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L’illusion de l’aide aux collèges en difficulté

vendredi 25 février 2011

SUR LE SITE DE L’OBSERVATOIRE DES INEGALITES, un sociologue spécialiste de l’éducation critique les politiques d’aide aux collèges « difficiles »…

Les collèges « ambition réussite » : un bilan négatif, une politique non prioritaire
le 18 février 2011
Contrairement au discours officiel, les inégalités continuent à se creuser entre les élèves des réseaux « ambition réussite » et les autres. Les territoires les plus en difficulté n’ont jamais été une vraie priorité. Une analyse de Pierre Merle, sociologue, IUFM et Université européenne de Bretagne.

Les réseaux « ambition réussite » (RAR), mis en place par Gilles de Robien à la rentrée scolaire 2006, ont eu pour objet de relancer l’éducation prioritaire en recentrant les moyens financiers et humains sur des écoles élémentaires et 249 collèges dans lesquels les élèves en grande difficulté scolaire sont particulièrement sur-représentés.

La politique des RAR était a priori pertinente en raison de l’extension considérable des collégiens scolarisés en Zone d’éducation prioritaire (ZEP) : 10% en 1982, 14,3% en 1996 avant la relance de la politique des ZEP par Ségolène Royal et 20% en 2004. L’inconvénient majeur de cet accroissement continu des écoliers et collégiens relevant de l’éducation prioritaire tenait à une dilution progressive des moyens.

Ainsi, en 1997, on dénombrait 23 élèves par classe en moyenne dans les ZEP et 24,7 hors ZEP, soit une différence de seulement 1,7 élèves en moins au profit des ZEP [1]. Sur cet indicateur comme sur d’autres, la proportion considérable d’élèves scolarisés dans l’éducation prioritaire aboutissait à des aides limitées sans rapport avec les difficultés propres à ces établissements. L’éparpillement des moyens a favorisé des évaluations mitigées, voire négatives, de ce dispositif d’aide aux élèves en difficulté [2].

Une politique de recentrage des moyens sur les établissements scolarisant les élèves les plus en difficulté, projet poursuivi par les RAR, avait pour objet d’aller à contre courant des politiques précédentes. Plutôt que de donner peu à beaucoup d’élèves, il s’agissait de donner beaucoup à peu. Ce projet d’approfondissement de la politique d’éducation prioritaire – une première pour un gouvernement de droite jusqu’à présente rétif à cette politique – avait d’ailleurs été bien accueilli par les partisans des ZEP et l’Observatoire des zones prioritaires.

Des moyens non négligeables accompagnaient cette politique. En 2006, les 249 collèges Ambition réussite sont dotés de 1 000 enseignants et 3 000 assistants pédagogiques supplémentaires. Le nombre moyen d’élèves par classe passe alors à 21,2 élèves par classe dans les collèges ambition réussite alors qu’il est de 24,6 dans les collèges ordinaires, soit 3,4 élèves en moins par classe. La différence devient sensible. Est-elle pour autant suffisante ?

Quatre ans après la mise en place des réseaux ambition réussite, le temps du bilan est venu. Rendu au ministère en juin 2010, le rapport n’a été rendu public qu’au mois de janvier 2011 [3]. Le rapport juge les résultats « encourageants ». Un bilan très positif pourtant fort contestable. Quelques exemples des imprécisions, parfois même des tours de passe-passe, propres à ce rapport.

Quelles sont les preuves des progrès jugés encourageants ? Des évaluations en fin de l’école élémentaire, dont la pertinence technique fait par ailleurs polémique, montrent « un maintien des écarts en français et une légère réduction des écarts en mathématiques » entre les écoliers des réseaux ambition réussite et les autres, soit un progrès minime réalisé dans une seule discipline. Mais, en fin de troisième, le résultat des élèves aux tests de compétence est tout autre : « un accroissement des écarts en français et en mathématiques ». Ces évaluations sont contradictoires. La plus pertinente concerne toutefois celle réalisée en fin de troisième. Aussi bien en maths qu’en français, les écarts de réussite entre les collégiens des RAR et les autres sont sensibles et ces évaluations ne sont pas techniquement contestées. Contre toute attente, les auteurs du bilan concluent, en synthèse, à la « réduction des écarts de réussite scolaire ».

Deuxième exemple d’embrouillamini du rapport ministériel. Le rapport souligne une diminution des écarts des taux de redoublement entre les élèves en collèges ambition réussite et les autres. Mais les décisions de redoublement relèvent parfois moins de l’évaluation des compétences des élèves que de directives rectorales : les chefs d’établissement sont tout simplement invités à limiter le taux de redoublants. Les auteurs du rapport indiquent d’ailleurs que leur constat peut être lié au projet de « faire passer le plus rapidement possible la scolarité obligatoire à des élèves en difficultés pour leur proposer des orientations post-troisième ». C’est la politique classique du « passage-dégage ».

Le constat de réussite est alors un déguisement du constat d’échec ! Cet échec est d’ailleurs facile à montrer. Si le rapport constate en effet des passages plus fréquents en classe de seconde, il indique aussi que les professeurs de lycée font de plus en plus souvent redoubler, en fin de seconde, les élèves issus des collèges ambition réussite. Ces décisions sont cohérentes avec les évaluations négatives en maths et en français de fin de troisième de ces mêmes élèves. Le moindre taux de redoublement en collège débouche ainsi sur plus de redoublements en lycée. Progrès des élèves ou évaluation faussée ?

Un troisième exemple d’échec des collèges ambition réussite est caché sous le bel intitulé de la « mobilité des parcours scolaires ». Qu’apprend-on ? A l’entrée en 6e, un parent sur dix demande une dérogation pour ne pas scolariser son enfant dans le collège de son secteur. Mais quand il s’agit d’éviter la scolarité en collège ambition réussite, ce taux de demande de dérogations explose : plus d’un parent sur quatre ! Le résultat est sans ambiguïté : 70 collèges ambition réussite perdent plus de 25% de leur effectif. Une quasi-hémorragie, déjà mentionnée par un rapport de la Cour des Comptes en 2009. Pour les parents les mieux informés, la stratégie dominante est celle du « sauve qui peut ». Et les départs seraient encore plus nombreux, dixit le rapport, si les inspections académiques ne décidaient pas, pour limiter la fuite des élèves, de moins satisfaire les demandes de dérogation en surnombre qui concernent ces collèges… L’inégalité géographique que l’assouplissement de la carte scolaire était censée réduire est ainsi maintenue pour les élèves qui pâtissent le plus de l’inégalité de l’offre pédagogique entre établissements.

Il y a aussi – c’est le B-A-BA de l’art du camouflage – ce que le rapport ne dit pas alors que les données existent. Les demandes de mutation des professeurs en poste dans les collèges ambition réussite ont connu une progression fulgurante. Un seul exemple. Dans les collèges ambitions réussite de la capitale, le taux de demande de mutation des professeurs est passé de 27,7% en 2006, au moment de l’entrée dans le nouveau dispositif, à 47 % en 2009, alors que ce taux, la même année, n’est que de 19% pour les autres enseignants parisiens… Et, dans ces collèges en péril, le taux de départ des professeurs est monté à 45 % en 2009 ! Le rapport, sans apporter de données chiffrées, conclut toutefois à « une modification des postures des enseignants, qui acceptent de jouer un rôle éducatif en s’investissant plus largement ». Drôle de conclusion quand presque un professeur sur deux quitte le navire à la fin de chaque année ! Quelle entreprise supporterait sans encombre un tel turn over de son personnel qualifié alors qu’il lui faut mener des projets d’équipe pour réussir ? Autre oubli de taille. Aucune donnée n’est présentée sur les phénomènes de violence scolaire, bien plus importants dans les établissements en éducation prioritaire, et directement fonction de la concentration des élèves en difficulté scolaire. C’est d’ailleurs une des raisons qui expliquent la fuite des enseignants et l’inquiétude des parents…

Le rapport du ministère est un bel exemple de bilan truqué : des faux profits excessivement gonflés, de vrais déficits réellement occultés. Entre l’absence de bilan de la politique d’assouplissement de la carte scolaire et le faux bilan pour les collèges ambition réussite, le ministère de l’Education nationale s’enferme dans le déni des réalités. A contrario, les récentes évaluations internationales réalisées par l’OCDE (programme PISA) apportent un éclairage cruel sur le déclin de l’école française.

En France, l’impact du milieu socioéconomique sur la performance des élèves est plus grand que dans la moyenne des pays de l’OCDE : les caractéristiques du milieu familial des élèves de 15 ans expliquent 28 % de la variation de leurs performances (22 % au niveau des pays de l’OCDE). Les écarts se creusent aussi entre les meilleurs élèves et les plus faibles dont le nombre augmente [4]. Il est urgent de passer de la rhétorique de l’auto-satisfaction à l’analyse des difficultés rencontrées.

Quelles sont les raisons de l’échec des établissements relevant des réseaux ambitions réussite ? Multiples évidemment. D’abord, la politique de l’éducation prioritaire souffre d’un effet de stigmatisation. Le label ZEP et les « réseaux ambition réussite » sont associés aux catégories populaires et aux difficultés scolaires. Il en résulte la fuite de la minorité d’élèves d’origine aisée et une réduction de la mixité scolaire et sociale, réduction préjudiciable à la réussite scolaire des élèves qui demeurent scolarisés dans ces établissements.

La politique d’assouplissement de la carte scolaire a de surcroît favorisé la mise en concurrence des établissements et la mise à l’écart scolaire et social des élèves des catégories populaires [5] [6]. L’école devient de plus en plus un lieu d’exclusion pour les uns, d’intégration pour les autres, une petite société où se façonnent des inégalités scolaires irréductibles entre les enfants d’une même génération.

Ensuite, la réduction de la taille des classes dans les établissements en RAR, aussi bien que dans les ZEP, demeure trop limitée pour produire des effets sensibles sur le niveau des apprentissages. Piketty et Valdenaire [7] ont montré, dans une étude de grande qualité, que l’impact positif de la réduction des effectifs par classe se manifestait avec des baisses plus substantielles. Ainsi, une baisse de cinq collégiens par classe permettrait aux élèves scolarisés dans l’éducation prioritaire de réduire de 22% leurs écarts moyens de compétence avec les élèves hors éducation prioritaire. Mais dans les établissements en RAR, la baisse des effectifs par classe demeure insuffisante pour produire un effet sensible et compenser leur retard scolaire.

Enfin, une autre raison de l’échec des collèges ambition réussite tient à l’importance du niveau de développement cognitif des enfants dès l’école maternelle et le rôle positif de la préscolarisation pour la réussite scolaire ultérieure, notamment l’apprentissage de la lecture [8]. Dans ce domaine, la politique menée est celui d’un changement total et paradoxal de direction. Lorsqu’il était ministre de l’Education nationale, Lionel Jospin avait favorisé la scolarisation à deux ans, notamment dans les ZEP. La politique actuelle a pour objet de réduire continument cette préscolarisation. Elle est passée de 35% en 2000 à 18,1% en 2008, une baisse brutale sur une période très brève [9]. Ce sont les élèves issus des catégories défavorisées qui sont les premières victimes de cette politique. Lorsque l’Etat intervient de moins en moins pour assurer l’éducation des jeunes enfants, l’effet des inégalités familiales de départ est maximisé.

Le surcoût des mesures telles que le maintien de la préscolarisation à deux ans ou la réduction du nombre d’élèves par classe peut sembler considérable, surtout en période de crise. Il faut toutefois saisir les ordres de grandeur des diverses politiques menées par l’Etat. Ainsi, pour les réseaux ambitions réussite, le surcoût annuel est de 325 millions d’euros. Somme importante certes mais finalement modeste eu égard aux pertes de recettes pour le budget de l’Etat consécutives à la diminution de la TVA à 5,5% dans la restauration (au minimum trois milliards d’euros par an), à l’instauration du bouclier fiscal, et à la diminution du taux d’imposition sur les successions et les donations qui constituent aussi des pertes annuelles de recettes de l’ordre de trois milliards d’euros annuels. Soient, au total, au minimum six milliards par an, environ vingt fois le coût des établissements en RAR, sans que l’efficacité économique de ces réductions fiscales ne soit bien établie.

Une politique plus résolue en faveur de l’éducation prioritaire ne relève pas d’une difficulté budgétaire mais d’un arbitrage dans les dépenses. Actuellement, les mesures relatives à la préservation du patrimoine d’une minorité sont jugées plus prioritaires et plus urgentes que l’investissement dans l’éducation de plus de 100 000 élèves en grande difficulté scolaire et dont l’avenir le plus probable est la sortie sans qualification. Les coûts de prise en charge de ces populations scolaires en déshérence à leur sortie de l’école, notamment sous forme du RSA (revenu de solidarité active), sont sur le moyen terme considérables. Une politique éducative ambitieuse, indispensable à la réduction de l’inégalité des chances, est une dimension incontournable de la politique de l’emploi pour éviter qu’une partie des jeunes, marginalisés à l’école, ne soit également en marge de la vie professionnelle et sociale.

Pierre Merle, professeur de sociologie, IUFM et Université européenne de Bretagne. Expert à l’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (AERES).

Les réseaux « ambition réussite »
Créés en 2006, les réseaux « ambition réussite »(RAR) regroupaient 254 collèges à la rentrée 2009, et scolarisaient 115 000 élèves, soit un collégien sur vingt. Ils scolarisent une part très inégale des élèves selon les académies : 10 % dans l’académie d’Aix-Marseille, contre 0,2 % dans celle de Grenoble. Les RAR regroupent aussi 1 725 écoles primaires publiques et 280 000 élèves.
La définition des établissements repose sur des critères économiques et sociaux. Interviennent notamment la part de parents de catégories défavorisées, de titulaires des minima sociaux ou de non-francophones. Dans les collèges « ambition réussite », les trois quarts des élèves ont un parent ouvrier ou inactif, contre un tiers hors de ces réseaux.

Photo : Collège Jules Ferry, réseau « ambition réussite » de Woippy

[1] MEN (1998), Les zones d’éducation prioritaires en 1997-1998, Note d’information, n°15.

[2] Par exemple, Meuret D., L’efficacité de la politique des zones d’éducation prioritaire dans les collèges, Revue française de pédagogie, 109, 1994, 41-64.

[3] MEN, Bilan national des réseaux « ambition réussite », juin 2010, 110 p.

[4] PISA, 2010. – « Note de présentation France », OCDE : http://www.oecd.org/dataoecd/33/7/46624019.pdf

[5] Merle P., 2010, « Structure et dynamique de la ségrégation sociale dans les collèges parisiens », Revue française de pédagogie, n°170, p.73-85, 2010.

[6] Merle P., 2011, Concurrence et spécialisation des établissements scolaires. Une modélisation de la transformation du recrutement social des secteurs d’enseignement public et privé, Revue Française de Sociologie, 52-1, p. 133-169.

[7] Piketty T., Valdenaire M. (2006), L’impact de la taille des classes sur la réussite scolaire dans les écoles, collèges et lycées français, MEN, 153 p.

[8] MEN (2003), Faut-il développer la scolarisation à deux ans ? Éducation et Formations, nº 66, p. 7-12.

[9] Ministère de l’Education nationale, Repères et références statistiques, Editions 2002 et 2010.

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Près de 2 millions de travailleurs pauvres en France

samedi 19 février 2011

ARTICLE RECENT DE L’OBSERVATOIRE DES INEGALITES :

Les travailleurs pauvres en France
le 24 janvier 2011
On compte entre un et deux millions de travailleurs pauvres en France selon les définitions.

Les travailleurs dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté

Entre 1 et 1,9 millions de personnes exercent un emploi mais disposent, après avoir comptabilisé les prestations sociales (prime pour l’emploi, allocation logement, etc.) ou intégré des revenus de leur conjoint, un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté, fixé à la moitié du revenu médian [1] dans le premier cas et à 60 % dans le second cas. Quelle que soit la définition que l’on utilise, le nombre de travailleurs pauvres a grossi de 100 000 personnes entre 2003 et 2008, et encore les données 2008 minimisent les chiffres du fait d’un changement de méthodologie. Il est d’ailleurs possible que ce nombre ait progressé depuis avec la montée du chômage.

Si l’on compte l’ensemble des personnes, conjoints et enfants compris, c’est entre 1,9 et 3,7 millions de personnes qui vivent dans un ménage pauvre dont le chef de famille dispose d’un emploi – toujours en tenant compte de l’ensemble des ressources.

Même en utilisant la définition la plus restrictive on compte presque deux millions de personnes qui vivent avec moins de 800 euros par mois pour un adulte seul [2], alors qu’elles exercent un emploi ou que leurs parents sont dans ce cas.

L’existence de travailleurs pauvres résulte de plusieurs facteurs. D’abord, de la faiblesse des salaires dans de très nombreux secteurs et notamment du niveau du salaire minimum. Ensuite du temps partiel, qui réduit en proportion les niveaux de vie. Enfin, du fractionnement des emplois : petits boulots, alternances de phases d’emploi et de chômage ou d’inactivité.

Evolution du nombre de travailleurs pauvres
Personnes qui exercent un emploi, dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté, aux seuils de 50 et 60 % du revenu médian.
Unité : milliers
1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
Seuil de 50 % 977 996 1 013 953 913 915 947 994 977 1 008 1 022
Seuil de 60 % 1 882 1 942 1 948 1 934 1 896 1 771 1 797 1 838 1 872 1 999 1 897
Les données 2008 sont minimisées du fait d’un changement de méthodologie de l’Insee. Le niveau de vie tient compte des prestations sociales, des impôts et des revenus des conjoints.
Source : Insee
Personnes vivant dans un ménage de travailleurs pauvres
Nombre de personnes pauvres, chef de ménage, enfants et conjoints, vivant dans un ménage dont le chef de ménage exerce un emploi
Unité : milliers
1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
Seuil de 50 % 1 874 1 899 1 964 1 793 1 644 1 702 1 742 1 821 1 743 1 818 1 878
Seuil de 60 % 3 879 3 965 4 041 3 981 3 682 3 527 3 558 3 619 3 596 3 838 3 728
Les données 2008 sont minimisées du fait d’un changement de méthodologie de l’Insee. Le niveau de vie tient compte des prestations sociales, des impôts et des revenus des conjoints.
Source : Insee

Les travailleurs dont le revenu d’activité était inférieur au seuil de pauvreté (au seuil de 60 %) en 2006.

3,7 millions de travailleurs – soit 15 % des actifs – disposent de revenus individuels d’activité (de leur travail, on ne tient pas compte là des revenus du ménage et des prestations sociales perçues par ailleurs) inférieurs à 60 % du revenu médian et peuvent donc être considérés comme pauvres. Parmi eux, 2,5 millions ont été en emploi tout au long de l’année, 700 000 ont connu des périodes de chômage et 500 000 une alternance entre emploi et inactivité.

Parmi les 1,8 million de travailleurs pauvres qui ont été en emploi toute l’année, 1,3 million sont employés en temps partiel. Au total, près de 40 % des actifs en temps partiel disposent de revenus d’activité inférieurs au seuil de pauvreté à 60 %. Le taux de pauvreté, en considérant les revenus individuels d’activité, est aussi très élevé chez les non-salariés : il atteint 32 % pour ceux qui ont été en emploi toute l’année.

Les travailleurs dont le revenu d’activité est inférieur au seuil de pauvreté
Au seuil de 60 %
Unité : %
Effectif (milliers) Part dans la population des travailleurs pauvres (%)
Situation d’activité des travailleurs pauvres
Ensemble 3 745 100,0
Emploi salarié toute l’année : 1 800 48,0
– à temps complet 525 14,0
– à temps partiel 1 275 34,0
Emploi non salarié toute l’année 739 19,7
Alternances emploi/chômage : 741 19,8
– emploi majoritaire 299 8,0
– chômage majoritaire 442 11,8
Alternances avec inactivité 467 12,5
* Pauvreté mesurée sans tenir compte des revenus du ménage, des prestations sociales et des impôts. Il s’agit uniquement des revenus d’activité
Source : Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, données 2006.
Comment mesurer le nombre de travailleurs pauvres ?
Il existe deux façons de mesurer le nombre de travailleurs pauvres. Soit on prend en compte l’ensemble des revenus du ménage et des prestations sociales. Il s’agit de travailleurs dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. C’est le cas, par exemple, d’une famille de cinq personnes où une seule dispose d’un emploi payé au Smic à temps plein. Soit on prend en compte uniquement les revenus individuels d’activité (salaires ou revenus des travailleurs indépendants). C’est le cas par exemple d’une personne employée au Smic à mi-temps, qui n’est pas prise en compte dans la seconde définition si elle vit avec une personne dont les revenus permettent de dépasser le seuil de pauvreté pour l’ensemble du ménage.

Pour en savoir plus :

L’Insee diffuse des données détaillées sur les niveaux de vie des actifs occupés ou des personnes vivant dans les ménages dont le chef de famille est actif occupé (lire en ligne).

Des données beaucoup plus détaillées sont disponibles auprès de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale. Lire en ligne.

Photo/ © ataly – Fotolia.com

[1] Le revenu médian est celui qui sépare l’effectif des ménages en deux – autant gagnent moins, autant gagnent plus

[2] Pour une famille on ajoute 400 euros pour un autre adulte ou un enfant de plus de 14 ans, 240 euros pour un enfant de moins de 14 ans.

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Le grand retour des rentiers

lundi 6 décembre 2010

Lisez un intéressant (et court) article du site L’Observatoire des inégalités, concernant la montée actuelle des inégalités de patrimoine.

Globalement, depuis vingt ans, l’écart de richesse entre les 10 % de la population les plus riches, et les 10 % les plus pauvres, a peu varié ; cependant, les 1 % (ou les 0,1 %) les plus riches se sont considérablement enrichis, grace  à la progression des hauts salaires, et aux revenus de leur patrimoine. Le poids de l’héritage dans la richesse nationale ne cesse de croitre (20 % du PIB aujourd’hui), ce qui reflète le retour des rentiers du début du XXe s.

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Des chiffres sur les inégalités scolaires

dimanche 21 novembre 2010

Voici des chiffres sur les inégalités sociales à l’école, réunis sur l’excellent site de l’Observatoire des inégalités:

Inégalités sociales au collège

Inégalités face au redoublement

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Qu’est-ce qu’être pauvre, selon les gens ?

mardi 23 mars 2010

Cette question est toujours compliquée. On cite souvent le seuil de pauvreté – correspondant à 60 % du revenu médian, dans les statistiques européennes, soient environ 850 euros par personne –  mais il faudrait aussi prendre en compte le niveau de vie : l’accès à certains équipements ou biens de consommation considérés comme indispensable.

Une enquête a été réalisée par l’INSEE  sur ces « standards de vie » : ses résultats sont rapportés sur le site Inegalites.fr ; ils montrent ce que les gens entendent par « être pauvre » – il s’agit donc d’une définition qualitative, qui va plus loin d’une simple évaluation monétaire.

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Le point sur 10 types d’inégalités en France

samedi 13 février 2010

Quelles sont les inégalités qui se sont creusées, et celles qui se sont un peu résorbées ?L’Observatoire des inégalités fait le point sur 10 indicateurs d’inégalités, considérés comme les plus significatifs.

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Ceux qui voudraient travailler plus…

jeudi 21 janvier 2010

caissiere

… « pour gagner plus », bien sûr (selon l’expression de Nicolas Sarkozy durant la campagne pour l’élection présidentielle).

L’excellent Observatoire des inégalités fait un point court mais riche et très clair sur la situation des salariés qui connaissent le temps partiel subi (ou sous-emploi). Cette notion est importante pour l’étude de l’emploi en terminale… On apprend, sans surprise, que ce sont les femmes qui sont les plus touchées par cela.

 

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L’élitisme des grandes écoles fortement critiqué

vendredi 8 janvier 2010

Faut-il fixer des quotas de boursiers (30 %, a proposé le gouvernement), ou d’autres catégories d’élèves défavorisés, économiquement et/ou culturellement, afin d’atténuer les inégalités aux concours d’entrée aux grandes écoles, qui sélectionnent les élites de la Nation ?

Depuis la semaine dernière, les critiques se multiplient contre le système des grandes écoles, et la proportion très majoritaire des enfants de la haute bourgeoisie, qui bénéficient « naturellement » de ces études prestigieuses. Certaines grandes écoles craignent une baisse du niveau, si l’on donne plus de place aux élèves défavorisés… phénomène que l’on n’a pourtant pas observé dans les pays qui ont fait cet effort.

Depuis des années, l’Observatoire des inégalités fournit les statistiques les plus récentes montrant la situation des inégalités d’accès aux études supérieures, notamment les plus prestigieuses. Il publie ce mois-ci plusieurs documents sur le sujet :

Les grandes écoles coûtent cher ;

L’Ecole nationale d’administration (ENA), par laquelle passe une grande partie des dirigeants politiques, connaît une très faible diversité sociale ;

et à ne pas manquer : Le grand sociologue François Dubet critique la notion même d' »égalité des chances » – découvrez pourquoi.

Mais au fait, qu’en pensent les jeunes concernés, méritants au plan scolaire mais peu dotés au plan économique et social ? Lisez-le ici.

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Egalité des chances scolaires : la route est encore longue

vendredi 2 octobre 2009

Les statistiques les plus récentes concernant les inégalités sont publiées par le formidable site www.inegalites.fr, de l’Observatoire des inégalités.

On y apprend notamment quelques données sur l’origine sociale des élèves en difficulté au collège, et le niveau en 6ème des élèves selon leur origine sociale… Cela ne veut pas dire que si l’on est issu d’un milieu « défavorisé », on n’a aucune chance de réussir ses études, mais cela signifie que c’est plus difficile.

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Les points sur les inégalités de salaires hommes-femmes

mardi 20 janvier 2009

La plupart des classes de terminale traitent en ce moment le chapitre sur les inégalités. Voici un document intéressant, trouvé sur le site de référence, l’Observatoire des inégalités, qui montre que le simple constat des inégalités de salaires entre hommes et femmes, n’est pas suffisant, car celles-ci n’occupent pas les mêmes emplois.

Lisez attentivement le petit article et le tableau de chiffres, vous pourrez épater votre prof en y faisant référence… 😉 (même moi, si mes élèves en parlaient, ça m’épaterait…)

http://inegalites.fr/spip.php?article972&id_mot=74

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