Révision bac : Croissance économique et développement durable

Jeudi 26 mai 2011

SUR UN AUTRE BLOG DU « WEB PEDAGOGIQUE », voici un plan détaillé sur le premier chapitre du programme de terminale :

Dossier EDD : la croissance économique est-elle compatible avec le développement durable ?

le 18 mai 2011

Je ne vous apprendrai rien en disant qu’on attend de vous une réponse argumentée plutôt qu’une simple prise de position. Dans ce type de sujet où deux termes s’opposent, une posture classique revient à analyser les impacts de l’un sur l’autre. Dans un premier temps, il est plus simple d’aller dans le sens du sujet (croissance et développement durable sont incompatibles) puis de montrer qu’ils se nourrissent l’un l’autre. Cela ne sert à rien d’essayer de faire plus original : ce type de plan vous permet de présenter vos idées de manière cohérente.

Vous pourrez en conclusion rappeler la complexité du sujet (comme le montre l’exemple du barrage des Trois-Gorges) puis prendre position à la lumière des différents arguments exposés précédemment. Ne cherchez pas à trouver une solution (vous venez de démontrer qu’il n’y avait pas une seule solution), mais vous pouvez par exemple imaginer, selon vous, quel axe de développement sera privilégié dans les prochaines années.

La recherche de la croissance économique et celle d’un développement durable ne sont-elles pas incompatibles? Cette question est présente dans le projet de programme 2012 de Terminale, déjà sous-entendue dans le programme actuel et a fait l’objet de sujets au bac ES.

PLAN DETAILLE

Le développement durable peut être ici appréhendé dans ces différentes dimensions. Ainsi les dimensions sociales et environnementales du développement durable rentrent-elles en contradiction avec l’objectif de croissance économique ?

  • I. Croissance économique et développement durable semblent inconciliables
    • A. La croissance économique compromet le développement durable
    • B. Le développement durable freine la croissance économique
  • II. Croissance économique et développement durable peuvent aller de pair
    • A. La croissance économique rend possible le développement durable
    • B. Le développement durable stimule la croissance économique

I. Croissance économique et développement durable semblent inconciliables

A. La croissance économique compromet le DD

1. La croissance économique a un impact négatif sur l’environnement. L’accroissement de la production (et de la consommation) s’accompagne d’une plus forte consommation d’énergie, de l’épuisement des ressources naturelles, de davantage de déchets ménagers et industriels… Les pays les plus riches sont le plus souvent ceux qui ont l’empreinte écologique la plus élevée. Pour illustrer le fait que produire est un acte polluant, certains sites d’entreprise présentent leur impact environnemental (certes pour montrer les efforts faits pour le minimiser).

L’exemple d’Apple est intéressant, l’entreprise décompose les différents stades de la pollution durant la vie de ses produits: la fabrication, le transport, les installations telles que les bureaux, les centres de distribution, les points de vente, mais aussi l’utilisation par les consommateurs et le recyclage. Autre idée pour illustrer ces propos: trouver une vidéo d’entreprise et demander aux élèves les différents moments où une pollution peut s’exercer. Le site de Méo propose une vidéo succincte mais claire de la production de son café.

2. L’accroissement des revenus se fait souvent au prix de l’accroissement des inégalités, ce qui compromet la dimension sociale du DD. Par exemple l’externalisation de la production dans les secteurs du textile ou des jouets dans les PED est l’occasion d’exploiter une main d’œuvre bon marché.

B. Le DD freine la croissance économique

1. Les taxes créées sous le principe « pollueur-payeur » viennent alourdir les coûts de production et rendent les entreprises moins compétitives que leurs homologues étrangères non soumises aux mêmes règlementations. C’est d’ailleurs l’argument que le Medef avait avancé pour argumenter contre le projet de la taxe carbone. Ainsi Laurence Parisot avait déclaré en mars 2010 suite à l’abandon du projet: « Nous sommes soulagés, notamment pour toute l’industrie qui n’aurait pas supporté ce nouveau handicap de compétitivité. » (source: Medef)

2. Pour les adeptes de la décroissance, la préservation de l’environnement passe par la fin du consumérisme et du productivisme.(voir notre article à ce sujet)

II. Pourtant croissance économique et DD peuvent aller de pair

A. La croissance économique rend possible le DD

1. D’un point de vue social, la hausse des revenus distribués (salaires) et des montants de prélèvements obligatoires à l’origine de la redistribution, générée par la croissance économique, permet de réduire les inégalités. L’exemple du commerce équitable nous montre aussi qu’une partie des revenus de l’activité de production peuvent être réinvestis dans des projets de développement, au service de la population et de l’environnement. Un article sur le commerce équitable est présent sur notre site.

2. La protection de l’environnement serait davantage la préoccupation des pays riches. Ce serait à partir d’un certain niveau de richesse, une fois les besoins primaires et secondaires assurés, que les populations seraient plus enclines à se préoccuper de l’environnement.

B. Le DD stimule la croissance économique

1. Concernant la dimension sociale du DD, des services de santé et d’éducation pour tous permettent d’améliorer le capital humain et ainsi la productivité.

Une meilleure répartition des richesses accroitrait la consommation (et donc stimulerait la production) du fait des propensions marginales à consommer plus fortes chez les bas revenus. Ainsi la Chine commence à compter aujourd’hui sur sa consommation intérieure pour continuer à doper sa croissance économique. On peut lire sur le site de l’Ambassade de la République Populaire de Chine en France que « la Chine s’efforcera d’établir un mécanisme à long terme afin d’accroître la consommation intérieure pour les cinq années à venir, a indiqué Zhang Ping, directeur de la Commission nationale pour le Développement et la Réforme. Les  mesures pour encourager la consommation domestique comprennent la stimulation du marché de l’emploi, la promotion du processus d’urbanisation, le réajustement du système de distribution des revenus, le renforcement du réseau de sécurité sociale et l’optimisation de l’environnement de la consommation ».

2. Concernant la dimension environnementale du DD, la recherche d’économie d’énergie contribue à la réduction des coûts de production et rend l’entreprise plus compétitive. De plus, les contraintes visant à protéger l’environnement (taxes sur la pollution, lutte contre la raréfaction des matières premières et sources d’énergie utilisées) incitent les entreprises à innover. Or l’innovation est source de croissance économique et renforce la compétitivité des entreprises. Par exemple les transporteurs aériens cherchent des solutions pour s’adapter à la raréfaction et à la hausse du prix du pétrole telles que la conception d’avions fonctionnant à l’hydrogène ou aux biocarburants de deuxième génération. Vous trouverez plus d’informations à ce sujet dans un article du site Capital, Comment l’aérien se prépare à l’après pétrole.

Enfin l’environnement est un marché à part entière, en plein essor (ex: production et montage des panneaux photovoltaïques, succès des voitures hybrides, multiplication des gammes de produits bio…).

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L’OCDE crée un nouvel indicateur de « bien-être »

Jeudi 26 mai 2011

DANS « LE MONDE » :

A la Une > Economie

La difficile mesure du bien-être des populations

LEMONDE.FR | 25.05.11

Le produit intérieur brut a désormais son pendant subjectif, ciblé sur le bien-être et le progrès social : l'indice "vivre mieux", élaboré par l'OCDE.

Le produit intérieur brut a désormais son pendant subjectif, ciblé sur le bien-être et le progrès social : l’indice « vivre mieux », élaboré par l’OCDE.ASSOCIATED PRESS/Edmond Terakopian

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a mis en ligne, mardi 24 mai, un indicateur destiné à mesurer le bien-être des habitants de ses trente-quatre pays membres. Cet indicateur, qui regroupe dix-neuf variables réparties en onze critères, comme le logement ou l’éducation, est la première traduction concrète du rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi de 2009.

Commandé par Nicolas Sarkozy à l’économiste américain Joseph Stiglitz, ce rapport avait pour objectif de réfléchir aux limites du baromètre privilégié qu’est le produit intérieur brut (PIB : somme des valeurs ajoutées produites en un an par l’économie d’un pays). « Le PIB, ce n’est pas un indicateur suffisant » pour mesurer l’évolution d’une société, explique Jean-Paul Fitoussi, professeur d’économie et coauteur du rapport. Un tremblement de terre et les reconstructions qu’il implique, une augmentation de la violence qui pousse les gens à s’équiper de systèmes d’alarmes, « tout cela accroît le PIB mais sûrement pas le bien-être », constate-t-il. Même en matière de revenus, « lorsque l’on vous dit que la croissance est de 3 %, eh bien, elle n’est de 3 % pour personne, elle est de 3 % en moyenne ». Dans ses conclusions, le rapport de 2009 préconisait de modifier les systèmes de mesures statistiques mais également de réfléchir à de nouveaux indicateurs pour compléter le PIB. C’est dans cette optique que s’inscrit le projet présenté par l’OCDE.

L’INDICATEUR DE L’OCDE, « UN PREMIER ESSAI D’APPLICATION »

Partant des recommandations du rapport, l’OCDE établit une liste de onze critères : logement, revenu, emploi, communauté, éducation, environnement, gouvernance, santé, satisfaction, sécurité et l’équilibre vie professionnelle-vie familiale. Ces critères, notés de 1 à 10, comprennent plusieurs indicateurs, renvoyant à des mesures statistiques objectives, comme le taux d’emploi ou l’espérance de vie, et subjectives, comme la satisfaction, établie à partir de sondages. Le poids accordé à chaque critère dépend de l’internaute, qui peut lui donner une importance de 1 à 5 pour établir son indicateur personnel. Pour Jean-Claude Fitoussi, « c’est un premier essai d’application ; […] pour l’instant, on tâtonne ».

Jean Gadrey, professeur d’économie et animateur du Forum pour de nouveaux indicateurs de richesse (FAIR), salue « une bonne initiative« , mais se montre réservé sur certains points. « C’est un indicateur orienté vers le bien-être individuel, et pas du tout vers ce que l’on pourrait appeler la ‘qualité d’une société' », regrette-t-il. Selon lui, cet indicateur manque de mesures de « santé sociale », comme le pourcentage de personnes pauvres, de personnes couvertes par l’assurance maladie ou encore, le revenu des dix pour cent les plus riches divisés par le revenu des dix pour cent les plus pauvres, un indicateur d’inégalité utilisé par les Nations unies. Ces manques expliquent en partie les mauvais résultats de la France, et les bons résultats des Etats-Unis : « Si on avait tenu compte d’indicateurs plus sociaux, la France serait remontée [dans le classement] », constate-t-il. Autre réserve, la faible place réservée à l’écologie, qui n’est représentée que par une seule des dix-neuf variables : la pollution de l’air en ville.

« UN THÈME QUI FAIT FLORÈS PARMI LES DÉCIDEURS POLITIQUES »

A court terme, les effets politiques de ce type d’indicateur restent limités. Mais « les décideurs politiques s’aperçoivent qu’ils sont parfois en porte-à-faux avec la société quand ils se ‘vantent’ d’une croissance du PIB élevée alors qu’une très grande fraction de la société n’en bénéficie pas », estime Jean-Paul Fitoussi. « Cela va influencer leur discours », nuance Jean Gadrey, qui compte davantage sur le débat public pour faire avancer cette question. Du côté des statisticiens, Stefan Lollivier,  directeur de la direction des statistiques démographiques et sociales de l’Insee, explique que la réflexion sur les indicateurs de bien-être avance : « c’est un thème qui fait florès parmi les statisticiens et les décideurs politiques ».

L’Insee s’est associé à Eurostat, l’organisme statistique de la Commission européenne, et à l’OCDE pour mettre en place de nouvelles mesures. En effet, l’indicateur de l’OCDE se fonde sur des données déjà existantes, auxquelles s’ajoutent quelques enquêtes d’opinion. « Nous sommes plus ambitieux côté européen, parce que nous voulons modifier le système de mesures. C’est-à-dire modifier les enquêtes européennes pour les adapter aux recommandations du rapport Stiglitz et pour que la statistique publique ajoute des questions qui n’existent pas forcément, notamment sur la sociabilité, les liens entre vie familiale et vie professionnelle », détaille M. Lollivier. L’Insee expérimente une collecte où différentes activités, comme travailler ou s’occuper des enfants, sont évaluées sur une échelle de 1 à 10, allant de l’agréable au désagréable. L’institut cherche également à identifier les populations fragiles, qui cumulent les indicateurs de mauvaise qualité de vie.

L’autre chantier majeur, c’est la pondération des différents critères et leur agrégation. Le rapport Stiglitz était très réticent à l’idée de proposer des indicateurs synthétiques. « Nous n’aurons jamais de pondération satisfaisante, c’est clair et net, parce qu’il y a autant d’avis que de personnes », reconnaît Stefan Lollivier. Mais, « parce que en termes de communication, c’est un message qui passe beaucoup mieux », un indicateur synthétique lui semble tout de même nécessaire. « L’OCDE a fait un très bon travail, mais ce n’est vraiment qu’un début, résume Jean-Paul Fitoussi. Avant que nous aboutissions à quelque chose d’achevé, il faudra du temps. »

Thomas Baïetto

Mesure du bien-être

Les clés Comment mesure-t-on le PIB et le bien-être ?

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Des chansons contre la société de consommation

Mercredi 25 mai 2011

VOIR SUR UN BLOG PEDAGOGIQUE DES CLIPS ET DES PAROLES DE CHANSONS ENGAGEES, qui critiquent la société de consommation et le matérialisme, depuis les années 50.

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Débat indispensable sur la « décroissance »

Mardi 19 avril 2011

FAUT-IL TOURNER LE DOS A LA CROISSANCE ?

Dans l’émission « Arrêt sur images », le 8 avril, un débat passionnant sur la notion de « décroissance », avec des intervenants bien connus dans le milieu économique :

http://www.dailymotion.com/video/xi2uq5 Tags : , , , ,

Règlements de comptes dans la microfinance

Vendredi 1 avril 2011

Muhammad Yunus

Nous avons plusieurs fois évoqué sur le blog la question du microcrédit, ou microfinance (de petits crédits accordés à des pauvres, surtout dans les pays en développement).

MUHAMMAD YUNUS, fondateur de la Grameen Bank, banque prêtant aux pauvres aux Bangladesh (et qui a obtenu le Prix Nobel de la Paix pour cela) vient d’être renvoyé de la direction de cette banque, sur demande du gouvernement, officiellement pour des raisons d’âge.

Qu’est devenue la belle idée de Yunus de « banques pour les pauvres » dans les pays en développement ?

LIRE CI-DESSOUS L’ARTICLE SUR LE SITE D’ « ECO 89 » :

Muhammad Yunus viré : une crise profonde pour la microfinance

Par Benoît Granger | Chercheur en microfinance | 22/03/2011

Muhammad Yunus, considéré comme le père du microcrédit contemporain et prix Nobel de la paix en 2006 pour son travail à la Grameen Bank, vient d’en être viré. Officiellement, en raison de son âge. Son départ correspond en fait à une crise profonde de la microfinance : celle-ci peut-elle être une activité de marché comme les autres ?

La semaine dernière, Yunus a été viré de la Grameen Bank sur ordre de la Banque centrale du Bangladesh. Il a contesté la décision devant une première juridiction, qui l’a confirmée. Il vient de faire appel devant la Cour suprême, mais il est peu probable qu’il obtienne réparation.

Yunus n’a pas le droit de poursuivre son mandat car il est trop âgé. Les statuts de la banque prévoient que les directeurs généraux cessent leurs fonctions à 60 ans, et il en a 70. Application du droit, a commenté le ministre des Finances (77 ans).

L’âge de Muhammad Yunus, un simple prétexte

La mise à l’écart de Yunus choque dans le monde entier. Des sénateurs américains viennent d’envoyer une lettre à la première ministre bangladaise ; Jesse Jackson qualifie son départ d’« attaque directe contre la société civile ». En France, Maria Nowak fondatrice de l’Adie (Association pour le droit à l’initiative économique), a signé une tribune dans Le Monde, en compagnie de Michel Rocard, de Martin Hirsch et d’autres pour protester et appeler à manifester contre cette décision.

L’âge de Yunus est évidemment un prétexte. Il avait eu l’imprudence de se mêler au débat politique dans un pays dominé par des grandes familles. Il s’est attiré la haine de la Première ministre, Sheikh Hasina Wajed, qui, après avoir encensé le microcrédit, estime aujourd’hui que les prêteurs « sucent le sang des pauvres » avec des taux d’intérêt exorbitants.

Yunus est aussi en butte à d’autres critiques, celles de journalistes qui veulent démontrer des malversations (une émission de télé hollandaise a fait long feu sur ce point), ou celles d’analystes qui estiment que la Grameen n’a pas vraiment contribué à la baisse de la pauvreté au Bangladesh, ou encore que, de fait, les taux d’intérêt facturés par la banque sont trop élevés par rapport aux activités financées…

Une crise profonde de la microfinance

Le départ de Yunus intervient au moment d’une crise profonde de la microfinance, au-delà du seul microcrédit. Depuis l’automne dernier, l’Inde vit au rythme des révélations sur les taux d’intérêt et les manières brutales de recouvrement de certaines de ses institutions de microfinance.

Il faut dire que SKS, la principale institution de microcrédit indienne, a connu une période de développement ultra-rapide (7 millions de clients en 2010, 15 millions prévus en 2012), mais qui s’avère désastreuse. Son expansion a débouché sur une introduction en Bourse, en juillet 2010, qui lui a permis de mobiliser 350 millions de dollars, dont une bonne partie venant d’investisseurs américains attirés par les promesses de rendement fantastique. Le management de SKS s’est enrichi au passage, mais le rendement en question était fondé sur des taux d’intérêt des prêts élevés, et sur la brutalité du recouvrement.

Le débat a pris de l’ampleur dans la mesure ou les spécialistes ont craint immédiatement que l’on « jette le bébé avec l’eau du bain » : c’est le thème du vif débat qui a opposé dans Le Monde les Français emmenés par l’universitaire Jean-Michel Servet et Esther Duflo, économiste française mais travaillant aux Etats-Unis.

Pour Servet, ces excès marquent la limite d’un modèle « profitable » de la microfinance. Prêter aux pauvres doit préserver avant tout le rôle social du prêt, donc la prudence et l’accompagnement sous forme de conseils et formations.

Duflo s’est fait connaître par la création de la chaire « Savoirs contre pauvreté » au Collège de France en 2009. Dans le débat actuel, elle estime que l’on « risque de tuer la microfinance », alors qu’il faut encourager un développement mieux organisé, car les avantages sont nettement supérieurs aux incidents ou aux ratés qui émaillent ce développement.

En fait, le débat actuel à propos de Yunus et de l’actualité indienne renvoie à un désaccord plus profond. La microfinance est-elle une activité « de marché », semblable à une autre ?

Son développement et ses succès sont incontestables : 128 millions de personnes (pauvres, pour l’essentiel) ont aujourd’hui accès à des prêts et d’autres services financiers dont elles étaient exclues auparavant. Et une partie d’entre elles sont réellement « sorties de la pauvreté » : des études scientifiques incontestables l’attestent.

La microfinance doit-elle être rentable ?

Pour autant, doit-on laisser les microprêteurs devenir des usuriers au grand jour ? C’est le risque lié au fait que certaines grandes organisations de microfinance sont devenues très rentables : les pauvres remboursent les prêts, et les taux d’intérêt au Sud sont élevés. D’où l’irruption dans ce nouveau « marché financier » d’investisseurs motivés par le rendement autant que par la supposée « bonne action »…

Des excès anecdotiques et provisoires, dit Duflo. Il faut laisser la profession s’organiser et surtout ne pas décourager les investisseurs. En face, Servet et ses amis fixent à la microfinance une fonction sociale beaucoup plus importante. Il faut « arrêter de présenter le microcrédit […] comme un produit miracle pour lutter contre la pauvreté ». Il faut concentrer les prêts sur des projets faisables et des personnes capables, et accompagner les personnes dans leurs projets. Et le prêt n’est qu’un instrument du développement parmi d’autres.

Yunus avait nettement pris parti pour une limitation des taux d’intérêt. Il a aussi contribué au développement d’une jeune organisation, MF Transparency, créée par l’universitaire américain Chuck Waterfield afin de contribuer à la transparence des règles.

Il avait également développé un concept de « social business », qui limite la distribution des profits, avec de grands industriels des pays riches. Danone, notamment, a radicalement modifié ses mode de production de yaourts pour les rendre accessibles aux pauvres du Bangladesh, dans le cadre d’une filiale commune avec Grameen.

En fait, c’est l’image publique de la microfinance qui sort écornée des excès indiens, des débats entre tenants de l’idéologie du marché et tenants de la pédagogie, et du départ de Yunus sur le thème « pas de fumée sans feu ».

La microfinance est restée des décennies durant sous l’influence de grandes organisations très liées aux donateurs et investisseurs du Nord. Le CGAP (Groupe consultatif d’aide aux populations les plus pauvres), lié à la Banque mondiale, a ainsi eu ce seul discours depuis les années 80 : il faut que ça devienne rentable.

Une petite partie de la microfinance est devenue rentable, mais aujourd’hui, elle commence à payer le prix de l’aveuglement et du cynisme.

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Vivent les belles vaches !

Samedi 26 février 2011

DANS « LIBERATION » :

Au Salon de l’agriculture, les vaches rares font de la résistance

Par ELODIE AUFFRAY

La béarnaise (181 femelles) a des cornes en forme de lyre.

La béarnaise (181 femelles) a des cornes en forme de lyre. (E.A.)

Au beau milieu du vaste pavillon numéro 1, au salon de l’agriculture, le coin des «races bovines en conservation» fait figure d’îlot de résistance aux méthodes d’élevage intensives.

On y trouve trois de ces quinze races menacées de disparition: la petite bretonne pie noir (1400 représentantes), la blonde et solide béarnaise, (185) aux cornes en forme de lyre, la Villard-de-Lans, costaude et froment (un peu plus de 400). Des poids plume à côté des 2,5 millions de prim’Holstein ou des 600.000 normandes.

Cédric Briand, éleveur de bretonnes pie noir dans la région de Redon. La bretonne pie noir est de petit gabarit, mais elle a «un caractère bien trempé», décrit le paysan.

Ces «vaches rares» ont vu leurs effectifs chuter à partir des années 1950 et la modernisation de l’agriculture. Il faut nourrir la France, le choix est fait de se concentrer sur quelques races. La solide béarnaise, essentiellement utilisée pour les travaux agricoles, tombe en désuétude avec l’arrivée du tracteur. La bretonne pie noir -700.000 représentantes en 1900, 300 en 1970- n’était pas non plus «adaptée à l’époque. Elle produit un lait très crémeux, mais en petite quantité», explique Cédric Briand, président de l’Union pour la bretonne pie noir, «fils, petit-fils, arrière-petit-fils d’éleveurs de bretonnes».

Sursaut dans les années 1970, grâce à l’acharnement de quelques passionnés. Le premier plan de sauvegarde est mis en place en 1975, pour la pie noir. «De vieux têtus bretons avaient gardé quelques bêtes. Des éleveurs, plutôt des néoruraux, les ont reprises et se sont engagés dans la conservation de l’espèce», raconte Cédric Briand.

La béarnaise est une vache «autonome», décrit Jean-Michel Missègue, bien adaptée aux montagnes du territoire qui l’a façonnée. Bonne marcheuse, elle est capable de parcourir des dizaines de kilomètres pour trouver sa pitance.

La remontée est lente. Il faut développer les effectifs, tout en évitant la consanguinité. Les programmes génétiques et l’entretien coûtent cher. Jean-Michel Missègue, du conservatoire des races d’Aquitaine, n’a pas manqué de le rappeler à Nathalie Kosciusko-Morizet, la ministre de l’Ecologie, qui s’était arrêtée devant les belles béarnaises.

«C’est un combat difficile, dans un monde productiviste. Nos techniques d’élevage vont à l’encontre des méthodes courantes», juge le technicien d’élevage. «Nous n’accélérons pas la croissance de nos vaches, détaille-t-il. Plus on l’accélère, plus on perd en qualité». Cédric Briand explique vouloir «proposer autre chose» face au «rouleau compresseur» de l’agriculture intensive.

Autres atouts de la bretonne pie noir: sa «précocité sexuelle» et sa «rusticité», décrit le panneau de présentation, son lait «très riche, très crémeux, très fromageable», ajoute Cédric Briand.

Dans leur exploitation, Cédric Briand et ses deux associés produisent 90.000 litres de lait de pie noir chaque année. «La norme dans la région, pour une exploitation laitière, c’est 300.000!», compare le jeune agriculteur.

Dans le Béarn, l’élevage de la blonde locale sert surtout «à la consommation personnelle, ou pour des ventes occasionnelles au boucher du coin», regrette Jean-Michel Missègue. «Pour conserver une race, il faut réfléchir à la valorisation des produits», résume-t-il.

Eleveuse de 35 villardes, «par nostalgie de ce que faisaient [ses] grands-parents», Catherine Duboucher «s’en sort car on commercialise tout en vente directe, à la ferme». Idem pour Cédric Briand. Cédric Briand, qui juge que la bretonne pie noir «répond aux attentes sociétales».

Pratique: Défilé de races bovines en conservation, sur le ring bovin du salon de l’agriculture, pavillon 1. Dimanche 27 février, de 14h00 à 15h00.

Vache assez costaude, couleur forment uniforme, la Villard-du-Lans est faite pour le Vercors. «Une charolaise aurait trop mal aux pattes, parce que nos plaines sont très caillouteuses», décrypte Catherine Dubouch.

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L’emprise du clan Ben Ali sur l’économie tunisienne

Lundi 21 février 2011

Sur un blog du quotidien Libération consacré à la Tunisie, voici une belle infographie montrant l’emprise du clan de l’ancien dictateur tunisien Ben Ali sur l’économie tunisienne. Une oligarchie familiale, qui avait fait main basse sur une grande partie des richesses du pays.

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Le lien développement-démocratie dans les pays arabes et ailleurs

Mercredi 16 février 2011

EXTRAIT très intéressant d’une interview récente d’Emmanuel Todd, historien et démographe, qui étudie les sociétés dans leurs structures et dans la longue durée.

Il avait prédit depuis plusieurs années que les pays arabes n’étaient pas automatiquement voués à l’islamisme, mais qu’au contraire, leur alphabétisation et la modernisation de leurs comportements démographiques (de moins en moins d’enfants par femme) les amèneraient plutôt à s’occidentaliser, et à se rapprocher du modèle démocratique occidental…

Vous avez compris que ces travaux sont totalement d’actualité !

10 FEVRIER 2011 sur France Culture :

http://www.dailymotion.com/video/xgyxzp Tags : , , ,

Vidéo sur les haricots verts du Kenya

Samedi 30 octobre 2010

Les haricots verts du Kenya sont très répandus dans les rayons de nos hypermarchés. Mais après avoir vu ce reportage, tiré de l’émission « Complément d’enquête » sur France 2, vous ne verrez plus ces barquettes de haricots verts extra fins de la même manière…

http://www.dailymotion.com/video/xczkyl Tags : ,

A voir : documentaire sur l’OMC

Vendredi 22 octobre 2010

Je vous invite à regarder le documentaire « Pas assez de volume » (2004), afin de mieux comprendre le fonctionnement de l’Organisation Mondiale du Commerce, créée en 1995 pour succéder au GATT, et siège des négociations internationales multilatérales (appelées « cycles », rounds) visant à développer le libre-échange, à lever les barrières protectionnistes, et si possible à « réguler » la mondialisation.

Elle est aujourd’hui dirigée par le Français Pascal Lamy (qui à l’époque du film était le commissaire européen au commerce, c’est-à-dire le représentant de l’Europe aux négociations de l’OMC).

Tout le documentaire est passionnant (et bien réalisé), et fait appel à de nombreuses notions étudiées toute l’année en SES. Bien sûr, vous pourrez vous arrêter quand vous voudrez, et ce que vous aurez vu vous apportera déjà beaucoup.

Il s’agit d’un documentaire résolument altermondialiste et antilibéral, donc très critique vis-à-vis de l’OMC ; vous y rencontrerez plusieurs grandes figures altermondialistes, telles que Susan George, René Passet ou le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz. 

Faites donc la part des choses, et posez-vous des questions, pour essayer de « contrer » les intervenants de ce film avec des arguments libéraux, comme dans un débat… Vous comprendrez d’autant mieux les enjeux de cette question essentielle.

Chaque extrait : 10-15 mn environ.

1re partie :

http://www.dailymotion.com/video/x20yr6

2e partie :

http://www.dailymotion.com/video/x20yzu

3e partie :

http://www.dailymotion.com/video/x210jx

4e partie :

http://www.dailymotion.com/video/x210sl

5e partie

6e partie

7e partie

8e partie

9e partie

10e partie

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