La finance disqualifiée par ses escroqueries

Mardi 10 mai 2011

Un chercheur spécialiste des marchés financiers, PAUL JORION – l’un des rares auteurs à avoir prévu la crise de 2008 -, rappelle dans Le Monde que le secteur financier a volontairement trompé ses clients, et ne peut plus inspirer confiance aux autorités publiques. On peut ajouter qu’aucun de ces quelques dizaines de spéculateurs, qui par leurs agissements frauduleux ont coûté chacun des milliards de dollars au système financier mondial, n’est allé en prison…

Lloyd Blankfein, PDG de la banque d’affaires Goldman Sachs, lors d’une audience devant une commission d’enquête du Sénat américain en avril 2010.

La finance s’est disqualifiée

LE MONDE ECONOMIE | 09.05.11

Tous les efforts menés en vue d’une nouvelle régulation de la finance recourent à une même stratégie : consultation du monde financier par les autorités, puis négociation pour que se dégage un compromis entre les exigences des uns et des autres.

Mais la condition essentielle pour qu’une telle stratégie réussisse est que l’industrie financière s’identifie à l’intérêt général, qu’elle reconnaisse et promeuve la nécessité de garantir un cadre qui maintienne la pérennité des institutions financières sans affecter pour autant la bonne santé de l’économie.

Existe-t-il des éléments pour étayer l’hypothèse que chaque établissement financier fera prévaloir l’intérêt général sur son intérêt particulier ?

Hélas, non : le déroulement de la crise en 2007 et 2008 suggère au contraire qu’il s’agit d’une croyance infondée.

Le rapport du Sénat américain rendu public le 13 avril confirme ce qu’avaient déjà mis en évidence les auditions de dirigeants de la banque Goldman Sachs en avril 2010.

CONFIANCE DES MEILLEURS CLIENTS TRAHIE

A savoir qu’elle – et plusieurs autres, dont, au premier rang, la Deutsche Bank – a non seulement trahi la confiance de certains de ses meilleurs clients en leur vendant des produits financiers (les « collateralized debt obligations » – CDO) structurés de manière à être de la plus mauvaise qualité possible, mais qu’elle a mis au point de nouveaux produits dérivés (les CDO « synthétiques ») pour parier sur la perte de l’ensemble du secteur du crédit hypothécaire américain.

Elle a ainsi précipité la chute de tous ceux qui eurent la naïveté de se positionner sur l’autre versant du pari, mais aussi celle du système financier mondial dans sa globalité !

Le rapport du Sénat décrit le responsable du crédit hypothécaire chez Goldman Sachs promettant à son équipe de commerciaux des primes « ginormous » – une contraction des mots « gigantic » et « enormous » – s’ils parvenaient à vendre ces produits.

Dans un mail, l’un des dirigeants de la banque en Australie dit, à propos de la découverte d’un gogo à qui l’on pourra vendre ces produits avariés : « Je crois avoir trouvé un éléphant blanc, un cochon volant et une licorne, tout en un ! »

Les établissements financiers en question poursuivent aujourd’hui leurs activités en toute quiétude.

Aucun de leurs dirigeants n’a été inculpé. Mieux, on les retrouve assis aux tables de négociation, faisant objection aux propositions des régulateurs qui représentent la communauté dans son ensemble.

Il faut donc changer de méthode. Le régulateur doit rédiger les règles qui permettront de réduire de manière drastique le risque systémique.

Alors que les positions de couverture neutralisent un risque existant dans une perspective assurantielle, les positions spéculatives, du fait de leur nature de pari, créent, elles, un risque là où il n’existait pas préalablement.

L’apport en liquidité du spéculateur, qu’il invoque en général pour justifier sa présence, doit être ignoré : un apport en liquidité à des niveaux de prix spéculatifs est sans objet et, a fortiori, ne compense pas l’accroissement du risque systémique qu’il apporte avec lui.

Une fois définies les mesures à prendre, celles-ci doivent être mises en application, sans négociation avec l’industrie financière : l’incapacité de ses principaux représentants à s’identifier à l’intérêt général a été amplement prouvée au cours de ces trois dernières années.

Paul Jorion, économiste et ethnologue.

Tags : , ,

L’ancien président de la FED américaine a-t-il compris la crise financière ?

Jeudi 31 mars 2011

ALAN GREENSPAN, l’ancien président de la FED (Réserve fédérale américaine), considéré comme un « gourou », un magicien de la finance jusqu’à la crise des subprime, a toujours défendu la déréglementation des marchés financiers, et l’absence d’encadrement par l’Etat, en grande partie responsable de la grande crise financière de 2007-2008, et de la crise économique globale qui a suivi.

Greenspan critique aujourd’hui la nouvelle loi destinée à réguler les activités spéculatives des banques.

Crise des subprimes : Alan Greenspan ne fait pas son mea culpa

LEMONDE | 30.03.11

Alan Greenspan (à gauche), président de la Réserve fédérale américaine de 1987 à 2006, et Ben Bernanke qui la dirige depuis.

Alan Greenspan (à gauche), président de la Réserve fédérale américaine de 1987 à 2006, et Ben Bernanke qui la dirige depuis.REUTERS/JASON REED

Londres, correspondant – Les croisés du libéralisme financier refusent à faire leur mea culpa à propos de leur rôle prépondérant dans le déclenchement de la crise des subprimes, en 2008-2009. Le dernier en date est l’ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Alan Greenspan, aux commandes entre 1987 et 2006.

Dans un article publié dans l’édition datée du 30 mars du Financial Times, l’ex-banquier central, âgé de 85 ans, tire à boulets rouges sur la loi Dodd-Frank de re-réglementation définie comme « une création ne pouvant que déstabiliser les marchés et une menace potentielle au niveau de vie des Américains ».

A écouter le champion du « moins d’Etat », cette législation, adoptée en juillet 2010 et destinée à contrôler l’activité des banques, ne permet qu’un « coup d’œil rapide sur les mécanismes internes du plus subtil système financier ».

HOSTILE À LA RÉGLEMENTATION DES PRODUITS DÉRIVÉS

Le message de M. Greenspan n’a pas changé d’un iota : le système est le seul qui fonctionne et il rend tout le monde plus riche, pourvu que l’Etat ne l’étouffe pas. Son hostilité, en 1998, à toute réglementation des produits dérivés l’atteste. La faillite du fonds spéculatif américain Long Term Capital Management et les risques systémiques posés à l’économie américaine reposent alors la question du contrôle des risques.

L’intervention in extremis de la banque fédérale de New York et d’un consortium de banques, pour éviter une réaction en chaîne mettant en difficulté l’ensemble des établissements financiers qui lui avaient fait crédit, soulève des interrogations sur l’absence de législation digne de ce nom sur les produits dérivés.

Brooksley Born, la présidente de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), l’organisme fédéral de surveillance des marchés à terme, fraîchement nommée par Bill Clinton, propose alors d’inclure la supervision de ces instruments financiers extrêmement dangereux. Alan Greenspan, qui a siégé au conseil d’administration de la banque JP Morgan, l’une des grandes usines à produits dérivés, avant de prendre les commandes de la Fed, sort de son devoir de réserve pour torpiller cette initiative. Or, les produits dérivés adaptés aux produits financiers liés au marché immobilier, les fameux subprimes, seront l’un des facteurs de déclenchement de l’implosion des marchés à l’automne 2008.

« JE SUIS CRITIQUÉ POUR DES CHOSES QUE JE N’AI PAS FAITES »

M. Greenspan a passé la main en 2006 à Ben Bernanke, après dix-neuf ans à la tête de la banque fédérale. Aux louanges ont succédé les critiques acerbes d’une politique de laisser-faire à l’origine du tsunami financier. « J’ai été félicité pour des choses que je n’ai pas faites et je suis critiqué aujourd’hui pour des choses que je n’ai pas faites », répond-il à ses détracteurs.

Outre les apparitions télévisées et les conférences hautement rémunérées, l’expert retraité conseille le spéculateur de haut vol John Paulson – le « sultan des subprimes » – et la Deutsche Bank.

Un peu d’humilité parfois aurait mieux valu qu’une filandreuse plaidoirie. La vieillesse n’est pas une excuse. Le prédécesseur de M. Greenspan à la tête de la FED, Paul Volcker, en témoigne. Le « Maestro », âgé de 83 ans, est l’architecte de la Volcker Rule qui a inspiré le texte Dodd-Frank interdisant aux banques d’affaires de spéculer à l’aide de leurs fonds propres.

Marc Roche

Tags : , , , ,

Le fameux documentaire de France 2 sur la crise, maintenant sur Dailymotion

Mardi 25 janvier 2011

LE DOCUMENTAIRE « FRIC, KRACH ET GUEULE DE BOIS », diffusé mardi dernier, est visible sur Dailymotion. A ne pas manquer, même s’il y a des choses à critiquer, forcément…

1re partie :

http://www.dailymotion.com/video/xgjugt

2e partie :

http://www.dailymotion.com/video/xgnfm4

3e partie :

http://www.dailymotion.com/video/xgjwea

4e partie :

http://www.dailymotion.com/video/xgjya8

5e partie :

http://www.dailymotion.com/video/xgjyuj Tags : ,

Documentaire sur la crise, à ne pas manquer

Jeudi 13 janvier 2011

Si vous avez manqué le documentaire « Fric, krach et gueule de bois », diffusé mardi soir, lors d’une soirée spéciale sur France 2, dépêchez-vous d’aller le voir – il est disponible pendant quelques jours sur le site de France 2 : très bien fait, c’est un véritable résumé de tout le programme de terminale.

Intéressant, important, nécessaire même, pour comprendre les faits du passé, les débats actuels, et faire son travail de citoyen, tout simplement. Petite précision : le bâtiment à colonnes, sur lequel sont projetées des images, n’est autre que la Bourse de Paris.

Le documentaire a été suivi d’un débat, également très intéressant.

Tags : , , ,

Grèce-Irlande-Portugal : les peuples boivent l’austérité jusqu’à la lie, et les banques françaises se prennent le bouillon

Jeudi 25 novembre 2010

En Grèce au printemps dernier, en Irlande la semaine dernière et aujourd’hui au Portugal (où a eu lieu hier la plus grande grève générale depuis 1988), les cures d’austérité se suivent et se ressemblent : diminution des salaires des fonctionnaires et des aides sociales, hausse des impôts…

Les pays sont différents : l’Irlande souffre de l’éclatement d’une bulle immobilière notamment (après avoir connu une période d’expansion économique très rapide, avec des méthodes peu orthodoxes au sein de la zone euro, puisque l’Irlande se comportait quasiment comme un paradis fiscal), alors que la Grèce et le Portugal se trouvent dans un marasme économique depuis plusieurs années. Mais dans tous les cas, c’est le peuple qui paie, alors qu’il n’est pas responsable de la crise financière. Contrairement à la France, ces pays ne bénéficient pas d’un filet de protection sociale, d’où un accroissement rapide de la pauvreté. Les responsables, les financiers qui ont spéculé durant des années et mené ces pays à la catastrophe, non seulement ne sont pas sanctionnés mais reçoivent des milliards d’euros d’aides internationales (85 milliards d’euros par exemple pour le plan de sauvetage du système bancaire irlandais).

LES BANQUES NE PAIERONT RIEN ? PAS SI SUR : LES BANQUES FRANCAISES SONT TRES EXPOSEES A LA CRISE FINANCIERE EN GRECE, EN IRLANDE ET MAINTENANT AU PORTUGAL :

(lire ci-dessous un article dans Slate.fr – mis en gras par moi)

Quelles sont les banques potentiellement les plus affectées par la crise de la dette européenne? C’est la question à laquelle permet de répondre en partie un document de la banque américaine Morgan Stanley, révélé par FT Alphaville, un blog du Financial Times: il chiffre l’exposition (les sommes engagées sous forme de prêts, soit aux Etats —les dettes souveraines—, soit à l’économie en général) des principales banques de l’Union en Irlande, au Portugal et en Grèce.

Et à ce petit jeu, les banques françaises sont placées très haut. L’exposition totale du Crédit Agricole, qui est notamment très actif en Grèce depuis le rachat en 2006 de la banque Emporiki, est en effet évaluée à 35 milliards d’euros (dont un peu plus de 3 milliards d’euros de dette souveraine), soit 123% de sa valeur (actif net). La suit la banque franco-luxembourgeoise Dexia: sauvée de la faillite de justesse à l’automne 2008, celle-ci est exposée sur 119% de sa valeur, dont 75% de dettes souveraines (le courtier KBW, cité sur le site TradingSat, estime qu’elle est la banque française la plus exposée à l’économie portugaise). La troisième de ce «podium» est la britannique Royal Bank of Scotland, très active en Irlande.

Les autres banques françaises citées par le document, Société Générale, BNP Paribas et Natixis (filiale de banque d’investissement des Banques Populaires et des Caisses d’Epargne), affichent des taux d’exposition de respectivement 29%, 19% et 10%. Récemment sacrée première banque mondiale en termes d’actifs par l’agence Bloomberg (dont les calculs sont contestés), BNP Paribas est la banque la plus exposée du classement aux dettes souveraines de l’Irlande, du Portugal et de la Grèce, avec un total de 8 milliards d’euros.

Et si l’on parle essentiellement des finances publiques irlandaises ces jours-ci, c’est la Grèce qui fait peser les plus gros risques sur les banques françaises: la Banque des réglements internationaux (BRI), citée en mai par le Journal des Finances, faisait état d’une exposition totale du secteur bancaire français à la Grèce de plus de 57 milliards d’euros.

Photo: Jean-Marie Sander, président du Crédit Agricole. REUTERS/Gonzalo Fuentes.

Tags : ,

Les Etats peuvent-ils se débarrasser de leurs dettes ?

Jeudi 10 juin 2010

Deux articles très intéressants du Monde diplomatique du mois de mars, très accessibles, par deux économistes spécialistes de la finance, Laurent Cordonnier et Frédéric Lordon, qui expliquent que les Etats pourraient très bien résoudre la crise de la dette, pour peu qu’ils en aient la volonté politique :

 

DOSSIER :
GOUVERNEMENTS SOUS LA COUPE DES BANQUES

 

Un pays peut-il faire faillite ?
par Laurent Cordonnier

« Nous ne paierons pas votre crise. » Les banderoles déployées fin février à Athènes, où se succèdent les grèves contre les plans d’austérité, n’auraient pas déparé en Islande, ou en Espagne. Prônant la « stabilisation » des dépenses sociales, le FMI a averti : l’assainissement, en Europe, « sera extrêmement douloureux ».

L’urgence du contre-choc
par Frédéric Lordon

De la crise des subprime aux manœuvres spéculatives en Europe, les soubresauts de l’économie mondiale scandent depuis deux ans des histoires imbriquées. Rarement l’opposition entre capital et travail aura pris une forme aussi nette.

Tags : , ,

Piketty demande que la BCE prête directement aux Etats

Mercredi 2 juin 2010

Trouvé sur un blog d’économie du quotidien Le Monde : l’un des économistes français les plus écoutés, Thomas Piketty, propose que la BCE crée de la monnaie pour absorber la dette des Etats, en prêtant aux Etats à 0 %… comme le font les Américains depuis un an et demi !

 

28765eaacfcd9ff6948e7a7b6df17-copie-1.1275464721.jpg

J’ai interrogé plusieurs économistes dans le cadre d’une “enquête” pour Le Monde dans sa version “papier” sur le thème suivant : “s’il veut vraiment tenir son engagement de ramener le déficit public à un niveau de 3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2013, et donc de réduire également la dette publique, le gouvernement ne devra-t-il pas se résoudre à jouer de la carte fiscalité, c’est-à-dire augmenter les prélèvements ?”

Cette enquête est publiée aujourd’hui, mercredi 2 juin.

 

Thomas Piketty est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et professeur à l’Ecole d’économie de Paris.

piketty131x180.1275463680.jpg

Sans exonérer la France d’“efforts sur les finances publiques” – il considère qu’ils seront “nécessaires”, mais qu’ils doivent être mis en place “de façon équilibrée, sans coupes brutales du jour au lendemain” – il “décale” la problématique au niveau européen. En tout cas une partie de la problématique : comment résorber la partie du “trou” qui est directement liée à la crise financière et à la crise économique qui a suivi.

Voici, ci-dessous, ce qu’il dit, sachant qu’il faut avoir en mémoire les chiffres suivants : le déficit public français était équivalent à 7,5 % du PIB fin 2009 (soit 143,8 milliards d’euros) et devrait atteindre 8,2 % cette année; la dette publique atteignait 78,1 % du PIB fin 2009 (soit 1 489 milliards d’euros), et devrait se situer à 83,2 % cette année.

 

“Ce n’est pas avec la rigueur, les coupes dans les dépenses publiques et les hausses d’impôts qu’il faut sortir de cette crise. La réduction des coûts publics pour sortir d’une récession cela mène toujours au désastre. Cela ne marche pas.

Serrer la ceinture des citoyens et des contribuables, cela risque de retarder la sortie de crise, d’aggraver les choses : l’impact sur la croissance notamment pourrait être négatif et, au final, on va se retrouver avec plus de déficit et plus de dette”.

Le problème étant de résorber la dette publique, une solution consiste à monétiser une partie de cette dette, le surplus lié à la crise.

Il faut que la Banque centrale européenne (BCE) fasse avec les Etats ce qu’elle a fait avec les banques : émettre de la monnaie et leur prêter à 0 % ou 1 % pour que les Etats se débarrassent du surplus de dette créé par la récession.

L’exemple américain

Les banques centrales européenne et américaine ont en effet prêté à un taux voisin de zéro aux banques sur une période relativement longue : entre septembre et décembre 2008, elles ont créé près de 2 000 milliards d’euros de monnaie nouvelle, soit 10 points de PIB européen et américain, pour les prêter.

Pourquoi a-t-on pu prêter aux banquiers et pourquoi les citoyens devraient-ils se serrer la ceinture pour payer les effets d’une crise dont le secteur financier est responsable ?

C’est d’ailleurs exactement ce que fait la Federal Reserve américaine depuis début 2009 : en achetant à 0 % des centaines de milliards de bons du Trésor américain, elle allège le fardeau des contribuables américains, et permet de sortir de la récession plus vite qu’en Europe.

Si les Etats-Unis sortent aussi vite de la récession, c’est parce qu’ils ont agi ainsi et qu’ils n’ont pas fait de réduction des dépenses, de hausse d’impôts. Il y a un pragmatisme américain qui nous fait défaut.

Dans les circonstances actuelles, il n’existe pas d’autre solution que de monétiser une partie de la dette publique. Cela permettrait de remettre les compteurs à leurs niveaux d’avant crise.

Cela ne se traduirait pas forcément par de l’inflation. Dans le cas des prêts aux banques, cela n’en a pas créé par exemple. On était au bord d’une dépression, d’un déflation (baisse des prix, baisse des actifs). En injectant de l’argent, on a évité cette déflation et il n’y pas eu d’inflation derrière.”

Tags : , , ,

Texte formidable d’un économiste génial

Mercredi 19 mai 2010

Si vous voulez comprendre la crise actuelle en Europe, et le monde économique dans lequel nous vivons, précipitez-vous sur l’article, publié dans Le Monde avant-hier, de Michel Aglietta, l’un des meilleurs spécialistes français de la finance internationale (et membre de l’Ecole de la Régulation, qui a conçu notamment le concept de « fordisme » comme type de régulation économique et sociale du capitalisme – un grand classique en terminale…).

Le texte est très clair, et très accessible même pour des élèves de terminale.

 

Tags : , , , ,

Des économistes s’expriment sur la crise actuelle…

Jeudi 13 mai 2010

… et ne reprennent pas forcément les arguments avancés par le gouvernement ou le patronat, en ce qui concerne les marchés financiers, ou les retraites : une sorte de « désintoxication » salutaire de l’opinion publique, en somme :

Ne manquez pas l’entretien lumineux avec Henri Sterdyniak, professeur d’économie à Paris IX-Dauphine et à l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques (spécialiste de macroéconomie donc). (sur France 2 : durée 10 mn environ)

L’économiste rejoint implicitement le point de vue du PG dans sa campagne contre l’affolement de l’opinion publique par la droite et le patronat, en montrant que la « réforme » des retraites a été relancée sous la pression du Medef et des marchés financiers, qu’elle n’est en rien urgente (depuis la précédente réforme de 2003).

Les véritables problèmes en France sont selon lui l’insuffisance de la croissance, et le départ précoce des salariés âgés, bien avant 60 ans en fait.

 

Un autre économiste, Bruno Amable, professeur de sciences économiques à l’Université de Paris I-Panthéon Sorbonne (qui n’est pas vraiment un repaire de gauchistes) déclare dans Libération qu' »Il serait temps que les caves se rebiffent », c’est-à-dire que les Français se révoltent contre les marchés, les gouvernements et les médias dominants, qui les prennent pour des c…

Lire ci-dessous :

Il serait temps que les caves se rebiffent

 La crise grecque et ses possibles suites espagnoles et portugaises, les interrogations sur la survie de l’euro puis le plan d’austérité concocté par le FMI de Dominique Strauss-Kahn et celui de François Fillon et de Nicolas Sarkozy pour la France… on se demande si tout le monde n’a pas décidé de donner raison à Naomi Klein qui, dans son dernier best-seller (la Stratégie du choc), explique que le néolibéralisme progresse par chocs violents : on impose des réformes structurelles néolibérales brutalement, immédiatement après une crise, à une population sous le choc et incapable de se ressaisir. Cette stratégie aurait servi après le coup d’Etat au Chili, la guerre des Malouines, l’ouragan Katrina : événements utilisés pour modifier profondément les structures économiques des sociétés concernées.

Les catastrophes naturelles étant heureusement rares sous nos latitudes et les militaires européens n’ayant plus tellement le goût des coups d’Etat, une stratégie néolibérale radicale va devoir se rabattre sur les crises économiques, comme ce fut le cas lors de la crise asiatique de 1997. C’est le rôle que semble opportunément pouvoir tenir la crise gréco-européenne, à condition de l’exploiter habilement. On pourrait alors porter un regard différent sur l’attitude de la chancelière allemande Angela Merkel, qui a retardé autant que possible le soutien à la Grèce, contribuant à accentuer la crise.

Au lieu de n’y voir que tergiversations et hésitations dans l’attente de l’élection en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, on pourrait aussi l’interpréter comme la volonté de dramatiser la situation pour faire accepter plus facilement l’inéluctabilité des «réformes douloureuses» en Allemagne et accessoirement montrer qui commande en Europe. Puisque les Etats sont en faillite (aujourd’hui la Grèce, demain l’Europe…), il faut couper dans les dépenses. Oui mais lesquelles ?

Revenons sur ce problème de dette publique. Comme l’a très bien expliqué Marc Flandreau sur son excellent blog (1), on peut distinguer plusieurs types de dettes publiques ; disons pour simplifier qu’il y a la dette sociale (ce que l’Etat doit à ses citoyens : traitement des fonctionnaires, retraites, protection sociale, etc.) et la dette financière, celle qui prend la forme de titres émis par l’Etat et qui se retrouve sur «les marchés» comme on dit. Il semblerait bien, et c’est un choix politique, que ces deux types de dette ne bénéficient pas du même traitement. La dette financière semble être une dette «senior» et la dette sociale une dette «junior» : la première sera remboursée en priorité, la deuxième passera après et sera honorée s’il reste de quoi.

Justement, il ne resterait plus de quoi et donc il faudrait se serrer la ceinture ; enfin c’est ce que nous répètent, avec la propension naturelle au radotage qui les caractérise, les plus grassement payés de nos éditocrates.

On peut donc anticiper la poursuite de la préparation d’artillerie médiatique, déjà commencée avec la question de l’allongement de l’âge de la retraite, avant l’offensive politique. La prochaine étape devrait être celle de l’assurance-maladie. Parce que vous trouvez ça juste que ceux qui ont les moyens bénéficient de la même protection sociale que les plus défavorisés ? Ce ne serait pas mieux de réserver cette protection aux plus démunis et que les autres contribuent de façon privée, ce ne serait pas plus équitable ?

Eh bien non, c’est un vieux piège néolibéral. En réduisant la population qui bénéficie de la protection sociale, on affaiblit le soutien politique de celle-ci. Si la classe moyenne doit décider de la générosité d’un système dont elle est exclue, on sait où cela va finir : vers la protection sociale minimale du type «filet de sécurité» pour les pauvres et la différenciation de l’accès aux soins selon les revenus.

Le système financier était au bord du gouffre il y a deux ans et aujourd’hui ce sont «les marchés» qui font la leçon aux Etats ; il y a tout de même de quoi être épaté. Finalement les marchés financiers sont peut-être bien ce qu’ils sont supposés être, de fantastiques machines à diversifier les risques : risque zéro pour les banquiers, risque maximal pour les fonctionnaires, les retraités, les malades, les chômeurs… Et dire qu’il n’y a pas deux ans on nous assurait que «le marché tout puissant qui a toujours raison, c’est fini (2)». Excusez-moi si je m’exprime trivialement, mais on ne nous prendrait pas pour des «caves», par hasard ?

(1) http://alternatives-economiques.fr/blogs/flandreau

(2) Nicolas Sarkozy, Toulon, 25 septembre 2008.

 

Tags : , ,

De grands économistes français adoptent une lecture marxiste de la crise !

Jeudi 7 janvier 2010

Patrick Artus, économiste en chef de la banque d’investissement Natixis, vient de publier une note intitulée « Une lecture marxiste de la crise »… alors qu’il n’a pas la réputation d’être marxiste ni anti-capitaliste, loin de là.

Oui, c’est incroyable mais vrai : un économiste bien connu, qui travaille pour une banque, nous explique (avec de nombreux chiffres à l’appui) que l’excès de capital au niveau mondial entraîne des surcapacités de production, d’où un risque de baisse du taux de profit et par conséquent une accentuation de l’exploitation des salariés, etc. Je rappelle que Karl Marx prévoyait au milieu du XIXe s. la fin du capitalisme, tout simplement, et la fin des classes sociales, à la suite d’une révolution du prolétariat, lorsque l’exploitation serait trop forte…

2009 a été l’année de la redécouverte de Keynes par les économistes (mais Keynes n’a pas jamais dénoncé l’exploitation des travailleurs, ni prôné la fin du capitalisme, au contraire !) ; 2010 sera-t-elle l’année de Marx

Si un économiste très connu adopte courageusement ce point de vue (j’attends les réactions de ses collègues…), ne serait-ce pas parce que le capitalisme lui-même aurait connu une formidable régression ces dernières années vers le mode de régulation du XIXe s., c’est-à-dire la concurrence et l’exploitation sauvages (peut-être même pires qu’au XIXe s., car nous disposons de moyens financiers et technologiques incomparablement plus puissants) ?…

Quelques mois plus tôt, dans le même ordre d’idées, un autre économiste reconnu (et pas non plus classé à l’extrême-gauche), professeur à l’Ecole normale supérieure, Philippe Askenazy montrait (dans quatre petites vidéos à voir ici) que le partage de la valeur ajoutée s’effectue de nos jours au bénéfice exclusif des entreprises : celles-ci maintiennent la part du profit dans la valeur ajoutée (taux de marge) même en période de récession, alors que la part des salaires stagne et que le travail devient de plus en plus précaire : « travail précaire, capital protégé »… et tous les risques du capitalisme sont pris en charge par les travailleurs, qui ne sont pour rien dans les dérives qui ont abouti à la crise actuelle…

Tags : , , , ,