Pour l’égalité réelle

mercredi 8 juin 2011

UN TEXTE DU JEUNE SOCIOLOGUE CAMILLE PEUGNY, spécialiste des inégalités :

Plaidoyer pour l’égalité réelle*

L’actuelle réception des propositions du Parti socialiste sur “l’égalité réelle” a de quoi laisser rêveur. Il y aurait d’un côté les idéalistes, irresponsables, promettant tout, tout de suite, et de l’autre les réalistes, hiérarchisant et finançant les priorités, rendant ainsi à la gauche sa crédibilité auprès des classes populaires.

Certes, on sait bien depuis Amartya Sen, économiste indien, que l’égalité ne peut se réaliser que par un traitement à la racine des poches d’inégalités sociales, ce qui suppose bien sûr politiquement de hiérarchiser des urgences sociales.

Mais, il n’en reste pas moins que l’égalité réelle est une fin en soi pour une démocratie, le financement de la politique permettant d’y parvenir est un moyen. Or un moyen, aussi important soit-il que le chiffrage d’une politique, ne tient pas lieu de politique. Le temps des projets n’est pas celui de leur réalisation. Pour cela nous avons un gouvernement. Que fait-il aujourd’hui en la matière ? Personne ne semble se poser la question. Mais il faut aller encore plus loin que cette simple question des moyens et des fins et rappeler que nous sommes une société ravagée par les inégalités de tout genre. Si certains ont pu parler autrefois de fracture sociale et si aujourd’hui tout le monde s’accorde sur le fait que le sarkozysme est un inégalitarisme particulièrement implanté (depuis la réforme sur le bouclier fiscal), alors le grand défi de la gauche est bien d’apporter une réponse crédible aux effets terribles de la montée des inégalités.

S’attaquer à cette question et faire un diagnostic de tout ce qui met en péril l’égalité n’est pas manquer de réalisme ; les femmes et les hommes politiques ne retrouveront pas de crédibilité durable s’ils en restent à la rhétorique des valeurs républicaines qui nous rend tous abstraitement égaux et ne masque même plus les situations d’inégalité, d’injustice, ainsi que la violence de la reproduction sociale.

L’égalité n’est pas un mot abstrait. Elle est liée à des contenus précis sur lesquels des bilans peuvent être portés. En un quart de siècle, les enfants d’ouvriers ont gagné quatre années de scolarisation, et pourtant, la reproduction sociale n’a diminué que de quelques malheureux points. Dans notre pays où la cohésion sociale s’est historiquement structurée autour de l’école et du mérite républicain, le système éducatif est impuissant à enrayer des inégalités sociales de réussite, déjà présentes à l’école maternelle, et qui ne font que croître jusqu’à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Au final, notre système éducatif est un de ceux en Europe dans lequel l’origine sociale pèse le plus sur les résultats scolaires, alors même que les diplômes, délivrés à l’issue d’une compétition socialement biaisée, exercent une emprise étroite sur les carrières professionnelles. L’égalité réelle, dans le domaine de l’école, c’est constater l’échec des politiques d’égalité des chances. Toutes les énergies sont mobilisées pour tenter de rendre moins injuste socialement le recrutement des grandes écoles, qui ne scolarisent que quelques dizaines de milliers d’étudiants, tandis que l’on ignore totalement les 700 000 élèves des lycées professionnels.

Croit-on vraiment que l’on aura lutté contre la reproduction sociale lorsque 30 % de boursiers peupleront les classes préparatoires ? L’égalité réelle, c’est affirmer que le chemin vers la démocratisation scolaire commence dès les premières années de la scolarité et que, au niveau de l’enseignement supérieur, il se poursuit dans les premiers cycles universitaires, loin des politiques de saupoudrage consistant à offrir à quelques jeunes issus des quartiers populaires la possibilité de tenter leur chance dans des filières prestigieuses, qui par définition ne concerneront jamais qu’une étroite minorité d’étudiants.

Autre exemple, celui de la place que la société refuse à sa jeunesse. Alors que les poches de pauvreté s’étendent chez des moins de 25 ans, largement exclus de la solidarité nationale, l’Etat se défausse sur les familles, chargées de prendre en charge une précarité grandissante. La gauche peut-elle se satisfaire d’une situation qui fait exploser les inégalités entre ceux qui peuvent dépenser le patrimoine de leurs parents lors de semestres d’études à l’étranger et ceux qui doivent étudier tout en travaillant trente heures par semaine ? N’est-il pas temps au contraire de permettre à tous les jeunes d’accéder à une réelle autonomie ?

On le voit, l’égalité réelle est plurielle. Elle ne concerne pas que la question des revenus mais tout autant les possibilités d’accéder à l’éducation, au travail, aux soins, au logement, autant de droits malheureusement oubliés. La captation croissante des richesses par une minorité est accompagnée de plus en plus par une privation des biens communs pour beaucoup et une vision absurde du monde du travail structurée par une fiction, l’individu performant, consommateur et inconscient face aux risques écologiques.

L’égalité réelle ne se départit pas d’une politique réaliste puisqu’elle suppose d’établir des priorités, de reconnaître des urgences sociales, de déterminer des périmètres de lutte contre les inégalités. Elle suppose également un esprit des institutions à l’opposé des politiques publiques qui sont développées actuellement autour du très mal nommé “new management” public, bras armé de la privatisation de l’Etat au service des grands groupes financiers et non des citoyens, usagers des services publics.

Il faut des institutions au service de la tradition républicaine (celle de l’intérêt général) qui puissent répondre (défi français dans un pays à l’étatisme autoritaire renforcé aujourd’hui) au caractère profondément différencié du tissu social, tout en étant suffisamment neutres pour ne pas humilier les gens. Il faut remettre de l’Etat mais d’une façon nouvelle : en collaboration avec la société civile, en ayant le souci de favoriser les capacités d’agir et non la reproduction sociale. Préconiser l’égalité réelle revient à défendre une démocratie des parcours de vie contre toutes les stigmatisations et les discriminations.

Or, repartir des parcours de vie, c’est reconnaître que certains territoires sont actuellement abandonnés par l’Etat par cynisme et par laxisme, que les compétences réelles des gens au travail ou leur capacité d’inventer sont généralement sous-estimées ou non reconnues.

Des pans entiers de la société sont menacés par l’explosion des inégalités qui avive les tensions entre les groupes sociaux et sape les fondements de la cohésion sociale. L’importance de l’enjeu mérite bien un projet à quinze ou vingt ans. Face à cela, certains préfèrent regarder ailleurs : ne cherchons pas plus loin les raisons du manque de crédibilité du Parti socialiste auprès des classes populaires.

* Cette tribune, rédigée avec Fabienne Brugère, philosophe, a été publiée dans le Monde du 30 novembre

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A voir : le Parlement européen comme si vous y étiez

mercredi 25 mai 2011

Le quotidien Libération met en ligne un Web-documentaire intéressant, consacré au travail du Parlement européen face à la grande crise économique et sociale depuis 2008 – en suivant la députée européenne PS Pervenche Berès.

Le documentaire est balisée par des parenthèses, sous forme d’explications, de précisions… Il montre les coulisses réelles de la vie politique (avec des mécanismes valables aussi en dehors du Parlement européen).

Et en plus, cela vous fera travailler votre anglais !  🙂

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République et justice sociale

mercredi 23 février 2011

La prochaine émission de Raphaël Enthoven (dimanche 27) est diffusée en avant-première sur le site d’Arte.

Elle est consacrée à la République : très intéressante !

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Le lien développement-démocratie dans les pays arabes et ailleurs

mercredi 16 février 2011

EXTRAIT très intéressant d’une interview récente d’Emmanuel Todd, historien et démographe, qui étudie les sociétés dans leurs structures et dans la longue durée.

Il avait prédit depuis plusieurs années que les pays arabes n’étaient pas automatiquement voués à l’islamisme, mais qu’au contraire, leur alphabétisation et la modernisation de leurs comportements démographiques (de moins en moins d’enfants par femme) les amèneraient plutôt à s’occidentaliser, et à se rapprocher du modèle démocratique occidental…

Vous avez compris que ces travaux sont totalement d’actualité !

10 FEVRIER 2011 sur France Culture :

http://www.dailymotion.com/video/xgyxzp Tags : , , ,

Les défis des révolutions arabes

lundi 7 février 2011

Est-il possible d’instaurer la démocratie dans les pays arabes ? Gilles Kepel, l’un des principaux spécialistes français de l’islam et du monde arabe analyse les mouvements de révolte actuels dans cette région du monde :

ARTICLE PARU DANS « LE MONDE » DU 5 FEVRIER :

Les défis de la révolution

LEMONDE | 05.02.11.

La révolution démocratique qui a chassé Ben Ali du pouvoir en Tunisie, celle qui a commencé en Egypte, et les mouvements du Yémen à la Jordanie pour renverser les régimes autoritaires et promouvoir des élections libres et les droits de l’homme bouleversent le monde arabe. Celui-ci était resté en marge des grandes vagues de transition démocratique de la fin du XXe siècle, qui avaient renversé les régimes militaires d’Amérique latine comme les « démocraties populaires » d’Europe de l’Est, mais aussi les dictatures de nombre de pays musulmans non arabes, de l’Indonésie à la Turquie, pour instaurer des élections pluralistes.

Le monde arabe semblait resté à l’écart de cette histoire universelle. Coincé de l’extérieur par le conflit avec Israël et par l’ubiquité de la rente pétrolière, il paraissait pris à l’intérieur entre l’enclume autoritaire et le marteau islamiste, écrasant les aspirations démocratiques. Le 11 septembre 2001 avait redoublé ce cercle vicieux dont ni les opérations militaires dirigées par les Etats-Unis au Moyen-Orient accompagnées d’incantations à la démocratisation, ni les attentats récurrents d’Al-Qaida suivis d’exhortations au djihad ne permirent de sortir. Une décennie plus tard, ce cercle peut-il être brisé, et comment ?

Tout processus révolutionnaire est causé par la coalescence de divers groupes sociaux antagonistes en temps normal, soudainement rassemblés pour chasser du pouvoir un dirigeant ciblé par la contestation. Une fois celui-ci tombé, les composantes de la coalition révolutionnaire se disputent le pouvoir jusqu’à ce que l’une instaure un nouveau régime politique – comme l’ont montré les révolutions française, russe ou iranienne. Qu’en est-il en Tunisie et en Egypte ? Comment les diverses forces sociales et les divers groupes politiques ou religieux se disposent-ils et composent-ils ? Quelles sont les options possibles ?

En Tunisie, la tentative d’immolation par le feu, le 17 décembre 2010, du jeune vendeur ambulant dont la charrette avait été confisquée, Mohamed Bouazizi, mort de ses blessures le 4 janvier, s’inscrivait dans un contexte social tendu, notamment depuis la révolte des mineurs de Gafsa, en 2008. Il donna à la frustration populaire latente un emblème et une icône ; au contraire des attentats-suicides djihadistes, cette immolation ne cherchait à tuer personne d’autre que celui qui l’avait commise, et par son extraordinaire force symbolique, elle fut le cri déclencheur de la révolte. Elle mobilisa d’abord des jeunes urbains pauvres des régions délaissées de la Tunisie centrale, puis des étudiants déclassés, des diplômés chômeurs.

Ce mouvement parvint à dire une exaspération générale qui dépassa les revendications d’un seul groupe social localement circonscrit et, dix jours plus tard, les manifestations, en touchant la capitale, changeaient de nature. Le relais fut pris par les classes moyennes, salariées comme libérales, d’autant plus lassées par la prédation et le racket du clan Ben Ali que la Tunisie n’est pas un pays rentier, mais tire ses performances économiques du dynamisme de ses entrepreneurs. Or, ceux-ci, en s’alliant avec la jeunesse pauvre en référence au sacrifice de Bouazizi, constituèrent une coalition qui isola un régime appuyé sur sa police – alors que l’armée, dont Ben Ali se méfiait, s’était peu compromise avec lui, et que le corps des officiers pouvait se reconnaître dans les classes moyennes mobilisées contre le pouvoir.

Il semble que la pression de l’état-major a été le déclencheur de la fuite de Ben Ali le 14 janvier – outre les incitations venues de Washington. Malgré les violences et pillages de nervis de l’ancien régime, destinés à effrayer les classes moyennes pour les détourner de la révolution, les manifestations ont contraint les instances politiques de transition à purger le gouvernement intérimaire des politiciens de l’ancien parti au pouvoir. La force des couches moyennes urbaines, dans un pays de 10 millions d’habitants, la formation de beaucoup de leurs porte-parole en France et leur attachement à une lecture laïque de la démocratie leur donnent des atouts pour la compétition électorale dans un pays où toute la loi et la Constitution sont à réécrire.

De leur capacité à offrir des perspectives à la jeunesse pauvre dépendra leur maintien à la tête du mouvement révolutionnaire, face au bouleversement radical des hiérarchies sociales auquel aspirent spontanément les déshérités, et à la rupture culturelle à quoi tendent les islamistes. Ceux-ci, en Tunisie, sont divisés, comme ailleurs dans le monde sunnite – à l’inverse de l’Iran de 1979, où Khomeyni avait pris la tête d’un clergé chiite mobilisé jusqu’à sa prise de contrôle total du pouvoir.

Le mouvement Al-Nahda n’a pas joué de rôle visible dans la révolution, et son dirigeant historique, Rached Ghannouchi, est rentré de Londres, accueilli par un petit groupe de fidèles qui se réclame du parti islamo-démocrate turc AKP de Tayyip Erdogan. Sur le plan des valeurs, ils ne pourraient l’emporter sur les classes moyennes libérales que s’ils parvenaient à incarner une alternative crédible en parlant le langage de la foi et celui de la démocratie, en galvanisant ensemble le peuple et les classes moyennes pieuses. L’AKP a bénéficié du discrédit des kémalistes qui avaient soutenu les coups d’Etat militaires, Khomeyni de la puissance économique du bazar. Rien de pareil en Tunisie, où les intellectuels et militants laïques ont été persécutés par la police du régime déchu, et où le souk est beaucoup plus faible que les secteurs économiques contrôlés par la bourgeoisie modernisatrice.

L’intifada égyptienne (comme l’appellent ses partisans) a commencé avec l’exemple tunisien, mais le mouvement s’inscrivait là aussi dans une série de frustrations populaires intenses : le Mouvement du 6 avril 2008, qui a coordonné les manifestations, se réfère à la longue grève des ouvriers du textile de Mahalla. Il a été renforcé par le verrouillage des élections législatives de novembre-décembre 2010, qui a décrédibilisé le régime aux yeux des citoyens, et par les effets du massacre des fidèles rassemblés pour le Nouvel An dans une église d’Alexandrie – qui l’a affaibli à l’international en ouvrant une polémique sur le peu de cas fait de la sécurité des chrétiens d’Orient. Mais le rapport des forces en présence et leur distribution sont différents sur les rives du Nil et en Tunisie.

Contrairement à la puissance des classes moyennes libérales de ce pays, celles d’Egypte pèsent bien moins démographiquement dans un pays de plus de 80 millions d’habitants, dont la majorité vit dans une pauvreté sans équivalent en Tunisie. Les grands entrepreneurs, liés à Gamal Moubarak, et dont le fidèle Ahmed Izz, magnat de l’acier, contrôlait l’appareil du parti, n’ont pas permis l’émergence d’une bourgeoisie opposante. Ainsi, les manifestations, si elles suscitent de fortes sympathies dans toutes les classes sociales, peinent à trouver des relais pour transformer la révolte en une coalition révolutionnaire capable de faire tomber le pouvoir.

Le pétrole, les revenus du canal de Suez, le tourisme, constituent une rente contrôlée par l’état-major, des rangs duquel Moubarak est issu ; les chefs de l’armée craignent qu’il paraisse chassé sous la pression populaire. Ils mettent en balance la pérennité au pouvoir de leur corps – remplacer un président impopulaire par un autre général mieux famé – avec sa cohésion – hésiter à sacrifier le raïs tant qu’il compte des relais capables d’organiser des contre-manifestations, de recruter des nervis qui agressent les opposants. A une armée divisée tant que Moubarak reste en place fait face une opposition mal organisée.

Les Frères musulmans, fondés en 1928 (principale organisation islamiste en Egypte) disposent du réseau le plus dense en Egypte de relais sociaux, d’associations caritatives, et contrôlent dans les faits la plupart des ordres professionnels – médecins, ingénieurs, journalistes, etc. Et la masse des manifestants s’est considérablement accrue dès qu’ils ont appelé à descendre dans la rue le 28 janvier. Mais ils sont divisés sur la stratégie politique : certains s’accommoderaient de participer à une démocratie militaire transitoire, dans une perspective de type AKP, d’autres refusent de se salir les mains pour préserver l’idéal d’Etat islamique. D’autant que les Frères doivent faire face à la puissance du courant salafiste, moralement rigoriste et intransigeant, violemment antichrétien, mais hostile, comme ses inspirateurs saoudiens, à toute action contre l’Etat, tant qu’il demeure nominalement musulman.

Enfin, les djihadistes, décimés par les services du général Souleiman, le nouveau vice-président, font peser une hypothèque que la propagation du chaos ne permettrait pas d’ignorer. Une jeunesse urbaine pauvre, pléthorique, entassée dans les immenses banlieues gonflées par l’exode rural, est avide des promesses de la modernité et d’un peu de bien-être, et beaucoup redoutent qu’elle ne soit prête à en découdre : les opposants sauront-ils la faire espérer, verra-t-elle son avenir chez des généraux qui promettent des réformes démocratiques après le retour de l’ordre, ou basculera-t-elle dans le camp islamiste ?

Tels sont les défis sociaux, politiques et religieux de la révolution démocratique arabe naissante.


Politologue et spécialiste de l’islam

Professeur à Sciences Po, membre de l’Institut universitaire de France et auteur de nombreux livres sur le monde arabe et musulman contemporain, traduits dans le monde entier. Il dirige la collection « Proche Orient » aux PUF, qui a notamment publié les ouvrages du professeur Yadh Ben Achour, chargé de réécrire la loi et la constitution tunisiennes.

Gilles Kepel

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« La stratégie du choc » de Naomi Klein

samedi 5 février 2011

Voici un documentaire (2010), tiré d’un livre éponyme (paru en 2007), intitulé « La Stratégie du choc », de la célèbre essayiste antilibérale américaine Naomi Klein.

Celle-ci explique comment les gouvernements libéraux, à partir des années 1970, se sont inspirés de certaines méthodes de manipulation des individus, fondées sur les chocs et la désorientation, afin d’imposer aux sociétés contemporaines des réformes impopulaires prônées par les économistes ultra-libéraux, tels que l’Américain Milton Friedman.

Et si nos sociétés étaient moins démocratiques que nous le croyons ?

Un documentaire éprouvant (avec des séquences dures, évoquant les dictatures en Amérique latine notamment) – et sa thèse peut être discutée bien sûr – mais c’est très intéressant. (durée : 1h18)

1ère partie :

http://www.dailymotion.com/video/xffee4

2ème partie :

http://www.dailymotion.com/video/xffexu

3ème partie :

http://www.dailymotion.com/video/xfffe9

4ème partie :

http://www.dailymotion.com/video/xff6xk

5ème partie :

http://www.dailymotion.com/video/xff6pq

http://www.dailymotion.com/video/xfffe9_la-strategie-du-choc-3-5_news
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Le « despotisme démocratique » selon Tocqueville

samedi 5 février 2011

Un texte magnifique – et ô combien actuel – d’Alexis de Tocqueville, extrait De la Démocratie en Amérique, à propos d’une dérive qui menace la démocratie, dans les sociétés modernes :

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La France mal classée pour la liberté de la presse

jeudi 21 octobre 2010

ARTICLE DU QUOTIDIEN « LIBERATION » (de gauche) – 20 OCTOBRE

Le pays pointe à la 44e place au classement de Reporters sans Frontières. De façon générale, «l’Europe tombe de son piédestal», juge l’ONG.

Par DOMINIQUE POIRET

(Photo truquée : Reporters Sans Frontières)

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    En matière de liberté de la presse, l’Europe perd encore un peu plus de son leadership. C’est ce que révèle le  classement 2010 établi par Reporters sans frontières (RSF). A l’opposé, le carré des pays les plus répressifs de la planète tend à gonfler. «Plus que jamais, nous observons que développement économique, réformes des institutions et respect des droits fondamentaux ne vont pas forcément ensemble», (idée intéressante, en relation avec les chapitres de terminale Croissance et développement, et La Mondialisation – E. B.) a dit Jean-François Julliard, secrétaire général de l’organisation.

    «Il convient de saluer, d’un côté, les moteurs de la liberté de la presse, Finlande, Islande, Norvège, Pays-Bas, Suède, Suisse en tête et, de l’autre, de rendre hommage à la détermination des militants des droits de l’homme, journalistes, blogueurs, qui par le monde défendent avec vaillance le droit de dénoncer et dont le sort occupe toujours nos pensées», souligne Julliard.

    Mais cette neuvième édition, confirme une nouvelle dégradation de la liberté de la presse dans l’Union européenne. Sur les vingt-sept pays membres de l’UE, treize pays se trouvent dans les vingt premiers. Quatorze pays sont sous la vingtième place et certains se retrouvent même très bas dans le classement: Grèce (70e), Bulgarie (70e), Roumanie (52e), Italie (49e). Ce qui va compliquer un peu plus la tâche de RSF auprès des régimes autoritaires, pour leur demander des améliorations. Plus inquiétant encore, plusieurs pays européens déjà signalés par l’organisation ne connaissent aucune progression.

    L’UE risque de perdre son statut de leader mondial

    Il s’agit, en premier lieu, de la France, qui perd encore une place (44e, derrière le Surinam) et de l’Italie, où incidents et autres faits ont jalonné l’année en cours. Selon Julliard, si «l’UE ne se ressaisit pas, elle risque de perdre son statut de leader mondial dans le domaine du respect des droits de l’homme».

    Les USA sont 20e et la Russie à la 140e place derrière la Turquie et l’Ethiopie.

    A l’autre bout du classement, Reporters sans frontières pointe du doigt, «les dix pays où il ne fait pas bon d’être journalistes»: au trio infernal – Erythrée, Corée du Nord, Turkménistan-, il faut ajouter le Yemen, la Chine, le Soudan, l’Iran, la Birmanie, la Syrie et le Rwanda. Pour la première fois, Cuba n’en fait pas partie. «Cette tendance n’augure rien de bon pour l’année 2011. Elle n’est malheureusement pas à l’amélioration dans les pays les plus autoritaires», s’inquiète Jean-François Julliard.

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    Un économiste américain dénonce la « folie » et la « terreur » créées par « les marchés »

    lundi 11 octobre 2010

    Qu’est-ce que « le(s) marché(s) », et « la confiance des marchés », dont on nous rebat les oreilles tous les jours, pour justifier toutes sortes de politiques – allant souvent à l’encontre des acquis sociaux de la population – ?

    UN TEXTE LUMINEUX, ET FACILE A LIRE, PAR UN GRAND ECONOMISTE AMERICAIN, DANI RODRIK (daté du 9 septembre, et traduit par Gilles Raveaud) :

     

    Le monde à l’envers des économistes (ou de certains d’entre eux)

    L’Espagne, dont le chômage à atteint 20% et où la demande reste faible, vient de décider d’une réforme du droit du travail qui facilite les licenciements.

    J’espère que quelqu’un au FMI ou à l’OCDE – les deux institutions qui ont convaincu les Espagnols de l’urgence et de la nécessité d’une telle réforme – saura m’expliquer comment le fait de réduire le coût du licenciement pour les employeurs permettra de réduire le chômage, à un moment où les entreprises cherchent à se séparer de leurs salariés [parce qu’il n’y a pas suffisamment d’acheteurs pour les biens et services qu’elles essaient de vendre].

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    L’épouvantail de la confiance du marché

    Un spectre hante l’Europe, celui « la confiance du marché »

    La peur du communisme a peut-être été une source d’inquiétude pour les gouvernements au moment où Karl Marx couchait sur le papier les premiers mots de son fameux manifeste en 1949, mais aujourd’hui, ce qu’ils redoutent est que l’humeur du marché puisse se retourner contre eux et ne creuse les écarts entre les obligations d’Etat. Les gouvernements un peu partout dans le monde sont obligés de procéder à des contractions budgétaires prématurées, même si le chômage reste très élevé et que la demande privée montre quelques soubresauts. Nombre d’entre eux sont obligés d’entreprendre des réformes structurelles auxquelles ils ne croient pas vraiment – simplement parce que ne pas le faire serait mal perçu par les marchés.

    La terreur que fait régner l’humeur du marché fut à une époque le fléau des seules nations pauvres. Au cours de la crise de la dette latino-américaine des années 80 ou au cours de la crise financière asiatique de 1997, par exemple, les économies en développement lourdement endettées pensaient qu’ils avaient peu d’options si ce n’est d’avaler l’amère pilule – à moins de faire face à un torrent d’exode des capitaux. Il semble que ce soit aujourd’hui au tour de l’Espagne, de la France, de la Grande Bretagne, de l’Allemagne et, selon de nombreux analystes, des Etats-Unis même.

    Si l’on veut continuer à emprunter de l’argent, il faut convaincre le prêteur que l’on sera en mesure de rembourser. C’est évident. Mais en temps de crise, la confiance du marché suit sa propre logique. Elle devient un concept éthéré dénué d’un réel contenu économique. Elle devient ce que les philosophes appellent une « construction sociale » – quelque chose qui est réel uniquement parce que l’on est convaincu qu’elle l’est.

    Car, si la logique économique était claire et nette, les gouvernements n’auraient pas à justifier de leurs décisions en fonction de la confiance du marché. Savoir quelles sont les politiques qui fonctionnent et celles qui ne fonctionnent pas serait une évidence, et adopter les « bonnes » politiques serait la façon la plus sûre de restaurer la confiance des marchés. Rechercher cette confiance du marché deviendrait superflu.

    Donc, si la confiance du marché veut dire quelque chose, ce doit être quelque chose qui ne peut pas être simplement déterminé par les fondamentaux économiques. Mais qu’est-ce donc ?

    Marx expliquait dans son Manifeste Communiste qu’il était « grand temps pour les communistes d’exposer ouvertement au monde entier leur vision, leurs objectifs, leurs tendances et de se mesurer à cette petite musique du spectre du communisme avec le propre Manifeste du parti. » De même, il serait une bonne chose que les marchés clarifient ce qu’ils entendent par « confiance » afin que nous puissions tous savoir de quoi il est question.

    Bien sûr, il est peu probable que les ‘marchés’ le fassent. Et ce n’est pas uniquement parce que les marchés sont composés d’une multitude d’investisseurs et de spéculateurs dont on ne peut s’attendre à ce qu’ils publient un « programme de parti », mais plus fondamentalement parce que les marchés n’en ont vraiment aucune idée.

    La capacité d’un gouvernement et sa volonté à rembourser sa dette dépendent d’un nombre presque infini de contingences présentes et futures. Cela ne dépend pas uniquement de ses programmes budgétaire et de dépenses mais aussi de l’état de l’économie, de la conjoncture extérieure et du contexte politique. Tous ces éléments sont très aléatoires et exigent de faire un certain nombre de suppositions pour permettre d’établir quelque avis que ce soit sur la solvabilité.

    Les marchés semblent aujourd’hui penser que les énormes déficits budgétaires constituent la plus grande menace pour la solvabilité d’un gouvernement. Ils peuvent dès demain estimer que le vrai problème est la croissance lente, et regretter les mesures budgétaires strictes qui ont contribué à la produire.

    Ils s’inquiètent aujourd’hui de la mollesse des gouvernements incapables de prendre les mesures difficiles nécessaires pour gérer la crise. Ils auront peut-être quelques insomnies demain à propos des nombreuses manifestations et des conflits sociaux que les politiques économiques strictes auront provoqué.

    Rares sont ceux qui peuvent prédire l’humeur du marché, encore moins les propres acteurs de ces marchés. Même avec le recul, il n’est pas toujours facile d’expliquer pourquoi les marchés vont dans une direction plutôt qu’une autre. Des politiques similaires produiront des réactions différentes du marché en fonction de la vision dominante, ou de la mode du moment. C’est pourquoi piloter l’économie en fonction des diktats de la confiance des marchés n’est que pure folie.

    A toute chose, malheur est bon et contrairement aux économistes et aux hommes politiques, les marchés n’ont aucune idéologie. Tant que l’argent entre, ils se moquent d’avoir à ravaler leurs mots. Ils veulent juste que « cela fonctionne » – que tout soit fait pour contribuer à produire un environnement économique stable et sain, propice au remboursement la dette. Lorsque les circonstances deviennent vraiment difficiles, ils tolèreront la restructuration de la dette – si la seule alternative est le chaos et la perspective de lourdes pertes.

    Cela laisse une certaine marge de manouvre aux gouvernements et permet aux responsables politiques confiants de prendre en charge leur propre avenir. Cela leur permet de déterminer le discours qui leur assurera la confiance du marché, plutôt que d’être toujours à la traine.

    Mais pour faire bon usage de cette marge de manouvre, les politiciens doivent articuler un récit cohérent, consistant et crédible de ce qu’ils font, basé à la fois sur des politiques bonnes et des décisions économiques bonnes. Ils doivent dire : « nous agissons ainsi non pas parce que les marchés nous le demandent, mais parce que c’est bon pour nous et voici pourquoi. »

    Leur discours devra convaincre leur électorat autant que les marchés. S’ils y parviennent, ils pourront poursuivre leurs propres priorités tout en préservant la confiance du marché.

    C’est bien là où les gouvernements européens (ainsi que leurs conseillers économiques) ont raté le coche. Plutôt que de faire face au défi, les dirigeants ont dans un premier temps tergiversé puis ont cédé sous la pression. Ils ont fini par fétichiser les annonces des analystes du marché. Ce faisant, ils se sont privés de politiques économiquement souhaitables, plus susceptibles de rassembler un large soutien populaire.

    Si la crise actuelle s’aggrave, la responsabilité en incombera principalement aux responsables politiques – non parce qu’ils auront ignoré les marchés, mais parce qu’ils les auront pris au sérieux.

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    La protestation politique serait un indice de développement

    mardi 21 septembre 2010

    Des sociologues tchèques, qui mènent depuis plusieurs années une vaste étude sur les activités politiques des Européens, dans 20 pays, montrent que ce sont les citoyens des pays avec le niveau de PIB par habitant le plus élevé, le niveau d’éducation de la population le plus élevé également, et l’économie la plus moderne (avec un grand poids du secteur tertiaire) qui protestent le plus : pétitions, manifestations…

    Ainsi, la protestation politique serait donc non seulement un signe de bonne santé démocratique, mais  un critère de développement, la vie politique étant corrélée au dynamisme économique.

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