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Salaires : le grand écart salariés-patrons

Jeudi 23 juin 2011

DANS LE MENSUEL ECONOMIQUE « L’EXPANSION » :

2010, millésime en or pour les grands PDG

Par Franck Dedieu – publié le 01/06/2011

Stock-options, bonus, retraites chapeaux… D’après notre classement exclusif, entre 2003 et 2010, la rémunération des PDG du CAC 40 a augmenté de 20 %, hors inflation. Leurs salariés ont été moins gâtés. La fracture salariale continue de s’aggraver.

Carlos Ghosn. Par rapport à son prédécesseur, les revenus du PDG de Renault-Nissan ont grimpé de 328% depuis 2003. A comparer aux 15% dont ont dû se contenter ses salariés.
REUTERS/Charles Platiau

Prime pour les uns, déprime pour les autres. Même au sein des profitables entreprises du CAC 40, la fracture salariale s’élargit entre les salariés et leurs dirigeants. Selon les calculs exclusifs de L’Expansion, depuis sept ans (entre 2003 et 2010), la masse salariale des entreprises regroupées au sein du CAC 40 ramenée à chaque employé a crû de 13 %, contre 35 % pour la rémunération des patrons. En euros constants – autrement dit, compte tenu de l’inflation -, leurs 4,7 millions d’employés dans le monde voient globalement leurs paies varier d’à peine 1 %, quand celles des dirigeants s’envolent de 20 %.

Derrière cette moyenne se cachent bien sûr des disparités. A Saint-Gobain et à EADS, la paie de la base varie comme celle du PDG. Les deux parties se serrent la ceinture à Veolia et à Alcatel. A Vivendi ou chez Bouygues, le patron perd même du pouvoir d’achat quand le gros de la troupe s’enrichit. Mais, dans la plupart des cas, les écarts se creusent entre le général en chef et ses ouvriers, ses employés et même ses cadres. Si nulle part les fiches de paie individuelles ne baissent, les frais de personnel par employé s’érodent ou stagnent selon un processus à l’oeuvre depuis longtemps : la part des effectifs fond dans les pays riches mais s’accroît dans les zones à bas coûts. Cas d’école avec Schneider Electric : l’Europe et l’Amérique du Nord employaient 78 % des salariés en 2003, contre 57 % aujourd’hui. Idem chez Renault, où le « déplumage » des effectifs français (22 000 salariés depuis 2003) ne se rapporte pas au « ramage » du patron, Carlos Ghosn, nanti d’un salaire multiplié par quatre par rapport à celui de son prédécesseur, Louis Schweitzer. Encore ces émoluments managériaux n’additionnent-ils que le salaire de base et les bonus. Avec les gains sur les stock-options, les actions gratuites, les dividendes et les jetons de présence, la rémunération globale atteint 4,2 millions par PDG. Soit 186 salaires moyens. « Nous sommes dans le même bateau », répète à l’envi Carlos Ghosn à ses salariés. Pas dans la même cabine.

Salariés-dirigeants: le grand écart

Société Patron actuel Evolution de 2003 à 2010 de la masse salariale par personne (*) Evolution de 2003 à 2010 du salaire du PDG (**)
Renault (1) Carlos Ghosn 15 % 328 %
EDF (2) Henri Proglio 15 % 192 %
Essilor Hubert Sagnières – 5 % 171 %
Technip Thierry Pilenko 7 % 155 %
Capgemini (3) Paul Hermelin – 28 % 116 %
ArcelorMittal Lakshmi Mittal – 16 % 114 %
Natixis Laurent Migon 64 % 171 %
LVMH Bernard Arnault 2 % 109 %
Vallourec Philippe Crouzet 51 % 155 %
GDF Suez (2) (4) Gérard Mestrallet 26 % 122 %
Crédit agricole Jean-Paul Chifflet 12 % 85 %
Peugeot Philippe Varin 8 % 79 %
Sanofi-Aventis Christopher Viehbacher 3 % 64 %
Danone Franck Riboud 19 % 76 %
Accor Gilles Pélisson 8 % 63 %
Air liquide Benoît Potier 6 % 61 %
Michelin Michel Rollier 12 % 66 %
Schneider Electric Jean-Pascal Tricoire – 5 % 27 %
BNP Paribas Baudouin Prot – 3 % 20 %
Unibail-Rodamco Guillaume Poitrinal 60 % 70 %
Alstom(3) Patrick Kron 26 % 34 %
Saint-Gobain Pierre-André de Chalendar 11 % 19 %
PPR François-Henri Pinault 45 % 51 %
Publicis Maurice Lévy 8 % 13 %
Alcatel Ben Verwaayen – 1 % 4 %
EADS Louis Gallois 19 % 22 %
Pernod-Ricard(5) Pierre Pringuet 3 % 3 %
Veolia Antoine Frérot 2 % – 1 %
Société générale Frédéric Oudéa – 15 % – 21 %
Axa Henri de Castries 23 % 16 %
Lafarge Bruno Lafont 20 % 9 %
Carrefour Lars Olofsson 8 % – 4 %
Total Christophe de Margerie 21 % 8 %
Vivendi Jean-Bernard Lévy 7 % – 18 %
Suez Environnement (3) Jean-Louis Chaussade 15 % – 12 %
France Télécom Stéphane Richard 24 % – 8 %
Bouygues Martin Bouygues 35 % 0 %
Vinci Xavier Huillard 18 % -25 %
L’Oréal Jean-Paul Agon 6 % -42 %
Moyenne 13 % 35 %
Moyenne, inflation déduite 1 % 20 %

(1) Y compris la rémunération versée par Nissan au titre de mars 2009-mars 2010. (2) Comparaison 2005-2010, hypothèse d’un bonus maximal pour Henri Proglio. (3) Comparaison 2004-2010. (4) Moyenne du salaire entre le PDG de Suez et celui de Gaz de France. (5) Comparaison 2006-2010. NB : pas d’informations suffisantes pour STMicroelectronics.

Méthodologie

(*) Masse salariale: il s’agit de l’évolution des frais de personnel rapportée au nombre d’employés dans le groupe entre 2003 et 2010. Ce ratio traduit la place accordée sur le plan comptable à la rémunération du travail, il ne représente pas la fiche de paie individuelle par salarié.

(**) Rémunération du patron: il s’agit de l’évolution du salaire fixe et variable perçu par le président entre 2003 et 2010. Pour les groupes dans lesquels il y a eu des changements de PDG entre les deux périodes, la comparaison se fonde sur les rémunérations perçues par deux personnes différentes mais ayant le même titre de prés

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La « Génération Y » : les moins de 30 ans

Mercredi 25 mai 2011

SUR ECO.RUE89

Tribune

Génération Y en entreprise : ce que cache la peur des 15-30 ans

Par Jean Pralong | Professeur | 22/05/2011 | 18H15

La menace d’un « Péril jeune », incarné par ces geeks indisciplinés, est le juteux business de « Y-ologues » autoproclamés.

Jesse Eisenberg dans "The Social Network" de David Fincher, 2010.

Les jeunes n’intéressent pas que les candidats à l’élection présidentielle. Dans les entreprises aussi, les plus jeunes font l’objet d’une attention soutenue. Il s’agit certes de tenter de recruter de jeunes « talents », mais surtout de se méfier de leur indiscipline et de leur insubordination. Ce nouveau « Péril jeune » a un nom : la « génération Y » qui regroupe les jeunes nés entre 1980 et 1996 sans distinction de sexe, de classe sociale ou de lieu d’habitation. La propagation des craintes de la génération Y dans les entreprises n’est évidemment pas un phénomène spontané.

Elle est soutenue par l’activité de consultants « Y-ologues » autoproclamés qui font de cette mode un juteux business. Leurs analyses, qui s’embarrassent moins de vérité que de vraisemblance, ont d’autres enjeux que l’objectivité ou la scientificité : permettre aux entreprises de nommer leurs difficultés sans questionner réellement leurs pratiques.

Patrons, avez-vous veillé à « prévenir le choc de générations » ?

La génération Y fait l’objet d’une production livresque et bloguesque pléthorique.

Ici, on s’enthousiasme pour son adaptabilité aux nouvelles technologies. Mais son arrivée serait la cause de bouleversements dans les équipes : la patience des seniors et le leadership des managers seraient mis à rude épreuve par leur indiscipline. Un bug générationnel serait à craindre.

Là, on déplore leur faible loyauté : un « Y » serait destiné à changer d’employeur 29 fois au cours de sa carrière ; sa durée moyenne dans l’emploi n’accèderait pas 1,1 an (selon « Demystifying GenY », d’A. De Felice, Accounting Technology, décembre 2008).

Ici encore, on craint que ces comportements capricieux et déviants contaminent toutes les générations.

Sous couvert « d’éviter les clichés », il s’agit bien d’ancrer la croyance en l’existence de différences intergénérationnelles. La presse spécialisée en gestion des ressources humaines a largement fait écho à ces prises de positions. Il est donc consensuel, parmi les praticiens de la gestion des ressources humaines, les managers et progressivement le grand public, de considérer qu’il existe bien un nouveau péril jeune. Les Y-ologues, qui tiennent des blogs ou publient des ouvrages sur les jeunes générations, proposent des remèdes.

Spécialistes du « management intergénérationnel », ils ont fait leur spécialité de « favoriser l’intégration » et de « prévenir le choc des générations ». Les consultants Y-ologues ont ainsi théorisé une menace qu’ils se proposent de transformer en opportunités. Une posture qui serait fort louable si la menace génération Y existait bien. Encore faudrait-il que ce soit le cas.

Jeunes des beaux quartiers = jeunes de banlieues déshéritées ?

Qu’ont donc en commun, hormis leur âge, un cadre diplômé d’une école de commerce et un artisan ? Un enfant de cadres et un enfant de familles plus populaires ? Des jeunes des beaux quartiers ou de banlieues déshéritées ? Suffit-il de considérer que les membres de la génération Y auraient été confrontés à un monde plus technologique, plus mondialisé et plus consumériste ? Etaient-ils réellement tous confrontés à la même technologie ? Quels foyers possédaient des ordinateurs en 1990, quand ces jeunes sont nés ? Auraient-ils tous développé un rapport au monde plus individualiste, plus technophile et moins impliqué dans les entreprises, uniformément, sans distinction de classe sociale ou de formation ? Non, évidemment.

Télécharger l'étude de Jean Pralong, "La génération Y au travail : un pérol jeune ?"

Plusieurs études rappellent que l’âge explique moins les comportements que les classes sociales, les formations ou les conditions d’emploi. (Télécharger l’étude de Jean Pralong, « La génération Y au travail : un péril jeune ? »)

Les salariés de tous âges soumis aux mêmes contextes et aux mêmes règles de gestion des ressources humaines se ressemblent. Les temps sont d’ailleurs moins à la rébellion qu’au conformisme : tous ont bien compris le conservatisme du marché du travail et le besoin d’un CV aussi peu déviant que possible.

Un simple rappel à l’ordre

Si l’on doit éliminer l’influence des générations pour expliquer les comportements au travail, il faut encore expliquer le succès de cette notion. C’est sans doute ici que la génération Y a de l’intérêt : elle révèle, en deçà, comment se construisent les idées qui font consensus.

Il faut d’abord un thème consensuel. Le conflit des générations est une idée banale, l’indiscipline brouillonne des jeunes est un marronnier : n’étaient-ce pas déjà ce lieu commun qu’enfourchait le « sida mental » de Louis Pauwels en 1986 ?

Il faut ensuite un message. Les intitulés des formations au « management intergénérationnel » sont explicites (« rappeler la règle », « exiger un comportement »,…) : elles sont moins destinées à développer la tolérance qu’à rappeler quels comportements doivent être sanctionnés.

Malgré les appels à la diversité ou à la créativité, l’entreprise est le lieu de l’ordre et de l’obéissance. La recherche de plaisir vantée par la communication commerciale ne doit pas remplacer l’ascétisme que ces mêmes firmes imposent à leurs salariés.

La Y-ologie prescrit donc un rappel à l’ordre plutôt qu’elle ne décrit une réalité sociologique. Elle est aussi une arme utile pour attirer le regard sur les comportements des individus plutôt que sur les pratiques des entreprises. Le débat sur les générations oublie la rudesse et l’opacité des règles de la compétition pour l’emploi. C’est pourquoi la génération Y n’est pas qu’un faux concept : c’est aussi un instrument idéologique.

Illustration : Jesse Eisenberg dans « The Social Network » de David Fincher, 2010.

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Un ministre veut lutter contre « les dérives de l’assistanat »

Lundi 9 mai 2011

LAURENT WAUQUIEZ, ancien secrétaire d’Etat à l’Emploi et actuel ministre des Affaires européennes, propose – avec son mouvement politique « La Droite sociale » – un projet de loi contre « l’assistanat », et souhaite notamment limiter l’ensemble des aides sociales perçues par une personne à 75 % du SMIC.

Lire l’article dans le quotidien (favorable au gouvernement) LE FIGARO.

Un bon exemple d’actualité à citer dans une accroche d’introduction d’un devoir en terminale, pour un sujet sur la protection sociale ou l’emploi…

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Les entreprises du CAC40 retrouvent leurs profits, grâce aux pays émergents

Jeudi 28 avril 2011

DANS LE MENSUEL « ALTERNATIVES ECONOMIQUES » D’AVRIL 2011 :

Oubliée la crise ! Les grandes entreprises françaises et européennes redeviennent prospères, en grande partie grâce aux pays émergents.

Deux ans après que la crise financière se fut propagée à l’économie réelle, le CAC 40 a presque oublié cette mauvaise passe : cumulés, les profits des 40 plus grosses entreprises françaises cotées ont atteint 83 milliards d’euros pour l’exercice 2010, soit un bond de 85 % par rapport à 2009. Certes, ils n’ont pas encore retrouvé leur niveau de 2007, mais le redressement est spectaculaire. Il ne reste plus qu’une entreprise du CAC 40, Alcatel-Lucent, pour afficher des pertes en 2010.

Nombre de champions durement éprouvés par la crise (Renault, Peugeot mais aussi Arcelor Mittal, STMicroelectronics, Accor ou EADS) ont renoué avec les profits. Pour les banques, les subprime ne sont plus qu’un lointain souvenir : dans leur ensemble, leurs bénéfices ont plus que doublé et BNP Paribas décroche la deuxième place des plus gros profits du CAC 40, avec 7,8 milliards d’euros, derrière l’indétrônable Total (à 10,5 milliards d’euros). Conséquence de cette embellie, le montant des dividendes versés aux actionnaires devrait augmenter et avoisiner les 40 milliards d’euros, selon certaines estimations : un record.

Une santé insolente

Comment expliquer la santé insolente de ces poids lourds alors que le contexte économique reste très morose en France et en Europe ? Avant tout par leur internationalisation. Dans son ensemble, le CAC 40 réalise les trois quarts de son chiffre d’affaires hors de l’Hexagone. La part des revenus qu’il tire des pays émergents est passée en dix ans de 17 à 28 % et dépasse d’ores et déjà les 50 % pour certains fleurons comme Lafarge ou Danone. Le phénomène ne s’observe pas seulement pour les entreprises françaises, mais aussi pour leurs homologues européennes : les experts du gestionnaire de portefeuille Amundi estiment ainsi que d’ici à 2012 ou 2013, plus de 50 % de la marge d’exploitation (*) des entreprises européennes cotées sera produite hors d’Europe, dont 30 % en provenance des pays émergents. Confrontés à la déprime de leurs marchés domestiques, les champions européens vont tous chercher la croissance là où elle est.

A la différence d’autres pays européens, en particulier l’Allemagne, le contraste est saisissant en France entre la situation de ces leaders et celle du reste du tissu productif : les PME françaises croissent peu, exportent peu, innovent peu et sont souvent enfermées dans une relation de sous-traitance, réduite à la discussion sur les prix avec les grands donneurs d’ordres. Le basculement du centre de gravité des très grandes entreprises de l’Europe vers les pays émergents fait donc peser la crainte que l’économie européenne ne s’enfonce durablement dans l’anémie. En France beaucoup plus qu’en Allemagne.

    * Marge d’exploitation : résultat d’exploitation rapporté au chiffre d’affaires.
Marc Chevallier
Alternatives Economiques n° 301 – avril 2011
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A voir : documentaire sur le « prêt à jeter »

Mardi 26 avril 2011

UN DOCUMENTAIRE PASSIONNANT SUR L' »OBSOLESCENCE PROGRAMMEE » : les produits sont conçus pour durer le moins de temps possible, et être remplacés, souvent sans pouvoir être réparés.

Le courant des opposants à ce système de gaspillage organisé (qui stimule la croissance, certes, mais au prix de quantités de déchets énormes, souvent envoyés dans les pays en développement…) se font appeler les « décroissants », ou les « objecteurs de croissance » (par analogie avec les « objecteurs de conscience » opposés au service militaire).

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Enregistrement exceptionnel chez Renault

Mercredi 20 avril 2011

On observe actuellement une forte augmentation des cas de dépressions chez les salariés – burn out en anglais.

Le déroulement de l’entretien ci-dessous (enregistré à l’insu du cadre mis en cause, et publié par L’EXPRESS il y a une semaine), lors de la fausse affaire d’espionnage chez Renault, est typique des méthodes de direction de beaucoup d’entreprises de nos jours.

L’attitude du directeur face au cadre est hallucinante : accusations floues, (et infondées, puisqu’on sait aujourd’hui que Tenenbaum était en réalité innocent) arrogance, jargon inutile venant de l’anglais (« checker », « capitaliser l’expérience »…), refus d’écouter le point de vue de l’autre… On retrouve certaines caractéristiques des systèmes totalitaires (comme lors des procès staliniens, en URSS ou dans d’autres pays communistes, lorsque les accusés étaient d’avance considérés comme coupables).

Exclusif

Renault: l’enregistrement de la mise à pied de l’un des cadres

Par Eric Laffitte et Jean-Marie Pontaut, publié le 12/04/2011 à 09:19

Renault: l'enregistrement de la mise à pied de l'un des cadresAFP

Avec la démission de son n°2, Renault paie son aveuglement vis-à-vis de trois cadres injustement accusés d’espionnage industriel. LEXPRESS.fr s’est procuré l’enregistrement secret de la réunion où l’un d’entre eux apprend son licenciement. Un document terrifiant.

C’est un document exceptionnel et très poignant. Le 3 janvier 2011, Matthieu Tenenbaum, cadre supérieur de Renault, est convoqué dans le bureau de Christian Husson, le directeur juridique de l’entreprise. Au fur et à mesure de cet entretien, il découvre visiblement abasourdi qu’on l’accuse d’avoir trahi Renault et d’espionner au profit des Chinois.

Christian Husson le somme d’avouer et de démissionner sans faire de bruit, sous réserve de graves poursuites pénales. Il apprend qu’il doit quitter l’entreprise le jour même et vider son bureau « sans souhaiter les voeux à ses collègues ». Tenenbaum, sonné par ces fausses accusations, ne sait pas qu’en plus, la direction de Renault enregistre cette conversation. Elle est même suivie en direct par d’autres responsables de l’entreprise. Une séance qui fait rétrospectivement froid dans le dos.

Pour Renault, le prix de cet aveuglement s’annonce lourd. Outre le n°2, Patrice Pélata, qui a demandé à être relevé de ses fonctions, trois hauts dirigeants, dont Christian Husson, ont été écartés lors du conseil d’administration extraordinaire du lundi 11 avril. De plus, un accord de principe aurait été trouvé pour l’indemnisation des trois cadres licenciés, dont Matthieu Tenenbaum, qui, selon Marianne, réclamait 2,4 millions d’euros.


http://www.lexpress.fr/actualite/economie/renault-l-enregistrement-de-la-mise-a-pied-de-l-un-des-cadres_981701.html

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Documentaire sur les salariés des centrales nucléaires

Vendredi 15 avril 2011

VOICI UN BEAU DOCUMENTAIRE SUR LES « HOMMES DE L’OMBRE » DES CENTRALES NUCLEAIRES EN EUROPE, les petits, les précaires… : « RIEN A SIGNALER » (2009)

Il insiste notamment sur les conséquences de la privatisation croissante de l’entretien des centrales, phénomène qui n’est pas rassurant pour la sécurité…

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http://www.youtube.com/watch?v=TzU2ldfdoqE&feature=player_embedded
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Des solutions pour lutter contre la précarité des jeunes

Lundi 21 février 2011

DANS « LE MONDE DE L’ECONOMIE » ce soir : on retrouve l’opposition classique entre solutions libérales (J-F Copé) et solutions « de gauche » :

Emploi : comment sortir les jeunes de la précarité en 2012

LE MONDE ECONOMIE | 21.02.11 |

Une du "Monde Economie" du mardi 22 février 2011.

Une du « Monde Economie » du mardi 22 février 2011.DR

Au surlendemain de l’ouverture des négociations entre partenaires sociaux sur l’insertion professionnelle des jeunes, le président Nicolas Sarkozy a annoncé, le 10 février sur TF1, 500 millions d’euros supplémentaires pour la politique de l’emploi en faveur des jeunes et des chômeurs de longue durée. Le nombre de contrats aidés, réduits par le projet de loi de finances 2011, sera revu à la hausse, et les entreprises de 250 salariés et plus seront incitées à recourir à l’alternance par un système de bonus-malus.

Tandis que la priorité donnée à l’emploi des jeunes revient comme une antienne depuis les années 1980, le diagnostic établi le 10 février par le Conseil d’orientation pour l’emploi confirme que leur précarité ne cesse de croître et est devenue structurelle.

La loi de modernisation du marché du travail de 2008 a eu beau réaffirmer le contrat à durée indéterminée (CDI) comme « la forme normale et générale de la relation de travail », c’est celui à durée déterminée (CDD) qui s’impose aux jeunes, quand ce ne sont pas les stages.

STAGES PLEBISCITES

L’enquête « Insertion des jeunes », publiée en janvier par l’Association nationale des DRH, révèle que les stages sont plébiscités par les employeurs comme mode de recrutement des bac + 5. Avec la crise, le « bizutage social », selon le mot du secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, a aussi atteint les diplômés du supérieur.

Les instruments de lutte contre la précarité seraient-ils tous inefficaces ? Les économistes indépendants et autres think tanks de droite comme de gauche s’interrogent sur de nouvelles approches, de nouveaux instruments susceptibles d’être mis en oeuvre d’ici à 2012 ou lors de la prochaine mandature présidentielle.

Le fait que le capital humain soit une richesse qu’on ne peut plus considérer comme une variable d’ajustement du marché de l’emploi fait à peu près l’unanimité. La question est de savoir comment valoriser ce capital afin que l’embauche d’un jeune soit, enfin, perçue comme un investissement plutôt que comme un coût.

Et comment sécuriser ce nouvel actif sur un marché du travail devenu instable ? Car la précarité n’est pas tant liée au statut d’emploi qu’à l’insécurité qui l’accompagne.

Les propositions sont de différentes natures, en fonction des convictions de leurs auteurs. Les unes insistent sur la nécessité d’abaisser le coût du travail, d’autres sur l’adaptation des qualifications aux besoins des entreprises ; tous cherchent à renouer la confiance entre salariés et entreprises malgré la rotation des personnels imposée par des stratégies de court terme.

Pour améliorer la qualification au-delà de la formation initiale, et susciter l’intérêt des employeurs, le président du think tank Génération France et secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, émet l’idée de « créer un compte individuel de formation dont le capital de départ serait inversement proportionnel au niveau de formation initiale ». « Il ne dépendrait pas du type de contrat de travail dont vous disposez. Des mécanismes pourraient ensuite orienter les salariés et les chômeurs vers les gisements d’emploi disponibles », précise-t-il en préface à l’ouvrage de Gilles Lecointre Pour en finir avec l’emploi jetable (l’Archipel).

La fondation Terra Nova, marquée à gauche, préconise aussi un système de capital-formation de 16 600 euros articulé à des prêts pour financer la vie étudiante et la formation professionnelle. Ce dispositif serait organisé par les pouvoirs publics ; le remboursement commencerait au moment où le revenu de l’emprunteur dépasserait un certain seuil. Ce système attribue un capital à tous les jeunes adultes, utilisable tout au long de la vie active, et « permet de donner plus de droits en formation continue à ceux ayant suivi le moins d’études en formation initiale », précise l’économiste Guillaume Allègre, dans une note de la fondation.

Pour le président de Terra Nova, Olivier Ferrand, la clé d’une qualification adaptée passe d’abord par « la démocratisation de l’enseignement supérieur grâce à un effort budgétaire nécessaire pour rejoindre le niveau des pays les plus avancés – les Etats-Unis consacrent 3 % de leur produit intérieur brut (PIB) à l’enseignement supérieur, contre 1,5 % en France -, puis par un renforcement des liens entre entreprises et étudiants ».

SYSTEMATISER L’ALTERNANCE

Le Conseil d’orientation pour l’emploi souligne d’ailleurs l’intérêt de systématiser l’alternance en dernière année de cursus. L’enquête de l’Association nationale des DRH (ANDRH) avec la société de conseil en management Inergie publiée en janvier indiquait que les DRH mettent au premier rang des freins au recrutement des jeunes « la mauvaise adéquation entre les filières de formation, (leur) contenu et les besoins de l’entreprise, ainsi que le manque de connaissance des jeunes de ce qu’est l’entreprise ».

L’association La Manu, fondée et présidée par Julie Coudry, oeuvre depuis deux ans à ce rapprochement avec les universités. Elle soutient en cours de cursus des projets de rencontres organisées par les étudiants avec de grandes sociétés : GDF Suez, Crédit agricole, Vivendi, SFR, etc. Coachés par -l’ANDRH ou le Centre des jeunes dirigeants, ils identifient leur profil de compétences et celui des entreprises avec lesquelles ils organisent des événements. « Ces projets leur permettent de gagner en confiance, de mieux connaître les entreprises et de commencer à tisser un réseau professionnel indispensable dans la perspective d’un parcours cahoteux sur le marché du travail. L’intervention en amont rééquilibre le rapport de forces entre le futur salarié – qui n’est plus un demandeur mais une ressource – et l’employeur. Une meilleure connaissance mutuelle permet à l’entreprise d’être moins en risque au moment de recruter », explique Mme Coudry.

Mais pour Jean-François Copé, la première cause de l’exclusion des jeunes de l’emploi est le coût du travail.

Aussi propose-t-il de transférer une partie des charges salariales et patronales vers la TVA ou la CSG. M. Ferrand, lui, préconise « un taux de cotisation patronale variable en fonction du taux d’emplois précaires de l’entreprise ».

Mais pour maintenir les jeunes en emploi, les pistes les plus innovantes concernent les relations entre salariés et employeurs. Gilles Lecointre, entrepreneur et chargé d’enseignement à l’Essec, estime que, pour qu’un jeune soit considéré comme un investissement, il faut redonner au capital humain sa place dans l’entreprise.

Il propose, d’une part, un engagement de moyen terme entre le salarié et son employeur sous la forme d’un contrat de cinq à dix ans avec tacite reconduction – à l’instar de ce que Siemens vient de mettre en place en Allemagne ; et d’autre part, une inscription du « capital humain » à l’actif du bilan de la société. Chaque salarié, représenté par sa rémunération, serait alors comptabilisé comme une richesse de l’entreprise.

La Fondation Jean-Jaurès, proche du Parti socialiste, estime que la lutte contre la précarité passe par un regain du rôle de toutes les parties prenantes de l’entreprise. « Il s’agit de développer la démocratie sociale dans l’entreprise en donnant aux représentants du personnel un réel pouvoir d’influence et de contrôle sur la gestion de l’emploi. Un droit de veto du comité d’entreprise, par exemple, permettrait de lutter efficacement contre la précarité », assure Philippe-Michel Thibault, coauteur des 15 propositions éditées par la Fondation dans la perspective de 2012.

Mais pour l’économiste Philippe Askenazy, au-delà de l’effort éducatif, la véritable réponse consiste à cesser les politiques d’emplois précaires et à construire une nouvelle stratégie de croissance en répertoriant les besoins du futur, susceptibles de générer des emplois qualifiés et pérennes comme, par exemple, dans le secteur de la santé.

Anne Rodier

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Une nouvelle exploitation de la main-d’oeuvre ?

Mardi 15 février 2011

Un article radical, engagé, d’un économiste – mais très intéressant (notamment dans le cadre du chapitre de terminale « Travail et emploi ») – à propos de la montée de la précarité dans le monde du travail :

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ARTICLE DE L’ECONOMISTE JACQUES RIGAUDIAT

LA CRISE, L’EXPLOITATION DU TRAVAIL, L’EMPLOI ET NOUS

Jacques RIGAUDIAT

De cette crise, on voudrait nous faire croire qu’elle est — et n’est que — financière. La récession durable qui menace ne serait ainsi qu’une conséquence, désagréable mais collatérale, d’un dysfonctionnement certes majeur, mais somme toute accidentel : le capitalisme n’est pas en cause, il suffit de le purger de ses excès et de le réguler.

C’est là faire bien peu de cas de ce qui, avec la mondialisation, a été la transformation économique et sociale majeure de ces dernières décennies : le déplacement de la frontière entre profits et salaires au détriment de ces derniers. Derrière ce déplacement, c’est d’un remodelage en profondeur du système productif et de la condition salariale qu’il s’agit ; il a touché l’ensemble des pays occidentaux. Cette réviviscence de ce qu’il faut bien appeler par son nom : la surexploitation, est à l‘origine de la catastrophe ; les contradictions qui l’accompagnent ont assuré le déclenchement de la crise.

Montée des précarités, dégradation de la condition salariale.

La situation de l’emploi du dernier quart de siècle peut être résumée à deux faits : l’installation d’un chômage de masse, la montée de la précarité.

Depuis le début des années quatre vingt, le chômage n’est que rarement passé sous les 8%, plus rarement, malheureusement, qu’il n’a dépassé les 10%. Encore est-ce là l’estimation officielle, dont on sait combien elle donne une estimation doublement biaisée de la réalité. Biaisée, d’abord, parce qu’il s’agit d’une moyenne qui masque une extrême hétérogénéité sociale. Un taux de chômage de l’ordre de 10%, comme aujourd’hui, cela veut dire absence d’emploi pour un ouvrier sur huit, un jeune sur quatre et … plus de quatre jeunes des « quartiers » sur dix. Biaisée, ensuite, parce que, en ne décomptant pas ses formes plus ou moins diffuses, elle sous estime gravement l’ampleur du chômage. Ainsi, en avril 2010, le noyau dur des demandeurs d’emploi inscrits à l’ANPE était de 2,7 millions de personnes, mais l’ensemble des inscrits à « Pôle emploi » de … 4,5 millions !

Au-delà de ce chômage de masse et du « halo » de situations dégradées qui désormais l’entoure, l’autre fait majeur est l’éclatement de l’emploi. Alors que l’emploi stable, le CDI à temps plein, constituait la base normale, il est désormais menacé par la montée de formes d’emploi précaires : le CDD et l’intérim, comme par le sous emploi (le temps partiel contraint). Quant le nombre de CDI s’accroît de 20% en un quart de siècle, celui des emplois précaires fait plus que tripler et le sous emploi contraint est multiplié par plus de 8 !

Au total, à la veille de la crise, les situations de précarité ou de sous emploi représentaient un peu plus de18% de l’emploi salarié, contre environ 6% il y a un quart de siècle. Cela donne une idée de la dynamique délétère qui est à l’œuvre.

Un quart de siècle d’évolution des différentes formes d’emploi et de chômage (en milliers de personnes)

————– 1983 —- 2008 —- 2008/1983=100

Non salariés —- 3.644 —- 2.730

Salariés —- 17.735 —- 23.183 —- 131

Emploi CDI —- 16.804 —- 20.148 —- 120

Emploi précaire —- 931 —- 3.035 —- 326 dont

Intérim —- 113 —- 548 —- 485

CDD —- 638 —- 2.140 —- 335

Apprentissage —- 180 —- 347 —- 193

Pop. active occupée —- 21.379 —- 25.913 —- 121

dont sous emploi —- 148 —- 1.247 —- 843

Chômeurs BIT —- 1.840 —- 2.070

Population active —- 23.219 —- 27.983

Sources : INSEE

Là encore, bien sûr, le chiffre global est trompeur. Ainsi, pour les jeunes et les ouvriers ou employés plus de quatre embauches sur cinq se font sur emplois précaires ; quant au temps partiel contraint, il pèse quasi exclusivement sur les femmes, mais pas toutes, celles des classes populaires, d’abord.

En France, comme en Europe, une pauvreté massive.

Pendant cette période, l’emploi a donc connu une dégradation profonde, qui a particulièrement touché les couches populaires. En conséquence, il bien fallu reconnaître l’existence d’une pauvreté massive. De cela témoignent tant l’institution du RMI en 1989 que celle, vingt années après, du RSA. Le dernier rapport de l’Observatoire de la pauvreté et de l’exclusion sociale , dresse à cet égard un constat sans appel de la situation. Selon la norme européenne – fixée à 60% des ressources médianes disponibles , soit 908 € par mois pour une personne seule-, en 2007, soit avant même le déclenchement de la crise, 8 millions de personnes sont pauvres, 13.4% de la population ; un million de plus que cinq années auparavant.

Il y a donc, en ce début de XXI ème siècle, une pauvreté massive dans notre pays. Amère consolation, il ne s’agit pas là d’une spécificité de la France, qui se trouve dans la moyenne des pays de la zone euro, sans même parler des USA …

Il est vrai que la pauvreté a connu un très important recul depuis trente ans. Mais c’est le résultat de deux mouvements de sens contraire : une très forte diminution chez les retraités, une montée continue chez les salariés. Or, depuis quelques années, du fait des « réformes » successives des retraites, la pauvreté ne recule plus chez les retraités , et sa hausse se poursuit chez les salariés. Désormais, donc, la pauvreté ne recule plus mais progresse ; c’est une rupture majeure.

La montée de la pauvreté des actifs n’a a priori rien de surprenant dans une période de chômage croissant. Du fait des manques criants du système d’indemnisation, elle est massive chez les chômeurs : un sur trois ! Pourtant, cela ne suffit pas à expliquer son importance chez les actifs : les 2/3 des situations de pauvreté y concernent des personnes qui ont travaillé, continûment pendant les douze mois précédant l’enquête (dont la moitié à temps partiel). Seuls 20% avaient été au chômage pendant l’année et avaient éventuellement travaillé par intermittence, alors que 12.5%, essentiellement de femmes se retirant plus ou moins momentanément du marché du travail, étaient passés par des périodes d’inactivité. S’il y a montée de la pauvreté chez les actifs, c’est, d’abord, parce que la précarité des emplois c’est aussi celle des revenus.

Remodelage du système d’emploi et recomposition des couches populaires.

En un quart de siècle, la France a perdu plus de deux millions d’emplois industriels, les couches populaires en ont été profondément recomposées : hommes/femmes, comme ouvriers/employés. Les hommes des catégories populaires ont perdu plus de deux millions d’emplois. Corrélativement, l’emploi s’est tertiarisé, -aujourd’hui les ¾ des emplois sont dans le tertiaire-, et féminisé, et les employés sont désormais plus nombreux que les ouvriers.

A la concentration des salariés dans les lieux de production, où l’interprofessionnel était une réelle perspective, succède un nouveau modèle d’organisation économique, où l’atomisation et l’individualisation sont des principes directeurs. Les entreprises sont désormais repliées sur leur « cœur de métier », externalisent les activités périphériques et s’organisent « en réseau », dans une sous traitance en cascade. Les têtes de réseau, les entreprises les plus importantes, s’affirment ainsi comme maîtres d’ouvrage et donneurs d’ordres à l’égard des entreprises, plus petites, qu’elles dominent.

Enfin, avec la fermeture des mines, la quasi disparition du textile et de la métallurgie, ce moment est aussi celui de la perte des secteurs historiques. Ceux où, à travers ses luttes, la classe ouvrière s’était forgé son identité, et qui constituaient le cœur de son organisation et de sa combativité. Elle est à l’origine d’un affaiblissement syndical structurel, fait crucial pour comprendre ce qui est aujourd’hui en jeu.

Le résultat, en France comme partout ailleurs, c’est une transformation du rapport des forces et son résultat : la baisse de la part des salaires dans la richesse produite. Jusqu’alors les salaires suivaient tant bien que mal l’évolution de la productivité, selon un modèle que les économistes ont qualifié de fordiste ; ils en sont aujourd’hui déconnectés. Ce mouvement, général et commun à tous les pays de l’OCDE, vient de ce remodelage en profondeur du système d’emploi, de la recomposition des couches populaires et de la modification du rapport des forces qui s’en est ensuivi. On est ainsi subrepticement passé d’un modèle -le fordisme- à un autre.

Flexibilité et précarité : du fordisme au walmartisme.

Ce qui se joue ici, c’est le cœur du cœur : la répartition primaire des revenus, soit la lutte des classes et l’exploitation. Et c’est dans les entreprises, dans les rapports de production et les modalités d’organisation du travail, que cela d’abord se noue. On est ainsi passé du fordisme, à ce que l’on peut appeler le « walmartisme ».

Wal-Mart, le « Carrefour » américain, est, en effet, à tous égards, exemplaire de ce mouvement. C’est le premier empire mondial de distribution et son chiffre d’affaires est à peine inférieur au PIB de la Suisse ; à elle seule, l’entreprise, qui est le premier employeur au monde avec 2 millions de salariés, achète plus à la Chine que la Russie, la Grande-Bretagne ou la France ! Enfin, sa direction est représentative de la ploutocratie mondiale, puisque le dernier classement des fortunes place chacun des quatre héritiers du défunt Sam Walton (qui, à partir d’un petit magasin ouvert à Bentonville, Arkansas, a fondé, la chaîne de supermarchés Wal-Mart) dans les 20 premières fortunes mondiales. La fortune familiale des Walton est, et de très loin, la première fortune mondiale .

Ce système, dont Wal-Mart est l’exemple achevé, est totalement organisé autour d’une extraction maximale du profit .

C’est, d’abord, une transformation du modèle d’organisation du travail. Désormais, on ne parle plus de salariés mais d’ « opérateurs », d’ « associés », de « collaborateurs », d’« assistants » : on euphémise le rapport de subordination. A travers l’exemple tragique de France Télécom/Orange, on voit combien ce nouveau mode d’organisation vise à faire porter au salarié des responsabilités et à les lui faire intérioriser. Pour comprendre ce nouveau modèle, il faut remonter aux années soixante, aux difficultés que rencontrait alors le « travail en miettes » et à la « révolte des OS ». Polyvalence et rotation des taches, organisation en « missions », en « projets », ce qui a alors été recherché, c’est de faire passer le salarié pour « autonome ». Le rendre responsable de l’atteinte d’un objectif plutôt que de le contraindre à la réalisation d’un geste, permettait de lui faire intérioriser des responsabilités. Cette recherche, a ensuite rencontré le « toyotisme » : « juste à temps », « zéro défaut », « zéro stock » et « flux tendus ». De cette rencontre est née une organisation dont le principe, inverse de celui de la chaîne fordienne, est de produire ce que l’on a en quelque sorte déjà vendu. La production y est donc directement soumise aux aléas, puisqu’il n’y a plus de stocks pour faire tampon. Inévitablement, elle suppose la flexibilité du travail, c’est-à-dire une précarisation des salariés, puisque le recours à la main d’œuvre doit lui-même être ajusté aux à-coups de la production. Externalisation et sous traitance généralisées, flexibilité de la main d’œuvre et précarisation des salariés, tels sont ainsi les maître mots.

Par sa recherche effrénée des moindres coûts, la nouvelle organisation/division du travail a nourri la mondialisation. Les entreprises, notamment les grands distributeurs, ont un bureau d’étude, une marque protégée, ils ne font pas eux-mêmes ou le moins possible, mais font faire dans les pays à très bas salaires, sur des dessins ou des plans déposés et brevetés et, du moins en principe, selon des normes de qualité imposées aux sous-traitants. C’est bien cela, le « global sourcing », que nous vivons dans notre quotidien : sur l’étiquette de nos tee shirt ou de nos polaires, chacun peut lire « made in Mauricius, China, India, Thailand … », mais « sous licence XXXX ». Il s’agit là d’un retour aux fondamentaux du capitalisme, démarque du système des « marchands-fabricants » du textile ou de la soierie du XVIIIème siècle, ce que les encyclopédistes appelaient alors la « manufacture dispersée ». Faut-il rappeler que face aux soyeux, il y avait les canuts, formellement des artisans autonomes …

Ce qui vaut pour le textile ne vaut pas moins pour les autres secteurs, car ce qui importe pour tous, c’est la flexibilisation et la précarisation du travail, la sous-traitance et leur résultat : le profit le plus élevé. Ainsi, Airbus a cherché à sortir de ses difficultés avec l’A380, en se fixant dans son plan « Power 8 » l’objectif d’au moins 50% de sous-traitance. De même, autant que des producteurs, les constructeurs automobiles sont désormais des « assembleurs ». On pourrait multiplier à l’envi les exemples de cette transformation, tant elle est générale. C’est pourquoi on est fondé à parler d’un nouveau stade du capitalisme.

Ce mouvement de fond s’est amorcé dès la fin des années 60, et s’est structuré au début des années quatre vingt. La mondialisation en a, ensuite, été un support et un accélérateur en permettant d’aller plus loin, plus vite. Sa réalité profonde et fondamentale, c’est la transformation de l’organisation et des conditions du travail, les figures nouvelles de l’exploitation, donc.

Surexploitation, contradiction et crise.

Le déplacement de la frontière salaires/profits marque donc une rupture, et traduit une aggravation des conditions de l’exploitation des salariés. Mais cette surexploitation est grosse d’une contradiction classique du capitalisme : pas de profit possible sans la « réalisation », la vente, des marchandises produites. Le profit accumulé se traduit alors par un excès d’investissement et une surproduction relativement aux revenus du travail qui lui font face.

L’issue, du moins à court terme, est alors double.

D’abord, produire à plus bas coût possible : délocaliser vers les pays à très bas salaires, et revoir les gammes de produits vers le bas. De là, le développement et le succès du « low cost », comme du « hard discount ». Mais c’est un modèle qui se détruit lui-même : on ne peut indéfiniment vendre aux chômeuses du textile des polaires thaïlandaises qu’elles devront acheter avec leurs indemnités de chômage, ni des Logan roumaines aux travailleurs licenciés de l’automobile…

L’autre issue, complémentaire, est à l’origine immédiate du déclenchement de la crise : la facilité qu’offre le crédit. Il permet certes d’ouvrir des perspectives nouvelles, mais d’autant plus risquées que l’emprunteur est en situation précaire, ce qui est précisément la raison pour laquelle il a besoin d’emprunter. Le prêteur se couvre alors lui-même de ce risque de défaut par des titres dérivés de crédits, les CDS, par lesquels il s’assure. A court terme, par sa dissémination, le risque est dilué ; mais que, la part des salaires se réduisant, ce mécanisme, comme ce fut le cas avec le crédit hypothécaire aux USA, en vienne à devoir se généraliser et il se transforme en un « risque systémique ». La machine infernale est alors en place : dans un modèle de croissance fondé sur une consommation rendue possible par l’endettement des ménages plutôt que la progression de leur pouvoir d’achat, au moindre incident de taille, tout s’effondre comme un château de cartes. Que croyez-vous qu’il arrivât ?

***

La crise actuelle nous invite à penser la mise au pas d’une mondialisation capitaliste, en particulier financière, devenue folle. Mais c’est sa face cachée, la transformation du rapport salarial, qui la rend possible. Dans une économie devenue de casino, il faut, certes, se scandaliser des sommes qui y sont jouées et perdues à nos dépens, mais il importe, avant tout, de savoir d’où, en définitive, ces fortunes dilapidées ont pu être tirées. Aujourd’hui comme hier, de l’exploitation du travail vivant.

Juin 2010 Jacques Rigaudiat Economiste

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Total affiche des bénéfices en hausse de 32 %

Dimanche 13 février 2011

Total engrange 10 milliards d’euros de bénéfice net en 2010

LEMONDE.FR avec AFP | 11.02.11

Les bénéfices de Total ont dépassé les 10 milliards d'euros en 2010, un bond de 32 % dû au pétrole cher.

Les bénéfices de Total ont dépassé les 10 milliards d’euros en 2010, un bond de 32 % dû au pétrole cher.AFP/DAVID MCNEW

Les bénéfices de Total ont dépassé les 10 milliards d’euros en 2010, un bond de 32 % dû au pétrole cher. La compagnie pétrolière française a également annoncé qu’elle allait redoubler d’efforts dans la prospection d’or noir pour pomper plus de barils dans les années à venir.

« On a de bons résultats parce qu’on a bien travaillé. On peut en être fier », s’est félicité le patron de Total, Christophe de Margerie, au cours d’une conférence de presse. Il a affirmé qu’il n’avait pas à s’excuser pour ces profits faramineux, qui suscitent régulièrement la polémique en France.

Sur le seul dernier trimestre 2010, le bénéfice net s’élève à 2,56 milliards d’euros, au-dessus des attentes des analystes financiers.

La croissance des bénéfices de Total s’explique essentiellement par le rebond l’an dernier des cours du pétrole brut, eux-mêmes dopés par le regain de croissance économique mondiale. Le baril de Brent de la mer du Nord s’est échangé à 79,44 dollars en moyenne en 2010, soit 29 % de plus qu’en 2009.

Total, première capitalisation boursière française, renoue ainsi avec les années fastes de 2005 à 2008, quand la flambée de l’or noir permettait à la compagnie de réaliser chaque année des profits supérieurs à 10 milliards d’euros.

UN BÉNÉFICE 2010 INFÉRIEUR À CELUI DE 2008

A 10,28 milliards d’euros très exactement, le bénéfice net 2010 est cependant encore loin du record de 13,9 milliards d’euros enregistré en 2008, un profit inégalé pour une entreprise française.

Il est aussi très inférieur aux 30,46 milliards de dollars (22,3 milliards d’euros) réalisés en 2010 par l’américain ExxonMobil, leader mondial du secteur pétrolier.

5 MILLIARDS D’EUROS DE DIVIDENDES AUX ACTIONNAIRES

Au-delà de la flambée des cours, la « major » française a recueilli les fruits de la progression de sa production de gaz et de pétrole. En 2010, Total a pompé 2,378 millions de barils d’hydrocarbures par jour, un chiffre en hausse de 4,3 % en un an.

Fort de cette performance, le groupe va distribuer environ 5 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires au titre de l’année écoulée. En 2011, Total prévoit que sa production reste stable avant de rebondir l’année suivante.

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