Le battle Keynes VS Hayek !

samedi 19 mars 2011

Voici une vidéo plutôt originale : un rap opposant les deux économistes les plus influents du XXe siècle, Keynes et Hayek (le film étant le fruit de l’association d’une producteur d’audiovisuel et d’un professeur d’économie) ! En plus, c’est très bien fait – pardon, ça déchire sa race – dans le fond comme dans la forme :

John Maynard Keynes est un joyeux fêtard, il veut relancer la croissance par les dépenses publiques et la baisse des taux d’intérêt (cad. un crédit pas cher), il veut réguler le marché à court terme (« à long terme, nous sommes tous morts… »), et rétablir la confiance. Selon lui, l’économie n’est pas vraiment fondée sur des calculs rationnels mais sur des « esprits animaux » (sentiments, pulsions)…

Mais à force d’injecter trop de liquidités dans l’économie, on risque de se retrouver avec des bulles financières, et se réveiller avec la gueule de bois…

C’est ce que lui explique Friedrich A. von Hayek, qui a moins de charisme, mais qui pointe les limites de l’approche keynésienne. Hayek prône des mesures exactement opposées : redonner de la valeur à la monnaie et au capital, encourager l’épargne, laisser faire le marché, etc.

Les sous-titrages sont bons mais passent vite, il faut s’accrocher mais des élèves de terminale ES sont capables de comprendre le clip : et c’est ça qui est trop bien !  🙂

http://www.dailymotion.com/video/xc5c82

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Corrigé du bac blanc n°1

samedi 5 février 2011

Corrigé QSTP : Innovation & croissance

Travail préparatoire

1. L’innovation peut prendre la forme d’un produit ou d’un procédé nouveau. Ainsi, l’apparition du téléphone portable, de l’iPhone ou de l’iPad sont des innovations de produits. L’innovation de procédés concerne les modes de production ou de commercialisation : métier Jacquard, travail à la chaîne, vente par correspondance…

2. L’innovation entraîne des conséquences positives pour les entreprises. Les entreprises innovantes ont en effet des performances économiques supérieures à celles des entreprises non innovantes. Les écarts de performances entre ces deux types d’entreprises sont maximaux lorsque l’innovation porte à la fois sur les produits et sur les procédés : la progression des parts de marché des entreprises innovantes est de 5,4 points supérieure à la progression des parts de marché des entreprises non innovantes. Les écarts sont moindres pour les innovations « séparées », mais ils ne sont pas négligeables (les innovations de produits assurent une croissance de parts de marché supérieure de 3,4 points). Pour la valeur ajoutée : l’innovation « combinée » permet une croissance de la valeur ajoutée supérieure de 5,2 points au bénéfice des entreprises innovantes.

3. De nombreuses innovations produisent des effets bénéfiques sur le développement humain : la mise au point d’un vaccin; un nouveau procédé de diffusion des connaissances, comme la transmission télématique des données, ou de nouveaux procédés d’impression diminuant les coûts d’accès à l’écrit, donc au savoir.

4. L’innovation technologique peut agir sur la productivité du travail, à travers la mécanisation, l’automatisation, ou la mise en place de nouvelles organisations du travail. La même quantité de travail humain permet, dans ces conditions, l’obtention d’une production croissante. Les théoriciens de la « croissance endogène » montrent que l’innovation et la formation de la main-d’oeuvre sont des facteurs décisifs de croissance économique.

5. Certaines composantes du développement humain ont des effets rétroactifs sur la capacité d’innovation. Un meilleur état de santé, un niveau de connaissance plus élevé, une participation citoyenne et sociale plus intense stimulent la créativité et l’adhésion aux innovations, à la fois sur le plan individuel et sur le plan collectif.

6. Lorsqu’on analyse la répartition du financement de l’innovation, on constate que près des trois quarts des ressources proviennent des entreprises elles-mêmes, par réinvestissement dans l’innovation des profits des périodes antérieures. Cette capacité dépend donc de manière massive des profits que ces entreprises ont pu tirer de leur activité. Il s’agit en quelque sorte d’un cercle vertueux : le dynamisme de la croissance économique fournit à ces entreprises les moyens financiers de leur effort d’innovation, ce qui en retour leur garantit la progression de leurs résultats. La croissance économique renforce aussi les recettes de l’État (puisque le produit fiscal est lié au niveau d’activité économique), facilitant le cofinancement privé-public de nombreux projets innovateurs.

7. Selon l’analyse de l’OCDE, les États ont des responsabilités spécifiques à assumer dans la stimulation de l’innovation. C’est en effet en amont des processus productifs que les dépenses publiques dans la recherche et l’enseignement créent les conditions d’apparition de l’innovation : projets de recherche fondamentale, investissements dans l’enseignement secondaire et supérieur… Dans l’Union européenne, la « stratégie de Lisbonne » à partir de 2000 cherche à promouvoir l’ « économie de la connaissance ».

Question de synthèse
Introduction

Depuis le milieu des années 90, les TIC (technologies de l’information et de la communication) sont devenues centrales dans les économies développées, tant dans les produits que dans les procédés de fabrication et de commercialisation. Les économistes ont remis à l’honneur la théorie de Joseph Schumpeter, qui dans les années 30 et 40, considérait que l’innovation était un facteur de croissance décisif. Comment l’innovation favorise-t-elle la croissance économique ? Celle-ci ne favorise-t-elle pas en retour l’innovation ? Nous verrons que l’innovation est à la fois une cause (1ère partie), et une conséquence de la croissance (2nde partie).

I. L’innovation est source de croissance économique.

1. Effets sur la demande

Les innovations de produits permettent de mieux satisfaire les besoins humains et d’améliorer notamment la consommation des ménages. Ex. de consommation individuelles ou collectives : alimentation (conservation des aliments, préparation des plats, etc.), transports, télécommunications, santé… La seconde moitié du 20e siècle a été marquée par des améliorations significatives de la couverture des besoins. Ces innovations, par le dynamisme des achats qu’elles engendrent, sont un élément important de soutien de la demande et par là même de la croissance économique. Les nouveaux équipements (informatique, vidéo…) soutiennent l’activité économique en favorisant une large diffusion de ces biens dans la population.

2. Effets sur l’offre

Au niveau des entreprises, les « grappes d’innovations » (Schumpeter) dans les procédés permettent de réaliser des gains de productivité du travail et du capital qui entraînent une amélioration de la compétitivité-prix des entreprises (par répercussion à la baisse sur les coûts de production) mais aussi, souvent, de la compétitivité hors prix (structurelle), en améliorant la qualité des produits et leur adaptation au marché, ce qui profite également aux consommateurs. Dans les deux cas, les entreprises innovantes tirent avantage de ces progrès en termes de gains de parts de marché et de croissance de leur valeur ajoutée (document 1). La capacité à mieux faire face à la concurrence, est, au niveau macroéconomique, une source de croissance.

II. La croissance économique facilite aussi l’innovation et son financement
1. La question du financement de l’innovation

Les entreprises ont en effet intérêt à l’innovation, mais pour la mettre en œuvre, elles ont besoin de ressources financières. Le financement de la recherche-développement nécessite des capitaux. Cette ressource est d’autant plus abondante que l’entreprise a dégagé des profits, qu’elle peut alors réinvestir dans son effort d’innovation. L’autofinancement constitue près des trois quarts du mode de financement des projets innovants, car cette option garantit à l’entreprise l’autonomie de sa stratégie (document 3). Au niveau macro-économique, une croissance économique soutenue rentabilise les coûts de la recherche et l’innovation en accroissant la profitabilité des sommes ainsi investies, ce qui suscite de nouveaux projets innovants.

2. Le rôle des pouvoirs publics

Un autre acteur joue cependant aussi un rôle majeur dans ce domaine. Dans la plupart des grands pays développés, sous des modalités diverses, l’État favorise en effet la recherche fondamentale ou appliquée. Lorsque la croissance est forte, les recettes fiscales augmentent, ce qui permet de financer davantage de projets de recherche. De même, des capacités budgétaires accrues permettent à la puissance publique d’investir dans l’amélioration de la qualification de la main-d’œuvre par le biais des dépenses d’enseignement et de mettre ainsi à disposition des entreprises un meilleur capital humain, favorable à l’innovation.

Conclusion

Comme l’a montré Schumpeter, la croissance économique et l’innovation entretiennent des rapports circulaires. Si l’innovation pérennise la croissance, celle-ci, en retour, permet une amélioration sensible du niveau de développement (document 2). À travers l’amélioration de l’état sanitaire et du niveau d’instruction de la population, ces transformations créent les conditions d’une adhésion collective à l’idée du progrès, état d’esprit indispensable à l’apparition d’une croissance endogène.

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A propos du partage des richesses

vendredi 3 décembre 2010

Le magazine L’Expansion, l’une des revues économiques les plus connues en France, l’un des temples du libéralisme – donc tout sauf une feuille de chou gauchiste – vient de publier un dossier explosif, où il préconise l’augmentation générale des salaires :
 
Parmi les articles… :
 

Cher capital, pauvre travail

 Par Stéphanie Benz et Franck Dedieu – publié le 24/11/2010

Et si c’était le grand retour de la lutte des classes ? Le CAC 40 fait la part belle aux actionnaires et laisse les salariés sur leur faim. Plongée dans cette mécanique de répartition des richesses dangereuse pour la croissance.

Vallourec a fait exploser son dividende par action de 1000% entre 2004 et 2010.
REUTERS/Charles Platiau
49 milliards d’euros C’est la somme versée par Total entre 2003 et 2009 à ses actionnaires. Contre 41 milliards payés à ses salariés.

« Aujourd’hui, le capital démolit le travail. Augmenter les dividendes pour les actionnaires et en même temps mettre les salariés à la porte tient du sacrilège. » Cette diatribe n’est pas proférée par un gréviste CGT à la tête d’un cortège de manifestants, mais par un prêtre, le père Philippe Bachet, lors d’une « procession » organisée à Villemur-sur-Tarn le dimanche 7 novembre avec ceux de ses fidèles qui ont été licenciés de l’usine Molex. Don Camillo transformé en Peppone ! Sans doute un beau folklore, sur cette terre réfractaire du Midi, mais aussi un signe d’exaspération plus profond, palpable dans tout le pays : « Même dans les sociétés les plus puissantes et les plus rentables, les salariés français voient le partage des richesses se déformer au bénéfice des profits. Hier, ils ne comprenaient pas, aujourd’hui, ils ont peur », décrypte l’économiste de Natixis, Patrick Artus.
Et les chiffres publiés par L’Expansion sur les différences de traitement entre salariés et actionnaires au sein de quelques fleurons français ne vont certainement pas apaiser leurs craintes ni leurs rancoeurs. Sur les sept dernières années (entre 2003 et 2009), 24 groupes du CAC 40 croulant sous les profits ont augmenté leur masse salariale par employé de seulement 8 % en moyenne, alors que les dividendes par action gonflaient de 110 %. Les uns se serrent la ceinture, les autres se livrent à une orgie de coupons. Prototype de ce favoritisme actionnarial : L’Oréal. Les actionnaires valent bien un doublement du dividende entre 2003 et 2009, mais les sommes consacrées aux rémunérations restent désespérément étales.
Total se surpasse pour ses actionnaires A Vallourec, le clientélisme boursier tient même de la caricature : un rendement en hausse de 1 000 %. « Notre politique de distribution correspond aux meilleures pratiques du CAC 40, se défend Etienne Bertrand, chargé des relations avec les investisseurs. Des dividendes réguliers et suffisamment attractifs – un tiers des résultats du groupe en moyenne – sont appréciés des investisseurs à long terme que nous recherchons, comme les fonds de pension peu spécu-latifs. »
Mieux – ou pis – avec Total, le champion des profits toutes catégories. Ici, la rente versée aux actionnaires entre 2003 et 2009 – sous forme de dividendes et de rachats d’actions – dépasse de 19 % les sommes dédiées à la rémunération des salariés. Un fait exceptionnel, même parmi les généreux copains du CAC. De quoi ressortir les piquets de grève pour les planter aux portes des raffineries ? « A quoi bon repartir pour un tour ? La lutte entre le capital et le travail ne se fait plus à armes égales. Les investisseurs placent et déplacent leurs milliards sur les carnets d’ordres à la vitesse de la lumière. Ils peuvent mettre les salariés – en particulier français – en concurrence avec une armée de travailleurs sous-payés », précise Jacques Delpla, membre du Conseil d’analyse économique, coauteur d’une étude sur le partage de la valeur ajoutée.

Entre 1999 et 2009, les employés de Lafarge dans le monde ont augmenté leur productivité de 56 %, quand leurs salaires progressaient d’à peine 26 %.

Et, dans ce face-à-face inégal, les actionnaires enfoncent le clou depuis le krach boursier. Pris dans le piège de la spéculation, ils auraient pourtant dû en rabattre sur leurs exigences exorbitantes de return on equity. C’est l’inverse qui se produit ! « Pour soulager leur perte en capital sur les marchés, ils veulent garder des dividendes élevés. Cette année, le CAC 40 vient de leur verser 36 milliards d’euros, soit 77 % de leurs bénéfices », calcule Sonia Bonnet-Bernard, expert financier pour le cabinet Ricol-Lasteyrie. Certains patrons de la cote font même du zèle pour s’attirer les bonnes grâces de leurs actionnaires. Malgré ses petits 327 millions de bénéfices en 2009, Carrefour fait ainsi valoir le double de dividendes et puise dans ses réserves, comme une douairière céderait des biens pour doter sa fille.
Et, au fait, pour qui une telle sollicitude ? Le retraité californien, le trader spéculateur, le gestionnaire de fonds ? Un peu tout le monde à la fois. « Les fonds de pension se trouvent eux-mêmes sous la pression de leurs souscripteurs, retraités ou épargnants. Avec le vieillissement démographique, ils doivent leur servir des rentes en hausse de 6 à 7 % par an. Ils répercutent logiquement cette demande sur les patrons des multinationales, lesquels transmettent les impératifs aux salariés », explique Jean-Pierre Hellebuyck, vice-président d’Axa Investment Managers, à la tête de 522 milliards d’euros confiés en partie par les fonds de pension. Chacun agit donc d’après les instructions de son mandant.
Dans cette chaîne financière, des maillons inattendus contribuent à resserrer l’étreinte, tels… les partenaires sociaux. « Les caisses de retraite bien de chez nous, l’Arrco et l’Agirc, m’ont confié une partie de leur argent, et elles aussi, en mal de financement, veulent du rendement à tout prix. Pour arriver à l’équilibre, il leur faut du 9 %. Alors pas question de faire du social », témoigne, sous couvert d’anonymat, un gestionnaire de fonds. D’ailleurs, à la faveur d’astucieux placements en actions, l’Arrco revendique, au titre de l’année 2009, un gain de 12 %. La caisse des salariés de l’automobile, de son côté, affiche une progression de 17,3 %.

77 % c’est la part des profits 2009 du CAC 40 absorbée par les dividendes (source : Ricol-Lasteyrie).

« Tout doit rapporter », nouvelle devise de l’Etat Même l’Etat – lesté par des déficits publics monstrueux – se montre un actionnaire exigeant. Son mot d’ordre : tout doit rapporter, pour ne pas dire « cracher ». France Télécom (sa filiale à 27 %) vient de détacher un mégacoupon de 3,7 milliards d’euros pour seulement 3 milliards de bénéfices en 2009. La République empoche sa quote-part de 1 milliard. « En tant qu’actionnaire, l’Etat se montre ni plus ni moins exigeant que les investisseurs privés pour la rémunération de ses capitaux », se défend Gervais Pellissier, le directeur financier de l’opérateur.
Mais un copieux dividende ne suffit pas toujours à combler d’aise les actionnaires. Il faut alors se livrer à quelque sinistre besogne. Sur le maillon faible de cette fameuse chaîne financière : le salarié, en particulier celui des pays riches. « Aux Etats-Unis, les marges des entreprises, revenues à de bons niveaux, résultent de mesures significatives en réaction à la crise : réduction d’effectifs, délocalisations, ou, tout simplement, rationalisations », raconte sans états d’âme le patron de Goldman Sachs en France, Jean Raby.
Depuis trois ans, le CAC 40 se déleste chaque mois de 1 900 salariés français – les plus coûteux -, mais, dans le même temps, il augmente les effectifs à l’étranger de 7 600 personnes, avec une prédilection pour les prometteuses contrées asiatiques low cost. Cas d’école : Veolia, champion des services aux collectivités locales. Ses effectifs français ont minci de 11 % entre fin 2006 et aujourd’hui, mais ont grossi de 38 % en Asie. Vallourec, de son côté, se tourne plutôt vers l’Amérique du Sud. « On ne peut leur reprocher d’aller chercher la croissance où elle se trouve », explique le consultant Serge Blanchard. Il n’empêche : nos grands groupes font moins pour la France que les grands groupes allemands, plus protecteurs, par exemple, envers leurs sous-traitants.
Autre technique pour créer de la valeur, vieille comme l’invention de la roue : augmenter les cadences des salariés sans forcément les récompenser à la mesure de leur effort. Une étude du cabinet Détroyat réalisée à la demande de L’Expansion le démontre. En dix ans (1999-2009), les employés de Lafarge dans le monde ont augmenté leur productivité (chiffre d’affaires par personne) de 56 %, quand leurs salaires (charges de personnel par personne) progressaient d’à peine 26 %. Chez Michelin ou à Air liquide aussi, le rendement par tête de pipe croît deux fois plus vite que la masse salariale. Karl Marx parlait de prédation des richesses, les économistes actuels évoquent plus pudiquement « une déformation de la valeur ajoutée ».
Vers une individualisation des rémunérations Cette déformation suppose qu’on bride les salaires français, même dans les grands groupes très rentables. « Comme partout, la tendance est à l’individualisation des rémunérations et à l’augmentation du poids des parties variables, souvent fixées selon des critères peu transparents », constate Philippe Fontaine, secrétaire national de la CFDT Cadres. Il suffit alors de réviser le mode de calcul de ces bonus pour réduire les montants distribués. Les salariés de France Télécom en ont fait la triste expérience : « Les objectifs des commerciaux ont été revus à la hausse et sont plus difficiles à réaliser. S’ils ne les atteignent que partiellement, ils ne touchent rien. Auparavant, ils percevaient leur variable au prorata de leurs résultats », déplore Sébastien Crozier, responsable CFE-CGC au sein du groupe. Ces petites mesquineries se conjuguent à de modestes budgets d’augmentations : « Entre 2006 et 2009, les enveloppes n’ont jamais véritablement dépassé l’inflation », ajoute le syndicaliste. Encore ont-ils de la chance : ailleurs, on n’hésite pas à remplacer les augmentations par des primes, dont la reconduction, par définition, n’est pas assurée d’une année sur l’autre.
Certains ont même eu droit au zéro absolu, comme à Air liquide en 2009 : « L’entreprise a réagi très vite à la crise en gelant les augmentations, même celles dues au titre des promotions », grogne Jean-Luc Clément, de la CFE-CGC. En 2010, malgré un redressement des comptes, la hausse a été de 2,8 %, loin du rattrapage espéré. Le syndicaliste ne se fait guère d’illusions sur la capacité du personnel à peser sur la politique salariale du groupe : « Nos rémunérations se tiennent par rapport au marché, et nous avons une relative sécurité de l’emploi. Les salariés n’ont guère intérêt à partir, et la direction le sait. Elle préfère donc chouchouter les actionnaires, qui sont plus mobiles. » Il ne croit pas si bien dire : entre 2003 et 2009, dans son groupe le dividende par action a crû de 78 %.
Le gel total des salaires reste cependant une exception au sein des groupes français : « On trouve surtout cette pratique dans les filiales des grands groupes américains, ultrarapides pour baisser les coûts en période de crise », note Jean-Pierre Basilien, directeur d’études à Entreprise et personnel. C’est ainsi que les salariés de Xerox-France ont vu leur rémunération stagner en 2009. Cette année-là, ils ont même été incités à prendre des congés sans solde, « alors que la société a toujours été bénéficiaire », souligne Christian Bouchet, représentant CFE-CGC.
La participation, piètre outil de rééquilibrage La participation et l’intéressement aux résultats permettent-ils de rééquilibrer, au moins partiellement, le partage des fruits de la croissance au profit des salariés ? Dans les groupes les plus rentables, ils arrondissent largement les fins de mois : 6 600 euros en moyenne en 2009 à Total, jusqu’à 10 000 euros à L’Oréal. Mais de là à parler de rééquilibrage… Au titre de l’année 2009, le premier actionnaire de Schneider Electric, le fonds américain Capital Group, perçoit à lui seul un dividende (44 millions) équivalant à la somme totale allouée pour l’intéressement et la participation. Et encore, au niveau national, ces dispositifs améliorent à peine l’ordinaire du salarié moyen : ils représentent 2,2 % de la masse salariale, d’après le rapport sur le partage de la valeur ajoutée réalisé par le patron de l’Insee, Jean-Philippe Cotis.

1 900 C’est le nombre de salariés français dont le CAC 40 se déleste chaque mois depuis trois ans.

Certains syndicats vouent même ces dispositifs aux gémonies : « Quand une entreprise verse des sommes confortables à ce titre, les salariés sont moins tentés de revendiquer sur les salaires. Or ceux-ci sont pérennes, alors que la participation et l’intéressement sont aléatoires », s’emporte Mohammed Oussedik, chargé des salaires à la direction de la CGT. Surtout, le dispositif est très inégalitaire. Alors que la participation est obligatoire au-delà de 50 salariés, certains, comme Xerox, ne l’ont toujours pas mise en place grâce à un mécanisme d’optimisation fiscale complexe mais légal. Selon le ministère du Travail, 8 % des entreprises de plus de 500 salariés privent ces derniers de « partoche ». Dans les entreprises plus petites, le tableau est encore plus sombre : seulement 15,9 % d’entre elles offrent de la participation ou de l’intéressement. A leur décharge, il faut dire que la situation des PME n’a rien à voir avec celle des grands groupes cotés : « La profitabilité des grandes entreprises a fortement augmenté ces dernières années, alors que celle des PME recule », selon une étude récente de Natixis.
Si, face à la crise, les grands groupes ont préservé leurs bénéfices au détriment des salariés en place, les PME ont fait l’inverse. Une enquête réalisée par la Banque de France montre qu’elles ont eu moins tendance à geler les salaires et à diminuer les parts variables que les grands groupes. Et tant pis pour les profits. « Dans une petite société de services comme la mienne, je suis obligé de préserver mon équipe. Perdre des compétences, c’est risquer de ne pas être prêt quand la reprise sera là », explique Philippe Durst, spécialisé dans la location de systèmes informatiques clefs en main pour les entreprises (50 salariés, 110 millions d’euros de chiffre d’affaires).
Les grands groupes et les PME s’entendent tout de même sur une pratique : réduire fortement l’emploi des intérimaires. Karine Berger, chef économiste de l’assureur de crédit Euler Hermes, le souligne : « Ces bataillons de travailleurs se retrouvent en première ligne. Ce sont eux qui trinquent quand il faut réduire la voilure, ce qui permet aux entreprises de limiter la casse à la fois sur l’emploi et sur les résultats. »
Conclusion : les profits du CAC 40, réalisés surtout à l’étranger, font le bonheur des actionnaires aujourd’hui, les investissements de demain – essentiellement hors de nos frontières – et les emplois d’après-demain – mais certainement pas chez nous.

L’investissement « responsable », encore trop modeste pour profiter aux salariés Une nouvelle mode se développe sur les marchés : l’investissement socialement responsable (ISR), qui prend en compte des critères sociaux et environnementaux. Pas de quoi, pourtant, influencer les entreprises et assurer une meilleure redistribution des profits. « Les gérants de fonds ISR doivent aussi préserver la valeur actionnariale et les dividendes. La retombée pour les salariés reste très indirecte », souligne Dominique Blanc, du cabinet Novethic. Ainsi, ces fonds ont beau privilégier les entreprises qui forment leurs salariés, cherchent à réduire les accidents du travail ou limitent les contrats précaires, ils ne représentent que 3 % des actifs investis en France : trop peu pour bouleverser les pratiques…
Et du côté des « bras armés » de l’Etat, que sont le Fonds stratégique d’investissement (FSI) et la Caisse des dépôts (CDC) ? Ils agissent surtout comme investisseurs à travers des sociétés de gestion. Depuis 2007, ils poussent les gestionnaires à respecter des critères ISR, mais ceux-ci sont par définition indépendants. Depuis peu, le FSI commence à prendre en compte les aspects sociaux dans les sociétés où il intervient : état du climat social, développement de l’intéressement, politique de formation… Mais cette analyse est récente et n’a pas encore été généralisée.
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La consommation des ménages tient contre vents et marées

mercredi 27 octobre 2010

Lire cet article sur un blog d’économie du quotidien Le Monde.

Les économistes et analystes (en majorité libéraux, qui critiquent souvent les « rigidités » et le poids des dépenses publiques en France) font observer que la consommation des Français, exceptionnellement stable parmi les pays développés depuis des années, est due certes à une bonne gestion des budgets (les Français sachant bien arbitrer entre consommation et épargne), mais aussi et surtout à la protection sociale qui stabilise les revenus, et soutient ainsi la demande mieux que dans d’autres pays… Keynes n’aurait pas dit mieux.

Un bémol toutefois : ces statistiques de la consommation ne sont qu’une moyenne globale, et prennent en compte les produits de luxe, ce qui signifie que si certains ménages peuvent se permettre de les acheter, d’autres ont beaucoup de mal à terminer leurs mois, et subissent le surendettement et l’incertitude…

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Un économiste américain dénonce la « folie » et la « terreur » créées par « les marchés »

lundi 11 octobre 2010

Qu’est-ce que « le(s) marché(s) », et « la confiance des marchés », dont on nous rebat les oreilles tous les jours, pour justifier toutes sortes de politiques – allant souvent à l’encontre des acquis sociaux de la population – ?

UN TEXTE LUMINEUX, ET FACILE A LIRE, PAR UN GRAND ECONOMISTE AMERICAIN, DANI RODRIK (daté du 9 septembre, et traduit par Gilles Raveaud) :

 

Le monde à l’envers des économistes (ou de certains d’entre eux)

L’Espagne, dont le chômage à atteint 20% et où la demande reste faible, vient de décider d’une réforme du droit du travail qui facilite les licenciements.

J’espère que quelqu’un au FMI ou à l’OCDE – les deux institutions qui ont convaincu les Espagnols de l’urgence et de la nécessité d’une telle réforme – saura m’expliquer comment le fait de réduire le coût du licenciement pour les employeurs permettra de réduire le chômage, à un moment où les entreprises cherchent à se séparer de leurs salariés [parce qu’il n’y a pas suffisamment d’acheteurs pour les biens et services qu’elles essaient de vendre].

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L’épouvantail de la confiance du marché

Un spectre hante l’Europe, celui « la confiance du marché »

La peur du communisme a peut-être été une source d’inquiétude pour les gouvernements au moment où Karl Marx couchait sur le papier les premiers mots de son fameux manifeste en 1949, mais aujourd’hui, ce qu’ils redoutent est que l’humeur du marché puisse se retourner contre eux et ne creuse les écarts entre les obligations d’Etat. Les gouvernements un peu partout dans le monde sont obligés de procéder à des contractions budgétaires prématurées, même si le chômage reste très élevé et que la demande privée montre quelques soubresauts. Nombre d’entre eux sont obligés d’entreprendre des réformes structurelles auxquelles ils ne croient pas vraiment – simplement parce que ne pas le faire serait mal perçu par les marchés.

La terreur que fait régner l’humeur du marché fut à une époque le fléau des seules nations pauvres. Au cours de la crise de la dette latino-américaine des années 80 ou au cours de la crise financière asiatique de 1997, par exemple, les économies en développement lourdement endettées pensaient qu’ils avaient peu d’options si ce n’est d’avaler l’amère pilule – à moins de faire face à un torrent d’exode des capitaux. Il semble que ce soit aujourd’hui au tour de l’Espagne, de la France, de la Grande Bretagne, de l’Allemagne et, selon de nombreux analystes, des Etats-Unis même.

Si l’on veut continuer à emprunter de l’argent, il faut convaincre le prêteur que l’on sera en mesure de rembourser. C’est évident. Mais en temps de crise, la confiance du marché suit sa propre logique. Elle devient un concept éthéré dénué d’un réel contenu économique. Elle devient ce que les philosophes appellent une « construction sociale » – quelque chose qui est réel uniquement parce que l’on est convaincu qu’elle l’est.

Car, si la logique économique était claire et nette, les gouvernements n’auraient pas à justifier de leurs décisions en fonction de la confiance du marché. Savoir quelles sont les politiques qui fonctionnent et celles qui ne fonctionnent pas serait une évidence, et adopter les « bonnes » politiques serait la façon la plus sûre de restaurer la confiance des marchés. Rechercher cette confiance du marché deviendrait superflu.

Donc, si la confiance du marché veut dire quelque chose, ce doit être quelque chose qui ne peut pas être simplement déterminé par les fondamentaux économiques. Mais qu’est-ce donc ?

Marx expliquait dans son Manifeste Communiste qu’il était « grand temps pour les communistes d’exposer ouvertement au monde entier leur vision, leurs objectifs, leurs tendances et de se mesurer à cette petite musique du spectre du communisme avec le propre Manifeste du parti. » De même, il serait une bonne chose que les marchés clarifient ce qu’ils entendent par « confiance » afin que nous puissions tous savoir de quoi il est question.

Bien sûr, il est peu probable que les ‘marchés’ le fassent. Et ce n’est pas uniquement parce que les marchés sont composés d’une multitude d’investisseurs et de spéculateurs dont on ne peut s’attendre à ce qu’ils publient un « programme de parti », mais plus fondamentalement parce que les marchés n’en ont vraiment aucune idée.

La capacité d’un gouvernement et sa volonté à rembourser sa dette dépendent d’un nombre presque infini de contingences présentes et futures. Cela ne dépend pas uniquement de ses programmes budgétaire et de dépenses mais aussi de l’état de l’économie, de la conjoncture extérieure et du contexte politique. Tous ces éléments sont très aléatoires et exigent de faire un certain nombre de suppositions pour permettre d’établir quelque avis que ce soit sur la solvabilité.

Les marchés semblent aujourd’hui penser que les énormes déficits budgétaires constituent la plus grande menace pour la solvabilité d’un gouvernement. Ils peuvent dès demain estimer que le vrai problème est la croissance lente, et regretter les mesures budgétaires strictes qui ont contribué à la produire.

Ils s’inquiètent aujourd’hui de la mollesse des gouvernements incapables de prendre les mesures difficiles nécessaires pour gérer la crise. Ils auront peut-être quelques insomnies demain à propos des nombreuses manifestations et des conflits sociaux que les politiques économiques strictes auront provoqué.

Rares sont ceux qui peuvent prédire l’humeur du marché, encore moins les propres acteurs de ces marchés. Même avec le recul, il n’est pas toujours facile d’expliquer pourquoi les marchés vont dans une direction plutôt qu’une autre. Des politiques similaires produiront des réactions différentes du marché en fonction de la vision dominante, ou de la mode du moment. C’est pourquoi piloter l’économie en fonction des diktats de la confiance des marchés n’est que pure folie.

A toute chose, malheur est bon et contrairement aux économistes et aux hommes politiques, les marchés n’ont aucune idéologie. Tant que l’argent entre, ils se moquent d’avoir à ravaler leurs mots. Ils veulent juste que « cela fonctionne » – que tout soit fait pour contribuer à produire un environnement économique stable et sain, propice au remboursement la dette. Lorsque les circonstances deviennent vraiment difficiles, ils tolèreront la restructuration de la dette – si la seule alternative est le chaos et la perspective de lourdes pertes.

Cela laisse une certaine marge de manouvre aux gouvernements et permet aux responsables politiques confiants de prendre en charge leur propre avenir. Cela leur permet de déterminer le discours qui leur assurera la confiance du marché, plutôt que d’être toujours à la traine.

Mais pour faire bon usage de cette marge de manouvre, les politiciens doivent articuler un récit cohérent, consistant et crédible de ce qu’ils font, basé à la fois sur des politiques bonnes et des décisions économiques bonnes. Ils doivent dire : « nous agissons ainsi non pas parce que les marchés nous le demandent, mais parce que c’est bon pour nous et voici pourquoi. »

Leur discours devra convaincre leur électorat autant que les marchés. S’ils y parviennent, ils pourront poursuivre leurs propres priorités tout en préservant la confiance du marché.

C’est bien là où les gouvernements européens (ainsi que leurs conseillers économiques) ont raté le coche. Plutôt que de faire face au défi, les dirigeants ont dans un premier temps tergiversé puis ont cédé sous la pression. Ils ont fini par fétichiser les annonces des analystes du marché. Ce faisant, ils se sont privés de politiques économiquement souhaitables, plus susceptibles de rassembler un large soutien populaire.

Si la crise actuelle s’aggrave, la responsabilité en incombera principalement aux responsables politiques – non parce qu’ils auront ignoré les marchés, mais parce qu’ils les auront pris au sérieux.

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Révisions des calculs valeur-volume

mardi 28 septembre 2010

Pour mieux comprendre la question importante du pouvoir d’achat et des indices de prix, et pouvoir lire correctement tous les tableaux statistiques en terminale, allez consulter une belle animation multimédia réalisée par un collègue de SES.

Appuyez sur une touche du clavier pour que les phrases se succèdent à l’écran, et faites les exercices proposés.

 

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Deux économistes contre l’austérité en Europe

mercredi 26 mai 2010

Un économiste qu’on connaît bien en TES1, Eric Heyer, dénonce les plans d’austérité qui se multiplient en Europe, et considère qu’avec eux, « on court à la catastrophe » (à lire dans Les Echos d’aujourd’hui).

Un autre économiste, encore plus prestigieux, disait la même chose il y a quelques jours :

 

Joseph Stiglitz, 67 ans, Prix Nobel d’économie (en réalité lauréat du Prix d’économie de la Banque de Suède, mais passons) en 2001, est l’une des « stars » de l’économie mondiale – et pas seulement pour les profs de SES… 😉

Joseph Stiglitz : « L’austérité mène au désastre »
 
LEMONDE| 22.05.10 | 13h12 • Mis à jour le 23.05.10 | 08h54
 
Ex-conseiller économique du président Bill Clinton (1995-1997) et ex-chef économiste de la
Banque mondiale (1997-2000), est connu pour ses positions critiques sur les
grandes institutions financières internationales, la pensée unique sur la
mondialisation et le monétarisme. Il livre au Monde son analyse de la crise
de l’euro. 
  
Vous avez récemment dit que l’euro n’avait pas d’avenir sans réforme
majeure. Qu’entendez-vous par là ?
 
L’Europe va dans la mauvaise direction. En adoptant la monnaie unique, les
pays membres de la zone euro ont renoncé à deux instruments de politique
économique : le taux de change et les taux d’intérêt. Il fallait donc
trouver autre chose qui leur permette de s’adapter à la conjoncture si
nécessaire. D’autant que Bruxelles n’a pas été assez loin en matière de
régulation des marchés, jugeant que ces derniers étaient omnipotents. Mais
l’Union européenne (UE) n’a rien prévu dans ce sens.
 
Et aujourd’hui, elle veut un plan coordonné d’austérité. Si elle continue
dans cette voie-là, elle court au désastre. Nous savons, depuis la Grande
Dépression des années 1930, que ce n’est pas ce qu’il faut faire.
 
Que devrait faire l’Europe ? 
Il y a plusieurs possibilités. Elle pourrait par exemple créer un fonds de
solidarité pour la stabilité, comme elle a créé un fonds de solidarité pour
les nouveaux entrants. Ce fonds, qui serait alimenté dans des temps
économiques plus cléments, permettrait d’aider les pays qui ont des
problèmes quand ceux-ci surgissent.
 
L’Europe a besoin de solidarité, d’empathie. Pas d’une austérité qui va
faire bondir le chômage et amener la dépression. Aux Etats-Unis, quand un
Etat est en difficulté, tous les autres se sentent concernés. Nous sommes
tous dans le même bateau. C’est d’abord et avant tout le manque de
solidarité qui menace la viabilité du projet européen.
 
Vous prônez une sorte de fédéralisme ?  
Oui. De cohésion. Le problème, c’est que les Etats membres de l’UE n’ont pas
tous les mêmes croyances en termes de théorie économique. Nicolas Sarkozy a
eu raison de faire pression sur (la chancelière allemande) Angela Merkel
pour la forcer à payer pour la Grèce. Nombreux sont ceux qui, en Allemagne,
s’en remettent totalement aux marchés. Dans leur logique, les pays qui vont
mal sont responsables et doivent donc se débrouiller.
 
Ce n’est pas le cas ?  
Non. Le déficit structurel grec est inférieur à 4 %. Bien sûr, le
gouvernement précédent, aidé par Goldman Sachs, a sa part de responsabilité.
Mais c’est d’abord et avant tout la crise mondiale, la conjoncture, qui a
provoqué cette situation.
 
Quant à l’Espagne, elle était excédentaire avant la crise et ne peut être
accusée d’avoir manqué de discipline. Bien sûr, l’Espagne aurait dû être
plus prudente et empêcher la formation de la bulle immobilière. Mais, en
quelque sorte, c’est l’euro qui a permis ça, en lui procurant des taux
d’intérêt plus bas que ceux auxquels Madrid aurait eu accès sans la monnaie
unique. Aujourd’hui, ces pays ne s’en sortiront que si la croissance
européenne revient. C’est pour cela qu’il faut soutenir l’économie en
investissant et non en la bridant par des plans de rigueur.
 
La baisse de l’euro serait donc une bonne chose ?
C’est la meilleure chose qui puisse arriver à l’Europe. C’est à la France,
et plus encore à l’Allemagne qu’elle profitera le plus. Mais la Grèce et
l’Espagne, pour qui le tourisme est une source de revenus importante, en
seront également bénéficiaires.
 
Mme Merkel, pourtant, sait que la solidarité peut être importante. Sans
cela, il n’y aurait pas eu de réunification allemande. 
 
Oui. Mais, justement, il a fallu plus de dix ans à l’Allemagne pour absorber
la réunification. Et d’une certaine manière, je pense que les ex-Allemands
de l’Ouest estiment qu’ils ont déjà payé un prix élevé pour la solidarité
européenne.
 
Pensez-vous que la viabilité de l’euro soit menacée ?  
J’espère que non. Il est tout à fait possible d’éviter que la monnaie unique
ne périclite. Mais si on continue comme ça, rien n’est exclu. Même si je
pense que le scénario le plus probable est celui du défaut de paiement. Le
taux de chômage des jeunes en Grèce s’approche de 30 %. En Espagne, il
dépasse 44 %. Imaginez les émeutes s’il monte à 50 % ou 60 %. Il y a un
moment où Athènes, Madrid ou Lisbonne se posera sérieusement la question de
savoir s’il a intérêt à poursuivre le plan que lui ont imposé le Fonds
monétaire international (FMI) et Bruxelles. Et s’il n’a pas intérêt à
redevenir maître de sa politique monétaire.
 
Rappelez-vous ce qui s’est passé en Argentine. Le peso était attaché au
dollar par un taux de change fixe. On pensait que Buenos Aires ne romprait
pas le lien, que le coût en serait trop important. Les Argentins l’ont fait,
ils ont dévalué, ça a été le chaos comme prévu. Mais, en fin de compte, ils
en ont largement profité. Depuis six ans, l’Argentine croît à un rythme de
8,5 % par an. Et aujourd’hui, nombreux sont ceux qui pensent qu’elle a eu
raison.
 
Propos recueillis par Virginie Malingre

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Croissance zéro : l’investissement baisse et la consommation stagne

lundi 17 mai 2010

La relance de la croissance n’est vraiment pas à l’ordre du jour, que ce soit en France ou dans la zone euro.

Lisez l’article des Echos, qui analyse les différents aspects de la conjoncture : investissement, consommation, croissance…

Ah, au fait, le PIB en termes réels en 2009 a diminué de 2,6 %, soit une baisse plus importante qu’annoncée initialement (bizarre non ? ;))

 

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Un chantre de la décroissance : Paul Ariès

jeudi 15 avril 2010

Paul Ariès – philosophe et essayiste – est l’un des principaux représentants français du courant de la « décroissance », qui prône une modification radicale du système productif, qui tournerait le dos au consumérisme et au productivisme. Il est donc hostile à la publicité, aux marques, à la société de consommation, au capitalisme ; il défend la gratuité, le lien social, le bien commun, et l’instauration à la fois d’un « revenu minimum » pour tous et d’un « revenu maximum » (limitation des revenus les plus élevés). Regardez son intervention dans l’émission de Frédéric Taddéi « Ce soir ou jamais » le 1er avril dernier.

Il a un style oratoire un peu agaçant parfois – puisqu’il parle sur un plateau de télévision comme s’il était dans un amphi de 200 personnes – mais le fond de son discours est intéressant, même si l’on ne partage pas son point de vue – à écouter pendant les révisions du chapitre sur la croissance et la développement pour le bac… Dans cette émission, il est opposé à Alain Madelin, ancien ministre et défenseur quasi-fanatique du libéralisme (qui à la crise sociale et environnementale actuelle répond : « croissance », « progrès technique », « lois de l’économie »…) : le débat est donc un peu trop tranché, presque caricatural, mais l’avantage est de bien comprendre les arguments des « décroissants ».

1ère partie :

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2ème partie :

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Le chômage augmentera moins en 2010, mais la reprise est très molle

mercredi 24 mars 2010

Le quotidien économique Les Echos fait le point sur les évolutions prévisibles de la croissance et de l’emploi en France en 2010.

http://www.lesechos.fr/info/france/020434533489-pour-pole-emploi-le-chomage-montera-encore-cette-annee-avant-de-baisser-un-peu-en-2011.htm

Ainsi, on pourra observer cette année un ralentissement de la hausse du chômage, et une reprise très lente dans certains secteurs ; mais faute de reprise de l’investissement, et de créations d’emplois, on ne peut pas sortir que nous soyons sortis de la crise…

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