Tous les billets de la catégorie ‘Conflits sociaux’

12 octobre : les plus grandes manifestations depuis quinze ans

mercredi 13 octobre 2010

Le magazine Le Point (qui n’est pas une revue d’extrême-gauche) estime qu’il s’agit des plus grandes manifestations en France depuis quinze ans.

A Marseille, comme d’habitude, l’écart entre la police et les syndicats pour le calcul du nombre de manifestants a été énorme : un syndicat de police dénonce un maquillage des chiffres.

Voici des images orignales : la participation aux manifestation pour les retraites du Théâtre du Soleil.

Enfin, il ne faut pas oublier un aspect essentiel de tout mouvement social : le rôle joué par les médias. Aujourd’hui, certains médias, qui avaient minimisé la mobilisation jusqu’à présent, entonnent désormais le grand air de la radicalisation, l’embrigadement des jeunes (comme si les profs pouvaient forcer leurs élèves à descendre dans la rue), etc.

Voir l’analyse d’un site consacré à l’analyse des médias, Acrimed.

 

Et pour finir, pour vous donner une idée de ce que sont ces manifestations (les lycéens auxquels je m’adresse en priorité n’étant pas censés le savoir…), voici quelques images de la manifestation précédente, le 23 septembre, à Paris .

Et une petite vidéo de la manifestation à Bobigny (93) ce 12 octobre : « C’est dans la rue que ça se passe, quand il se passe quelque chose… » 🙂

Image de prévisualisation YouTube

 

Tags : , ,

La « colère des riches » aux Etats-Unis

mercredi 22 septembre 2010

Le Prix Nobel d’économie Paul Krugman analyse dans l’un de ses articles pour le New York Times la mobilisation actuelle des plus riches, pour défendre les réductions d’impôts décidées par George W. Bush mais qui ne seront pas reconduites par Obama : c’est intéressant, car en France aussi, les riches sont de plus en plus riches mais « décomplexés » (comme disent les journalistes), très mobilisés, et ont tendance à confondre leurs intérêts particuliers avec l’intérêt général…

 

La colère des riches, par Paul Krugman
20 septembre 2010
Les Américains les plus privilégiés sont chauffés à blanc contre la volonté d’Obama de ne pas reconduire les réductions d’impôts décidées par George Bush, considérées comme un droit acquis inaliénable. Aveuglés par la rage, certains n’hésitent plus à comparer la réglementation des bonus à l’invasion de la Pologne par les nazis, et l’on peut lire dans le magazine Fortune qu’Obama « le kényan » rêve d’une revanche anticolonialiste sur les USA. Tant d’excès pourrait prêter à sourire, écrit Krugman, à ceci près que grâce à l’influence qu’ils exercent sur le monde politique, il n’est pas impossible qu’ils parviennent à bloquer la mesure – avant de réclamer ensuite de nouveaux sacrifices pour les autres, au nom de l’indispensable austérité. —Rappelons qu’en 2005, le revenu des 0,1% des américains les plus riches a atteint 10% du total, et celui du 1% représentait 21% de l’ensemble des revenus.

Paul Krugman, New York Times, 19 septembre 2010

L’Amérique est balayée par une vague de colère. Certes, cette colère chauffée à blanc reste un phénomène minoritaire et ne concerne pas la majorité de nos concitoyens. Mais la minorité en colère est vraiment en colère, et ceux qui en font partie considèrent qu’on leur enlève ce à quoi ils ont droit. Et crient vengeance.

Non, je ne parle pas des « Tea Parties » (la droite conservatrice de l' »Amérique profonde », menée par Sarah Palin, qui attaque violemment Obama, notamment sur son projet de création d’une sécurité sociale obligatoire – E. B.). Je parle des riches.

Cette période est terrible pour beaucoup de gens dans ce pays. La pauvreté, en particulier l’extrême pauvreté, a fait un bond durant la récession ; des millions de personnes ont perdu leur logement. Les jeunes ne parviennent pas à trouver un emploi ; les cinquantenaires qui ont été licenciés craignent de ne plus jamais retravailler.

Malgré cela, ces manifestations de colère – cette forme de rage qui amène à comparer le président Obama à Hitler, ou à l’accuser de trahison – on ne la trouve pas chez les Américains qui endurent ces souffrances. Mais on la rencontre chez ceux qui sont les plus privilégiés, qui n’ont pas à s’inquiéter de perdre leurs emplois, leurs maisons ou leur assurance maladie, mais qui sont outrés, indignés, à l’idée de devoir payer des impôts légèrement plus élevés.

Cette rage des riches monte depuis que M. Obama est entré en fonction. Elle est tout d’abord restée confinée à Wall Street. Lorsque le New York Times a publié un article intitulé « La plainte des 1% », cela concernait les financiers dont les entreprises avaient été renflouées avec l’argent des contribuables, et qui étaient rendus furieux par la proposition que le prix à payer pour cette opération de sauvetage doive inclure une limitation temporaire des bonus. Lorsque le milliardaire Stephen Schwarzman a comparé une proposition d’Obama à l’invasion de la Pologne par les nazis, la mesure en question prévoyait de supprimer une niche fiscale qui bénéficie en particulier aux gestionnaires de fonds comme lui.

Aujourd’hui, alors qu’il s’agit de décider du sort des baisses d’impôt mises en place par Bush – les taux d’imposition des plus riches reviendront-ils aux niveaux de l’ère Clinton ? -, la colère des riches s’est amplifiée. Et à certains égards, elle a changé de nature.

D’une part, cette folie furieuse a gagné le débat public. C’est une chose lorsqu’un milliardaire s’épanche durant un diner. C’en est un autre lorsque le magazine Forbes met en une un article affirmant que le président des États-Unis tente délibérément de mettre à bas l’Amérique au nom d’un programme « anticolonialiste » venu du Kenya, et que « les États-Unis sont dirigés selon les rêves d’un membre de la tribu Luo durant les années 1950 ». Lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts des riches, il semble que les règles normales du dialogue civilisé (et rationnel) ne soient plus applicables.

Dans le même temps, parmi les privilégiés, l’apitoiement sur soi est devenu acceptable, voire même à la mode.

Les défenseurs des réductions d’impôt prétendaient habituellement être principalement préoccupés par la volonté d’aider les ménages américains moyens. Même les allégements fiscaux pour les riches étaient justifiés en termes de retombées économiques, en affirmant que grâce aux réductions des impôts au sommet, l’économie serait plus forte, au bénéfice de tous.

Mais aujourd’hui, ceux qui réclament des baisses d’impôts ne tentent même pas de défendre cette thèse du « ruissellement vers le bas » de la prospérité. Les républicains soutiennent que l’augmentation des impôts pour les plus riches nuirait aux petites entreprises, mais ils ne donnent pas le sentiment d’y croire vraiment. Par contre, on entend couramment nier de façon véhémente que ceux qui gagnent 400 ou 500.000 dollars par an soient riches. On nous dit : regardez les dépenses des ménages dans cette tranche de revenu – les impôts fonciers qu’ils doivent payer sur leurs maisons luxueuses, le prix payé pour envoyer leurs enfants dans des écoles privées d’élite, et ainsi de suite. Tout ce qui fait qu’ils parviennent à peine à joindre les deux bouts.

Parmi ceux qui sont indéniablement les plus riches, on voit émerger un état d’esprit combatif pour la défense de leurs droits acquis : c’est leur argent, et ils ont le droit de le garder. « Les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée », jugeait Oliver Wendell Holmes – mais c’était il y a fort longtemps [1]

Le spectacle donné par les Américains fortunés – les plus privilégiés sur cette planète -, se laissant complaisamment aller à l’apitoiement sur soi, pourrait paraître drôle, à ceci près : ils pourraient fort bien parvenir à leurs fins. Peu importe la facture de 700 milliards de dollars requise pour prolonger ces avantages fiscaux haut de gamme [2] : pratiquement tous les républicains et quelques démocrates se précipitent au secours de ces riches opprimés.

Voyez-vous, les riches sont différents de vous et moi : ils ont plus d’influence. C’est en partie dû à leurs contributions aux campagnes électorales, mais cela résulte aussi de la pression sociale qu’ils peuvent exercer sur les politiques. Ces derniers passent beaucoup de temps avec les riches. Et lorsque les riches sont menacés de payer un supplément d’impôt de 3 ou 4 pour cent sur leur revenu, les politiques compatissent, de façon bien plus aiguë, à l’évidence, que lorsqu’ils sont confrontés à la douleur des familles qui perdent leurs emplois, leurs maisons, et leurs espoirs.

Et lorsque ce débat sur les impôts sera clos, d’une façon ou d’une autre, on peut être assuré que ceux qui défendent aujourd’hui les revenus de l’élite reviendront à la charge et exigeront des réductions de dépense sur les retraites et les allocations chômage. L’Amérique doit faire des choix difficiles, diront- ils ; nous devons tous accepter de faire des sacrifices.

Mais lorsqu’ils disent « nous », cela signifie « vous ». Ce sacrifice ne concerne que les petits.

Tags : , , , ,

La protestation politique serait un indice de développement

mardi 21 septembre 2010

Des sociologues tchèques, qui mènent depuis plusieurs années une vaste étude sur les activités politiques des Européens, dans 20 pays, montrent que ce sont les citoyens des pays avec le niveau de PIB par habitant le plus élevé, le niveau d’éducation de la population le plus élevé également, et l’économie la plus moderne (avec un grand poids du secteur tertiaire) qui protestent le plus : pétitions, manifestations…

Ainsi, la protestation politique serait donc non seulement un signe de bonne santé démocratique, mais  un critère de développement, la vie politique étant corrélée au dynamisme économique.

Tags : , ,

« La Vie est à nous », film culte du Front Populaire

mercredi 9 juin 2010

En 1936, pendant le Front Populaire, le plus grand cinéaste français de l’époque, Jean Renoir, a réalisé un film pour le Parti communiste, « La Vie est à nous », avec des acteurs non professionnels, et la participation des dirigeants communistes d’alors, Marcel Cachin, Jacques Duclos ou Maurice Thorez.

Cette « fiction documentaire », à la fois outil de propagande et oeuvre d’art, résume bien l’idéologie révolutionnaire dominante de l’époque, ainsi que le travail militant des communistes des années 30. Il vous permettra de réviser le chapitre de terminale sur les conflits sociaux, avec les concepts de classe ouvrière, de conflits de classe, etc. Et il se termine avec « L’Internationale », naturellement.

Bien entendu, le vocabulaire et les manières de parler ont vieilli, les idées aussi (le Parti communiste de l’époque baignait dans un optimisme naïf… et voulait ignorer les crimes du régime stalinien en URSS). L’économie a beaucoup changé depuis (dans la mondialisation d’aujourd’hui, où sont les « 200 familles » ?), la société aussi (les individus n’accepteraient plus de se faire embrigader comme à l’époque, et ils ont de nouvelles préoccupations en plus des anciennes, comme l’environnement ou les discriminations).

Pourtant, l’émotion est encore là, et si l’on retournait ce film avec les mêmes dialogues, mais avec des vêtements et des personnages d’aujourd’hui, il semblerait encore étonnamment moderne : la dénonciation des inégalités et des gaspillages du capitalisme, et des politiques qui mènent à la crise, à la pauvreté et au fascisme, reste d’actualité, hélas.

Voir en quatre parties (1 heure au total) :

1/4

http://www.dailymotion.com/video/xcykt7

2/4

http://www.dailymotion.com/video/xcykub

3/4

http://www.dailymotion.com/video/xcylvk

4/4

http://www.dailymotion.com/video/xcykve Tags : , , ,

Vidéo sur l’extrême-gauche

dimanche 30 mai 2010

Pour illustrer le chapitre de terminale sur les conflits sociaux – qui en TES1 est le dernier chapitre de l’année – voici un reportage extrait de l’émission « Complément d’enquête » de mai 2009, sur le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), le principal parti d’extrême-gauche (à ne pas confondre avec les partis de la gauche radicale, comme le Parti communiste français ou le Parti de Gauche).

Trois éléments intéressants dans ce reportage sur le NPA : on voit la rencontre entre les nouveaux militants et les « vieux de la vieille » de l’extrême gauche ; ça se passe en partie à Lyon ; et enfin on peut observer leurs méthodes, qui évoluent vers une plus grande visibilité médiatique (alors que par le passé l’extrême-gauche était plutôt orientée vers des activités discrètes, voire quasi-clandestines).

Attention tout de même : depuis la date du reportage (mai 2009), la situation du NPA a beaucoup changé, en raison de deux échecs électoraux (aux européennes en juin 2009, et aux régionales en mars 2010) : le NPA est quelque peu en perte de vitesse :

http://www.dailymotion.com/video/x978sp

 

Toujours sur le thème des conflits sociaux, allez consulter l’article précis du Monde sur la grève des sans-papiers à Paris : un cas particulier, qui pose plusieurs questions intéressantes.

Tags : , ,

La condition ouvrière depuis 30 ans

samedi 17 avril 2010

Une jolie petite vidéo, de France 5, datant de 1999 (durée : 13 mn), résumant « les trente dernières années de la cause ouvrière » : syndicats, conditions de travail, emploi… avec des images d’événéments marquants comme les grèves de 68 ou l’expérience LIP :

http://www.dailymotion.com/video/xcyjcq Tags : , , , ,

Freeze des profs de SES à Paris

vendredi 2 avril 2010

Toujours à la recherche de formes de manifestation innovantes, une cinquantaine d' »Obsédés SESsuels », de retour d’une manifestation nationale qui avait réuni plusieurs centaines de professeurs de SES venus de toute la France, en direction de l’Assemblée nationale, ont réalisé deux « freezes », dans le quartier des Halles à Paris, mercredi 31 mars vers 16h. Les manifestants portaient les t-shirts de combat de l’APSES, et lisaient les grands classiques de notre programme : Bourdieu, Weber, Durkheim, Smith, Hayek…

Bientôt d’autres « freezes » des élèves et des profs de SES, dans les lycées un peu partout en France, pour protester contre l’horaire ridicule des SES en seconde, les suppressions de postes d’enseignants, et l’absence de formation des nouveaux professeurs stagiaires ?… Are you ready ?  😉

Tags : ,

Le vrai visage du « modèle Ikea »

mercredi 17 février 2010

Pendant longtemps, Ikea est apparu comme une sorte de modèle dans la grande distribution : une réussite commerciale éclatante, des profits importants mais aussi des salaires corrects et des avantages accordés aux salariés.

Il semble que la direction de l’entreprise ait changé de point de vue – du moins pour sa politique sociale. Dans un article du Monde, des salariés d’Ikea actuellement en grève racontent leurs véritables conditions de travail, leurs salaires (qui n’ont pratiquement pas augmenté depuis deux ans) et plus généralement l’évolution du fameux modèle suédois…

Tags : , ,

Un nouveau programme de seconde catastrophique

lundi 25 janvier 2010

Vous trouverez ci-dessous le communiqué de presse de l’Association des Professeurs de SES sur le nouveau programme de seconde de SES (qui devrait s’appliquer à la prochaine rentrée).

Celui-ci se limite à la manipulation de concepts abstraits et d’outils totalement déconnectés des questionnements que nous avons actuellement pour initier les élèves de seconde aux SES : famille, chômage, fonctionnement des entreprises… En démocratie, ce n’est pas aux politiques d’écrire l’histoire (cf colonisation) et il ne leur revient pas le droit d’imposer leur approche de l’économie et de la société (une société sans chômage, sans inégalités, sans conflits, sans organisation du travail…). Merci de faire circuler très massivement ce communiqué et le programme. Par ailleurs on organise une soirée de défense des SES. Elle n’est pas réservée aux profs de SES bien au contraire :

Vendredi 29 janvier 2010 à partir de 18h30
 Soirée de défense festive des SES, « On n’est pas couchés »
 au Café Rive droite, 2 rue Berger  75001 Paris

http://www.apses.org

Communiqué de presse de l’APSES du 23 janvier 2010

Par qui et pour qui a été fait le nouveau programme de SES de seconde ?

Le Ministère vient de communiquer aux éditeurs le projet de nouveau programme de sciences économiques et sociales (SES) de seconde. Ce projet de programme réoriente profondément les finalités de l’enseignement de SES.

1. Un programme qui gomme systématiquement les enjeux économiques et sociaux contemporains

Le Ministère a choisi délibérément d’évacuer du programme de SES proposé en classe de seconde la plupart des questions de société qui y étaient abordées jusqu’à présent : suppression des questionnements sur l’emploi et le chômage, sur l’investissement, sur les revenus et les inégalités ou encore sur les transformations de la famille au profit de questions sur l’épargne, la fixation des prix (y compris du prix d’équilibre) dans une perspective positiviste et monolithique de l’économie. Taire les questions de société, c’est renoncer à la dimension citoyenne que véhiculent tous les enseignements généraux du lycée et faire perdre à l’enseignement des SES ce qui fonde son succès depuis plus de 40 ans. Le parlement avait tenté de faire enseigner les « aspects positifs de la colonisation » en Histoire-Géographie, le Ministère souhaite-t-il faire enseigner les « aspects positifs de l’économie » en SES, bref une « économie Bisounours » ?

2. Un programme qui marginalise les autres sciences sociales

Les entrées sociologiques du programme sont réduites à la portion congrue et placées à la fin. Or, le document diffusé par le Ministère précise qu’il faudra traiter « au moins les 10 premières questions ». Compte tenu de sa lourdeur, les autres sciences sociales deviennent de facto optionnelles au profit d’un enseignement désincarné d’économie fondamentale. Le ministère relègue la sociologie, l’anthropologie, la science politique au rang d’accessoires alors même que ces disciplines permettent aux lycéens de prendre du recul et donc de mieux comprendre des éléments essentiels de leur environnement quotidien comme la famille, l’école, les médias. Après avoir pourtant rendu un vibrant hommage à Claude Lévi-Strauss, Luc Chatel souhaite-t-il donc à ce point « cacher ces sciences sociales qu’il ne saurait voir » ?. Mais le sort réservé à l’économie n’est pas pour autant plus enviable. C’est une présentation de l’économie atemporelle sans hommes ni institutions, une économie réduite à des courbes, dérivées, élasticités et autre prix d’équilibre. Le Ministère souhaite-t-il vraiment que les lycéens puissent disposer des moyens de se repérer dans l’actualité économique et sociale dans laquelle ils baignent à travers les discussions de famille et la télévision ?

3. Un programme inadapté à des élèves de 15 ans qui découvrent un nouvel enseignement

Ce programme démontre une fois de plus que contrairement à ses déclarations, les questions pédagogiques sont loin d’être une préoccupation pour le Ministère. Nous  avions  déjà pu observer cette contradiction entre la communication et les actes lorsque  le Ministère, tout en affirmant haut et fort  qu’il souhaitait élever la culture économique des Français, avait commencé par réduire à la portion congrue le volume horaire de l’enseignement de SES (90 minutes par semaine seulement et suppression du travail en groupe réduit) ! Mais le choix des notions que le Ministère considère qu’un élève de seconde, doit apprendre en priorité est aussi éloquent :

§         Sur le thème de la consommation, les élèves seront censés se passionner pour la notion « d’élasticité-prix », tandis que dans le même temps, on leur refuse de parler de pouvoir d’achat

§         Sur le thème de l’entreprise, ils devront découvrir les joies des « constructions des courbes de coûts » tandis qu’il leur sera interdit de parler d’innovation ou de la distinction entre chiffre d’affaires et profit

§         Sur le thème du marché, on préférera leur parler de la construction du « prix d’équilibre » plutôt que de ce qu’est une « économie de marché » qui nécessite un ensemble de « règles » que les acteurs doivent respecter.

On demande à des lycéens venant de quitter le collège d’aborder l’économie par l’apprentissage d’outils abstraits. C’est l’idée que l’on fait découvrir et aimer la musique par la répétition préalable des gammes. Or, pour qui connaît le public lycéen, a fortiori en seconde, c’est raisonner à l’envers. C’est au contraire parce qu’on part des questions contemporaines qui font sens pour les lycéens que ces derniers consentent à fournir l’effort nécessaire pour assimiler des outils. Voudrait-on réduire l’attractivité des SES et de la série ES que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

Si la confection de tout programme est une succession de choix, le Ministère a préféré imposer les siens, au détriment même du travail réalisé par le groupe d’experts qu’il a pourtant lui-même constitué. On en vient  à croire que le programme était déjà écrit. Cette façon de procéder est proprement inacceptable.

En conséquence, l’APSES appelle les professeurs de SES à exprimer leur refus de ce programme démesuré, inadapté et dénaturé lors de la consultation organisée par le Ministère à partir du 8 février. Si le programme n’était pas profondément remanié, et l’horaire alloué augmenté (pourquoi nombre d’enseignements d’exploration ont 3h ?), l’APSES se verrait dans l’obligation d’appeler les collègues à la désobéissance citoyenne et à ne pas appliquer ce programme à la rentrée 2010. Elle appelle d’ores et déjà tous les citoyens à se mobiliser lors de la semaine d’action pour les SES à compter du lundi 25 janvier, et à participer à la manifestation du 30 janvier pour exprimer ce refus d’une réforme qui marginalise et dénature les SES.

Tags : , ,

1000 profs de SES à Paris mercredi

samedi 5 décembre 2009

Mercredi dernier à Paris, un millier de professeurs de SES, et seulement des profs de SES, venus de toute la France (1/5 de l’effectif total : quelle autre discipline peut en faire autant ?) se sont retrouvés à Paris, pour manifester contre la réforme Chatel, du Palais-Royal jusqu’à la Place de la République à la nuit tombée :

http://www.youtube.com/watch?v=lHJ48OuSkY0&feature=player_embedded
et la nuit : http://www.youtube.com/watch?v=EAaqjz9Meq8

Je ne vous montre pas cette vidéo pour me vanter, mais pour partager avec les amis des SES notre combat et nos actions. Nous avions fait une manif similaire il y a un an jour pour jour ; en fait les SES se battent pour leur survie tous les 2-3 ans en moyenne, depuis quinze ans…

Je rappelle que dans le projet de réforme du lycée, les SES :

– Ne conservent qu’une heure et demi de cours (sans demi-groupes de TD !) en seconde : que peut-on apprendre en 90 mn hebdomadaires ?

– Perdent l’option SES (« sciences po ») en Première ES ;

– Perdent une heure de cours en Terminale ;

– Perdent la spécialité Langue vivante renforcée au bac ES ;

– Les horaires totaux de cours en 1ES et en TES sont inférieurs à ceux de la série S – qui aura aussi plus d’options et de spécialités au choix : au nom de quoi ? De plus, il sera possible pour les élèves de changer de série (en rattrapant certains cours pendant les vacances), mais combien d’élèves de 1ES ou 1L pourront passer en 1re S ? 😉  Ainsi, la réforme qui était censée remettre en cause la suprématie de la série S va en réalité la renforcer.

En définitive, tous les observateurs s’accordent à dire que  la réforme « fait l’économie » (selon le joli jeu de mot de Libération) des SES et de la série ES : toutes les matières perdraient des heures de cours (donc des postes de profs, c’est le principal objectif du ministère) mais personne ne serait aussi pénalisé que nous, qui jouons actuellement la survie même de la série ES – pourtant très dynamique ces dernières années, mais qui pourrait perdre une grande partie de ses effectifs…

Ainsi, la manifestation parisienne n’était pas un aboutissement, mais le début d’un combat de longue haleine. Nous avons la motivation, les méthodes, et le soutien des élèves et des parents, espérons-le, car notre cause est on ne peut plus juste, pour la réussite des élèves et l’avenir du lycée.

La devise de l’Apses (Association des professeurs de SES) : « La défaite est impossible ! » D’autres manifs seront organisées le jour ou la nuit, d’autres karaokés géants dans les rues et devant les lycées, à Lyon et ailleurs… Vous viendrez ?  😉

 

Tags : ,