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Les idées reçues sur l' »assistanat »

mercredi 11 mai 2011

Le quotidien LE MONDE analyse les idées reçus liées aux déclarations du ministre Laurent Wauquiez sur les prétendues « dérives de l’assistanat » : un thème important du programme de terminale (dans le chapitre « Intégration et solidarités »)

Cinq idées reçues sur « l’assistanat »

LEMONDE.FR | 10.05.11

Laurent Wauquiez a jugé anormal que le système de protection social français, "le plus généreux d'Europe", permette "très facilement aux étrangers de bénéficier de nos différents outils de solidarité".

Laurent Wauquiez a jugé anormal que le système de protection social français, « le plus généreux d’Europe », permette « très facilement aux étrangers de bénéficier de nos différents outils de solidarité ». AFP/PIERRE VERDY

L’assistanat est un « cancer de la société française ». Si on lui a reproché les mots employés, Laurent Wauquiez, en s’attaquant au revenu de solidarité active (RSA), a surfé sur un cliché bien implanté. Quelque 80 % des classes moyennes sont d’accord avec l’idée qu’il « y a trop d’assistanat et [que] beaucoup de gens abusent des aides sociales », selon une étude menée par l’IFOP en octobre 2010, citée par Le Post.fr.

Peut-être le ministre des affaires européennes pensait-il à cet électorat quand il a émis l’idée, dimanche 8 mai, de plafonner les minima sociaux à 75 % du smic et d’obliger les personnes au RSA à effectuer des travaux « d’intérêt civique » ? Malgré les protestations suscitées dans l’opposition comme dans la majorité, cette proposition s’inscrit dans une longue tradition d’attaques contre « l’assistanat ». Un thème cher à des figures de droite, comme Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy,  mais aussi de gauche, comme Ségolène Royal. Cela n’empêche ce discours de reposer en partie sur des clichés trompeurs. Décryptage.

1. La France distribue plus d’aides sociales que les autres pays d’Europe ?

C’est faux. La France est dans la moyenne européenne pour sa protection sociale. En 2005, elle se classait, selon l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes), au deuxième rang des pays de l’OCDE quant au poids de ses dépenses de protection sociale par habitant. Mais ce chiffre recouvre à la fois la couverture maladie, les retraites et les minima sociaux.

Or, ces derniers ne sont pas distribués à tort et à travers. En France, il existe une dizaine de minima sociaux (voir encadré) qui répondent à des critères très précis d’attribution. Au total, selon l’Insee, 3,5 millions de personnes ont perçu une de ces allocations en 2009. Soit 6,2 % de plus qu’en 2001, où elles étaient 3,28 millions. Une hausse imputée par le gouvernement à la mise en place du RSA et à la crise.

Mais, en ce qui concerne le seul revenu minimum – équivalent du RSA ou du RMI –, on se rend compte que la France n’est pas plus généreuse que ses voisins européens. Selon l’Irdes, les allocataires du revenu mimimum ne représentaient que 2 % de la population active française en 2006. Une proportion qui monte à 6 % en Finlande, 3,4 % en Allemagne ou 5,6 % au Royaume-Uni. « Nous sommes dans la moyenne européenne », confirme Henri Sterdyniak, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). « Les pays scandinaves dépensent bien plus que nous. Plus étonnamment, l’Angleterre et l’Irlande aussi ont des systèmes très généreux, certes avec un contrôle social plus fort des bénéficiaires, un suivi serré. »

2. Les montants des minima sociaux sont plus importants en France ?

C’est une autre idée reçue. Les montants des aides sociales françaises sont plutôt bas, par rapport à ceux d’autres pays européens. Suivant l’allocation, le montant mensuel peut varier de 324 euros (allocation d’insertion) à 711 euros (allocation adulte handicapé), comme le montre ce barème de l’Insee. On note l’exception de l’allocation équivalent retraite : 994 euros.

Selon une étude du ministère de la santé, en 2003, les minima sociaux versés en France équivalaient, pour un célibataire, à 44 % du salaire médian. C’était plus qu’en Belgique (39 %) mais moins qu’en Allemagne (46 %), qu’au Royaume-Uni (51 %), qu’en Irlande (62 %) ou qu’aux Pays-Bas (77 %).

« Les montants ne sont pas généreux en France, affirme M. Sterdyniak, de l’OFCE. Les minima ne sont pas revalorisés depuis longtemps. Des gens qui étaient juste au-dessus du seuil de pauvreté se retrouvent maintenant en dessous. Etrangement, bien qu’averti de ce fait, le gouvernement n’a touché qu’au seul minimum vieillesse. » Ce dernier est revalorisé chaque année depuis le début du quinquennat.

Une politique de baisse volontaire, selon l’économiste. « Depuis Jospin, la grande idée, c’est d’inciter à travailler, donc creuser l’écart entre le RMI, puis le RSA, et le smic. Il y a deux stratégies : augmenter le smic ou laisser stagner le RSA. Le gouvernement a choisi la seconde. »

3. On peut gagner davantage en touchant les minima sociaux qu’en travaillant ?

Encore un cliché qui a la vie dure. Il n’est pas possible en pratique de cumuler les minima sociaux pour atteindre des revenus supérieurs à ceux d’un smicard. Le RSA, qui remplace depuis 2009 le RMI, est conçu pour ne pas dépasser 62 % du smic, avec un bonus en fonction du nombre éventuel d’enfants.

Et toucher une autre aide, par exemple, des allocations familiales (auxquelles toute famille a droit quels que soient ses revenus) entraîne mécaniquement une diminution du montant du RSA. Toute autre allocation provoque le même effet.

« M. Wauquiez raconte des choses fausses quand il dit qu’on peut gagner plus en minima sociaux qu’en salaires. Il n’y a aucun problème : on gagne plus en travaillant que dans l’assistanat, toutes les études le prouvent », assure M. Sterdyniak.

4. Les personnes aidées ont en plus des petits avantages que n’ont pas les smicards ?

C’est un autre angle d’attaque du ministre, qui exagère la réalité. Les « droits connexes » sont ciblés et s’adressent à des populations suivies. Les bénéficiaires de minima sociaux ont certes droit à des avantages souvent attribués par les communes ou les départements : transports en commun gratuits ou à tarif réduit, cantine moins chère pour les enfants, services de garde, tarifs sociaux de l’électricité…

Mais une mission parlementaire de 2009 a montré que, si ces droits étaient très variables en fonction du lieu d’habitation, leur attribution était plutôt accompagnée et ciblée (familles monoparentales, publics volontaires). Et que leur distribution, tout comme celle du RSA, s’accompagnait d’un suivi de la personne bénéficiaire.

Point important : la plupart de ces aides ne sont souvent pas attribuées en fonction d’un statut (par exemple, être au RSA) mais selon un niveau de revenu. Une famille de deux enfants vivant avec un seul salaire au smic – exemple pris par M. Wauquiez – peut ainsi bénéficier de la couverture médicale universelle (CMU).

5. Les étrangers peuvent profiter facilement de ces minima sociaux ?

C’est un autre stéréotype qui revient régulièrement. Pourtant, en France, les conditions d’accès aux minima sociaux pour les étrangers sont complexes.

Dans sa sortie controversée, M. Wauquiez a proposé de réserver le RSA aux étrangers travaillant depuis cinq ans minimum en France. Il ignorait visiblement que la loi instaurant le revenu de solidarité active prévoit déjà exactement la même chose : il faut être en possession d’un titre de séjour et d’une carte de travail depuis au moins cinq ans pour bénéficier du RSA si on est natif d’un pays extérieur à l’Union européenne. Pour les ressortissants de l’UE, ce délai est de trois mois, et ceux-ci ne peuvent prétendre au RSA s’ils sont entrés en France pour y chercher un travail. Les conditions sont tellement restrictives que des associations comme le Gisti avaient protesté lors de la mise en place du revenu de solidarité active.

« Notre drame, c’est ce délitement des classes populaires, qui ont connu le plein emploi et dont le monde s’effondre avec le chômage de masse, résume Henri Sterdyniak. Ils voient des travailleurs immigrés dont ils ont l’impression qu’ils les tirent vers le bas, et ils ont l’impression que les aides vont vers ces populations plutôt que vers eux, ce qui n’est pas vrai. Laurent Wauquiez ne fait que soutenir cette idée reçue pour tenter de capter un électorat déboussolé, qui est passé du vote communiste au vote FN. »


Samuel Laurent

Les minima sociaux français

– Le RSA (revenu de solidarité active) a remplacé le RMI (revenu minimum d’insertion) et l’allocation de parent isolé en 2009 : 466 euros mensuel maximum pour une personne seule.

– L’allocation aux adultes handicapés (AAH) : 727,61 euros maximum

– L’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI) : 388,05 euros maximum

– L’allocation de solidarité spécifique (ASS) pour les chômeurs en fin de droits : 460,51 euros maximum

– L’allocation d’insertion remplacée par l’allocation temporaire d’attente (ATA) pour les demandeurs d’asile et les ex-détenus : 324,55 euros maximum

– L’allocation supplémentaire de vieillesse et l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ce qu’on nomme « minimum vieillesse ») : 708,95 maximum

– L’allocation veuvage (AV) : 565,13 euros maximum

– L’allocation équivalent retraite-remplacement (AER) : 995,40 euros maximum

– Le revenu de solidarité (RSo) pour les personnes sans emploi de plus de 55 ans outre-mer : 860,72 euros maximum, en fonction des revenus

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La finance disqualifiée par ses escroqueries

mardi 10 mai 2011

Un chercheur spécialiste des marchés financiers, PAUL JORION – l’un des rares auteurs à avoir prévu la crise de 2008 -, rappelle dans Le Monde que le secteur financier a volontairement trompé ses clients, et ne peut plus inspirer confiance aux autorités publiques. On peut ajouter qu’aucun de ces quelques dizaines de spéculateurs, qui par leurs agissements frauduleux ont coûté chacun des milliards de dollars au système financier mondial, n’est allé en prison…

Lloyd Blankfein, PDG de la banque d’affaires Goldman Sachs, lors d’une audience devant une commission d’enquête du Sénat américain en avril 2010.

La finance s’est disqualifiée

LE MONDE ECONOMIE | 09.05.11

Tous les efforts menés en vue d’une nouvelle régulation de la finance recourent à une même stratégie : consultation du monde financier par les autorités, puis négociation pour que se dégage un compromis entre les exigences des uns et des autres.

Mais la condition essentielle pour qu’une telle stratégie réussisse est que l’industrie financière s’identifie à l’intérêt général, qu’elle reconnaisse et promeuve la nécessité de garantir un cadre qui maintienne la pérennité des institutions financières sans affecter pour autant la bonne santé de l’économie.

Existe-t-il des éléments pour étayer l’hypothèse que chaque établissement financier fera prévaloir l’intérêt général sur son intérêt particulier ?

Hélas, non : le déroulement de la crise en 2007 et 2008 suggère au contraire qu’il s’agit d’une croyance infondée.

Le rapport du Sénat américain rendu public le 13 avril confirme ce qu’avaient déjà mis en évidence les auditions de dirigeants de la banque Goldman Sachs en avril 2010.

CONFIANCE DES MEILLEURS CLIENTS TRAHIE

A savoir qu’elle – et plusieurs autres, dont, au premier rang, la Deutsche Bank – a non seulement trahi la confiance de certains de ses meilleurs clients en leur vendant des produits financiers (les « collateralized debt obligations » – CDO) structurés de manière à être de la plus mauvaise qualité possible, mais qu’elle a mis au point de nouveaux produits dérivés (les CDO « synthétiques ») pour parier sur la perte de l’ensemble du secteur du crédit hypothécaire américain.

Elle a ainsi précipité la chute de tous ceux qui eurent la naïveté de se positionner sur l’autre versant du pari, mais aussi celle du système financier mondial dans sa globalité !

Le rapport du Sénat décrit le responsable du crédit hypothécaire chez Goldman Sachs promettant à son équipe de commerciaux des primes « ginormous » – une contraction des mots « gigantic » et « enormous » – s’ils parvenaient à vendre ces produits.

Dans un mail, l’un des dirigeants de la banque en Australie dit, à propos de la découverte d’un gogo à qui l’on pourra vendre ces produits avariés : « Je crois avoir trouvé un éléphant blanc, un cochon volant et une licorne, tout en un ! »

Les établissements financiers en question poursuivent aujourd’hui leurs activités en toute quiétude.

Aucun de leurs dirigeants n’a été inculpé. Mieux, on les retrouve assis aux tables de négociation, faisant objection aux propositions des régulateurs qui représentent la communauté dans son ensemble.

Il faut donc changer de méthode. Le régulateur doit rédiger les règles qui permettront de réduire de manière drastique le risque systémique.

Alors que les positions de couverture neutralisent un risque existant dans une perspective assurantielle, les positions spéculatives, du fait de leur nature de pari, créent, elles, un risque là où il n’existait pas préalablement.

L’apport en liquidité du spéculateur, qu’il invoque en général pour justifier sa présence, doit être ignoré : un apport en liquidité à des niveaux de prix spéculatifs est sans objet et, a fortiori, ne compense pas l’accroissement du risque systémique qu’il apporte avec lui.

Une fois définies les mesures à prendre, celles-ci doivent être mises en application, sans négociation avec l’industrie financière : l’incapacité de ses principaux représentants à s’identifier à l’intérêt général a été amplement prouvée au cours de ces trois dernières années.

Paul Jorion, économiste et ethnologue.

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L’avenir de l’Europe, vu par son Président

lundi 9 mai 2011

On le sait peu, mais l’Union européenne a un président : Herman Van Rompuy, président du Conseil européen. Il a peu de pouvoirs, mais il donne dans un article du Monde paru aujourd’hui son point de vue sur les deux défis qui attendent l’Europe, selon lui.

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L’ancien président de la FED américaine a-t-il compris la crise financière ?

jeudi 31 mars 2011

ALAN GREENSPAN, l’ancien président de la FED (Réserve fédérale américaine), considéré comme un « gourou », un magicien de la finance jusqu’à la crise des subprime, a toujours défendu la déréglementation des marchés financiers, et l’absence d’encadrement par l’Etat, en grande partie responsable de la grande crise financière de 2007-2008, et de la crise économique globale qui a suivi.

Greenspan critique aujourd’hui la nouvelle loi destinée à réguler les activités spéculatives des banques.

Crise des subprimes : Alan Greenspan ne fait pas son mea culpa

LEMONDE | 30.03.11

Alan Greenspan (à gauche), président de la Réserve fédérale américaine de 1987 à 2006, et Ben Bernanke qui la dirige depuis.

Alan Greenspan (à gauche), président de la Réserve fédérale américaine de 1987 à 2006, et Ben Bernanke qui la dirige depuis.REUTERS/JASON REED

Londres, correspondant – Les croisés du libéralisme financier refusent à faire leur mea culpa à propos de leur rôle prépondérant dans le déclenchement de la crise des subprimes, en 2008-2009. Le dernier en date est l’ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Alan Greenspan, aux commandes entre 1987 et 2006.

Dans un article publié dans l’édition datée du 30 mars du Financial Times, l’ex-banquier central, âgé de 85 ans, tire à boulets rouges sur la loi Dodd-Frank de re-réglementation définie comme « une création ne pouvant que déstabiliser les marchés et une menace potentielle au niveau de vie des Américains ».

A écouter le champion du « moins d’Etat », cette législation, adoptée en juillet 2010 et destinée à contrôler l’activité des banques, ne permet qu’un « coup d’œil rapide sur les mécanismes internes du plus subtil système financier ».

HOSTILE À LA RÉGLEMENTATION DES PRODUITS DÉRIVÉS

Le message de M. Greenspan n’a pas changé d’un iota : le système est le seul qui fonctionne et il rend tout le monde plus riche, pourvu que l’Etat ne l’étouffe pas. Son hostilité, en 1998, à toute réglementation des produits dérivés l’atteste. La faillite du fonds spéculatif américain Long Term Capital Management et les risques systémiques posés à l’économie américaine reposent alors la question du contrôle des risques.

L’intervention in extremis de la banque fédérale de New York et d’un consortium de banques, pour éviter une réaction en chaîne mettant en difficulté l’ensemble des établissements financiers qui lui avaient fait crédit, soulève des interrogations sur l’absence de législation digne de ce nom sur les produits dérivés.

Brooksley Born, la présidente de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), l’organisme fédéral de surveillance des marchés à terme, fraîchement nommée par Bill Clinton, propose alors d’inclure la supervision de ces instruments financiers extrêmement dangereux. Alan Greenspan, qui a siégé au conseil d’administration de la banque JP Morgan, l’une des grandes usines à produits dérivés, avant de prendre les commandes de la Fed, sort de son devoir de réserve pour torpiller cette initiative. Or, les produits dérivés adaptés aux produits financiers liés au marché immobilier, les fameux subprimes, seront l’un des facteurs de déclenchement de l’implosion des marchés à l’automne 2008.

« JE SUIS CRITIQUÉ POUR DES CHOSES QUE JE N’AI PAS FAITES »

M. Greenspan a passé la main en 2006 à Ben Bernanke, après dix-neuf ans à la tête de la banque fédérale. Aux louanges ont succédé les critiques acerbes d’une politique de laisser-faire à l’origine du tsunami financier. « J’ai été félicité pour des choses que je n’ai pas faites et je suis critiqué aujourd’hui pour des choses que je n’ai pas faites », répond-il à ses détracteurs.

Outre les apparitions télévisées et les conférences hautement rémunérées, l’expert retraité conseille le spéculateur de haut vol John Paulson – le « sultan des subprimes » – et la Deutsche Bank.

Un peu d’humilité parfois aurait mieux valu qu’une filandreuse plaidoirie. La vieillesse n’est pas une excuse. Le prédécesseur de M. Greenspan à la tête de la FED, Paul Volcker, en témoigne. Le « Maestro », âgé de 83 ans, est l’architecte de la Volcker Rule qui a inspiré le texte Dodd-Frank interdisant aux banques d’affaires de spéculer à l’aide de leurs fonds propres.

Marc Roche

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Des solutions pour lutter contre la précarité des jeunes

lundi 21 février 2011

DANS « LE MONDE DE L’ECONOMIE » ce soir : on retrouve l’opposition classique entre solutions libérales (J-F Copé) et solutions « de gauche » :

Emploi : comment sortir les jeunes de la précarité en 2012

LE MONDE ECONOMIE | 21.02.11 |

Une du "Monde Economie" du mardi 22 février 2011.

Une du « Monde Economie » du mardi 22 février 2011.DR

Au surlendemain de l’ouverture des négociations entre partenaires sociaux sur l’insertion professionnelle des jeunes, le président Nicolas Sarkozy a annoncé, le 10 février sur TF1, 500 millions d’euros supplémentaires pour la politique de l’emploi en faveur des jeunes et des chômeurs de longue durée. Le nombre de contrats aidés, réduits par le projet de loi de finances 2011, sera revu à la hausse, et les entreprises de 250 salariés et plus seront incitées à recourir à l’alternance par un système de bonus-malus.

Tandis que la priorité donnée à l’emploi des jeunes revient comme une antienne depuis les années 1980, le diagnostic établi le 10 février par le Conseil d’orientation pour l’emploi confirme que leur précarité ne cesse de croître et est devenue structurelle.

La loi de modernisation du marché du travail de 2008 a eu beau réaffirmer le contrat à durée indéterminée (CDI) comme « la forme normale et générale de la relation de travail », c’est celui à durée déterminée (CDD) qui s’impose aux jeunes, quand ce ne sont pas les stages.

STAGES PLEBISCITES

L’enquête « Insertion des jeunes », publiée en janvier par l’Association nationale des DRH, révèle que les stages sont plébiscités par les employeurs comme mode de recrutement des bac + 5. Avec la crise, le « bizutage social », selon le mot du secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, a aussi atteint les diplômés du supérieur.

Les instruments de lutte contre la précarité seraient-ils tous inefficaces ? Les économistes indépendants et autres think tanks de droite comme de gauche s’interrogent sur de nouvelles approches, de nouveaux instruments susceptibles d’être mis en oeuvre d’ici à 2012 ou lors de la prochaine mandature présidentielle.

Le fait que le capital humain soit une richesse qu’on ne peut plus considérer comme une variable d’ajustement du marché de l’emploi fait à peu près l’unanimité. La question est de savoir comment valoriser ce capital afin que l’embauche d’un jeune soit, enfin, perçue comme un investissement plutôt que comme un coût.

Et comment sécuriser ce nouvel actif sur un marché du travail devenu instable ? Car la précarité n’est pas tant liée au statut d’emploi qu’à l’insécurité qui l’accompagne.

Les propositions sont de différentes natures, en fonction des convictions de leurs auteurs. Les unes insistent sur la nécessité d’abaisser le coût du travail, d’autres sur l’adaptation des qualifications aux besoins des entreprises ; tous cherchent à renouer la confiance entre salariés et entreprises malgré la rotation des personnels imposée par des stratégies de court terme.

Pour améliorer la qualification au-delà de la formation initiale, et susciter l’intérêt des employeurs, le président du think tank Génération France et secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, émet l’idée de « créer un compte individuel de formation dont le capital de départ serait inversement proportionnel au niveau de formation initiale ». « Il ne dépendrait pas du type de contrat de travail dont vous disposez. Des mécanismes pourraient ensuite orienter les salariés et les chômeurs vers les gisements d’emploi disponibles », précise-t-il en préface à l’ouvrage de Gilles Lecointre Pour en finir avec l’emploi jetable (l’Archipel).

La fondation Terra Nova, marquée à gauche, préconise aussi un système de capital-formation de 16 600 euros articulé à des prêts pour financer la vie étudiante et la formation professionnelle. Ce dispositif serait organisé par les pouvoirs publics ; le remboursement commencerait au moment où le revenu de l’emprunteur dépasserait un certain seuil. Ce système attribue un capital à tous les jeunes adultes, utilisable tout au long de la vie active, et « permet de donner plus de droits en formation continue à ceux ayant suivi le moins d’études en formation initiale », précise l’économiste Guillaume Allègre, dans une note de la fondation.

Pour le président de Terra Nova, Olivier Ferrand, la clé d’une qualification adaptée passe d’abord par « la démocratisation de l’enseignement supérieur grâce à un effort budgétaire nécessaire pour rejoindre le niveau des pays les plus avancés – les Etats-Unis consacrent 3 % de leur produit intérieur brut (PIB) à l’enseignement supérieur, contre 1,5 % en France -, puis par un renforcement des liens entre entreprises et étudiants ».

SYSTEMATISER L’ALTERNANCE

Le Conseil d’orientation pour l’emploi souligne d’ailleurs l’intérêt de systématiser l’alternance en dernière année de cursus. L’enquête de l’Association nationale des DRH (ANDRH) avec la société de conseil en management Inergie publiée en janvier indiquait que les DRH mettent au premier rang des freins au recrutement des jeunes « la mauvaise adéquation entre les filières de formation, (leur) contenu et les besoins de l’entreprise, ainsi que le manque de connaissance des jeunes de ce qu’est l’entreprise ».

L’association La Manu, fondée et présidée par Julie Coudry, oeuvre depuis deux ans à ce rapprochement avec les universités. Elle soutient en cours de cursus des projets de rencontres organisées par les étudiants avec de grandes sociétés : GDF Suez, Crédit agricole, Vivendi, SFR, etc. Coachés par -l’ANDRH ou le Centre des jeunes dirigeants, ils identifient leur profil de compétences et celui des entreprises avec lesquelles ils organisent des événements. « Ces projets leur permettent de gagner en confiance, de mieux connaître les entreprises et de commencer à tisser un réseau professionnel indispensable dans la perspective d’un parcours cahoteux sur le marché du travail. L’intervention en amont rééquilibre le rapport de forces entre le futur salarié – qui n’est plus un demandeur mais une ressource – et l’employeur. Une meilleure connaissance mutuelle permet à l’entreprise d’être moins en risque au moment de recruter », explique Mme Coudry.

Mais pour Jean-François Copé, la première cause de l’exclusion des jeunes de l’emploi est le coût du travail.

Aussi propose-t-il de transférer une partie des charges salariales et patronales vers la TVA ou la CSG. M. Ferrand, lui, préconise « un taux de cotisation patronale variable en fonction du taux d’emplois précaires de l’entreprise ».

Mais pour maintenir les jeunes en emploi, les pistes les plus innovantes concernent les relations entre salariés et employeurs. Gilles Lecointre, entrepreneur et chargé d’enseignement à l’Essec, estime que, pour qu’un jeune soit considéré comme un investissement, il faut redonner au capital humain sa place dans l’entreprise.

Il propose, d’une part, un engagement de moyen terme entre le salarié et son employeur sous la forme d’un contrat de cinq à dix ans avec tacite reconduction – à l’instar de ce que Siemens vient de mettre en place en Allemagne ; et d’autre part, une inscription du « capital humain » à l’actif du bilan de la société. Chaque salarié, représenté par sa rémunération, serait alors comptabilisé comme une richesse de l’entreprise.

La Fondation Jean-Jaurès, proche du Parti socialiste, estime que la lutte contre la précarité passe par un regain du rôle de toutes les parties prenantes de l’entreprise. « Il s’agit de développer la démocratie sociale dans l’entreprise en donnant aux représentants du personnel un réel pouvoir d’influence et de contrôle sur la gestion de l’emploi. Un droit de veto du comité d’entreprise, par exemple, permettrait de lutter efficacement contre la précarité », assure Philippe-Michel Thibault, coauteur des 15 propositions éditées par la Fondation dans la perspective de 2012.

Mais pour l’économiste Philippe Askenazy, au-delà de l’effort éducatif, la véritable réponse consiste à cesser les politiques d’emplois précaires et à construire une nouvelle stratégie de croissance en répertoriant les besoins du futur, susceptibles de générer des emplois qualifiés et pérennes comme, par exemple, dans le secteur de la santé.

Anne Rodier

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Un point sur la démographie française et mondiale

vendredi 28 janvier 2011

DANS « LE MONDE » :

Démographie mondiale : la croissance ralentit

LEMONDE | 27.01.11

En janvier, tradition bien établie, les sondeurs nous assènent une batterie de sondages pessimistes sur le moral du pays, plus que jamais en berne, paraît-il. Les Français n’ont pas confiance dans l’avenir. Ils pensent que leurs enfants vivront plus mal qu’eux. Ils jugent que l’économie va mal ; le chômage des jeunes les hante, à juste titre. Pourtant, au baromètre de l’humeur nationale, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) vient d’apporter une note positive, très positive : la France – un peu moins de 65 millions d’habitants – est la championne d’Europe de la natalité. Moral en baisse, libido à la hausse ?

Tout a été excellemment dit par notre consoeur Anne Chemin (Le Monde du 15 janvier) sur les raisons qui peuvent expliquer ces chiffres. Avec 828 000 naissances, la France affiche en 2010 un indicateur de fécondité de 2,01 enfants par femme. Poétique à souhait et un rien opaque, la formule mérite un décryptage : il est né, en 2010, 20 000 bébés de plus qu’il y a dix ans ; la France connaît son plus fort taux de natalité depuis la fin du baby-boom de l’après-guerre.

Les économistes et les démographes aiment ces chiffres. Ils y voient un atout majeur pour la France – de la garantie du financement de son Etat social au renouvellement de sa population. Prudents, ils ne se risquent pas à sonder les mystères de la décision la plus privée qui soit (avoir des enfants ou non), mais certains osent émettre ce jugement : cela pourrait ressembler à un signe de confiance dans l’avenir…

La natalité française est une exception sur le Vieux Continent, qui n’a jamais été aussi bien nommé. La plupart des pays européens connaissent une grave crise de la natalité. Au sud catholique comme à l’est de l’Union européenne, les indicateurs de fécondité stagnent ; ils descendent parfois en deçà des naissances nécessaires pour assurer le simple maintien de la population à son niveau actuel.

L’exception française est plus remarquable encore si l’on observe les grandes tendances de la démographie mondiale. Selon les estimations de l’ONU (www.un.org/esa/population/), l’Europe est dans la norme d’une planète vieillissante où les candidats à la carte senior – 60 ans et plus – constituent une part sans cesse croissante de la population.

Que les disciples de l’économiste britannique Thomas Malthus (1766-1834) se rassurent : la peur est en passe de changer de nature. Les malthusiens redoutaient une surpopulation que les ressources de la planète n’arriveraient pas à nourrir ; les démographes craignent une population mondiale qui ne compterait pas assez de jeunes pour prendre en charge les vieux.

Explication : la croissance démographique ralentit. Dans son édition spéciale « Le monde en 2011 », l’hebdomadaire The Economist annonce « la fin du baby-boom mondial ». Certes, 2011 verra, probablement vers la moitié de l’année, « la naissance du sept milliardième être humain ». Mais le chiffre masque le début d’une décélération du rythme de l’accroissement de la population mondiale. Celle-ci « a mis environ 250 000 ans pour atteindre 1 milliard de personnes (aux alentours de 1800). Plus d’un siècle s’est écoulé avant qu’elle n’atteigne 2 milliards (en 1927), mais il n’a fallu que trente-trois ans pour atteindre le milliard suivant (1927-1960) et quatorze ans seulement pour le milliard d’après, écrit The Economist. Les deux dernières étapes, pour passer à 5, puis à 6 milliards, n’ont respectivement pris que treize et douze ans ». Cette dynamique va s’inverser.

D’ici à 2050-2060, la population mondiale devrait se stabiliser autour de 9 milliards d’habitants, résultat d’une baisse progressive des taux de natalité et d’une hausse générale de la durée de la vie. « Vers 2050, l’élan démographique ralentira presque à zéro, prédit The Economist, et le monde sera à la veille de connaître, pour la première fois depuis des siècles, un plafonnement de sa population. »

« La planète grisonne », titre joliment la revue américaine Foreign Policy (novembre 2010). La baisse de la natalité ne concerne pas que les pays industrialisés. Elle est assez générale. La Russie de ce début de siècle a perdu 7 millions d’habitants par rapport à sa population de 1991. « Sur les 59 pays où la natalité n’est plus suffisante pour assurer le maintien de la population, 18 sont qualifiés par l’ONU de « pays en voie de développement » » – autrement dit, des pays du Sud.

L’Asie, vantée comme l’eldorado de demain, est l’un des continents démographiquement les plus mal partis. Le politologue Phillip Longman écrit dans Foreign Policy : « Ceux qui nous annoncent un siècle asiatique n’ont pas réalisé que cette région entre dans l’ère d’un vieillissement accéléré de sa population. » Le cas japonais est connu, mais on oublie que la situation de la Corée du Sud et celle de Taïwan, par exemple, s’en rapprochent, tout comme celle de la Chine.

Avec sa politique de l’enfant unique, un taux de natalité extrêmement bas et les incessants progrès de la santé publique, « la Chine évolue rapidement, explique M. Longman, vers ce que les démographes appellent une société 4-2-1, où un enfant va avoir la responsabilité, une fois adulte, de prendre en charge ses deux parents et ses quatre grands parents ». Le vieillissement d’une population finit à terme par peser sur son développement économique. La Chine devra inventer l’Etat-providence pour des dizaines de millions de plus 75 ans… Elle sera vieille avant d’être riche, prophétisent les pessimistes.

Le bon exemple vient des Etats-Unis, où un solide taux de natalité et une immigration dynamique assurent un remarquable équilibre démographique. Il vient aussi de Scandinavie, où, comme en France et en Grande-Bretagne, les politiques familiales mises en oeuvre par l’Etat ont relancé la natalité. En somme, rien ne sert de sonder trop longuement les mystères de la natalité, mieux vaut créer des crèches et le congé parental…

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Les Français ont doublé leur patrimoine en dix ans

lundi 24 janvier 2011

Cette année, l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF), impôt qui touche en gros les patrimoines à partir d’environ 1 million d’euros, a été particulièrement rentable pour l’Etat, avec 400 millions d’euros de recettes au-delà des prévisions.

A ce propos, LIRE L’ARTICLE DANS LE QUOTIDIEN LE MONDE (paru le 21 novembre 2010) :

Les Français investissent massivement dans la pierre et dans l'assurance-vie.

Les Français investissent massivement dans la pierre et dans l’assurance-vie.AFP/THOMAS COEX

Le patrimoine des Français a doublé en dix ans pour dépasser 10 000 milliards d’euros, selon les résultats d’une étude publiés vendredi par le Figaro. La richesse des Français, qui investissent massivement dans la pierre et dans l’assurance-vie, se chiffre précisément à 10 060 milliards d’euros, soit huit années de revenus ou cinq années de PIB, rapporte le quotidien, qui cite des chiffres pour l’année 2009 communiqués par la direction du Trésor à quelques parlementaires de la majorité.

Les Français sont ainsi plus riches que les Allemands ou les Américains, dont le patrimoine représente six années de revenus, mais moins que les Britanniques (onze années), note le quotidien. La flambée des prix de l’immobilier explique largement cette envolée du patrimoine dans la décennie écoulée, les appartements, maisons et terrains représentant 61 % du patrimoine privé, écrit le Figaro.

La publication de ces chiffres intervient alors que le gouvernement planche sur la fiscalité du patrimoine. Un rapport commandé par l’UMP propose notamment de taxer davantage les résidences principales et secondaires des Français.

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Les dessous du « modèle danois »

mercredi 1 décembre 2010

Le Danemark s’est distingué, depuis plusieurs années, comme une sorte de modèle, alliant à la fois une forte protection sociale, une flexibilité forte de l’emploi et un faible taux de chômage.

Dans un article très intéressant, un blog économique du quotidien Le Monde analyse en profondeur ce « miracle »… et le relativise.

 

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Poubelles du monde…

mercredi 24 novembre 2010

Des photographes ont eu l’idée d’exposer les contenus de poubelles de différents endroits du monde…

http://www.lemonde.fr/planete/portfolio/2010/11/22/dissection-de-poubelles-du-monde-entier_1443660_3244.html

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Comment récupérer les élèves perturbateurs ?

jeudi 18 novembre 2010

A PROPOS DU ROLE DE L’ECOLE DANS L’INTEGRATION SOCIALE (thème étudié dans le programme de terminale), voici un chat très intéressant organisé par le quotidien Le Monde, avec une responsable de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) : à lire pour sortir des idées reçues sur les « voyous » et leur répression…

 

 « La mise à l’écart des élèves perturbateurs est inefficace »

LEMONDE pour Le Monde.fr | 18.11.10 | 12h58  •  Mis à jour le 18.11.10 | 18h26

Dans un chat sur Le Monde.fr, Maria Ines, éducatrice de la protection judiciaire de la jeunesse, prône la suspension des établissements de réinsertion scolaire, expérimentés depuis cette rentrée.
Pol : Qu’appelle-t-on précisément des élèves « perturbateurs » ? Comment sont-ils « gérés » en général par les proviseurs et principaux de lycée et collège ?

Maria Ines : Cette appellation recouvre plusieurs situations. Chacun de ces élèves a des difficultés différentes. Ce sont les élèves qui font des bêtises en classe, empêchent qu’une classe tourne bien, perturbent la vie scolaire en général. Mais on ne peut pas mettre tous les « perturbateurs » dans le même sac.

Classe de 3 -5 : Quelles sont les raisons du décrochement ?

Les raisons du décrochement sont différentes, là aussi. Mais il y a des choses qui les rassemblent : en général, ce sont des situations familiales très dégradées – séparation des parents, père au chômage, alcoolisme.

Quand un élève décroche, cela veut dire que les parents sont trop démunis pour le stimuler. Mais les problèmes familiaux sont différents pour chacun, il faut donc trouver des solutions différentes, voir comment on peut aider les parents.

Rivalpo : Comment redonner le goût des études à des jeunes qui ont totalement rejeté le système scolaire et qui sont à la limite de la désocialisation?

On redonne le goût de l’école à un jeune en difficulté en essayant de comprendre précisément quels sont ses problèmes. Qu’est-ce qui le fait souffrir ? Qu’est-ce qui fait qu’il n’a pas envie d’aller à l’école ?

En général, ils ont un profond sentiment d’insécurité, ils ont peur de ne pas réussir. Pour leur redonner confiance, il faut d’abord comprendre ce qui se passe et mettre en place tout un accompagnement social et éducatif qui aide les parents et redonne confiance aux jeunes en essayant de déceler ses qualités, afin de faire émerger ce qu’il a en lui de meilleur.

Même les élèves les plus en difficulté ont quelque chose de bien en eux. Il faut aller le chercher. Il faut pour cela des professionnels qui ont un intérêt pour ces jeunes, de façon à mettre de côté provisoirement ce qu’ils font de mal.

Petit à petit, on arrive à ce que ces jeunes reprennent confiance en eux et retrouvent le goût d’aller à l’école. Même si ces jeunes font des bêtises, ils aimeraient être comme les autres mais n’y arrivent pas à cause d’une souffrance psychologique très forte.

Manola : Que pensez-vous des établissements de réinsertion scolaire voulus par Nicolas Sarkozy au printemps et dont une dizaine a ouvert depuis cette rentrée ? Ne constituent-ils pas un recul plutôt qu’une avancée ?

C’est un véritable recul. Je crois vraiment qu’il faut trouver des solutions pour ces jeunes. Ils se font du mal et en font aux autres. Ces établissements ont été annoncés au printemps. Le président a fait un discours disant qu’il fallait écarter du milieu scolaire ces jeunes qui perturbent l’école et dont personne ne veut et créer des établissements spécialisés pour eux.

Quelques mois après, il a donné l’injonction à l’éducation nationale de créer ces internats. Ce discours voulait dire qu’il fallait les séparer radicalement des autres jeunes. Donc, c’est parti sur de mauvais rails. Car s’il faut trouver des solutions adaptées pour ces jeunes, la séparation radicale du système scolaire et des autres élèves n’est pas la bonne solution.

Ni les enseignants ni les travailleurs sociaux n’ont été consultés. Il a fallu, en quelques mois, que les professionnels puissent imaginer quelque chose qui ait un peu de sens pour ces élèves, mais à l’intérieur d’une demande politique qui, dès le départ, hypothéquait les chances de réussite de ces établissements. En effet, il fallait séparer ces élèves des autres, et de plus, les mettre ensemble.

Les professionnels – enseignants et travailleurs sociaux – savent que quand on sépare ces jeunes de leur famille, de leur quartier, et qu’on les met tous ensemble, les choses deviennent explosives, car ils endossent l’étiquette de perturbateurs.

Pierre : Ces établissements de réinsertion scolaire [ERS], où les élèves ingérables sont concentrés entre eux, me font sérieusement penser aux maisons de correction, qui ont fait la preuve de leur inefficacité et que l’on a choisi de fermer dans les années 1970. Qu’en pensez-vous ?

Oui, absolument. Cela fait penser aux maisons de correction, qui accueillaient des délinquants et aussi des jeunes en difficulté, délaissés par leur famille. C’était une séparation brutale, avec une coupure des liens. Et ce qui présidait à leur fonctionnement, c’était tout ce qui tournait autour de la discipline, de la règle. L’obsession première dans les maisons de correction était d’apprendre à ces jeunes, de façon rapide, comment se comporter.

Je ne dis pas que dans les ERS, le régime soit aussi dur. Mais n’empêche que dans ces établissements, ces jeunes reçoivent un enseignement scolaire a minima, le matin, et ensuite, le temps est consacré à des activités et à l’enseignement de règles. Je ne dis pas que ce n’est pas bien, mais pour ces jeunes, ça ne marche pas. Ils ont un sentiment d’exclusion, ils ont été séparés de leur famille, donc ils vont être très réticents à ce que la plus grande partie de leur temps soit consacrée à apprendre la discipline.

Ces jeunes apprennent les règles et le vivre-ensemble quand on s’intéresse très sincèrement à eux. Ils vont écouter l’adulte qui tente de comprendre où s’enracinent leurs difficultés et accepteront d’intégrer un cadre, des limites, des règles. Mais si on les leur impose de l’extérieur, ils ont l’impression que c’est une punition.

Lolo : Comment fonctionne concrètement les établissements de réinsertion scolaire ? Quel est l’emploi du temps des élèves ?

Je n’ai pas l’emploi du temps précis, heure par heure. Je sais qu’il y a un enseignement scolaire minimum durant la matinée, et l’après-midi est consacré à des activités, surtout sportives, puisque le sport est considéré comme bénéfique pour ces jeunes. Je pense que c’est vrai, mais il n’y a pas que ça.

Et il y a un encadrement très précis, avec des éducateurs – non formés d’ailleurs, car le soir et la nuit, ce sont des jeunes du service civique qui viennent pour les encadrer. Je pense qu’on ne peut pas s’occuper de ces jeunes qui sont en très grande difficulté sans une véritable formation.

RnR Radio : Pourquoi s’obstiner à leur imposer des études et ne pas les faire travailler, tout simplement ?

Ce serait bien pour ces jeunes, ils ne demandent que ça, pour certains. Mais quand ils disent que l’école ne les intéresse pas, c’est que bien souvent, ils n’ont pas confiance en eux. Il faut donc d’abord essayer de leur redonner le goût de l’école.

Mais pour ceux qui veulent travailler, il n’y a pas beaucoup de travail, surtout pour les jeunes sans qualification. Il faut donc trouver le moyen de leur redonner le goût de l’école, ou d’une formation professionnelle. Il faut trouver la meilleure orientation possible.

Rivalpo : N’est-il pas un peu utopique de vouloir mettre ensemble des élèves en décrochage, parfois issus de quartiers où la violence est banalisée, avec des élèves considérés « normaux » ?

Encore une fois, on ne peut pas globaliser les choses. C’est une stigmatisation. Chacun de ces jeunes est différent. Je pense, et je parle d’expérience, que la meilleure chose pour ces jeunes est de les mélanger avec les autres. Il faut de la mixité. Sinon, ils endossent une étiquette négative, l’assument et peuvent aller très loin dans leur révolte.

Mais il faut les accompagner pour qu’ils arrêtent leurs « bêtises ». Je sais que ce qui est efficace pour ces jeunes, c’est ce qui va à l’encontre de la mise à l’écart.

Paul J :  Les enseignants sont-ils préparés correctement ? Y a-t-il des parties de formation en commun avec les éducateurs ?

Il n’y a pas assez de formation commune entre enseignants et éducateurs. Ce serait une bonne chose, qu’il faudrait développer. Nous avons des savoir-faire et des métiers différents, mais complémentaires.

Effectivement, peut-être que les enseignants n’ont pas suffisamment de formation pour appréhender ces élèves. Mais le plus problématique, selon moi, c’est l’insuffisance des moyens dévolus à l’éducation nationale pour s’occuper d’eux.

Avoir un nombre suffisant d’enseignants permettrait notamment de faire des classes avec de petits effectifs pour ces jeunes, qui ne peuvent se retrouver dans des grands groupes. Ils ont besoin d’un suivi le plus individualisé possible. Et surtout, il faudrait développer tous les réseaux d’aide au soutien scolaire, toute l’éducation spécialisée, qu’on attaque dans le même temps, car il y a de moins en moins de personnes et d’argent pour ces structures.

Il faudrait des assistants sociaux scolaires, qui sont là pour quand on relève un problème chez un jeune, aller voir ce qui se passe du côté de la famille. Mais il n’y a pas assez d’assistants sociaux.

Guest : Pourquoi avoir créé les ERS dans des établissements ruraux (où pas mal de parents et d’élèves se sentent un peu abandonnés aussi) et pas dans les beaux quartiers et les « bons » collèges ?

Ce qui m’a frappée pour les jeunes du 93, c’est qu’on les envoie à la campagne, effectivement. Je pense que ce n’est pas un hasard. Cela participe d’une très vieille idée selon laquelle la ville, avec toutes ses tentations, est nocive et que le bon air de la campagne aurait un effet rédempteur. On a connu les colonies agricoles pénitentiaires, où on envoyait les enfants à la campagne. C’est une idée qui a fait son temps, ça n’a jamais marché.

Mais ce qui s’est passé pour les jeunes du 93 qu’on envoie dans la Mayenne ou dans la Manche est très significatif de cette idée très forte aujourd’hui, selon laquelle il faut mettre ces enfants à l’écart, quitte à ce qu’ils se retrouvent dans un autre ghetto.

Delly : N’est-il pas compréhensible que les élèves et les parents, inquiets pour l’avenir de leurs enfants, refusent de payer le prix de soucis sociaux et familiaux dont ils ne sont pas responsables et préfèrent donc que ces enfants très difficiles soient séparés des autres ?

Je comprends l’inquiétude des parents. Mais ce qu’il faudrait que les pouvoirs publics leur expliquent, c’est que la séparation de ces élèves des autres est inefficace. Pour rassurer ces parents, il faut qu’on trouve les bonnes solutions. Ces jeunes ont déjà un sentiment d’exclusion intérieur, à cause de leurs problèmes. Si on les exclut de tous les systèmes « normaux », ce sentiment d’exclusion va être plus fort, ils vont se révolter et être violents.

Zaguezoo :  Qu’en est-il d’un service civique citoyen, avec ou sans encadrement militaire, pour des élèves en déshérence ?

Ce n’est pas la bonne solution non plus. Ce qu’il convient de faire, c’est rechercher les causes de la violence de ces jeunes. Il faut savoir qu’ils n’ont qu’une envie : revenir à l’école. Mais comme ils sentent, à tort, que l’école n’est pas pour eux, les exclut, ils s’y sentent mal, n’ont pas confiance en eux, ils perturbent. Donc il faut soit les réintégrer dans l’école, soit leur trouver une autre orientation.

L’encadrement militaire n’est pas la solution miracle à tout. Ce n’est pas parce qu’on encadre avec une discipline très forte que cela résout les problèmes.

Amélie :  Faut-il fermer les établissements de réinsertion scolaire ? Ce serait un bel aveu d’échec pour le gouvernement.

Il faut suspendre cette expérience-là, et réfléchir vraiment. Et si on voit que ce n’est pas viable, il faut les fermer. En attendant, ce sont les jeunes qu’on envoie là-bas qui vont payer les pots cassés : ils vont être violents, on va les exclure, ils vont retourner dans une espèce de déshérence.

Parent délève : Pouvez-vous m’expliquer l’intérêt scolaire pour mes enfants de côtoyer des délinquants dans leurs classes ? Savez-vous quelle sera la reconnaissance de la société envers mes enfants pour avoir vécu des problèmes qu’une volonté politique leur aura imposés ?

Je comprends l’inquiétude des parents pour leurs enfants. Mais d’abord, l’effet pervers de toutes ces annonces et de tous ces programmes mis en place à la va-vite est là : les élèves perturbateurs peuvent être assimilés à des délinquants. Or ce n’est pas vrai. Il peut y avoir des jeunes qui ont commis des délits, mais les élèves perturbateurs ne sont pas tous des délinquants. S’ils l’étaient, ils seraient dans d’autres lieux.

D’autre part, des élèves qui ne perturbent pas peuvent commettre des délits. C’est donc toute une éducation à faire pour informer le public, pour ne pas qu’il y ait de tels amalgames. La jeunesse ne se divise pas aussi facilement entre les délinquants et les non-délinquants, entre les élèves normaux et les élèves pas normaux. Ce que j’aurais envie de dire avec beaucoup de force, car dans mon métier, je suis amenée à connaître ces jeunes, à rencontrer leur famille, c’est que tout le monde, toute la société, aurait à gagner à comprendre d’abord que ces jeunes, dont certains peuvent faire peur à certains moments, sont d’abord des jeunes en très, très grande souffrance.

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