Les inégalités face à la mort se maintiennent

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Toujours inégaux face à la mort

L’espérance de vie progresse mais les inégalités entre cadres et ouvriers se maintiennent. L’Insee publie une enquête, le détail.

On vit plus longtemps. Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, l’espérance de vie a progressé sans interruption : 82 ans pour les femmes, 78 pour les hommes. Ça c’est pour le cadre général. Quand on regarde dans le détail, les inégalités face à la mort ont la vie dure. L’Insee publie une étude sur le sujet. Voici ce qu’il en ressort, en quatre points.

L’espérance de vie progresse pour tout le monde

En un quart de siècle, les hommes de 35 ans ont gagné cinq années d’espérance de vie et les femmes quatre ans et demi. A 35 ans, une femme peut espérer vivre en moyenne encore 49 ans (jusqu’à 84 ans, donc) et un homme 43 ans (jusqu’à 78 ans). La baisse de la mortalité a profité à peu près de la même façon à toutes les catégories sociales : les femmes ont ainsi gagné entre 3,9 et 4,8 ans selon leur catégorie sociale et les hommes de 4,3 à 5,5 ans

De fortes inégalités sociales face à la mort

6,3 années, c’est l’écart d’espérance de vie entre les hommes cadres et ouvriers. Les hommes cadres de 35 ans peuvent espérer vivre encore 47 ans (soit jusqu’à 82 ans) et les hommes ouvriers 41 ans (soit 76 ans). L’écart existe de la même manière pour les femmes.

L’espérance de vie d’une femme cadre de 35 ans est de 52 ans (87 ans) tandis que celle d’une ouvrière n’est que de 49 ans (soit 84 ans). «L’espérance de vie des ouvrières d’aujourd’hui correspond à celle des femmes cadres au milieu des années 80», pointe l’Insee.

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Signe inquiétant, les inégalités se maintiennent. On aurait pu espérer qu’elles s’estompent avec le temps, mais non. Les écarts d’espérance de vie entre catégories sociales sont stables depuis 25 ans. «Aujourd’hui, la probabilité de mourir entre 35 et 80 ans serait ainsi 1,21 fois plus élevée pour les hommes ouvriers que pour l’ensemble des hommes, à structure par âge identique», indique l’Insee. «Depuis le début des années 1980, cet indice est proche de 1,2 pour les hommes ouvriers et de 0,6 pour les hommes cadres.»

Les ouvrières vivent plus longtemps que les hommes cadres

Les femmes vivent plus longtemps que les hommes, quelle que soit leur catégorie sociale. «Même les ouvrières, les femmes les moins favorisées en termes d’espérance de vie vivent en moyenne 1,5 année de plus que les hommes cadres», note l’Insee.

Pourtant, rappelle l’Institut de la statistique, elles cumulent plusieurs facteurs défavorables pour la santé comme la pénibilité de certaines conditions de travail ou des revenus inférieurs à ceux des hommes cadres. En contrepartie, elles ont certains comportements de santé plus favorables que les hommes cadres, rappelle l’Insee: elles consomment moins d’alcool et fument moins après 60 ans.

Ces inégalités que l’espérance de vie ne montre pas

L’espérance de vie est une moyenne. Avec ses biais, comme toute moyenne. Ainsi, cela ne met pas en évidence le risque de mourir précocement. Là encore, ouvriers et cadres ne sont pas égaux. «Un homme de 35 ans, soumis toute sa vie aux conditions de mortalité de 2000-2008, a 13 % de risque de mourir avant 60 ans s’il est ouvrier (contre 6 % s’il est cadre).» Un ouvrier sur deux n’atteindrait pas 80 ans, contre un cadre sur trois.

Vivre oui, mais dans quelles conditions ? Sans surprise que les cadres, hommes et femmes, ont une «espérance de vie sans incapacité» plus longue que les ouvriers.

En revanche, les différences de mortalité entre les cadres et les ouvriers s’atténuent avec l’avancée en âge. «A 45 ans, le risque de mourir dans l’année est 2,5 fois plus fort pour un homme ouvrier que pour un cadre, à 90 ans, ce risque n’est plus que 1,4 fois plus important.»

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