droit, clairement discriminatoire. D’autre part, le langage employé par les protagonistes de cette réunion interne de travail reflète, par moments, une réelle défiance à l’égard des joueurs issus de l’immigration post-coloniale.

Une grille de lecture passe-partout

Mais nous pensons que le rôle des sociologues n’est pas d’instruire des procès en hurlant avec la meute. Il leur revient de clarifier les problèmes en prenant appui sur les recherches empiriques qu’ils ont eux-mêmes développées sur les sujets dont ils parlent. Le traitement médiatique de cette affaire, dans sa recherche effrénée du scoop («foot français : les dirigeants veulent moins de Noirs et d’Arabes», titre Mediapart dans son article qui lance l’affaire) et du scandale qui fait vendre, nous paraît extrêmement malsain. En dénonçant le «racisme» des dirigeants de la DTN, les journalistes et les intellectuels critiques qui leur ont emboîté le pas, raisonnent comme si on pouvait mettre sur le même plan les blagues racistes (filmées) d’Hortefeux, la légitimation publique de la discrimination raciale par Zemmour et les propos de Laurent Blanc sur les qualités physiques spontanément attribuées aux Noirs dans le milieu du foot (tenus lors d’une réunion interne de travail, dans une «conversation à bâtons rompus» comme il dit).

En utilisant le même mot pour dénoncer des propos et des postures aussi hétérogènes, on court le risque de banaliser le racisme et d’aboutir finalement à un résultat en tout point opposé au but que prétendent poursuivre ceux qui se posent en porte-parole autoproclamés de la cause des Noirs. Cette grille de lecture passe-partout leur permet de se donner le beau rôle, tout en faisant l’économie des enquêtes sérieuses qui sont nécessaires si l’on veut comprendre et expliquer les problèmes actuels de la société française. Les entrepreneurs de morale alimentent ainsi un climat de suspicion qui ruine aujourd’hui les relations internes au milieu de la recherche. Discréditer les analyses qui visent à comprendre les comportements des acteurs sociaux en les présentant comme des formes de complicité avec «l’ennemi» revient à invalider la démarche propre aux sciences sociales.

Pour toutes ces raisons, nous refusons pour notre part de cautionner la polémique malsaine et d’un niveau intellectuel affligeant, visant à traquer les traces de «racisme» chez les protagonistes de cette affaire pour les jeter en pâture à l’opinion publique («Laurent Blanc est-il « raciste » ?», reprennent en chœur les gazettes). Si l’on veut comprendre les véritables enjeux de cette affaire, il faut la resituer dans son contexte sportif et social et mettre en lumière les contraintes qui pèsent aujourd’hui sur une institution comme la DTN au sein de la Fédération française de football.

En premier lieu, nous commencerons par rappeler que le football est sans doute aujourd’hui la pratique sociale qui contribue le plus à favoriser le «vivre ensemble» entre les jeunes des quartiers populaires, quelle que soit leur origine. Et ce n’est pas rien en ces temps de ségrégation urbaine et sociale croissante. C’est cette immersion du football dans les milieux populaires qui explique, fondamentalement, les contradictions dans lesquelles se débattent ceux qui le représentent au plus haut niveau, contradictions que les institutions d’élite auxquelles appartiennent (ou dont sont issus) la plupart des intellectuels critiques qui se posent aujourd’hui en juges ne risquent pas de rencontrer.

La réunion de la DTN qui est au cœur de la polémique actuelle a permis de mettre en lumière deux grands problèmes. Le premier est d’ordre institutionnel (1). On ne peut rien comprendre à cette affaire si l’on oublie que le décret de la Fifa adopté en 2009 – supprimant la barrière de l’âge qui imposait à un joueur binational d’opter pour l’équipe nationale de son choix (la France ou le pays d’origine de ses parents) avant ses 21 ans – a modifié la donne en profondeur. Il a conduit les recruteurs des équipes nationales des pays du Sud (Algérie, Maroc, Sénégal, Côte-d’Ivoire, etc.) à démarcher activement les jeunes joueurs français pour les convaincre, avec force arguments, de jouer pour le pays de «leurs parents» (ce qu’ils vont appeler ensuite, une fois leur choix fait, le pays de «leur cœur»).

Zidane en équipe d’Algérie ?

L’équipe de France qui vivait sur son acquis et son prestige (championne du monde 1998) a ainsi perdu ces dernières années, face à ses concurrents devenus agressifs sur ce «marché», beaucoup de joueurs formés en son sein. Ceux qui affirment que ces départs des binationaux vers les équipes du Sud ne concernent que les «moins bons» (ceux qui n’ont aucune chance d’être sélectionnés en équipe de France A), se trompent. Des joueurs comme Chamakh, Belhanda, El-Arabi (Maroc) ou comme Moussa Sow (Sénégal, meilleur buteur du championnat français) avaient tout à fait la dimension de futurs Bleus. Mais ils ont échappé à l’équipe de France A du fait, d’une part, de l’activisme de recruteurs bons connaisseurs du marché français (c’est le cas d’Eric Gerets, sélectionneur du Maroc, ancien entraîneur de l’OM) et, d’autre part, d’une forme d’attentisme des autorités de la DTN. Pour prendre un exemple historique (rêve pour les uns, cauchemar pour les autres), il n’est pas absurde de penser qu’un Zidane, fils d’immigrés algériens, s’il était né quinze ans plus tard (1987 au lieu de 1972), aurait pu opter pour l’équipe d’Algérie (il n’a connu sa première sélection chez les Bleus qu’à l’âge de 22 ans) si un tel contexte institutionnel avait existé à l’époque.

Blacks ou ouvriers ?

Ajoutons que les clubs professionnels privés sont aussi concernés par cette question des binationaux : avoir dans son équipe un joueur international accroît la valeur marchande de ce dernier, donc l’actif patrimonial du club. L’équipe de France est pour l’instant plus cotée sur le marché que les équipes africaines. Ainsi quand de tels joueurs optent pour l’équipe nationale de leur pays d’origine, ce choix dessert l’intérêt financier de ces nouveaux centres de profit que sont les clubs pros. Comme on le voit la question des binationaux n’est pas anecdotique. La mission fixée à la DTN est de préparer une nouvelle équipe de France qui nous fasse rêver comme la «dream team» de 98. Bien sûr, les dirigeants des équipes nationales des pays d’où sont originaires un certain nombre de joueurs talentueux formés dans les clubs français utilisent tous les moyens dont ils disposent pour tenter, eux aussi, de réunir les joueurs les plus performants. Nous sommes donc ici en présence d’une contradiction flagrante entre des intérêts nationaux divergents avec, à l’arrière-plan, des enjeux économiques et politiques immenses (quand on sait l’importance prise par le football dans la fierté nationale d’un peuple). Cela ne justifie certes pas le projet de quotas mais éclaire fortement le contexte dans lequel il a pu surgir. Bref il n’y avait rien de scandaleux à ce que la DTN se saisisse de cette affaire d’importance pour le football français que constitue la fuite des binationaux vers les équipes de leurs pays d’origine.

Le deuxième problème qu’a mis en lumière cette affaire concerne le nouveau vocabulaire qui tend aujourd’hui à s’imposer au sein du football français. Lors de cette fameuse réunion de la DTN, le mot «Black» est revenu à plusieurs reprises dans la bouche des protagonistes. Avant de dénoncer son usage, il faut commencer par tenter de comprendre ce qu’il signifie dans le langage indigène actuel des «footeux». Le football étant le sport de prédilection des classes populaires, depuis la Seconde Guerre mondiale il a toujours été massivement alimenté par les enfants d’immigrés. Ce qui s’est produit avec les Italiens, les Polonais, les Algériens se poursuit aujourd’hui avec les enfants des pays d’Afrique subsaharienne nés ou venus en France dans les années 1980-1990.

Le mot «Black» s’est progressivement imposé dans le football comme un terme générique pour désigner les joueurs issus de cette dernière vague d’immigration. Il renvoie moins à une catégorie raciale qu’à une catégorie sociale. La plupart des joueurs d’origine africaine qui se sont imposés au plus haut niveau ont en effet grandi dans les cités de la région parisienne (60 % des élèves des centres de formation en seraient issus), au sein de familles d’ouvriers (les pères de Diarra, Sagna, Diaby le sont). Ils ont connu la «culture de cité» qui s’est imposée dans la banlieue paupérisée et politiquement déstructurée des années 1990-2000. Cette histoire sociale particulière explique non seulement l’extraordinaire énergie que ces jeunes déploient pour s’en sortir par le sport, mais aussi, pour ceux qui sont les plus inscrits dans la culture de cité, certains traits de leur comportement qui contreviennent aux exigences du haut niveau (difficultés à respecter un certain nombre de normes : sociales, sportives, diététiques).

Une façon de dire «déviants»

Il est certain que les cadres de la FFF, dont beaucoup sont issus des précédentes générations de la classe ouvrière (cf. Laurent Blanc, Aimé Jacquet, etc.), ont parfois du mal à comprendre les attitudes de ces jeunes. Ce qui explique (mais n’excuse pas) les connotations péjoratives prises par le mot «Black». On peut penser que c’est cette acception du terme que Laurent Blanc a en tête lorsqu’il s’exprime dans cette réunion de la DTN en novembre 2010 dont le verbatim a été produit par Mediapart. En bref, son expérience de coach et ses discussions avec les éducateurs le conduisent à parler des «Blacks» pour désigner le groupe «déviant» des jeunes qu’il faut particulièrement surveiller et encadrer, non pas du fait de leur couleur de peau, mais de leurs caractéristiques sociales et de leur comportement modal dans la vie d’une équipe.

L’utilisation d’un mot emprunté au vocabulaire racial pour désigner ces jeunes est très critiquable d’un point de vue civique. Mais elle ne fait qu’illustrer le processus que nous avons décrit dans nos travaux sur l’ethnicisation/racialisation du discours social en France depuis les années 1980. Faut-il préciser que les responsables de la DTN n’ont pas eux-mêmes inventé ce vocabulaire ? Ce sont les politiciens, les journalistes, les intellectuels, bref les professionnels de la parole publique qui ont fabriqué, à partir des années 1980, par le biais des polémiques qui les ont opposés sur l’immigration, le lexique qui enferme les individus dans une identité ethnique ou raciale réifiée en occultant constamment leur identité sociale.

) Un chapitre entier du livre de Stéphane Beaud, Traîtres à la nation ? Un autre regard sur la grève des Bleus en Afrique du Sud, est consacré à cette question.

Tags : , ,