Comprendre la dette publique en 10 minutes

vendredi 7 octobre 2011

Une petite vidéo très bien faite, pour comprendre la crise des dettes publiques aujourd’hui…

 

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Qui sont les spéculateurs financiers ?

mardi 9 août 2011

UN ARTICLE BIEN UTILE DANS LE MENSUEL « SCIENCES HUMAINES » :

Chaque jour, plusieurs milliards de dollars s’échangent sur les marchés monétaires et financiers de la planète, dans le seul but d’engranger une plus-value à brève échéance. Qui réalise ces opérations ? Tour d’horizon des acteurs de la finance, parmi lesquels on trouve des caisses de retraites, des fonds publics et de vénérables banques.

Les fonds de pension : une finance de retraités ?

Souvent perçus comme les monstres froids du capitalisme financier, les fonds de pension auraient pourtant de quoi rassurer. Ne sont-ils pas de simples caisses de retraités (pension signifie retraite en anglais) ? Ils gèrent certes une modalité particulière, souvent décriée en Europe, la retraite par capitalisation*. Apparus à la fin du XIXe siècle aux États-Unis, les fonds de pension font fructifier les cotisations des employeurs et de leurs salariés en les plaçant sur les marchés financiers. Régis par le régime juridique du trust, ils sont censés agir pour le seul bénéfice des salariés, en garantissant dans les meilleures conditions leurs prestations de retraite future. Mais depuis que ces fonds ont pris leur essor durant l’après-guerre, il est arrivé que les retraités ne voient jamais la couleur de leur retraite, parce que leur entreprise fermait arbitrairement le fonds, ou utilisait les capitaux accumulés pour ses propres besoins. Aux États-Unis, la loi Erisa de 1974 a tenté de contenir ces dérives. Mais elle a levé l’obligation pour les fonds de pension de garantir le niveau des retraites futures, ce qui équivaut à reporter tous les risques sur les salariés. La loi a également autorisé les fonds de pension à investir dans tous les actifs, aussi risqués soient-ils. Après les junk bonds (obligations* à haut rendement mais à haut risque) dans les années 1970-1980, ils ont, dans les années 2000, acquis abondamment les fameux CDO (collateralized debt obligation) qui ont joué un rôle notable pendant la crise financière de 2008. Les plus gros fonds de pensions n’en restent pas moins des fonds publics américains, comme le CalPERS, la caisse de retraite des fonctionnaires californiens, qui garantissent toujours un niveau de versements futurs à leurs bénéficiaires. L’Angleterre, les Pays-Bas et plus récemment l’Allemagne ont également favorisé leur essor. En France, en revanche, l’épargne retraite est plutôt gérée par des sociétés d’assurance et des banques.

Avec une capitalisation estimée à 26 000 milliards de dollars, les fonds de pension constituent les acteurs majeurs des marchés financiers globaux. Selon la vision tradi­tionnelle, leur statut de gérants d’épargne retraite, caractérisée par un horizon « long », favorise des placements eux aussi orientés vers le rendement à long terme. L’expertise de leurs analystes financiers leur permettrait de prendre leur décision d’investissement en fonction du potentiel de rendement des entreprises, plutôt que de suivre aveuglément les humeurs du marché. Des économistes comme Patrick Arthus rappellent cependant que, étant soumis à la forte concurrence des autres fonds et évalués à une fréquence régulière (souvent trimestrielle), les gestionnaires de fonds de pension sont contraints à une logique de rendement à court terme. Cela les incite à réaménager fréquemment leur portefeuille en se pliant à l’« opinion du marché ». D’où des comportements aussi moutonniers que les autres investisseurs.

Les hedge funds : des investisseurs sulfureux

« Toujours battre le marché » : telle aurait pu être la devise d’Alfred W. Jones. L’inventeur des hedge funds, ces sociétés d’investissement privées qui gèrent le capital de quelques gros épargnants, mettait un point d’honneur à obtenir des rendements supérieurs à ceux des autres opérateurs. Mise au point dans les années 1940, sa méthode consistait à miser sur quelques entreprises triées sur le volet (« asset picking »), et à couvrir sa position en vendant des titres qu’il s’engageait à racheter ultérieurement (« vente à découvert »). En cas de hausse des cours, la sélection des titres lui laissait espérer une progression supérieure à celle du marché. En cas de baisse, il engrangeait de toute façon un profit grâce à la vente à découvert. Bref, une véritable martingale, dont il démultipliait les bénéfices en recourant largement au crédit (l’« effet de levier » de la dette). La méthode paie. A.W. Jones parvient à dégager des rendements supérieurs de 40 % à ceux de ses concurrents ! De quoi susciter les vocations… Les hedge funds s’installent durablement dans le paysage américain de l’après-guerre.

Nouvel âge d’or dans les années 2000. Pro­fitant de la libéralisation financière des années 1980-1990, ils sont devenus des investisseurs très pointus, maîtrisant sur le bout des doigts les produits dérivés* comme les futures (paris sur la valeur future d’une devise, d’un titre ou d’un indice de titres), se livrent à des stratégies d’arbitrage (déceler et profiter d’un écart de rendement injustifié entre deux types de titres) ou interviennent sur des marchés spécifiques, comme ceux des « pays émergents ». Leur spécialisation et leurs promesses de rendement leur valent de trouver une clientèle fournie auprès d’investisseurs plus classiques, des banques aux fonds de pension en passant par les fonds souverains.

Souvent domiciliés dans des paradis fiscaux, bénéficiant d’une réglementation fort lâche, les hedge funds peuvent recourir largement au levier de l’endettement. Or si ce dernier dope les profits lorsque le pari est gagné, il peut occasionner des pertes colossales dans le cas contraire. La prise de risque excessive est une critique récurrente adressée au hedge funds, dont les modèles mathématiques négligent souvent la probabilité d’un effondrement du marché, comme en 2008. Leurs profits les plus spectaculaires ont parfois été réalisés dans des conditions troubles. Ainsi, en 1993, le financier hongrois George Soros lança une véritable offensive contre la livre sterling. Il consacra non seulement 15 milliards de dollars à vendre de la livre contre du mark allemand, mais se débrouilla pour le faire savoir, afin d’entraîner le marché derrière lui…, et de précipiter effectivement la chute de la devise britannique. Ce qui lui permit d’empocher un milliard de dollars. Les hedge funds s’emploient ainsi parfois à déstabiliser délibérément un marché pour dégager un profit. De quoi nourrir leur réputation sulfureuse.

Fonds souverains : les puissances financières du Sud

Armés par la puissance de frappe financière des monarchies pétrolières du Moyen-Orient ou des tigres asiatiques, on dépeint souvent les fonds souverains à l’assaut des places financières globales. Ces fonds d’investissements ont pour spécificité de gérer l’épargne des États auxquels ils appartiennent (d’où le qualificatif de « souverains »). Une épargne souvent issue de la manne pétrolière, comme en témoigne la présence de l’Abou Dhabi Investment Authority (ADIA, 875 milliards de dollars à lui seul), de la Kuweit Investment Authority (KIA) ou encore du Government Pension-Fund Global norvégien (adossé au pétrole de la mer du Nord) parmi les sept plus gros fonds souverains mondiaux. Si le KIA ouvre le bal dès 1953, c’est avec les chocs pétroliers de 1973 et 1979 que les fonds souverains moyen-orientaux deviennent des acteurs majeurs de la finance globale. Chargés de stabiliser les revenus des pays exportateurs face à la volatilité des prix des hydrocarburants, mais aussi de constituer une épargne disponible à l’avenir, ils recyclent la rente pétrolière en la plaçant sur les marchés financiers internationaux.

Alors qu’ils engrangent des excédents commerciaux, les pays émergents asiatiques leur emboîtent le pas dans les an­nées 1980-1990. Accumulant à partir des années 2000 de gigantesques réserves en dollars (elles seraient passées de 15 milliards en 1994 à 18 000 milliards aujour­d’hui), la Chine crée le China Investment Corporation (CIC, 200 milliards de dollars) en 2007. Le pays est aujourd’hui le premier détenteur de bons du Trésor américains, à hauteur de 585 milliards de dollars. Un chiffre impressionnant qui, associé à quelques opérations spectaculaires (comme l’achat en 2007 de 20 % du London Stock Exchange, la Bourse de Londres, par le Qatar Investment Authority), alimente tous les fantasmes. Ces puissances financières du Sud apparaissent tantôt comme des prédateurs, avides de faire main basse sur les actifs occidentaux, tantôt comme des acteurs qui pourraient stabiliser les marchés. Il est vrai que les fonds souverains ont généralement des stratégies d’investissement à long terme, axés pour une grande part sur l’acquisition de bons du Trésor ou de participations minoritaires dans le capital d’entreprises occidentales. Cela ne les empêche pas de réaménager leur portefeuille en fonction des tendances du marché, ou de succomber autant qu’à leur tour aux promesses de rendements exceptionnels des hedge funds.

Les banques : plaque tournante de la finance

En apprenant les agissements de Jérôme Kerviel, ce trader de la Société générale qui a fait perdre à sa société la bagatelle de 5 milliards d’euros début 2008, le grand public a découvert un visage méconnu des banques. Ces institutions auxquelles tout un chacun a recours pour percevoir son salaire et régler ses factures figurent aujourd’hui parmi les acteurs majeurs des marchés financiers. Le travail de J. Kerviel consistait à intervenir sur un marché à terme, en l’occurrence parier sur la valeur future d’un indice d’actions*, ce qui est ni plus ni moins qu’une activité de spécula­tion.

Les banques commerciales comme la Société générale (à distinguer des banques d’investissement comme Goldman Sachs) n’ont pas toujours été aux premières loges de la finance de marché. Bien au contraire. Les marchés financiers organisent la confrontation directe entre les épargnants et les entreprises : ils permettent aux premiers de financer les secondes en achetant les actions ou les obligations* qu’elles émettent. Les banques, elles, sont traditionnellement des intermédiaires. Leur rôle consiste à transformer les dépôts de leurs clients en crédits à plus ou moins long terme aux entreprises (et dans une moindre mesure aux ménages).

L’essor de la finance de marché, à partir des années 1980 en Europe continentale, semblait devoir réduire les prérogatives des banques commerciales. Ce n’est pas ce qui s’est produit. Profitant du décloisonnement de la finance, elles ont diversifié leurs activités, entrant de plain-pied dans celles du courtage et de la gestion de portefeuille. Alors que les fonds communs de placement, l’épargne retraite et l’assurance vie, sont encouragés par les États, les banques prennent leur part du gâteau. En 2000, les dix premiers gestionnaires de placement européens étaient des banques. On retrouvait parmi elles la Deutsche Bank, l’Union des banques suisses (UBS) et… la Société générale.

Mais les banques entretiennent des relations organiques avec d’autres intervenants, comme les hedge funds. Elles en sont des clientes, mais elles financent aussi leurs opérations. Que ce soit par le biais de crédits ou de locations de titres (grâce auxquels un hedge fund peut effectuer une opération sur des actifs qu’il ne possède pas), elles leur fournissent le nerf de la guerre. C’est pourquoi les paniques boursières entraînent rapidement les banques dans la tourmente. Plaque tournante de la finance, elles en enregistrent tous les soubresauts.

Assurances : la bourse ou la vie

La première mission des sociétés d’assurance consiste à indemniser leurs clients pour les risques couverts par leur police, du dégât des eaux à l’accident de train en passant par le vol de voiture. Dans ce registre, les cotisations qu’elles reçoivent, calculées en fonction des probabilités de sinistre, compensent à peu de chose près les sommes qu’elles versent à leurs assurés. Pas de marge de manœuvre de ce côté pour intervenir sur les marchés boursiers. Ces entreprises interviennent cependant dans d’autres domaines qui eux s’y prêtent au contraire fort bien, ceux de l’assurance vie et de l’épargne retraite.

Dans ce registre-ci, l’activité des assurances s’apparente à celle des fonds de pension. Elles recueillent une épargne placée à long terme, qu’elles sont chargées de gérer afin d’en tirer le meilleur rendement. Parvenu au terme de l’échéance de son contrat d’assurance vie, leur client se verra verser soit un capital augmenté, soit une rente indexée sur le rendement annuel de ce capital. Pour y parvenir, les assurances placent les sommes qui leur sont confiées en actions* ou en obligations*. La capitalisation boursière des assurances est particulièrement importante aux Royaume-Uni, où elle représentait plus de 60 % du PIB pour l’activité épargne retraite et 30 % pour l’activité assurance vie. En France, la capitalisation boursière de l’assurance vie constituait plus de 40 % du PIB au début des années 2000, alors que l’épargne retraite dépassait à peine 3 % du PIB.

Les investisseurs boursiers

 

 

L’essor de la finance de marché trouve plusieurs explications.

Les chocs pétroliers de 1973 et 1979. La multiplication par quatre du prix du baril de pétrole en 1973 a pour effet d’accroître brutalement les revenus des pays exportateurs tout en augmentant le déficit commercial des pays importateurs. Parmi les premiers, les monarchies du Moyen-Orient, peu peuplées, ne sauraient absorber cette masse de devises et cherchent à la recycler sur les marchés financiers internationaux. Les seconds, États-Unis en tête, ont besoin de financer leurs importations. Cette situation accélère la création de marchés financiers intégrés à l’échelle planétaire.

La libéralisation de la finance. Les années 1980 marquent le vrai point de départ des trois « D » de la libéralisation de la finance : décloisonnement, désintermédiation, déréglementation.

• Décloisonnement : les États mettent fin à la séparation stricte des institutions financières, notamment entre banques de dépôts et banques d’investissement. Désormais, les premières pourront investir sur les marchés financiers.

• Désintermédiation : délaissant les intermédiaires bancaires, les entreprises recourent aux marchés financiers pour capter l’épar­gne des ménages (finance directe).

• Déréglementation : les restrictions à la circulation internationales des capitaux sont levées.

Une dette publique croissante. Dès les années 1970, la mécanique financière des États providence se grippe. Une croissance en berne grève les recettes fiscales, alors que la crise dope les dépenses de protection sociale (santé, indemnisation chômage). Les États financent leurs déficits en émettant des obligations sur les marchés financiers. Ils incitent les ménages à acquérir des titres de la dette publique (bons du trésor ou obligations d’État) grâce à une fiscalité favorable aux produits d’épargne financière à destination des ménages : assurance vie, plan épargne retraite, sicav…

Les innovations financières. Parmi celles-ci, la création des organismes de placement commun de valeurs mobilières (OPCVM) joue un rôle décisif pour canaliser l’épargne des ménages vers les marchés financiers. Les OPCVM ont pour les épargnants l’intérêt de mutualiser les risques en leur permettant d’acquérir une part d’un portefeuille diversifié, plutôt que de placer leur épargne dans l’acquisition d’un seul titre.

Xavier de la Vega

Le krach financier de 2008 trouve son origine dans une crise du crédit immobilier américain.

Plus précisément dans l’insolvabilité de centaines de milliers de familles modestes qui avaient bénéficié de prêts risqués (les fameux crédits subprime). La genèse de cette crise et surtout sa diffusion à l’ensemble de la planète ont cependant reposé sur l’existence de chaînes de financement complexes.

Il a d’abord fallu que les liquidités deviennent suffisamment abondantes pour inciter les banques à accorder des crédits immobiliers à des familles qui ne pouvaient jusque-là y prétendre. Une innovation financière a joué un rôle capital : la titrisation des crédits immobiliers. Les banques cédaient leurs créances à des sociétés (les SIV ou structured investment vehicle) qui émettaient des titres en contrepartie (les CDO, collateralized debt obligations). Les créances immobilières sortaient ainsi du bilan des banques, ce qui leur permettait d’accorder de nouveaux crédits.

Cela supposait que des investisseurs se portent acquéreurs de ces titres. Les fonds de pension, les fonds souverains, les banques en ont souscrit une part. Mais les hedge funds se sont taillé la part du lion : au moment du déclenchement de la crise, ils détenaient à eux seuls 46 % des CDO et 80 % des tranches les plus risquées (« equity »), acquis avec un fort levier d’endettement. Ce rôle éminent ne saurait faire oublier que les hedge funds agissaient comme des intermédiaires, gérant une épargne confiée par des fonds de pension, des fonds souverains et des banques commerciales.

L’effondrement du cours des CDO a obligé l’ensemble des investisseurs à vendre d’autres titres pour préserver leur liquidité, ce qui a propagé la crise aux marchés boursiers. Les hedge funds ont joué un rôle décisif dans cette contagion en raison de leur endettement auprès des banques. Face à l’effondrement de la valeur des CDO, ils ont dû vendre en détresse des actions* afin d’honorer leurs dettes, contribuant à la chute des cours boursiers. Percevant un important risque de défaut, les banques ont alors exigé des versements supplémentaires (appels de marge), ce qui a obligé les hedge funds à poursuivre la vente de titres… La chute cumulative des cours a mis en péril le système tout entier.

Xavier de la Vega

Trois questions à Anton Brender.

Peut-on dire que certains acteurs de la finance joueraient un rôle stabilisateur sur les marchés, et d’autres un rôle déstabilisateur ?

Non. Les mêmes acteurs peuvent dans certains cas jouer un rôle déstabilisateur, et dans d’autres un rôle stabilisateur sur les cours des titres. Par exemple, une société d’assurance n’a pas le droit de posséder de titres dont la note serait inférieure à BBB -. Imaginons que cet investisseur possède des bons du Trésor grecs et que les agences de notation dégradent la note de ce titre en dessous de BBB -. Cette assurance jouera un rôle déstabilisateur sur le cours de ces bons du Trésor puisqu’il va se défaire de ce titre. D’autres investisseurs peuvent symétriquement jouer un rôle stabilisateur. Si un hedge fund estime que le titre en question est trop décoté, il en achètera, jouant alors un rôle stabilisateur.

Doit-on considérer que leur horizon de placement à long terme confère aux fonds de pension ou aux fonds souverains un rôle stabilisateur sur les marchés ?

Non. Tout investisseur, quel que soit son horizon de placement, finit toujours par observer ce qui se passe sur le marché. Lors de la crise financière de 2008, lorsque le cours des titres a commencé à dégringoler, des fonds souverains ont acheté massivement des actions d’entreprises américaines, qu’ils estimaient sous-évaluées. Mais en voyant que les cours continuaient à baisser, ils ont cessé d’acheter, voire se sont mis à vendre à leur tour. Leur horizon de placement à long terme n’implique donc pas que l’on puisse compter sur eux pour exercer un effet stabilisateur puissant sur les marchés. Par ailleurs, comme ils ne sont pas sensibles à la volatilité au jour le jour des cours, ils n’exercent pas d’effet stabilisateur sur ces fluctuations. Certains hedge funds, eux, ont un horizon de placement beaucoup plus court, cherchent à tirer profit des variations quotidiennes des prix, et peuvent de ce fait exercer un effet stabilisateur à court terme.

On attribue cependant aux hedge funds des comportements à haut risque pour le système financier tout entier…

Les hedge funds peuvent parfaitement avoir un effet stabilisateur sur les cours tout en accumulant des risques qui se révéleront intenables. C’est ce qui est arrivé à LTCM (Long Term Capital Management) : ce hedge fund s’était spécialisé dans des opérations d’arbitrage qui tiraient profit de très faibles écarts entre les rendements de titres du Trésor américain et contribuait ainsi à normaliser leurs prix. Pour se faire, il empruntait des sommes énormes. Il a suffi, au moment de la crise asiatique, que des écarts de prix anormaux se maintiennent durablement pour que le fonds enregistre des pertes gigantesques et menace la survie de ces créanciers. En 2008, le fond a ainsi fait virtuellement faillite et la crise financière qui menaçait a dû être jugulée par la FED (Banque centrale des États-Unis). Les opérations de certains acteurs, comme les hedge funds, posent donc des problèmes majeurs sur le plan du « risque de système » : les risques qu’ils prennent peuvent, si on ne les surveille pas, mettre en péril l’ensemble du système financier.

Anton Brender est professeur d’économie associé à l’université Paris‑IX et directeur des études de Dexia Asset Management. Il a récemment publié, avec Florence Pisani, La Crise de la finance globalisée, La Découverte, coll. « Repères », 2009.

Propos recueillis par Xavier de la Vega

Mots-clés

Action

Titre de propriété sur une part du capital de l’entreprise, une action donne lieu au paiement d’une part des bénéfices distribués (dividendes).

Obligation

Titre de créance sur l’entreprise ou l’État qui l’émet, une obligation donne droit au paiement d’un intérêt. Actions et obligations sont négociables sur un marché.

Retraite par capitalisation

Système où les retraites sont financées par le rendement d’un portefeuille de titres accumulé grâce aux cotisations des entreprises et de leurs salariés. À distinguer de la retraite par répartition, où les pensions perçues par les retraités sont financées par les cotisations des actifs.

Produits dérivés

Produits financiers adossés à des actifs existants (actions, obligations, devises, créances de crédit). Ils regroupent l’ensemble des transactions réalisées sur les marchés à terme (achat ou vente d’un actif à une date ultérieure, à un prix fixé aujourd’hui).

Spéculation

Selon la définition de l’économiste Nicholas Kaldor, toute opération d’achat ou de vente d’une marchandise est spéculative dès lors qu’elle est motivée par l’anticipation d’une variation imminente du prix et non par l’emploi ou la transformation de ladite marchandise. La spéculation ne se réduit donc pas à la finance, mais concerne les transactions sur le pétrole ou le blé, dès lors qu’elles ont pour but de réaliser une plus-value grâce à la variation de leur prix (acheter aujourd’hui 1 000 barils de pétrole au prix de 50 dollars l’unité dans l’espoir de les vendre demain à 55 dollars). Appliquée à la finance, la spéculation consiste à acquérir ou céder un titre non pas en raison de son rendement (le taux d’intérêt des obligations, les dividendes d’une action), mais parce que l’on entend profiter d’une variation prochaine du cours des titres.

 

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Faut-il avoir peur des banques ?

vendredi 3 juin 2011

Une nouvelle vidéo de l’économiste Alexandre Delaigue, sur les phobies économiques : « J’ai peur de… »

Aujourd’hui, la peur des banques.

Nous avons déjà mis en ligne d’autres vidéos du même auteur : sur la peur de l’immigration, du pouvoir d’achat et des dépenses de santé.

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La finance disqualifiée par ses escroqueries

mardi 10 mai 2011

Un chercheur spécialiste des marchés financiers, PAUL JORION – l’un des rares auteurs à avoir prévu la crise de 2008 -, rappelle dans Le Monde que le secteur financier a volontairement trompé ses clients, et ne peut plus inspirer confiance aux autorités publiques. On peut ajouter qu’aucun de ces quelques dizaines de spéculateurs, qui par leurs agissements frauduleux ont coûté chacun des milliards de dollars au système financier mondial, n’est allé en prison…

Lloyd Blankfein, PDG de la banque d’affaires Goldman Sachs, lors d’une audience devant une commission d’enquête du Sénat américain en avril 2010.

La finance s’est disqualifiée

LE MONDE ECONOMIE | 09.05.11

Tous les efforts menés en vue d’une nouvelle régulation de la finance recourent à une même stratégie : consultation du monde financier par les autorités, puis négociation pour que se dégage un compromis entre les exigences des uns et des autres.

Mais la condition essentielle pour qu’une telle stratégie réussisse est que l’industrie financière s’identifie à l’intérêt général, qu’elle reconnaisse et promeuve la nécessité de garantir un cadre qui maintienne la pérennité des institutions financières sans affecter pour autant la bonne santé de l’économie.

Existe-t-il des éléments pour étayer l’hypothèse que chaque établissement financier fera prévaloir l’intérêt général sur son intérêt particulier ?

Hélas, non : le déroulement de la crise en 2007 et 2008 suggère au contraire qu’il s’agit d’une croyance infondée.

Le rapport du Sénat américain rendu public le 13 avril confirme ce qu’avaient déjà mis en évidence les auditions de dirigeants de la banque Goldman Sachs en avril 2010.

CONFIANCE DES MEILLEURS CLIENTS TRAHIE

A savoir qu’elle – et plusieurs autres, dont, au premier rang, la Deutsche Bank – a non seulement trahi la confiance de certains de ses meilleurs clients en leur vendant des produits financiers (les « collateralized debt obligations » – CDO) structurés de manière à être de la plus mauvaise qualité possible, mais qu’elle a mis au point de nouveaux produits dérivés (les CDO « synthétiques ») pour parier sur la perte de l’ensemble du secteur du crédit hypothécaire américain.

Elle a ainsi précipité la chute de tous ceux qui eurent la naïveté de se positionner sur l’autre versant du pari, mais aussi celle du système financier mondial dans sa globalité !

Le rapport du Sénat décrit le responsable du crédit hypothécaire chez Goldman Sachs promettant à son équipe de commerciaux des primes « ginormous » – une contraction des mots « gigantic » et « enormous » – s’ils parvenaient à vendre ces produits.

Dans un mail, l’un des dirigeants de la banque en Australie dit, à propos de la découverte d’un gogo à qui l’on pourra vendre ces produits avariés : « Je crois avoir trouvé un éléphant blanc, un cochon volant et une licorne, tout en un ! »

Les établissements financiers en question poursuivent aujourd’hui leurs activités en toute quiétude.

Aucun de leurs dirigeants n’a été inculpé. Mieux, on les retrouve assis aux tables de négociation, faisant objection aux propositions des régulateurs qui représentent la communauté dans son ensemble.

Il faut donc changer de méthode. Le régulateur doit rédiger les règles qui permettront de réduire de manière drastique le risque systémique.

Alors que les positions de couverture neutralisent un risque existant dans une perspective assurantielle, les positions spéculatives, du fait de leur nature de pari, créent, elles, un risque là où il n’existait pas préalablement.

L’apport en liquidité du spéculateur, qu’il invoque en général pour justifier sa présence, doit être ignoré : un apport en liquidité à des niveaux de prix spéculatifs est sans objet et, a fortiori, ne compense pas l’accroissement du risque systémique qu’il apporte avec lui.

Une fois définies les mesures à prendre, celles-ci doivent être mises en application, sans négociation avec l’industrie financière : l’incapacité de ses principaux représentants à s’identifier à l’intérêt général a été amplement prouvée au cours de ces trois dernières années.

Paul Jorion, économiste et ethnologue.

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Règlements de comptes dans la microfinance

vendredi 1 avril 2011

Muhammad Yunus

Nous avons plusieurs fois évoqué sur le blog la question du microcrédit, ou microfinance (de petits crédits accordés à des pauvres, surtout dans les pays en développement).

MUHAMMAD YUNUS, fondateur de la Grameen Bank, banque prêtant aux pauvres aux Bangladesh (et qui a obtenu le Prix Nobel de la Paix pour cela) vient d’être renvoyé de la direction de cette banque, sur demande du gouvernement, officiellement pour des raisons d’âge.

Qu’est devenue la belle idée de Yunus de « banques pour les pauvres » dans les pays en développement ?

LIRE CI-DESSOUS L’ARTICLE SUR LE SITE D’ « ECO 89 » :

Muhammad Yunus viré : une crise profonde pour la microfinance

Par Benoît Granger | Chercheur en microfinance | 22/03/2011

Muhammad Yunus, considéré comme le père du microcrédit contemporain et prix Nobel de la paix en 2006 pour son travail à la Grameen Bank, vient d’en être viré. Officiellement, en raison de son âge. Son départ correspond en fait à une crise profonde de la microfinance : celle-ci peut-elle être une activité de marché comme les autres ?

La semaine dernière, Yunus a été viré de la Grameen Bank sur ordre de la Banque centrale du Bangladesh. Il a contesté la décision devant une première juridiction, qui l’a confirmée. Il vient de faire appel devant la Cour suprême, mais il est peu probable qu’il obtienne réparation.

Yunus n’a pas le droit de poursuivre son mandat car il est trop âgé. Les statuts de la banque prévoient que les directeurs généraux cessent leurs fonctions à 60 ans, et il en a 70. Application du droit, a commenté le ministre des Finances (77 ans).

L’âge de Muhammad Yunus, un simple prétexte

La mise à l’écart de Yunus choque dans le monde entier. Des sénateurs américains viennent d’envoyer une lettre à la première ministre bangladaise ; Jesse Jackson qualifie son départ d’« attaque directe contre la société civile ». En France, Maria Nowak fondatrice de l’Adie (Association pour le droit à l’initiative économique), a signé une tribune dans Le Monde, en compagnie de Michel Rocard, de Martin Hirsch et d’autres pour protester et appeler à manifester contre cette décision.

L’âge de Yunus est évidemment un prétexte. Il avait eu l’imprudence de se mêler au débat politique dans un pays dominé par des grandes familles. Il s’est attiré la haine de la Première ministre, Sheikh Hasina Wajed, qui, après avoir encensé le microcrédit, estime aujourd’hui que les prêteurs « sucent le sang des pauvres » avec des taux d’intérêt exorbitants.

Yunus est aussi en butte à d’autres critiques, celles de journalistes qui veulent démontrer des malversations (une émission de télé hollandaise a fait long feu sur ce point), ou celles d’analystes qui estiment que la Grameen n’a pas vraiment contribué à la baisse de la pauvreté au Bangladesh, ou encore que, de fait, les taux d’intérêt facturés par la banque sont trop élevés par rapport aux activités financées…

Une crise profonde de la microfinance

Le départ de Yunus intervient au moment d’une crise profonde de la microfinance, au-delà du seul microcrédit. Depuis l’automne dernier, l’Inde vit au rythme des révélations sur les taux d’intérêt et les manières brutales de recouvrement de certaines de ses institutions de microfinance.

Il faut dire que SKS, la principale institution de microcrédit indienne, a connu une période de développement ultra-rapide (7 millions de clients en 2010, 15 millions prévus en 2012), mais qui s’avère désastreuse. Son expansion a débouché sur une introduction en Bourse, en juillet 2010, qui lui a permis de mobiliser 350 millions de dollars, dont une bonne partie venant d’investisseurs américains attirés par les promesses de rendement fantastique. Le management de SKS s’est enrichi au passage, mais le rendement en question était fondé sur des taux d’intérêt des prêts élevés, et sur la brutalité du recouvrement.

Le débat a pris de l’ampleur dans la mesure ou les spécialistes ont craint immédiatement que l’on « jette le bébé avec l’eau du bain » : c’est le thème du vif débat qui a opposé dans Le Monde les Français emmenés par l’universitaire Jean-Michel Servet et Esther Duflo, économiste française mais travaillant aux Etats-Unis.

Pour Servet, ces excès marquent la limite d’un modèle « profitable » de la microfinance. Prêter aux pauvres doit préserver avant tout le rôle social du prêt, donc la prudence et l’accompagnement sous forme de conseils et formations.

Duflo s’est fait connaître par la création de la chaire « Savoirs contre pauvreté » au Collège de France en 2009. Dans le débat actuel, elle estime que l’on « risque de tuer la microfinance », alors qu’il faut encourager un développement mieux organisé, car les avantages sont nettement supérieurs aux incidents ou aux ratés qui émaillent ce développement.

En fait, le débat actuel à propos de Yunus et de l’actualité indienne renvoie à un désaccord plus profond. La microfinance est-elle une activité « de marché », semblable à une autre ?

Son développement et ses succès sont incontestables : 128 millions de personnes (pauvres, pour l’essentiel) ont aujourd’hui accès à des prêts et d’autres services financiers dont elles étaient exclues auparavant. Et une partie d’entre elles sont réellement « sorties de la pauvreté » : des études scientifiques incontestables l’attestent.

La microfinance doit-elle être rentable ?

Pour autant, doit-on laisser les microprêteurs devenir des usuriers au grand jour ? C’est le risque lié au fait que certaines grandes organisations de microfinance sont devenues très rentables : les pauvres remboursent les prêts, et les taux d’intérêt au Sud sont élevés. D’où l’irruption dans ce nouveau « marché financier » d’investisseurs motivés par le rendement autant que par la supposée « bonne action »…

Des excès anecdotiques et provisoires, dit Duflo. Il faut laisser la profession s’organiser et surtout ne pas décourager les investisseurs. En face, Servet et ses amis fixent à la microfinance une fonction sociale beaucoup plus importante. Il faut « arrêter de présenter le microcrédit […] comme un produit miracle pour lutter contre la pauvreté ». Il faut concentrer les prêts sur des projets faisables et des personnes capables, et accompagner les personnes dans leurs projets. Et le prêt n’est qu’un instrument du développement parmi d’autres.

Yunus avait nettement pris parti pour une limitation des taux d’intérêt. Il a aussi contribué au développement d’une jeune organisation, MF Transparency, créée par l’universitaire américain Chuck Waterfield afin de contribuer à la transparence des règles.

Il avait également développé un concept de « social business », qui limite la distribution des profits, avec de grands industriels des pays riches. Danone, notamment, a radicalement modifié ses mode de production de yaourts pour les rendre accessibles aux pauvres du Bangladesh, dans le cadre d’une filiale commune avec Grameen.

En fait, c’est l’image publique de la microfinance qui sort écornée des excès indiens, des débats entre tenants de l’idéologie du marché et tenants de la pédagogie, et du départ de Yunus sur le thème « pas de fumée sans feu ».

La microfinance est restée des décennies durant sous l’influence de grandes organisations très liées aux donateurs et investisseurs du Nord. Le CGAP (Groupe consultatif d’aide aux populations les plus pauvres), lié à la Banque mondiale, a ainsi eu ce seul discours depuis les années 80 : il faut que ça devienne rentable.

Une petite partie de la microfinance est devenue rentable, mais aujourd’hui, elle commence à payer le prix de l’aveuglement et du cynisme.

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L’ancien président de la FED américaine a-t-il compris la crise financière ?

jeudi 31 mars 2011

ALAN GREENSPAN, l’ancien président de la FED (Réserve fédérale américaine), considéré comme un « gourou », un magicien de la finance jusqu’à la crise des subprime, a toujours défendu la déréglementation des marchés financiers, et l’absence d’encadrement par l’Etat, en grande partie responsable de la grande crise financière de 2007-2008, et de la crise économique globale qui a suivi.

Greenspan critique aujourd’hui la nouvelle loi destinée à réguler les activités spéculatives des banques.

Crise des subprimes : Alan Greenspan ne fait pas son mea culpa

LEMONDE | 30.03.11

Alan Greenspan (à gauche), président de la Réserve fédérale américaine de 1987 à 2006, et Ben Bernanke qui la dirige depuis.

Alan Greenspan (à gauche), président de la Réserve fédérale américaine de 1987 à 2006, et Ben Bernanke qui la dirige depuis.REUTERS/JASON REED

Londres, correspondant – Les croisés du libéralisme financier refusent à faire leur mea culpa à propos de leur rôle prépondérant dans le déclenchement de la crise des subprimes, en 2008-2009. Le dernier en date est l’ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Alan Greenspan, aux commandes entre 1987 et 2006.

Dans un article publié dans l’édition datée du 30 mars du Financial Times, l’ex-banquier central, âgé de 85 ans, tire à boulets rouges sur la loi Dodd-Frank de re-réglementation définie comme « une création ne pouvant que déstabiliser les marchés et une menace potentielle au niveau de vie des Américains ».

A écouter le champion du « moins d’Etat », cette législation, adoptée en juillet 2010 et destinée à contrôler l’activité des banques, ne permet qu’un « coup d’œil rapide sur les mécanismes internes du plus subtil système financier ».

HOSTILE À LA RÉGLEMENTATION DES PRODUITS DÉRIVÉS

Le message de M. Greenspan n’a pas changé d’un iota : le système est le seul qui fonctionne et il rend tout le monde plus riche, pourvu que l’Etat ne l’étouffe pas. Son hostilité, en 1998, à toute réglementation des produits dérivés l’atteste. La faillite du fonds spéculatif américain Long Term Capital Management et les risques systémiques posés à l’économie américaine reposent alors la question du contrôle des risques.

L’intervention in extremis de la banque fédérale de New York et d’un consortium de banques, pour éviter une réaction en chaîne mettant en difficulté l’ensemble des établissements financiers qui lui avaient fait crédit, soulève des interrogations sur l’absence de législation digne de ce nom sur les produits dérivés.

Brooksley Born, la présidente de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), l’organisme fédéral de surveillance des marchés à terme, fraîchement nommée par Bill Clinton, propose alors d’inclure la supervision de ces instruments financiers extrêmement dangereux. Alan Greenspan, qui a siégé au conseil d’administration de la banque JP Morgan, l’une des grandes usines à produits dérivés, avant de prendre les commandes de la Fed, sort de son devoir de réserve pour torpiller cette initiative. Or, les produits dérivés adaptés aux produits financiers liés au marché immobilier, les fameux subprimes, seront l’un des facteurs de déclenchement de l’implosion des marchés à l’automne 2008.

« JE SUIS CRITIQUÉ POUR DES CHOSES QUE JE N’AI PAS FAITES »

M. Greenspan a passé la main en 2006 à Ben Bernanke, après dix-neuf ans à la tête de la banque fédérale. Aux louanges ont succédé les critiques acerbes d’une politique de laisser-faire à l’origine du tsunami financier. « J’ai été félicité pour des choses que je n’ai pas faites et je suis critiqué aujourd’hui pour des choses que je n’ai pas faites », répond-il à ses détracteurs.

Outre les apparitions télévisées et les conférences hautement rémunérées, l’expert retraité conseille le spéculateur de haut vol John Paulson – le « sultan des subprimes » – et la Deutsche Bank.

Un peu d’humilité parfois aurait mieux valu qu’une filandreuse plaidoirie. La vieillesse n’est pas une excuse. Le prédécesseur de M. Greenspan à la tête de la FED, Paul Volcker, en témoigne. Le « Maestro », âgé de 83 ans, est l’architecte de la Volcker Rule qui a inspiré le texte Dodd-Frank interdisant aux banques d’affaires de spéculer à l’aide de leurs fonds propres.

Marc Roche

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Documentaire sur la crise, à ne pas manquer

jeudi 13 janvier 2011

Si vous avez manqué le documentaire « Fric, krach et gueule de bois », diffusé mardi soir, lors d’une soirée spéciale sur France 2, dépêchez-vous d’aller le voir – il est disponible pendant quelques jours sur le site de France 2 : très bien fait, c’est un véritable résumé de tout le programme de terminale.

Intéressant, important, nécessaire même, pour comprendre les faits du passé, les débats actuels, et faire son travail de citoyen, tout simplement. Petite précision : le bâtiment à colonnes, sur lequel sont projetées des images, n’est autre que la Bourse de Paris.

Le documentaire a été suivi d’un débat, également très intéressant.

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« Manifeste pour un système bancaire citoyen »

samedi 4 décembre 2010

En écho à la déclaration d’Eric Cantona, qui n’est pas forcément pertinente au plan économique mais qui a eu le mérite de poser une vraie question, voici la contribution de Paul Jorion : spécialiste de la finance, c’est l’un des rares économistes à avoir prévu l’ampleur de la crise financière de 2008. Il vient de rédiger un Manifeste, à lire ci-dessous – si vous y adhérez, laissez-nous un commentaire, et nous transmettrons :

Quelques remarques de l’auteur, recueillies sur son blog, en guise de préambule :

Je le réaffirme très clairement : je suis opposé, parce que la crise progressant on ait l’obligation ardente de le faire, à ‘sauver’ les épargnants, dont une part, mineure mais très ‘possédante’, a contribué à alimenter un système spéculatif.

S’ils sont conscients, à fortiori. S’ils ne sont pas, qu’ils le deviennent.

Ce n’est PAS à la collectivité, aux citoyens, dont une grande part ne sont tout bonnement pas ‘épargnants’ et s’ils le sont, le sont très peu, à payer la note de ces goinfres : on ne jette pas de gâteaux aux porcs. Point.

 Deuxièmement, il me semble, comme l’affirme à juste titre Vigneron, nécessaire de dépasser le stade du pétitionnisme de bon aloi et de déclarer un ‘manifeste’.

La grande différence, la voici : dans un cas, le pétitionnaire ne s’engage pas (sauf moralement sans doute mais la moralité et les placements financiers, les ‘petits’ épargnants se sont déjà assis dessus), il signe. Avec un manifeste qu’il signe, il s’engage bien plus : il s’engage à réaliser des actions dès maintenant, sans pour autant que ses exigences aient ou non (encore) vues le jour.

Ce manifeste ne traite pas de l’interdiction des paris sur les fluctuations des prix, ni de la monnaie, ni de l’UE ni même des paradis fiscaux ou des marchés à terme, il traite du système bancaire que l’on pourrait souhaiter et qui existe parfois déjà mais a bien du mal à émerger.

Ce manifeste a pour but d’agir. Et de montrer les causes, les responsabilités, de promouvoir un autre système. C’est possible. Cela existe déjà, en partie. Ensuite, pour les exigences et une fois que le mouvement, concret, sera pris, les politiques devront s’en saisir. Ils n’auront pas le choix.

Et ce n’est qu’un début.

PS : si je parle des impôts et des cotisations, c’est bien parce que d’une part les revenus et les sources de revenus financiers ne sont pas imposés comme le sont les autres revenus et sources de revenus et que cela doit cesser, pour ne pas favoriser l’attractivité de la finance sur les autres sources de revenus. Et qu’ensuite, si on parle Etat, on parle aussi finances puisqu’on l’appelle au secours : il est donc rationnel de parler des finances de l’Etat, soit, les nôtres.


Manifeste pour un système bancaire citoyen

Conscients que la crise financière actuelle est en grande partie due à l’appétit spéculatif du système financier,

Conscients que le système financier s’appuie en grande partie sur le système bancaire,

Conscients que le système bancaire s’alimente en partie par les dépôts des citoyens, notamment sur des ‘placements’ financiers (OPCVM, SICAV, PEA, etc.) ;

Conscients que la recherche maximale de profits, bénéfices, plus-values financières pour nos ‘placements’ financiers est en partie la cause de la crise financière en ce qu’elle alimente sans cesse le système spéculatif qui nous a conduit là où nous en sommes actuellement ;

Conscients néanmoins que provoquer un ‘bank run’ (retirer tous ses avoirs immédiatement) n’aurait pour but que de précipiter la fin du dit système financier sans toutefois avoir répondu à l’exigence de construire des solutions citoyennes alternatives, sans compter les risques induits que ce type d’opération induirait pour toutes les personnes qui l’effectueraient ;

Conscients, enfin, qu’il n’est pas dans l’intérêt général que :

–          un intérêt puisse être versé sur des dépôts financiers, ni qu’un intérêt soit versé à un organisme bancaire, mais bien que des services bancaires réalisés soient correctement rétribués en tant que prestations de services, lisiblement et parfaitement identifiables ;

–          l’impôt sur les revenus et les cotisations sociales et patronales exonèrent les dits ‘placements’ financiers, totalement ou partiellement et qu’il relève de l’intérêt général que TOUS les revenus et sources de revenus, quelque soit leurs origines (travail, ‘placements’ financiers, immobiliers, succession, mobiliers, …), soient enfin soumis totalement à la progressivité, que ce soit pour l’impôt sur le revenu ou pour les cotisations sociales, afin que l’intérêt général puisse être préservé et financé ;

Nous, citoyens :

1- Décidons :

1-1 de liquider dès maintenant nos ‘placements’ financiers dont l’intérêt reçu est soit supérieur à 1%, soit supérieur à 1% et dont les intérêts produits ne servent pas à financer des actions d’intérêt général ou solidaires, quelque soit la nature de ces ‘placements’ financiers ;

1-2 de transférer ces avoirs, hormis le cas où ces avoirs respecteraient les conditions définies au 1-1, vers des organismes bancaires qui respecteraient les conditions suivantes :

– 1 homme = 1 voix, quelque soit son capital ;

– les dirigeants sont élus et les sociétaires ont le droit de vote, défini dans la condition ci-dessus ;

– verser des intérêts nuls ou inférieurs à 1% ou supérieurs à 1% mais dont l’objectif est de reverser le différentiel à des actions d’intérêt général ou solidaires ;

– possédant des ressources financières propres à garantir 15% à minima des dépôts,

– non cotés sur des marchés financiers et indépendants d’organismes bancaires ne respectant pas les conditions ci-dessus ;

1-3 de ne laisser sur les organismes bancaires autres que ceux du 1-2 que des comptes courants de dépôts, dans la mesure où les organismes visés au 1-2 ne seraient pas en capacité d’offrir les mêmes services et jusqu’au moment où ils le seront.

2- Exigeons :

2-1 que tout versement d’intérêt supérieur à 1% (et dans les conditions précisées au 1-1) soient déclarés sans action par la loi (exception de jeu lié aux paris), que ce soit pour l’organisme bancaire ou pour la personne (physique ou morale). Les organismes bancaires ou les personnes (physiques ou morales) qui pratiqueraient des taux d’intérêts autres que dans les conditions ainsi définis ne bénéficieront pas de la garantie de l’Etat pour la partie supérieure de leurs engagements à ces conditions, la loi ne leur donnant pas d’action. La partie inférieure de leurs engagements pourra éventuellement bénéficier de la garantie de l’Etat, sous conditions définies en 2-4 ;

2-2 que l’impôt progressif concerne TOUS les revenus et sources de revenus et que la progressivité soit étendue aux cotisations sociales et patronales, afin de préserver l’emploi et le travail créé, dans des conditions que la loi définira ;

2-3 que l’Etat, dans le cas où des restructurations de dettes s’avèreraient incontournables, quelles soient privées ou publiques et dont l’Etat aura la charge, se retourne en priorité vers les détenteurs de placements financiers dont les caractéristiques ne correspondraient pas au 1-1, qu’ils soient citoyens ou non ;

2-4 que l’Etat réserve sa garantie uniquement aux organismes répondant aux critères définis au 1-2 et/ou aux ‘placements’ financiers définis au 1-1 ;

2-5 que le législateur définisse les critères permettant d’attribuer un label public, afin que les citoyens puissent identifier les organismes et les placements financiers qui répondraient respectivement aux critères énoncés au 1-2 et au 1-1.

2-6 que l’Etat engage une procédure de restructuration des organismes bancaires le nécessitant, en en devenant le liquidateur. La procédure de restructuration s’effectuera sur la base de ‘stress test’, effectués immédiatement par les services de l’Etat et contrôlés par l’Assemblée Nationale. L’Etat valorisera l’actif et les dépôts correspondant au 1-1 seront garantis et, au choix de chaque citoyen concerné, demeureront au sein de l’organisme bancaire restructuré ou seront transférés au sein d’organismes bancaires définis en 1-2.

L’Etat devra alors, soit :

–          valoriser les créances au niveau des actifs, imposer une valorisation fictive des actions (proche de zéro) et réaliser un apport en capital, pour devenir propriétaire de l’organisme bancaire ainsi nationalisé,

–          transformer les créances, en tout ou partie, en actions, afin d’obtenir le ratio suffisant de capitalisation requis.

2-7 qu’en aucun cas, l’Etat ne compense, d’une manière ou d’une autre, les éventuelles pertes des actionnaires et des déposants dont les ‘placements financiers’ ne correspondraient pas à la définition en 1-1.

Ces exigences sont évidemment non limitatives et ne doivent pas freiner l’action des citoyens et/ou de leurs représentants élus quant aux actions nécessaires à la refondation globale du système financier et bancaire.

Nous, citoyens signataires, nous engageons à mettre en œuvre dès à présent les décisions définies et à continuer à exiger auprès de nos représentant ou futurs représentants élus la mise en œuvre de nos exigences telles que définies.

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Grèce-Irlande-Portugal : les peuples boivent l’austérité jusqu’à la lie, et les banques françaises se prennent le bouillon

jeudi 25 novembre 2010

En Grèce au printemps dernier, en Irlande la semaine dernière et aujourd’hui au Portugal (où a eu lieu hier la plus grande grève générale depuis 1988), les cures d’austérité se suivent et se ressemblent : diminution des salaires des fonctionnaires et des aides sociales, hausse des impôts…

Les pays sont différents : l’Irlande souffre de l’éclatement d’une bulle immobilière notamment (après avoir connu une période d’expansion économique très rapide, avec des méthodes peu orthodoxes au sein de la zone euro, puisque l’Irlande se comportait quasiment comme un paradis fiscal), alors que la Grèce et le Portugal se trouvent dans un marasme économique depuis plusieurs années. Mais dans tous les cas, c’est le peuple qui paie, alors qu’il n’est pas responsable de la crise financière. Contrairement à la France, ces pays ne bénéficient pas d’un filet de protection sociale, d’où un accroissement rapide de la pauvreté. Les responsables, les financiers qui ont spéculé durant des années et mené ces pays à la catastrophe, non seulement ne sont pas sanctionnés mais reçoivent des milliards d’euros d’aides internationales (85 milliards d’euros par exemple pour le plan de sauvetage du système bancaire irlandais).

LES BANQUES NE PAIERONT RIEN ? PAS SI SUR : LES BANQUES FRANCAISES SONT TRES EXPOSEES A LA CRISE FINANCIERE EN GRECE, EN IRLANDE ET MAINTENANT AU PORTUGAL :

(lire ci-dessous un article dans Slate.fr – mis en gras par moi)

Quelles sont les banques potentiellement les plus affectées par la crise de la dette européenne? C’est la question à laquelle permet de répondre en partie un document de la banque américaine Morgan Stanley, révélé par FT Alphaville, un blog du Financial Times: il chiffre l’exposition (les sommes engagées sous forme de prêts, soit aux Etats —les dettes souveraines—, soit à l’économie en général) des principales banques de l’Union en Irlande, au Portugal et en Grèce.

Et à ce petit jeu, les banques françaises sont placées très haut. L’exposition totale du Crédit Agricole, qui est notamment très actif en Grèce depuis le rachat en 2006 de la banque Emporiki, est en effet évaluée à 35 milliards d’euros (dont un peu plus de 3 milliards d’euros de dette souveraine), soit 123% de sa valeur (actif net). La suit la banque franco-luxembourgeoise Dexia: sauvée de la faillite de justesse à l’automne 2008, celle-ci est exposée sur 119% de sa valeur, dont 75% de dettes souveraines (le courtier KBW, cité sur le site TradingSat, estime qu’elle est la banque française la plus exposée à l’économie portugaise). La troisième de ce «podium» est la britannique Royal Bank of Scotland, très active en Irlande.

Les autres banques françaises citées par le document, Société Générale, BNP Paribas et Natixis (filiale de banque d’investissement des Banques Populaires et des Caisses d’Epargne), affichent des taux d’exposition de respectivement 29%, 19% et 10%. Récemment sacrée première banque mondiale en termes d’actifs par l’agence Bloomberg (dont les calculs sont contestés), BNP Paribas est la banque la plus exposée du classement aux dettes souveraines de l’Irlande, du Portugal et de la Grèce, avec un total de 8 milliards d’euros.

Et si l’on parle essentiellement des finances publiques irlandaises ces jours-ci, c’est la Grèce qui fait peser les plus gros risques sur les banques françaises: la Banque des réglements internationaux (BRI), citée en mai par le Journal des Finances, faisait état d’une exposition totale du secteur bancaire français à la Grèce de plus de 57 milliards d’euros.

Photo: Jean-Marie Sander, président du Crédit Agricole. REUTERS/Gonzalo Fuentes.

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Le jugement de Kerviel décortiqué par un avocat

jeudi 7 octobre 2010

«On a tué le soldat Kerviel» pour «sauver la Générale», a déclaré l'ex-trader.

L’ancien trader de la Société Générale Jérôme Kerviel avait géré jusqu’à 50 milliards d’euros, de manière illicite, et sa banque avait perdu 5 milliards d’euros en liquidant ces placements. Pour ces fraudes, Kerviel a été condamné à trois ans de prison ferme et deux autres avec sursis, assorti de dommages et intérêts de près de 5 milliards d’euros à rembourser à la banque.

La Société Générale sort donc totalement blanchie de cette affaire. Kerviel est coupable, il n’y a pas de doute, et il doit donc être condamné à la hauteur du préjudice causé, mais est-il le seul coupable ?

Sur son blog, un avocat – qui écrit sous le pseudonyme de « Maître Eolas » – analyse dans le détail (mais de manière très accessible) le jugement.

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