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Pourquoi les salaires des dirigeants du CAC 40 ont doublé en dix ans

mardi 4 septembre 2012

SUR LE SITE « RUE 89 » – 03/09/2012

Précision : Le CAC40 est le groupe des 40 plus grosses sociétés à la Bourse de Paris.

Pascal Riché | Redchef Rue89

Entre 1998 et 2008, les salaires français n’ont augmenté que de 25%, pour une inflation de 18% ; ceux des dirigeants des entreprises du CAC 40 (hors stock-options) ont, eux, augmenté de 120%. Autant dire que les premiers ont stagné pendant que les seconds ont doublé.

Dans un intéressant article publié par la revue Commentaire, à paraître ce lundi, Jean Gatty, gestionnaire de portefeuille, a calculé la différence sur dix ans entre les rémunérations des dirigeants des entreprises du CAC 40.

Les salaires des patrons (1998-2008). La dernière colonne indique la hausse des rémunérations par tête (Jean Gatty/Commentaire)

Constatant qu’il est très rare qu’une profession voie ainsi ses salaires doubler, l’auteur de l’article s’interroge sur les causes d’un tel phénomène, et rejette une par une la plupart des explications généralement avancées.

1

Une pénurie de patrons

 

Généralement, les salaires doublent quand on est en présence d’une tension sur le marché de l’emploi : une poussée de la demande d’informaticiens, par exemple. Dans le cas des patrons, rien de tel : il y a toujours des candidats parmi les cadres supérieurs.

2

Une hausse du « coût de production » des patrons

 

Un patron de grande entreprise, cela se fabrique comme autrefois : en vingt ou trente ans, en le frottant à des fonctions différentes. Rien n’a changé de ce point de vue. Fausse explication, donc.

3

Une productivité accrue par des rémunérations élevées

 

C’est l’idée selon laquelle plus vous payez quelqu’un, plus son ardeur au travail s’accroît et, avec elle, sa productivité. Les actionnaires auraient décidé de mieux payer les patrons pour conduire les entreprises à une meilleure profitabilité.

Pour Jean Gatty, ce mécanisme ne joue pas dans le cas des patrons : la profitabilité des entreprises n’est pas liée à la rémunération des dirigeants, mais à l’état de la concurrence, à la fiscalité, etc.

L’argument doit-il être complètement écarté comme le fait l’auteur ? Les actionnaires ont tout intérêt à faire en sorte que les dirigeants des grandes entreprises, qui doivent prendre des décisions stratégiques, partagent leurs intérêts – d’où l’octroi de stock-options par exemple – plutôt que ceux des salariés de l’entreprise. (Voir le point 2 de cet « explicateur »)

4

L’existence d’un « marché des dirigeants qu’on se disputerait »

 

On retrouve ici l’argument de la pénurie, présenté différemment. Mais comme le remarque Jean Gatty, neuf entreprise sur dix choisissent leur PDG et leurs hauts dirigeants sans aucune considération pour ce supposé marché. Les PDG forment très souvent leurs propres successeurs.

5

La baisse des impôts sur les hauts revenus

 

Autrefois, le taux marginal sur l’impôt sur le revenu atteignait des sommets (90% aux Etats-Unis sous Roosevelt !). Augmenter les patrons n’avait donc qu’assez peu d’intérêt pour eux et pour l’entreprise.

Selon Jean Gatty, la baisse des impôts a pu servir de déclencheur à la hausse des rémunérations. Mais elle n’explique pas la force qui a poussé cette rémunération vers les sommets : quand vous retirez le frein à main d’une voiture garée dans une pente, elle prend de la vitesse.

« La fiscalité n’explique pas plus la force qui pousse les rémunérations à la hausse que le frein n’explique la pesanteur qui pousse la voiture vers le bas de la pente. »

6

La transparence nouvelle des rémunérations

 

La transparence fait souvent baisser les prix, mais pas toujours : en situation de cartel ou d’oligopole, il peut se passer le phénomène inverse. Dans le cas des patrons, cette transparence aurait poussé ces derniers à se comparer les uns aux autres.

Certes, il est difficile de parler d’oligopole ou de cartel pour les patrons (ils sont des milliers). Mais ce qui a pu se passer, suggère l’auteur, c’est que les moins gourmands d’entre eux, ceux qui se seraient normalement contentés d’une rémunération raisonnable, se sont sentis obligés, du fait de cette transparence, à s’octroyer une rémunération alignée sur celle de leurs pairs :

« Un PDG gagnant bien plus que ses parents, qu’il ne l’avait jamais espéré, et que tous les employés de son entreprise, se satisfait facilement de son sort quand les salaires de ses pairs lui sont inconnus. C’est beaucoup plus difficile lorsqu’il sait que ceux-ci gagnent deux, cinq ou dix fois plus que lui. »

Quand une entreprise fait un jour bien mieux que ses concurrents, elle augmente ses dirigeants. L’écart se creuse alors avec les rémunérations des autres patrons. Et, peu à peu, par mimétisme, les rémunérations de ces derniers s’alignent… Par cet effet de cliquet, l’ensemble des rémunérations continue de s’élever.

Que faire pour casser cet engrenage ? Jean Gatty promet un second article pour poser des « principes et des règles » qui permettraient de mettre un peu de rationalité dans la fixation de ces rémunérations excessives.

En attendant, on ne peut que repenser à sa comparaison entre la fiscalité et le frein à main. D’accord, le frein/la fiscalité n’explique pas la dérive de la voiture/des rémunérations. Mais pour régler le problème, dans l’un et l’autre cas, il s’agit d’un outil efficace.

(Chimulus)

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Rap Bourdieu versus Boudon !

mercredi 6 juin 2012

Vous en avez rêvé, le voici : inspiré par le fameux rap Keynes-Hayek, voici un battle (ou clash, dit-on aussi) de rap entre Bourdieu et Boudon, créé au départ par un élève, Sascha (puis modifié par moi) : bravo surtout à lui !

En accompagnement musical, j’ai choisi une boucle mortelle : celle qui a été reprise dans « Bouge de là », de MC Solaar  🙂

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RAP  BOURDIEU-BOUDON

Musique : Cymande, « The Message »

                    (Intro musicale)

Bourdieu:    Nous voilà réunis, mon cher ami Boudon,

Nous deux, sociologues de grand renom,

Nous deux en SES si souvent opposés,

Et si nous prenions le temps de nous expliquer ?!

Boudon:    Cela fait bien longtemps que j’attends cette proposition !

Vos théories m’amènent à me poser des questions,

D’après vous, l’individu subit la société ?

Mais cette même société, qui l’a donc forgée ?…

Bourdieu:    Elle nous imprègne de ses structures et de ses conflits

Nous sommes des agents, soit dominants soit dominés

Le Holisme est à prendre très au sérieux, mon ami

L’Individualisme Méthodologique est dépassé !

Boudon:    Ma théorie s’inspire des travaux des plus grands,

Weber et Hayek n’étaient pas des ignorants

Si la société est le corps, l’individu en est le cœur,

Nous n’en sommes pas des figurants, mais bien des acteurs !

(musique)

Bourdieu:   Mais chacun n’a pas la même quantité de capital

Culturel, social et bien sûr économique

Ces ressources sont des héritages du milieu social

Les dominants exercent une violence symbolique

Boudon:    Je ne nie pas l’iné-galité des chances

Les stratégies familiales mènent la danse

Mais la bourgeoisie n’est pas responsable

La sociologie « bourdivine » n’est qu’une fable !

(musique et intermède : reprise à « Go ! »)

Bourdieu:   L’école met en valeur les héritiers,

Mais handicape malheureusement les défavorisés,

L’habitus est la force de certaines classes sociales

Qui dominent d’autres classes : c’est un fait très banal !

Vous niez les classes, vous ne parlez que des individus,

Expliquez-moi donc, cette idée incongrue…

Boudon:   C’est l’inflation scolaire, effet pervers du système

Pour un poste, il faut de plus en plus de diplômes

Si tout le monde s’y met, l’ascenseur social est bloqué

Vous auriez quand même pu vous y intéresser !

Bourdieu:   Et l’«Homo Sociologicus», où l’avez-vous trouvé ?

Rationnel, calculateur… je n’ l’ai jamais rencontré

Boudon :   Il est plus réaliste que votre complot bourgeois

Mon cher, vous nagez en pleine paranoïa

Dès que quelqu’un réussit, c’est par sa culture de classe

L’action individuelle n’aurait-elle aucune place ?

Bourdieu :   Je crois que la situation va dégénérer,

Arrêtons-là, nous nous sommes déjà bien expliqués,

Nous recommencerons, laissons donc Monsieur Barbot

A présent finir son cours d’ « éco » !

Paroles : Sascha Maaden (TES3) – Eric Barbot – juin 2012

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Faut-il étendre le RSA ?

mardi 29 mai 2012

Un article intéressant, par des spécialistes du travail, qui critiquent le RSA :

Etendre le revenu de solidarité active est une fausse bonne idée !

LE MONDE –  21.04.12

Dans un entretien (Le Monde du 17 avril), Martin Hirsch, l’ancien haut-commissaire aux solidarités actives, « inventeur » du revenu de solidarité active (RSA) – et fossoyeur du revenu minimum d’insertion (RMI) -, dit souhaiter qu’un nouveau gouvernement étende le RSA à l’ensemble des travailleurs pauvres. Nous pensons au contraire que la page de cette malheureuse expérience doit être tournée. Près de trois ans après son entrée en vigueur, les effets négatifs de cette réforme sont patents.

D’une part, avec un montant d’allocation forfaitaire inchangé, le RSA a fait la preuve de son incapacité à répondre à l’exigence constitutionnelle d’apporter « des moyens convenables d’existence » aux personnes privées de revenus d’activité et de ressources (RSA socle). D’autre part, en raison de l’ampleur d’un phénomène de non-recours pourtant prévisible, il a démontré son inefficacité en matière d’attribution du complément de revenus aux travailleurs pauvres (RSA activité), laissant inemployés près de 3 milliards d’euros sur le Fonds national des solidarités actives.

La substitution du RSA au RMI a constitué, dès l’origine, une mauvaise réforme qui a fait basculer dans l’aide sociale les travailleurs pauvres au prix d’une bureaucratisation accrue de la gestion des dossiers. Clinquante comme un slogan de campagne (« Travailler plus pour gagner plus »), cette réforme est surtout celle des occasions manquées.

Si l’on compare le montant du RSA socle à celui du RMI, rien n’a changé : 475 euros par mois pour une personne seule sans ressources. Malgré les promesses, l’offre de formation et l’accompagnement – insuffisants – n’ont pas été améliorés. Si les personnes trouvant un emploi à temps partiel ont gagné le droit de cumuler à perpétuité leur salaire avec une allocation, en contrepartie le gouvernement a gelé le barème de la prime pour l’emploi (PPE), dont le montant a été depuis 2008 grignoté par l’inflation. Plus de 8 millions de personnes bénéficiant de la PPE, c’est-à-dire pour l’essentiel les salariés gagnant entre 1 et 1,6 smic à plein-temps (entre 1 000 et 1 600 euros net par mois), ont ainsi vu leur pouvoir d’achat amputé chaque année grâce à la réforme Sarkozy-Hirsch. Tout cela en prétendant revaloriser le travail !

La création du RSA a en outre transformé la philosophie du système d’aide aux bas salaires. La PPE, créée par le gouvernement Jospin, a été conçue comme un droit automatique et universel : dès lors que les revenus d’activité sont inférieurs à un certain seuil, il suffit de cocher une case dans la déclaration d’impôt pour l’obtenir. Autrement dit, les travailleurs à bas salaire sont traités comme des contribuables comme les autres.

Pour obtenir le RSA, ces mêmes travailleurs doivent se faire demandeurs, pour ne pas dire quémandeurs, d’une aide sociale. Ils doivent répondre à un questionnaire détaillé sur leurs conditions de vie, l’ensemble de leurs ressources, et tenir les services gestionnaires informés trimestre par trimestre de l’évolution de leur situation. Et c’est ce qui explique en grande partie le fait que 68 % des bénéficiaires potentiels du RSA activité ne l’ont pas demandé.

Si l’on faisait droit à ce que réclame l’ex- haut-commissaire, et si l’on remplaçait la PPE par le RSA, c’est peu à peu tout le bas de la hiérarchie salariale qui basculerait du côté de l’aide sociale. Loin d’éviter de stigmatiser les « travailleurs pauvres » et les allocataires du RMI, cette réforme les a confondus dans un groupe d’« assistés » alors que beaucoup sont d’abord des personnes involontairement privées d’emploi. C’est la couverture collective de ce risque social par la solidarité professionnelle et par la solidarité nationale qui aurait dû être améliorée, et dont la réforme constitue une urgence.

Il est donc essentiel que la gauche ne cède pas aux sirènes de l’extension du RSA à tous les travailleurs pauvres. Nous pensons que seule une réforme fiscale d’ensemble permettra de revaloriser réellement le travail à bas salaire, et de redonner de la lisibilité à notre système de prélèvements et de transferts. Actuellement, après avoir payé 8 % de leur salaire chaque mois au titre de la contribution sociale généralisée CSG (soit un mois de salaire à la fin de l’année), les salariés modestes reçoivent avec un an de retard un chèque au titre de la PPE, qui représente généralement entre un demi-mois et trois quarts de mois de salaire. En fusionnant CSG, impôt sur le revenu et prime pour l’emploi en un impôt progressif unique, payé par tous et retenu à la source, on pourrait prélever seulement 2 % au niveau du smic (et non plus 8 %). De cette façon, le salaire net de millions de salariés augmenterait de près de 100 euros par mois.

C’est en traitant la question des travailleurs à bas salaires par la réforme fiscale et en développant les moyens humains et financiers destinés à prendre en charge les problèmes rencontrés par les personnes les plus éloignées de l’emploi que nous répondrons à la question sociale à laquelle nous sommes confrontés.
Bernard Gomel – Dominique Méda – Evelyne Serverin

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Mai 81 : une autre société aurait été possible…

jeudi 10 mai 2012

Analyse intéressante, par Benoît Borrits, dans la revue REGARDS – 10 mai 2012

Trente et un an avant l’élection de François Hollande, en 1981, la gauche arrive au pouvoir dans une situation de crise du taux de profit sans équivalent depuis la fin de la guerre. Bien que prônant la transformation sociale, elle refusera de poser la question du pouvoir économique dans les entreprises. Laissant passer une chance historique qui ouvrira la porte au néolibéralisme.

Un des thèmes récurrents du débat politique est celui de la part des salaires dans la valeur ajoutée qui a baissé entre 1982 et maintenant. En se référant aux statistiques de l’INSEE relatives aux sociétés non financières, on s’aperçoit que cette part se situait durant les trente glorieuses aux alentours de 72% pour connaître une hausse à partir de 1974 qui culminera en 1981-1982 pour chuter brutalement et évoluer à partir de 1989 aux alentours de 68%, c’est-à-dire à des niveaux inférieurs à ceux des années 1949-1972.

Part des salaires dans la valeur ajoutée brute au coût des facteurs – sociétés non financières – source INSEE

Paradoxalement, ce n’est pas un gouvernement conservateur qui obtiendra cette chute de la part des salaires dans la valeur ajoutée mais un gouvernement socialiste qui proclamait initialement sa volonté de rupture avec le capitalisme. Après une courte année de relance keynésienne, le gouvernement de Pierre Mauroy impulsera un tournant à 180° en faveur de la rigueur. On fera désormais la promotion de l’esprit d’entreprise : les « années fric » peuvent commencer. Au-delà d’une stérile et vaine dénonciation de cette évolution, comment expliquer ce tournant et surtout comment s’en prémunir pour l’avenir ?

Dans les propositions politiques, il est fréquemment question de rééquilibrer le partage de la valeur ajoutée en faveur du travail. Si cette part est actuellement de 68% dans les sociétés non financières, on évoque souvent un rattrapage d’environ 10% pour revenir aux niveaux de 1982. Pourquoi ne pourrions-nous pas aller au-delà et la porter à 90%, voire à 100% ?

Répondre à cette question suppose de détailler la composition de la valeur ajoutée. Qu’y a-t-il au delà de la part des salaires ? Des impôts, divers transferts, des frais ou produits financiers et surtout l’usure des équipements que l’on appelle « amortissements » dans la comptabilité d’entreprise ou « Consommation de Capital Fixe » dans la comptabilité nationale. Dans les faits, la partie excédent la part des salaires n’est pas exclusivement réservée aux détenteurs de l’entreprise : une part va alimenter le budget de l’Etat, une autre va rémunérer les créanciers et l’usure des équipements doit être considérée comme un coût additionnel pour l’entreprise. Il convient donc de retraiter les informations que nous donne la comptabilité nationale pour tenter d’évaluer les profits réels des entreprises : ce sont ces bénéfices qui déterminent si globalement celles-ci gagnent de l’argent ou en perdent, en d’autres termes, si la pérennité des entreprises sera assurée dans le temps.

Cette évaluation ne peut se faire qu’à partir de 1979, année où l’INSEE commence à donner une évaluation de l’usure des équipements [1] (Consommation de Capital Fixe). Ces bénéfices [2] rapportés aux chiffres d’affaires [3] nous donnent alors les taux de marge suivants :

Taux de marge des sociétés non financières rapportés au chiffre d’affaires – d’après source INSEE

Sur la période 1979-1985, il apparaîtrait que les bénéfices des entreprises étaient globalement négatifs : cela ne signifie évidemment pas que toutes entreprises perdent de l’argent mais que les pertes des entreprises déficitaires sont plus importantes que les bénéfices des autres. Alors que cette situation préexistait avec le gouvernement de droite de Valery Giscard d’Estaing, c’est un gouvernement socialiste qui créera les conditions pour le rétablissement du taux de bénéfice à partir de 1983. A partir de 1988, ce taux évoluera ensuite dans un couloir allant de 2% à 5%.

Dans une économie où la majeure partie des entreprises sont des sociétés de capitaux, une situation dans laquelle les bénéfices globaux des entreprises sont négatifs pose problème : cela signifie qu’il est périlleux d’investir, que d’une façon générale et tous secteurs confondus, les risques de perdre de l’argent sont plus importants que les chances d’en gagner. C’est dans cette situation que la gauche est arrivée au pouvoir en 1981, une situation de crise du taux de profit. En supposant que la part des salaires dans la valeur ajoutée progresse de 10 points à la faveur d’une politique progressiste, nous nous retrouverions alors, quoique pour des raisons très différentes, dans une situation qui aura de nombreuses similitudes : il serait regrettable de faire les mêmes mauvais choix qu’en 1981.

Le fondement du programme économique de Mitterrand était une relance keynésienne par les dépenses publiques et le pouvoir d’achat. En mesures positives, le SMIC a été relevé de 10%, les salaires des fonctionnaires ont été augmentés de 3,5%, l’horaire hebdomadaire de travail est passé de 40 à 39 heures et une cinquième semaine de congés payés a été instituée. En contrepartie, un plan d’action industriel dans des secteurs clés de l’économie était initié afin « de reconquérir le marché intérieur et de créer des emplois ». Le seul problème était que la France était la seule à pratiquer une telle politique et que, sans protection du marché intérieur, cette politique de relance profitait aux entreprises étrangères et aggravait le déficit commercial. Comme l’ont indiqué, aussi bien Michel Rocard [4] que de nombreux auteurs se situant à gauche de la gauche [5], il eut mieux valu, dans ce contexte, annoncer une forte dévaluation du Franc dès le début du septennat de façon à donner toutes ses chances à ce programme. En réalité, les dévaluations auront bien lieu mais trop tard et seront plus conçues comme des réactions a posteriori à l’égard de la dégradation de la balance des paiements qu’une action résolue visant à assurer la réussite d’une politique. C’est ainsi que, loin de disparaître et en dépit des politiques d’embauche de fonctionnaires, le chômage continuera fortement de croître sur cette période passant de 6% à 9%. Pour autant, les effets d’une dévaluation sont toujours difficile à mesurer. Celle-ci a pour effet de dévaloriser la production intérieure. Si l’abaissement des prix est une opportunité pour exporter et favoriser le marché intérieur, il est aussi une difficulté supplémentaire pour les entreprises importatrices qui voient les prix de leurs intrants augmenter.

Dès lors, une sortie du capitalisme n’aura-t-elle pas été la meilleure solution à cette crise du taux de profit ? La loi de nationalisation du 13 février 1982 a permis de contrôler la totalité du secteur bancaire ainsi que de nombreux secteurs industriels (CGE, PUK, Rhône-Poulenc, Saint-Gobain- Thomson). Ce contrôle total du secteur bancaire aurait permis permis de relancer l’activité économique et d’assurer une propriété sociale de l’outil productif. Au lieu de cela, le système bancaire a été géré avec les mêmes critères de rentabilité qu’auparavant et la seule mesure de changement dans la vie des entreprises ont été les lois Auroux promulguées d’août à décembre 1982 qui constituent un progrès [6], mais ne donnent aucun autre pouvoir aux salariés que celui d’être consultés.

Au-delà des effets de tribune attendus et autres déclarations tonitruantes, le Congrès de Valence d’octobre 1981 avait consacré l’idée de changement progressif et de compromis avec le capital : « Puisque nous avons choisi de transformer graduellement ce système économique, cela veut dire que nous allons chercher une situation de compromis qui naturellement sera plus favorable aux forces de transformation sociale, sera un progrès pour le monde du travail » [7]. Le capitalisme était en crise aigüe du taux de profit, le pays perdait des emplois tous les jours, il aurait fallu agir vite et permettre aux salariés et aux usagers de prendre le contrôle des entreprises. Les socialistes choisiront un compromis dans lequel le pouvoir économique des actionnaires était reconnu et maintenu, ce qui les amènera quelques mois plus tard au tournant de la rigueur et à la restauration des profits des entreprises par l’acceptation du chômage de masse.

Si demain, les conditions économiques laissaient apparaître, pour de multiples raisons, une nouvelle crise du taux de profit, gageons qu’une véritable gauche posera cette fois-ci la question du pouvoir économique au lieu de s’engager dans un compromis stérile dont l’issue ne pourra être que de nouveaux reculs sociaux.

Notes

[1] A noter cependant que les règles de dépréciation des équipements ne sont pas exactement les mêmes dans la comptabilité d’entreprise et dans la comptabilité nationale.

[2] L’évaluation des bénéfices se fera comme étant égale au revenu disponible brut des sociétés non financières duquel on ajoutera les dividendes des entreprises (ceux-ci n’étant distribués qu’après le constat du bénéfice) et on déduira l’usure des équipements.

[3] L’évaluation des chiffres d’affaires a été donné en prenant la valeur de la production de laquelle on déduira les impôts moins les subventions sur la production.

[4] Si la Gauche savait, Michel Rocard, Robert Laffont, 2005

[5] Quand la gauche essayait, Serge Halimi, Arléa, 2000

[6] Interdiction de toute discrimination, droit d’expression des salariés sur les conditions de travail, dotation minimale de fonctionnement des comités d’entreprise, obligation annuelle de négociation sur les salaires, la durée et l’organisation du travail, création du CHSCT et d’un droit de retrait du salarié.

[7] Motion unique du Congrès de Valence du Parti socialiste, octobre 1981.

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Plus d’inégalités en France

mercredi 16 novembre 2011

Société Aujourd’hui à 0h00

Un pays plus inégalitaire, plus peuplé mais plutôt heureux

L’état démographique et sociétal de la France, à travers le rapport annuel de l’Insee

LIBERATION – Par CHRISTOPHE ALIX

Au Secours populaire de Saint-Eloy-les-Mines, en 2009. Les 20% des Français les moins riches ont vu leur niveau de vie amputé de 400 euros entre 1990 et 2010. (Thierry Zoccolan.AFP)

C’est un classique. Chaque année, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) tire le Portrait social de la France, à travers les évolutions en matière de démographie, d’éducation et de niveaux de vie. Zoom sur les éléments saillants du cru 2011.

Une correction des inégalités par l’Etat-providence légèrement moindre qu’il y a vingt ans.Les disparités de revenus restent élevées. Elles s’expliquent en premier lieu par les différences de durée d’emploi annuelle d’un salarié à l’autre. Cette durée compte pour 84% dans les écarts de salaires, dont la moyenne hexagonale s’établissait à 19 300 euros annuels en 2009. Autre enseignement, le revenu salarial a progressé en moyenne de 0,8% par an sur la période 1995-2009.

La part détenue par les 1% de salariés les mieux rémunérés (à partir de 79 057 euros annuels) représentait, en 2009, 7,3 fois le revenu salarial médian et a globalement augmenté depuis 1995. Mais elle a connu une baisse sensible en 2008 et 2009 (-3,7%). La cause ? La part variable de la rémunération, qui est sensiblement plus élevée chez les très hauts salaires, a diminué depuis le déclenchement de la crise.

L’aspect le plus novateur du travail de l’Insee porte sur la réduction des inégalités par l’intervention de l’Etat, en comparant la situation de 1990 et celle de 2009. Alors que les prélèvements ont largement évolué entre ces deux dates, de même que la nature et le montant des prestations sociales, les effets correctifs de cette redistribution des revenus par l’Etat-providence n’ont été qu’assez légèrement modifiés.

Les 20% des Français les moins riches ont vu leur niveau de vie amputé de 400 euros entre 1990 et 2010. Les 20% les plus riches ont enregistré un gain de 680 euros. Pour les premiers, l’érosion des prestations s’explique par leur indexation sur l’inflation, modérée durant les vingt années observées et progressant moins vite que les revenus moyens de la population. Pour les seconds, malgré la création de la CSG à la fin des années 1980, qui a en partie compensé la forte baisse de l’impôt sur le revenu, le niveau de vie a profité du mouvement général de diminution de leur imposition directe. Au final, la réduction des inégalités en France passe bien davantage par les prestations sociales (pour les deux tiers) que par l’impôt. Sans cette redistribution, l’écart de revenus entre les 20% des Français les plus riches et les 20% les plus pauvres serait deux fois plus élevé.

Une démographie plus dynamique que celle de nos voisins. Entre 1981 et 2011, la population française est passée de 55 à 65 millions d’habitants. Si la fécondité explique largement les écarts avec l’Allemagne (+3 millions) et l’Italie (+4 millions), elle ne peut être considérée comme le moteur de la croissance démographique. Ses trois principaux facteurs sont la hausse de l’espérance de vie (+7 ans sur la période et +3,1 millions de personnes sur trente ans), les migrations (+3 millions) et l’héritage du baby-boom (+5 millions).

En trente ans, la France a connu deux millions de décès de moins que le Royaume-Uni et un million de naissances de plus. En 2008, 8,4% des personnes vivant en France étaient des immigrés, soit 5,3 millions. 20% des immigrés vivent depuis quarante ans en France au moins. 30% sont arrivés il y a moins de dix ans. En 2010 comme en 1980, 16% des nouveau-nés ont une mère immigrée.

Une augmentation depuis dix ans des élèves en difficulté avec l’écrit. Depuis dix ans, la proportion d’élèves en difficulté face à l’écrit augmente avec près d’un élève sur cinq concerné en début de collège. Le niveau de compréhension de l’écrit des élèves «moyens» est stable mais les difficultés des plus faibles s’aggravent, notamment dans les zones d’éducation prioritaire. L’écart de niveau entre filles et garçons s’accroît dans tous les pays de l’OCDE. Les difficultés des élèves en France sont plus corrélées avec le milieu social que dans le reste de l’OCDE.

Les Français restent satisfaits de leur qualité de vie. Ils lui attribuent la note moyenne de 7,3 sur une échelle de un à dix mise en place dans le cadre de la nouvelle approche plus qualitative (rapport Stieglitz) de la croissance. La satisfaction grimpe avec le revenu mais plus il est élevé, plus d’autres éléments interviennent. L’argent ne fait pas le bonheur… à condition d’être riche.

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La crise du capitalisme en dessins !

mardi 11 octobre 2011

Une petite vidéo très sympa, à regarder attentivement : la traduction en dessins d’un extrait d’une conférence du géographe DAVID HARVEY, sur la crise du capitalisme (en plus, cela vous fera travailler votre anglais, si vous écoutez bien) :

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Les inégalités face à la mort se maintiennent

mercredi 5 octobre 2011

DANS « LIBERATION » AUJOURD’HUI :

Toujours inégaux face à la mort

L’espérance de vie progresse mais les inégalités entre cadres et ouvriers se maintiennent. L’Insee publie une enquête, le détail.

On vit plus longtemps. Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, l’espérance de vie a progressé sans interruption : 82 ans pour les femmes, 78 pour les hommes. Ça c’est pour le cadre général. Quand on regarde dans le détail, les inégalités face à la mort ont la vie dure. L’Insee publie une étude sur le sujet. Voici ce qu’il en ressort, en quatre points.

L’espérance de vie progresse pour tout le monde

En un quart de siècle, les hommes de 35 ans ont gagné cinq années d’espérance de vie et les femmes quatre ans et demi. A 35 ans, une femme peut espérer vivre en moyenne encore 49 ans (jusqu’à 84 ans, donc) et un homme 43 ans (jusqu’à 78 ans). La baisse de la mortalité a profité à peu près de la même façon à toutes les catégories sociales : les femmes ont ainsi gagné entre 3,9 et 4,8 ans selon leur catégorie sociale et les hommes de 4,3 à 5,5 ans

De fortes inégalités sociales face à la mort

6,3 années, c’est l’écart d’espérance de vie entre les hommes cadres et ouvriers. Les hommes cadres de 35 ans peuvent espérer vivre encore 47 ans (soit jusqu’à 82 ans) et les hommes ouvriers 41 ans (soit 76 ans). L’écart existe de la même manière pour les femmes.

L’espérance de vie d’une femme cadre de 35 ans est de 52 ans (87 ans) tandis que celle d’une ouvrière n’est que de 49 ans (soit 84 ans). «L’espérance de vie des ouvrières d’aujourd’hui correspond à celle des femmes cadres au milieu des années 80», pointe l’Insee.

Cliquez ici pour voir le tableau en grand.

Signe inquiétant, les inégalités se maintiennent. On aurait pu espérer qu’elles s’estompent avec le temps, mais non. Les écarts d’espérance de vie entre catégories sociales sont stables depuis 25 ans. «Aujourd’hui, la probabilité de mourir entre 35 et 80 ans serait ainsi 1,21 fois plus élevée pour les hommes ouvriers que pour l’ensemble des hommes, à structure par âge identique», indique l’Insee. «Depuis le début des années 1980, cet indice est proche de 1,2 pour les hommes ouvriers et de 0,6 pour les hommes cadres.»

Les ouvrières vivent plus longtemps que les hommes cadres

Les femmes vivent plus longtemps que les hommes, quelle que soit leur catégorie sociale. «Même les ouvrières, les femmes les moins favorisées en termes d’espérance de vie vivent en moyenne 1,5 année de plus que les hommes cadres», note l’Insee.

Pourtant, rappelle l’Institut de la statistique, elles cumulent plusieurs facteurs défavorables pour la santé comme la pénibilité de certaines conditions de travail ou des revenus inférieurs à ceux des hommes cadres. En contrepartie, elles ont certains comportements de santé plus favorables que les hommes cadres, rappelle l’Insee: elles consomment moins d’alcool et fument moins après 60 ans.

Ces inégalités que l’espérance de vie ne montre pas

L’espérance de vie est une moyenne. Avec ses biais, comme toute moyenne. Ainsi, cela ne met pas en évidence le risque de mourir précocement. Là encore, ouvriers et cadres ne sont pas égaux. «Un homme de 35 ans, soumis toute sa vie aux conditions de mortalité de 2000-2008, a 13 % de risque de mourir avant 60 ans s’il est ouvrier (contre 6 % s’il est cadre).» Un ouvrier sur deux n’atteindrait pas 80 ans, contre un cadre sur trois.

Vivre oui, mais dans quelles conditions ? Sans surprise que les cadres, hommes et femmes, ont une «espérance de vie sans incapacité» plus longue que les ouvriers.

En revanche, les différences de mortalité entre les cadres et les ouvriers s’atténuent avec l’avancée en âge. «A 45 ans, le risque de mourir dans l’année est 2,5 fois plus fort pour un homme ouvrier que pour un cadre, à 90 ans, ce risque n’est plus que 1,4 fois plus important.»

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La haute bourgeoisie se met en scène à Chantilly

mercredi 29 juin 2011

REPORTAGE VIDEO POUR « MEDIAPART » avec la sociologue Monique Pinçon-Charlot, à l’occasion du Prix de Diane, l’un des concours hippiques les plus prestigieux et les plus chics de l’année.

Un TD grandeur nature sur la classe dominante.  🙂

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Les discriminations analysées par Eric Fassin

lundi 27 juin 2011

UNE INTERVIEW LUMINEUSE DU SOCIOLOGUE ET ANTHROPOLOGUE ERIC FASSIN, l’un des meilleurs spécialistes français des discriminations de tout type (racisme, sexisme, homophobie…) : l’interview date de 2007, mais elle est toujours valable pour préciser certaines problématiques, et casser certaines idées reçues…

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Salaires : le grand écart salariés-patrons

jeudi 23 juin 2011

DANS LE MENSUEL ECONOMIQUE « L’EXPANSION » :

2010, millésime en or pour les grands PDG

Par Franck Dedieu – publié le 01/06/2011

Stock-options, bonus, retraites chapeaux… D’après notre classement exclusif, entre 2003 et 2010, la rémunération des PDG du CAC 40 a augmenté de 20 %, hors inflation. Leurs salariés ont été moins gâtés. La fracture salariale continue de s’aggraver.

Carlos Ghosn. Par rapport à son prédécesseur, les revenus du PDG de Renault-Nissan ont grimpé de 328% depuis 2003. A comparer aux 15% dont ont dû se contenter ses salariés.
REUTERS/Charles Platiau

Prime pour les uns, déprime pour les autres. Même au sein des profitables entreprises du CAC 40, la fracture salariale s’élargit entre les salariés et leurs dirigeants. Selon les calculs exclusifs de L’Expansion, depuis sept ans (entre 2003 et 2010), la masse salariale des entreprises regroupées au sein du CAC 40 ramenée à chaque employé a crû de 13 %, contre 35 % pour la rémunération des patrons. En euros constants – autrement dit, compte tenu de l’inflation -, leurs 4,7 millions d’employés dans le monde voient globalement leurs paies varier d’à peine 1 %, quand celles des dirigeants s’envolent de 20 %.

Derrière cette moyenne se cachent bien sûr des disparités. A Saint-Gobain et à EADS, la paie de la base varie comme celle du PDG. Les deux parties se serrent la ceinture à Veolia et à Alcatel. A Vivendi ou chez Bouygues, le patron perd même du pouvoir d’achat quand le gros de la troupe s’enrichit. Mais, dans la plupart des cas, les écarts se creusent entre le général en chef et ses ouvriers, ses employés et même ses cadres. Si nulle part les fiches de paie individuelles ne baissent, les frais de personnel par employé s’érodent ou stagnent selon un processus à l’oeuvre depuis longtemps : la part des effectifs fond dans les pays riches mais s’accroît dans les zones à bas coûts. Cas d’école avec Schneider Electric : l’Europe et l’Amérique du Nord employaient 78 % des salariés en 2003, contre 57 % aujourd’hui. Idem chez Renault, où le « déplumage » des effectifs français (22 000 salariés depuis 2003) ne se rapporte pas au « ramage » du patron, Carlos Ghosn, nanti d’un salaire multiplié par quatre par rapport à celui de son prédécesseur, Louis Schweitzer. Encore ces émoluments managériaux n’additionnent-ils que le salaire de base et les bonus. Avec les gains sur les stock-options, les actions gratuites, les dividendes et les jetons de présence, la rémunération globale atteint 4,2 millions par PDG. Soit 186 salaires moyens. « Nous sommes dans le même bateau », répète à l’envi Carlos Ghosn à ses salariés. Pas dans la même cabine.

Salariés-dirigeants: le grand écart

Société Patron actuel Evolution de 2003 à 2010 de la masse salariale par personne (*) Evolution de 2003 à 2010 du salaire du PDG (**)
Renault (1) Carlos Ghosn 15 % 328 %
EDF (2) Henri Proglio 15 % 192 %
Essilor Hubert Sagnières – 5 % 171 %
Technip Thierry Pilenko 7 % 155 %
Capgemini (3) Paul Hermelin – 28 % 116 %
ArcelorMittal Lakshmi Mittal – 16 % 114 %
Natixis Laurent Migon 64 % 171 %
LVMH Bernard Arnault 2 % 109 %
Vallourec Philippe Crouzet 51 % 155 %
GDF Suez (2) (4) Gérard Mestrallet 26 % 122 %
Crédit agricole Jean-Paul Chifflet 12 % 85 %
Peugeot Philippe Varin 8 % 79 %
Sanofi-Aventis Christopher Viehbacher 3 % 64 %
Danone Franck Riboud 19 % 76 %
Accor Gilles Pélisson 8 % 63 %
Air liquide Benoît Potier 6 % 61 %
Michelin Michel Rollier 12 % 66 %
Schneider Electric Jean-Pascal Tricoire – 5 % 27 %
BNP Paribas Baudouin Prot – 3 % 20 %
Unibail-Rodamco Guillaume Poitrinal 60 % 70 %
Alstom(3) Patrick Kron 26 % 34 %
Saint-Gobain Pierre-André de Chalendar 11 % 19 %
PPR François-Henri Pinault 45 % 51 %
Publicis Maurice Lévy 8 % 13 %
Alcatel Ben Verwaayen – 1 % 4 %
EADS Louis Gallois 19 % 22 %
Pernod-Ricard(5) Pierre Pringuet 3 % 3 %
Veolia Antoine Frérot 2 % – 1 %
Société générale Frédéric Oudéa – 15 % – 21 %
Axa Henri de Castries 23 % 16 %
Lafarge Bruno Lafont 20 % 9 %
Carrefour Lars Olofsson 8 % – 4 %
Total Christophe de Margerie 21 % 8 %
Vivendi Jean-Bernard Lévy 7 % – 18 %
Suez Environnement (3) Jean-Louis Chaussade 15 % – 12 %
France Télécom Stéphane Richard 24 % – 8 %
Bouygues Martin Bouygues 35 % 0 %
Vinci Xavier Huillard 18 % -25 %
L’Oréal Jean-Paul Agon 6 % -42 %
Moyenne 13 % 35 %
Moyenne, inflation déduite 1 % 20 %

(1) Y compris la rémunération versée par Nissan au titre de mars 2009-mars 2010. (2) Comparaison 2005-2010, hypothèse d’un bonus maximal pour Henri Proglio. (3) Comparaison 2004-2010. (4) Moyenne du salaire entre le PDG de Suez et celui de Gaz de France. (5) Comparaison 2006-2010. NB : pas d’informations suffisantes pour STMicroelectronics.

Méthodologie

(*) Masse salariale: il s’agit de l’évolution des frais de personnel rapportée au nombre d’employés dans le groupe entre 2003 et 2010. Ce ratio traduit la place accordée sur le plan comptable à la rémunération du travail, il ne représente pas la fiche de paie individuelle par salarié.

(**) Rémunération du patron: il s’agit de l’évolution du salaire fixe et variable perçu par le président entre 2003 et 2010. Pour les groupes dans lesquels il y a eu des changements de PDG entre les deux périodes, la comparaison se fonde sur les rémunérations perçues par deux personnes différentes mais ayant le même titre de prés

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