L’illusion de l’aide aux collèges en difficulté

vendredi 25 février 2011

SUR LE SITE DE L’OBSERVATOIRE DES INEGALITES, un sociologue spécialiste de l’éducation critique les politiques d’aide aux collèges « difficiles »…

Les collèges « ambition réussite » : un bilan négatif, une politique non prioritaire
le 18 février 2011
Contrairement au discours officiel, les inégalités continuent à se creuser entre les élèves des réseaux « ambition réussite » et les autres. Les territoires les plus en difficulté n’ont jamais été une vraie priorité. Une analyse de Pierre Merle, sociologue, IUFM et Université européenne de Bretagne.

Les réseaux « ambition réussite » (RAR), mis en place par Gilles de Robien à la rentrée scolaire 2006, ont eu pour objet de relancer l’éducation prioritaire en recentrant les moyens financiers et humains sur des écoles élémentaires et 249 collèges dans lesquels les élèves en grande difficulté scolaire sont particulièrement sur-représentés.

La politique des RAR était a priori pertinente en raison de l’extension considérable des collégiens scolarisés en Zone d’éducation prioritaire (ZEP) : 10% en 1982, 14,3% en 1996 avant la relance de la politique des ZEP par Ségolène Royal et 20% en 2004. L’inconvénient majeur de cet accroissement continu des écoliers et collégiens relevant de l’éducation prioritaire tenait à une dilution progressive des moyens.

Ainsi, en 1997, on dénombrait 23 élèves par classe en moyenne dans les ZEP et 24,7 hors ZEP, soit une différence de seulement 1,7 élèves en moins au profit des ZEP [1]. Sur cet indicateur comme sur d’autres, la proportion considérable d’élèves scolarisés dans l’éducation prioritaire aboutissait à des aides limitées sans rapport avec les difficultés propres à ces établissements. L’éparpillement des moyens a favorisé des évaluations mitigées, voire négatives, de ce dispositif d’aide aux élèves en difficulté [2].

Une politique de recentrage des moyens sur les établissements scolarisant les élèves les plus en difficulté, projet poursuivi par les RAR, avait pour objet d’aller à contre courant des politiques précédentes. Plutôt que de donner peu à beaucoup d’élèves, il s’agissait de donner beaucoup à peu. Ce projet d’approfondissement de la politique d’éducation prioritaire – une première pour un gouvernement de droite jusqu’à présente rétif à cette politique – avait d’ailleurs été bien accueilli par les partisans des ZEP et l’Observatoire des zones prioritaires.

Des moyens non négligeables accompagnaient cette politique. En 2006, les 249 collèges Ambition réussite sont dotés de 1 000 enseignants et 3 000 assistants pédagogiques supplémentaires. Le nombre moyen d’élèves par classe passe alors à 21,2 élèves par classe dans les collèges ambition réussite alors qu’il est de 24,6 dans les collèges ordinaires, soit 3,4 élèves en moins par classe. La différence devient sensible. Est-elle pour autant suffisante ?

Quatre ans après la mise en place des réseaux ambition réussite, le temps du bilan est venu. Rendu au ministère en juin 2010, le rapport n’a été rendu public qu’au mois de janvier 2011 [3]. Le rapport juge les résultats « encourageants ». Un bilan très positif pourtant fort contestable. Quelques exemples des imprécisions, parfois même des tours de passe-passe, propres à ce rapport.

Quelles sont les preuves des progrès jugés encourageants ? Des évaluations en fin de l’école élémentaire, dont la pertinence technique fait par ailleurs polémique, montrent « un maintien des écarts en français et une légère réduction des écarts en mathématiques » entre les écoliers des réseaux ambition réussite et les autres, soit un progrès minime réalisé dans une seule discipline. Mais, en fin de troisième, le résultat des élèves aux tests de compétence est tout autre : « un accroissement des écarts en français et en mathématiques ». Ces évaluations sont contradictoires. La plus pertinente concerne toutefois celle réalisée en fin de troisième. Aussi bien en maths qu’en français, les écarts de réussite entre les collégiens des RAR et les autres sont sensibles et ces évaluations ne sont pas techniquement contestées. Contre toute attente, les auteurs du bilan concluent, en synthèse, à la « réduction des écarts de réussite scolaire ».

Deuxième exemple d’embrouillamini du rapport ministériel. Le rapport souligne une diminution des écarts des taux de redoublement entre les élèves en collèges ambition réussite et les autres. Mais les décisions de redoublement relèvent parfois moins de l’évaluation des compétences des élèves que de directives rectorales : les chefs d’établissement sont tout simplement invités à limiter le taux de redoublants. Les auteurs du rapport indiquent d’ailleurs que leur constat peut être lié au projet de « faire passer le plus rapidement possible la scolarité obligatoire à des élèves en difficultés pour leur proposer des orientations post-troisième ». C’est la politique classique du « passage-dégage ».

Le constat de réussite est alors un déguisement du constat d’échec ! Cet échec est d’ailleurs facile à montrer. Si le rapport constate en effet des passages plus fréquents en classe de seconde, il indique aussi que les professeurs de lycée font de plus en plus souvent redoubler, en fin de seconde, les élèves issus des collèges ambition réussite. Ces décisions sont cohérentes avec les évaluations négatives en maths et en français de fin de troisième de ces mêmes élèves. Le moindre taux de redoublement en collège débouche ainsi sur plus de redoublements en lycée. Progrès des élèves ou évaluation faussée ?

Un troisième exemple d’échec des collèges ambition réussite est caché sous le bel intitulé de la « mobilité des parcours scolaires ». Qu’apprend-on ? A l’entrée en 6e, un parent sur dix demande une dérogation pour ne pas scolariser son enfant dans le collège de son secteur. Mais quand il s’agit d’éviter la scolarité en collège ambition réussite, ce taux de demande de dérogations explose : plus d’un parent sur quatre ! Le résultat est sans ambiguïté : 70 collèges ambition réussite perdent plus de 25% de leur effectif. Une quasi-hémorragie, déjà mentionnée par un rapport de la Cour des Comptes en 2009. Pour les parents les mieux informés, la stratégie dominante est celle du « sauve qui peut ». Et les départs seraient encore plus nombreux, dixit le rapport, si les inspections académiques ne décidaient pas, pour limiter la fuite des élèves, de moins satisfaire les demandes de dérogation en surnombre qui concernent ces collèges… L’inégalité géographique que l’assouplissement de la carte scolaire était censée réduire est ainsi maintenue pour les élèves qui pâtissent le plus de l’inégalité de l’offre pédagogique entre établissements.

Il y a aussi – c’est le B-A-BA de l’art du camouflage – ce que le rapport ne dit pas alors que les données existent. Les demandes de mutation des professeurs en poste dans les collèges ambition réussite ont connu une progression fulgurante. Un seul exemple. Dans les collèges ambitions réussite de la capitale, le taux de demande de mutation des professeurs est passé de 27,7% en 2006, au moment de l’entrée dans le nouveau dispositif, à 47 % en 2009, alors que ce taux, la même année, n’est que de 19% pour les autres enseignants parisiens… Et, dans ces collèges en péril, le taux de départ des professeurs est monté à 45 % en 2009 ! Le rapport, sans apporter de données chiffrées, conclut toutefois à « une modification des postures des enseignants, qui acceptent de jouer un rôle éducatif en s’investissant plus largement ». Drôle de conclusion quand presque un professeur sur deux quitte le navire à la fin de chaque année ! Quelle entreprise supporterait sans encombre un tel turn over de son personnel qualifié alors qu’il lui faut mener des projets d’équipe pour réussir ? Autre oubli de taille. Aucune donnée n’est présentée sur les phénomènes de violence scolaire, bien plus importants dans les établissements en éducation prioritaire, et directement fonction de la concentration des élèves en difficulté scolaire. C’est d’ailleurs une des raisons qui expliquent la fuite des enseignants et l’inquiétude des parents…

Le rapport du ministère est un bel exemple de bilan truqué : des faux profits excessivement gonflés, de vrais déficits réellement occultés. Entre l’absence de bilan de la politique d’assouplissement de la carte scolaire et le faux bilan pour les collèges ambition réussite, le ministère de l’Education nationale s’enferme dans le déni des réalités. A contrario, les récentes évaluations internationales réalisées par l’OCDE (programme PISA) apportent un éclairage cruel sur le déclin de l’école française.

En France, l’impact du milieu socioéconomique sur la performance des élèves est plus grand que dans la moyenne des pays de l’OCDE : les caractéristiques du milieu familial des élèves de 15 ans expliquent 28 % de la variation de leurs performances (22 % au niveau des pays de l’OCDE). Les écarts se creusent aussi entre les meilleurs élèves et les plus faibles dont le nombre augmente [4]. Il est urgent de passer de la rhétorique de l’auto-satisfaction à l’analyse des difficultés rencontrées.

Quelles sont les raisons de l’échec des établissements relevant des réseaux ambitions réussite ? Multiples évidemment. D’abord, la politique de l’éducation prioritaire souffre d’un effet de stigmatisation. Le label ZEP et les « réseaux ambition réussite » sont associés aux catégories populaires et aux difficultés scolaires. Il en résulte la fuite de la minorité d’élèves d’origine aisée et une réduction de la mixité scolaire et sociale, réduction préjudiciable à la réussite scolaire des élèves qui demeurent scolarisés dans ces établissements.

La politique d’assouplissement de la carte scolaire a de surcroît favorisé la mise en concurrence des établissements et la mise à l’écart scolaire et social des élèves des catégories populaires [5] [6]. L’école devient de plus en plus un lieu d’exclusion pour les uns, d’intégration pour les autres, une petite société où se façonnent des inégalités scolaires irréductibles entre les enfants d’une même génération.

Ensuite, la réduction de la taille des classes dans les établissements en RAR, aussi bien que dans les ZEP, demeure trop limitée pour produire des effets sensibles sur le niveau des apprentissages. Piketty et Valdenaire [7] ont montré, dans une étude de grande qualité, que l’impact positif de la réduction des effectifs par classe se manifestait avec des baisses plus substantielles. Ainsi, une baisse de cinq collégiens par classe permettrait aux élèves scolarisés dans l’éducation prioritaire de réduire de 22% leurs écarts moyens de compétence avec les élèves hors éducation prioritaire. Mais dans les établissements en RAR, la baisse des effectifs par classe demeure insuffisante pour produire un effet sensible et compenser leur retard scolaire.

Enfin, une autre raison de l’échec des collèges ambition réussite tient à l’importance du niveau de développement cognitif des enfants dès l’école maternelle et le rôle positif de la préscolarisation pour la réussite scolaire ultérieure, notamment l’apprentissage de la lecture [8]. Dans ce domaine, la politique menée est celui d’un changement total et paradoxal de direction. Lorsqu’il était ministre de l’Education nationale, Lionel Jospin avait favorisé la scolarisation à deux ans, notamment dans les ZEP. La politique actuelle a pour objet de réduire continument cette préscolarisation. Elle est passée de 35% en 2000 à 18,1% en 2008, une baisse brutale sur une période très brève [9]. Ce sont les élèves issus des catégories défavorisées qui sont les premières victimes de cette politique. Lorsque l’Etat intervient de moins en moins pour assurer l’éducation des jeunes enfants, l’effet des inégalités familiales de départ est maximisé.

Le surcoût des mesures telles que le maintien de la préscolarisation à deux ans ou la réduction du nombre d’élèves par classe peut sembler considérable, surtout en période de crise. Il faut toutefois saisir les ordres de grandeur des diverses politiques menées par l’Etat. Ainsi, pour les réseaux ambitions réussite, le surcoût annuel est de 325 millions d’euros. Somme importante certes mais finalement modeste eu égard aux pertes de recettes pour le budget de l’Etat consécutives à la diminution de la TVA à 5,5% dans la restauration (au minimum trois milliards d’euros par an), à l’instauration du bouclier fiscal, et à la diminution du taux d’imposition sur les successions et les donations qui constituent aussi des pertes annuelles de recettes de l’ordre de trois milliards d’euros annuels. Soient, au total, au minimum six milliards par an, environ vingt fois le coût des établissements en RAR, sans que l’efficacité économique de ces réductions fiscales ne soit bien établie.

Une politique plus résolue en faveur de l’éducation prioritaire ne relève pas d’une difficulté budgétaire mais d’un arbitrage dans les dépenses. Actuellement, les mesures relatives à la préservation du patrimoine d’une minorité sont jugées plus prioritaires et plus urgentes que l’investissement dans l’éducation de plus de 100 000 élèves en grande difficulté scolaire et dont l’avenir le plus probable est la sortie sans qualification. Les coûts de prise en charge de ces populations scolaires en déshérence à leur sortie de l’école, notamment sous forme du RSA (revenu de solidarité active), sont sur le moyen terme considérables. Une politique éducative ambitieuse, indispensable à la réduction de l’inégalité des chances, est une dimension incontournable de la politique de l’emploi pour éviter qu’une partie des jeunes, marginalisés à l’école, ne soit également en marge de la vie professionnelle et sociale.

Pierre Merle, professeur de sociologie, IUFM et Université européenne de Bretagne. Expert à l’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (AERES).

Les réseaux « ambition réussite »
Créés en 2006, les réseaux « ambition réussite »(RAR) regroupaient 254 collèges à la rentrée 2009, et scolarisaient 115 000 élèves, soit un collégien sur vingt. Ils scolarisent une part très inégale des élèves selon les académies : 10 % dans l’académie d’Aix-Marseille, contre 0,2 % dans celle de Grenoble. Les RAR regroupent aussi 1 725 écoles primaires publiques et 280 000 élèves.
La définition des établissements repose sur des critères économiques et sociaux. Interviennent notamment la part de parents de catégories défavorisées, de titulaires des minima sociaux ou de non-francophones. Dans les collèges « ambition réussite », les trois quarts des élèves ont un parent ouvrier ou inactif, contre un tiers hors de ces réseaux.

Photo : Collège Jules Ferry, réseau « ambition réussite » de Woippy

[1] MEN (1998), Les zones d’éducation prioritaires en 1997-1998, Note d’information, n°15.

[2] Par exemple, Meuret D., L’efficacité de la politique des zones d’éducation prioritaire dans les collèges, Revue française de pédagogie, 109, 1994, 41-64.

[3] MEN, Bilan national des réseaux « ambition réussite », juin 2010, 110 p.

[4] PISA, 2010. – « Note de présentation France », OCDE : http://www.oecd.org/dataoecd/33/7/46624019.pdf

[5] Merle P., 2010, « Structure et dynamique de la ségrégation sociale dans les collèges parisiens », Revue française de pédagogie, n°170, p.73-85, 2010.

[6] Merle P., 2011, Concurrence et spécialisation des établissements scolaires. Une modélisation de la transformation du recrutement social des secteurs d’enseignement public et privé, Revue Française de Sociologie, 52-1, p. 133-169.

[7] Piketty T., Valdenaire M. (2006), L’impact de la taille des classes sur la réussite scolaire dans les écoles, collèges et lycées français, MEN, 153 p.

[8] MEN (2003), Faut-il développer la scolarisation à deux ans ? Éducation et Formations, nº 66, p. 7-12.

[9] Ministère de l’Education nationale, Repères et références statistiques, Editions 2002 et 2010.

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Journée d’action des lycéens le 14 : ça démarre doucement…

jeudi 14 octobre 2010

Le jeudi 14, à l’appel des organisations lycéennes (UNL, FIDL), plusieurs manifestations ont eu lieu en France. Pour le moment, le nombre de manifestants reste limité, mais le nombre d’actions et de blocages de lycée a tendance à augmenter.

Des images, par le quotidien Le Monde.

Un article sur cette journée.

Le quotidien Libération rapporte une lettre envoyée par les proviseurs aux parents, pour les inciter à interdire à leurs enfants de participer à des blocages.

Une carte des manifestations en France, toujours dans Le Monde (quotidien sérieux, « de référence »).

Enfin, une petite vidéo où des historiens analysent un terme qui revient sans cesse en ce moment : « irresponsable » en parlant des manifestants lycéens, et des adultes qui sont censés les avoir envoyés dans la rue…

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Le nouvel objectif des ZEP : trouver les élèves « à potentiel »

vendredi 2 avril 2010

Un article intéressant, pour mieux comprendre la notion d' »égalité des chances », et l’évolution de la politique éducative dans les quartiers défavorisés, avec un spécialiste de la question, Daniel Frandji :

 

Éducation prioritaire : « On a désormais un nouveau critère de ciblage des politiques, la potentialité des élèves » (Daniel Frandji, INRP)

« On a aujourd’hui une vision essentialiste des politiques d’éducation prioritaire (PEP). On s’occupe des enfants à potentiel avec l’idée que l’École ne peut plus intégrer tout le monde », estime Daniel Frandji, maître de conférences en sociologie à l’INRP et co-auteur de l’ouvrage « Les politiques d’éducation prioritaire en Europe » (1). Il intervient à l’occasion d’une « journée nationale sur l’éducation prioritaire », jeudi 1er avril 2010, organisée par le Snuipp-FSU.

« Les PEP sont en constante évolution. Il y a sans cesse de nouveaux dispositifs en Europe et dans le monde », explique Daniel Frandji qui distingue des nuances selon les différents pays. « En Angleterre, les PEP sont les plus anciennes d’Europe, explique-t-il. On constate également une profusion de dispositifs, à tel point que pour notre étude, on ne savait plus sur quoi se centrer. » « Au Portugal, elles sont apparues plus tardivement, à la fin des années 1990, et ciblent plus particulièrement un territoire », ajoute-t-il. « En Grèce, les politiques sont très axées sur des critères notamment religieux. Dans les pays d’Europe de l’Est, le ciblage se fait davantage en fonction de l’ethnie. »

LES TROIS ÂGES DES POLITIQUES D’ÉDUCATION PRIORITAIRE

« Dans notre étude, nous avons constaté trois grosses évolutions des politiques d’éducation prioritaires depuis les années 1960. La première concerne les politiques de compensation, initiées par les États-Unis. Elles sont nées dans une période optimiste, celle du ‘Welfare State’ [État-Providence], continue Daniel Frandji. L’idée, c’est que le collège unique n’a pas permis de démocratiser l’école. On pense l’échec scolaire en termes d’inégalités sociales et on cible des territoires socio-économiques dans lesquels agir : en France, c’est la naissance des ZEP. »

« Le second âge est la lutte contre l’exclusion, poursuit-il. On gère les conséquences des inégalités scolaires comme l’insertion et le chômage ou la violence à l’école. On parle du ‘sort des vaincus de la compétition scolaire’ mais on ne se demande plus qui sont ces vaincus. On se contente d’essayer de diminuer leur nombre. »

« Le dernier âge est celui de l’éducation inclusive », indique-t-il. « C’est la multiplication des dispositifs selon des catégories d’élèves. En France, cela correspond aux Segpa et aux PRE. » « On ne s’interroge plus sur le fait que l’école n’arrive pas à intégrer tous les enfants mais on essaie d’intégrer par des filières spécifiques le public le plus large possible. »

INTERNAT D’EXCELLENCE ET ÉDUCATION PRIORITAIRE

« Moi, ce qui me frappe, c’est le tri que l’on nous demande maintenant de faire entre les élèves », explique Rachel Schneider, enseignante en ZEP en Seine-Saint-Denis. « Après les évaluations de CM2, on m’a dit que ce serait bien de ‘piocher’ dans les 10 % de très bons résultats et d’envoyer ces élèves dans un internat d’excellence. »

« C’est dans l’idée de maximiser les capacités déjà existantes des élèves, affirme Daniel Frandji. L’idée d’école commune éclate : elle ne produit plus de compétences. » « On sélectionne dans ces internats des élèves qui ne sont pas ‘violents’, qui ont de bons résultats scolaires : on est loin de l’idéal de permettre à tous de réussir », ajoute Rachel Schneider. « Il existe un nouveau critère de ciblage des politiques d’éducation prioritaire : la ‘potentialité’ des élèves », affirme Daniel Frandji. « Les ZEP étaient conçues pour développer et viser des territoires précis. Avec cette visée d’excellence, on a une vision mortifère des territoires : on enlève les bons élèves pour les mettre ailleurs. »

RÉUSSITE ÉDUCATIVE

« On assiste à un effacement de la politique d’éducation prioritaire territoriale, constate Marc Douaire de l’OZP. On est clairement passé d’une logique de zone à une logique de public. »

« Avec la réussite éducative, on travaille dans des zones en mettant en place des partenariats avec la ville et le quartier », nuance Sylvie Lissorgues, coordinatrice de la réussite éducative de Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne) et membre de l’Anare. La réussite éducative est un dispositif national qui s’inscrit dans la loi de programmation pour la cohésion sociale du 18 janvier 2005, qui « s’adresse prioritairement aux enfants et aux adolescents de 2 à 16 ans scolarisés dans des établissements des premier et second degrés relevant des zones d’éducation prioritaire et/ou habitant dans des quartiers inscrits dans la géographie de la politique de la ville ».

Pour la majorité des enseignants en ZEP présents, la réussite éducative ne « sert à rien car elle arrive sous l’égide des maires, sur les ruines de tous les autres dispositifs. » « Cette ‘politique’ ne sert à rien. On va proposer à un enfant qui a de graves difficultés de faire du judo : avec la réussite éducative, c’est sûr, tout s’arrange », ironise Charlotte, enseignante en ZEP en Seine-Saint-Denis. « Les personnes référentes, de ce dispositif, arrivent dans l’école et on ne sait pas qui elles sont, ni ce qu’elles font. » « Le problème des politiques éducatives aujourd’hui, c’est que le dispositif est un véritable millefeuille », estime Marc Douaire. « Plus personne ne sait qui fait quoi, ni qui perçoit quoi comme financement. »

L’éducation prioritaire concerne aujourd’hui 1 110 collèges, 254 en RAR, 856 en RRS, soit 20 % des élèves.

(1) « Les politiques d’éducation prioritaire en Europe » de Marc Demeuse, Daniel Frandji, David Greger, Jean-Yves Rochex, INRP, 2008.

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Violence au lycée, violence du lycée

dimanche 14 mars 2010

Un professeur de lettres analyse de manière très franche et pertinente la montée de la violence au lycée, et ses origines : très intéressant.

Réagissez avec vos commentaires !

http://lemonde.fr/opinions/article/2010/03/13/lycee-genese-de-la-violence-par-fabrice-humbert_1318662_3232.html

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Parler de l’homosexualité dès le plus jeune âge ?

dimanche 14 février 2010

Une polémique a opposé récemment les partisans et les opposants à une initiation à la lutte contre l’homophobie à l’école primaire (l’éducation contre toutes les formes de discrimination faisant partie des missions centrales de l’école de la République).

Un court-métrage, « Le baiser de la lune », qui montre entre autres choses les amours de deux poissons mâles (choquant, n’est-ce pas ?), et destiné aux CM1,  a été interdit par le ministre de l’Education nationale, avec l’appui d’associations « familiales » bien-pensantes… En voici la bande-annonce :

Un directeur de maternelle publie un article dans Le Monde, prônant au contraire une éducation à ces questions dès le plus jeune âge

Bonne Saint Valentin, et que chacun aime qui il veut, comme il veut !   🙂

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Ce que disent les lycéens étrangers du système français

vendredi 5 juin 2009

Le quotidien Le Monde rapporte les commentaires de certains lycéens étrangers venus étudier en France : je vous les transmets, même s’ils sont assez critiques… Le Monde veut-il par là soutenir la prochaine réforme des lycées, et préparer l’opinion publique en ce sens ?… 😉

http://www.lemonde.fr/aujourd-hui/article/2009/06/01/etre-lyceen-en-france-le-regard-critique-des-eleves-etrangers_1200788_3238.html

 

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A Colmar, des lycéens privés de voyage à cause d’une manif

samedi 4 avril 2009

Dans la Rue 89, un article sur l’initiative du maire de Colmar, qui a privé l’un des trois lycées de la ville, Camille-Sée, des subventions de la ville pour trois voyages scolaires, à cause des débordements de certains lycéens lors de la manifestation du 19 février – lycéens qui n’étaient même pas forcément de ce lycée.

Lire la suite de l’histoire, et comment le proviseur a réagi, ici : http://www.rue89.com/2009/04/02/colmar-le-maire-fouettard-prive-de-voyage-les-lyceens-rebelles

Il y a plusieurs manières d’interpréter cette histoire ; on peut être scandalisé bien sûr, mais on peut aussi considérer que les adultes ont réagi conformément à leurs fonctions et leurs statuts : les jeunes ne sont pas forcément les seules priorités et les seules valeurs d’une société, ils peuvent aussi être punis… On peut aussi se dire que l’action collective n’est pas gratuite, elle comporte des risques et des coûts que les manifestants doivent assumer… Je ne donne pas mon opinion personnelle, mais seulement quelques éléments de réflexion. Qu’en pensez-vous ?

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L’homophobie à l’école

jeudi 5 mars 2009

Un sondage révèle le malaise des jeunes gays en milieu scolaire : non seulement l’intolérance est importante parmi les élèves, ce qui est absurde puisque ce sont les jeunes qui devraient montrer la voie de l’avenir et être les plus tolérants, mais en plus les jeunes gays n’ont guère confiance dans les personnels des établissements pour les défendre… Il y a du travail à faire.

 Un sujet tabou et pourtant important, dont les jeunes devraient parler plus souvent entre eux et avec les professeurs et les surveillants.

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Bac ES : les SES répondent au Président

jeudi 29 janvier 2009

Nicolas Sarkozy, lors de sa visite à Saint-Lô.

Vous avez sans doute entendu parler des propos à l’emporte-pièce de M. Sarkozy sur le bac S et le bac ES… La réaction des professeurs de SES ne s’est pas faite attendre :

http://www.alternatives-economiques.fr/nicolas-sarkozy-et-la-serie-e-s—-des-confusions-prejudiciables_fr_art_633_41767.html

et un communiqué de l’Association des Professeurs de SES (APSES) :

 

Communiqué de presse de l’APSES du 28 janvier 2009

 Non, Monsieur le Président, la série Economique et Sociale n’est pas une « blague ».

 Lors d’un déplacement à Châteauroux (Indre), le Président de la République a déclaré : « Il y a une filière économique pour vos enfants. C’est une blague ». Ces propos insultent directement les élèves (dont Monsieur Sarkozy, qui a obtenu ce bac en 1973) et les enseignants qui ont contribué au succès de cette série depuis 40 ans.

 

La suite des déclarations du Président démontre une grave méconnaissance des débouchés de ce baccalauréat : « Parce que la filière économique ES, mettez vos enfants dedans, et ils ne peuvent pas se permettre de se présenter dans les meilleures écoles économiques. Qu’est-ce que cela veut dire ? On dit à ton gosse, fais la filière économique, tu pourras faire de l’économie et à l’arrivée ils ne peuvent pas se présenter [aux concours]. Ce n’est pas admissible » [Source : Le Monde du 28 janvier 2009].

Rappelons que, selon les statistiques du Ministère de l’Education Nationale, près de la moitié des bacheliers ES poursuivent leurs études dans des filières de l’enseignement supérieur où l’économie est une des disciplines principales (filières universitaires en Economie-Gestion, Administrations Economiques et Sociales, IUT et STS tertiaires, Classes préparatoires, Ecoles de commerce et de management, Instituts d’Etudes Politiques). Par exemple, les bacheliers ES forment le premier groupe d’étudiants en faculté d’Economie-Gestion, loin devant les autres bacheliers généraux et technologiques. Les taux de réussite des bacheliers ES dans ces différentes filières sont sensiblement égaux à ceux des bacheliers S, alors que le recrutement de la série ES est beaucoup plus mixte socialement (28% d’enfants de parents diplômés du supérieur dans la série ES contre 43% dans la série S).

Alors que la lettre de mission pour la réforme du lycée remise à Richard Descoings le 14 janvier dernier pointe les défauts d’un lycée « discriminant socialement », il est incompréhensible que les performances de la série ES soient à ce point ignorées et décriées. Ainsi, contrairement à ce qu’affirme le Président, ces performances sont excellentes dans les filières les plus sélectives des cursus économiques. En 2006-2007, les bacheliers ES représentaient 43% des élèves des classes préparatoires Economiques et Commerciales et 37% des élèves intégrant 24 grandes écoles de la Banque Commune d’Epreuves, alors qu’ils ne représentent que 31% des bacheliers généraux et que les places qui leur sont offertes en classes préparatoires sont bien moindre que pour les bacheliers S. Par ailleurs, 60% des étudiants admis dans les écoles de commerce après le bac sont issus de la série ES, ainsi que près de la moitié des étudiants des Instituts d’Etudes Politiques.

             Ce qui est particulièrement étonnant, c’est que l’objet principal de l’intervention de Nicolas Sarkozy soit de s’en prendre à la filière S qui attirerait la plupart des bons élèves, perdant ainsi sa vocation première de baccalauréat scientifique. Or, pour illustrer cette situation, il attaque … le bac ES, qui est celui dont les effectifs ne cessent de progresser. Pense-t-il sérieusement résoudre le problème de la série S en dénigrant la série ES, qui est justement celle qui résiste le mieux à l’hégémonie de la série S ?

             Ces déclarations pour le moins surprenantes voire humiliantes augurent mal de la phase de concertation sur la réforme du lycée ouverte par le Ministre de l’Education début janvier. L’APSES ne peut ignorer ces déclarations et demande au Président de la République de clarifier ces propos qui peuvent légitimement être reçus comme une gifle par les élèves, les parents d’élèves, les enseignants du supérieur qui accueillent ces élèves, et les professeurs de la série ES. L’APSES demande également à être reçue dans le cadre de la mission de concertation pour la réforme du lycée confiée à Richard Descoings.

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Les voeux de M. Sarkozy à l’Education nationale

lundi 12 janvier 2009

Vous pouvez les regarder ici ces voeux « aux personnels de l’Education nationale » (pas les élèves, ni les parents ?).

Voir aussi les images des réactions des enseignants sur place, et les trois « dossiers chauds » actuels de l’Education nationale.

Lors de ce discours caractérisé par le volontarisme libéral – si on travaille, on réussit, tout le monde peut choisir son destin, etc. – et une critique forte de l' »immobilisme » (des professeurs bien entendu – ils connaissent une réforme tous les 4-5 ans, mais passons), M. Sarkozy a refusé une augmentation du budget – comme il l’avait fait lors de ses voeux à l’Hôpital public -, et a annoncé la création d’un Haut commissariat à la jeunesse, attribué à Martin Hirsch, déjà Haut commissaire aux solidarités actives (un poste particulier, pas vraiment dans le gouvernement, mais qui lui a permis de créer le RSA) : Jeunesse / Pauvreté, même combat ?  🙂

De plus, la réforme du lycée est prise en charge par Richard Descoings, directeur de l’IEP Paris (le célèbre « Sciences Po ») – qui s’était fait connaître notamment en créant une procédure d’admission particulière pour des élèves venant de zones d’éducation prioritaire (ZEP).

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