Interview de Daniel Cohen : le piège de l' »homo economicus »

mercredi 19 septembre 2012

Dans l’émission « C à vous » sur France 5, avec Alessandra Sublet (!!!), le 5 septembre, DANIEL COHEN, l’un des économistes français les plus connus, explique les causes de la crise, et montre que nous sommes piégés par la logique strictement utilitariste et compétitive de l' »homo economicus », titre de son dernier ouvrage.

Il pose aussi des questions à plus long terme : quelle société voulons-nous ? comment ne plus faire dépendre le bonheur de l’accumulation de biens matériels ? comment remplacer la compétition sans fin (qui n’apporte que de la frustration en définitive) par la coopération et la solidarité ?

A écouter aussi, des courtes chroniques sur la radio France Culture cette semaine (deux fois 3 minutes) :

1) Qu’est-ce que l' »homo economicus » ?

2) La prospérité rend-elle plus heureux ?

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Contre la fameuse « règle d’or »

mercredi 23 mai 2012

Un grand économiste, DOMINIQUE PLIHON, présente et critique – de manière très simple et claire – la « règle d’or » budgétaire, qui est en train d’être mise en place en Europe :

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Mai 81 : une autre société aurait été possible…

jeudi 10 mai 2012

Analyse intéressante, par Benoît Borrits, dans la revue REGARDS – 10 mai 2012

Trente et un an avant l’élection de François Hollande, en 1981, la gauche arrive au pouvoir dans une situation de crise du taux de profit sans équivalent depuis la fin de la guerre. Bien que prônant la transformation sociale, elle refusera de poser la question du pouvoir économique dans les entreprises. Laissant passer une chance historique qui ouvrira la porte au néolibéralisme.

Un des thèmes récurrents du débat politique est celui de la part des salaires dans la valeur ajoutée qui a baissé entre 1982 et maintenant. En se référant aux statistiques de l’INSEE relatives aux sociétés non financières, on s’aperçoit que cette part se situait durant les trente glorieuses aux alentours de 72% pour connaître une hausse à partir de 1974 qui culminera en 1981-1982 pour chuter brutalement et évoluer à partir de 1989 aux alentours de 68%, c’est-à-dire à des niveaux inférieurs à ceux des années 1949-1972.

Part des salaires dans la valeur ajoutée brute au coût des facteurs – sociétés non financières – source INSEE

Paradoxalement, ce n’est pas un gouvernement conservateur qui obtiendra cette chute de la part des salaires dans la valeur ajoutée mais un gouvernement socialiste qui proclamait initialement sa volonté de rupture avec le capitalisme. Après une courte année de relance keynésienne, le gouvernement de Pierre Mauroy impulsera un tournant à 180° en faveur de la rigueur. On fera désormais la promotion de l’esprit d’entreprise : les « années fric » peuvent commencer. Au-delà d’une stérile et vaine dénonciation de cette évolution, comment expliquer ce tournant et surtout comment s’en prémunir pour l’avenir ?

Dans les propositions politiques, il est fréquemment question de rééquilibrer le partage de la valeur ajoutée en faveur du travail. Si cette part est actuellement de 68% dans les sociétés non financières, on évoque souvent un rattrapage d’environ 10% pour revenir aux niveaux de 1982. Pourquoi ne pourrions-nous pas aller au-delà et la porter à 90%, voire à 100% ?

Répondre à cette question suppose de détailler la composition de la valeur ajoutée. Qu’y a-t-il au delà de la part des salaires ? Des impôts, divers transferts, des frais ou produits financiers et surtout l’usure des équipements que l’on appelle « amortissements » dans la comptabilité d’entreprise ou « Consommation de Capital Fixe » dans la comptabilité nationale. Dans les faits, la partie excédent la part des salaires n’est pas exclusivement réservée aux détenteurs de l’entreprise : une part va alimenter le budget de l’Etat, une autre va rémunérer les créanciers et l’usure des équipements doit être considérée comme un coût additionnel pour l’entreprise. Il convient donc de retraiter les informations que nous donne la comptabilité nationale pour tenter d’évaluer les profits réels des entreprises : ce sont ces bénéfices qui déterminent si globalement celles-ci gagnent de l’argent ou en perdent, en d’autres termes, si la pérennité des entreprises sera assurée dans le temps.

Cette évaluation ne peut se faire qu’à partir de 1979, année où l’INSEE commence à donner une évaluation de l’usure des équipements [1] (Consommation de Capital Fixe). Ces bénéfices [2] rapportés aux chiffres d’affaires [3] nous donnent alors les taux de marge suivants :

Taux de marge des sociétés non financières rapportés au chiffre d’affaires – d’après source INSEE

Sur la période 1979-1985, il apparaîtrait que les bénéfices des entreprises étaient globalement négatifs : cela ne signifie évidemment pas que toutes entreprises perdent de l’argent mais que les pertes des entreprises déficitaires sont plus importantes que les bénéfices des autres. Alors que cette situation préexistait avec le gouvernement de droite de Valery Giscard d’Estaing, c’est un gouvernement socialiste qui créera les conditions pour le rétablissement du taux de bénéfice à partir de 1983. A partir de 1988, ce taux évoluera ensuite dans un couloir allant de 2% à 5%.

Dans une économie où la majeure partie des entreprises sont des sociétés de capitaux, une situation dans laquelle les bénéfices globaux des entreprises sont négatifs pose problème : cela signifie qu’il est périlleux d’investir, que d’une façon générale et tous secteurs confondus, les risques de perdre de l’argent sont plus importants que les chances d’en gagner. C’est dans cette situation que la gauche est arrivée au pouvoir en 1981, une situation de crise du taux de profit. En supposant que la part des salaires dans la valeur ajoutée progresse de 10 points à la faveur d’une politique progressiste, nous nous retrouverions alors, quoique pour des raisons très différentes, dans une situation qui aura de nombreuses similitudes : il serait regrettable de faire les mêmes mauvais choix qu’en 1981.

Le fondement du programme économique de Mitterrand était une relance keynésienne par les dépenses publiques et le pouvoir d’achat. En mesures positives, le SMIC a été relevé de 10%, les salaires des fonctionnaires ont été augmentés de 3,5%, l’horaire hebdomadaire de travail est passé de 40 à 39 heures et une cinquième semaine de congés payés a été instituée. En contrepartie, un plan d’action industriel dans des secteurs clés de l’économie était initié afin « de reconquérir le marché intérieur et de créer des emplois ». Le seul problème était que la France était la seule à pratiquer une telle politique et que, sans protection du marché intérieur, cette politique de relance profitait aux entreprises étrangères et aggravait le déficit commercial. Comme l’ont indiqué, aussi bien Michel Rocard [4] que de nombreux auteurs se situant à gauche de la gauche [5], il eut mieux valu, dans ce contexte, annoncer une forte dévaluation du Franc dès le début du septennat de façon à donner toutes ses chances à ce programme. En réalité, les dévaluations auront bien lieu mais trop tard et seront plus conçues comme des réactions a posteriori à l’égard de la dégradation de la balance des paiements qu’une action résolue visant à assurer la réussite d’une politique. C’est ainsi que, loin de disparaître et en dépit des politiques d’embauche de fonctionnaires, le chômage continuera fortement de croître sur cette période passant de 6% à 9%. Pour autant, les effets d’une dévaluation sont toujours difficile à mesurer. Celle-ci a pour effet de dévaloriser la production intérieure. Si l’abaissement des prix est une opportunité pour exporter et favoriser le marché intérieur, il est aussi une difficulté supplémentaire pour les entreprises importatrices qui voient les prix de leurs intrants augmenter.

Dès lors, une sortie du capitalisme n’aura-t-elle pas été la meilleure solution à cette crise du taux de profit ? La loi de nationalisation du 13 février 1982 a permis de contrôler la totalité du secteur bancaire ainsi que de nombreux secteurs industriels (CGE, PUK, Rhône-Poulenc, Saint-Gobain- Thomson). Ce contrôle total du secteur bancaire aurait permis permis de relancer l’activité économique et d’assurer une propriété sociale de l’outil productif. Au lieu de cela, le système bancaire a été géré avec les mêmes critères de rentabilité qu’auparavant et la seule mesure de changement dans la vie des entreprises ont été les lois Auroux promulguées d’août à décembre 1982 qui constituent un progrès [6], mais ne donnent aucun autre pouvoir aux salariés que celui d’être consultés.

Au-delà des effets de tribune attendus et autres déclarations tonitruantes, le Congrès de Valence d’octobre 1981 avait consacré l’idée de changement progressif et de compromis avec le capital : « Puisque nous avons choisi de transformer graduellement ce système économique, cela veut dire que nous allons chercher une situation de compromis qui naturellement sera plus favorable aux forces de transformation sociale, sera un progrès pour le monde du travail » [7]. Le capitalisme était en crise aigüe du taux de profit, le pays perdait des emplois tous les jours, il aurait fallu agir vite et permettre aux salariés et aux usagers de prendre le contrôle des entreprises. Les socialistes choisiront un compromis dans lequel le pouvoir économique des actionnaires était reconnu et maintenu, ce qui les amènera quelques mois plus tard au tournant de la rigueur et à la restauration des profits des entreprises par l’acceptation du chômage de masse.

Si demain, les conditions économiques laissaient apparaître, pour de multiples raisons, une nouvelle crise du taux de profit, gageons qu’une véritable gauche posera cette fois-ci la question du pouvoir économique au lieu de s’engager dans un compromis stérile dont l’issue ne pourra être que de nouveaux reculs sociaux.

Notes

[1] A noter cependant que les règles de dépréciation des équipements ne sont pas exactement les mêmes dans la comptabilité d’entreprise et dans la comptabilité nationale.

[2] L’évaluation des bénéfices se fera comme étant égale au revenu disponible brut des sociétés non financières duquel on ajoutera les dividendes des entreprises (ceux-ci n’étant distribués qu’après le constat du bénéfice) et on déduira l’usure des équipements.

[3] L’évaluation des chiffres d’affaires a été donné en prenant la valeur de la production de laquelle on déduira les impôts moins les subventions sur la production.

[4] Si la Gauche savait, Michel Rocard, Robert Laffont, 2005

[5] Quand la gauche essayait, Serge Halimi, Arléa, 2000

[6] Interdiction de toute discrimination, droit d’expression des salariés sur les conditions de travail, dotation minimale de fonctionnement des comités d’entreprise, obligation annuelle de négociation sur les salaires, la durée et l’organisation du travail, création du CHSCT et d’un droit de retrait du salarié.

[7] Motion unique du Congrès de Valence du Parti socialiste, octobre 1981.

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Les riches ont besoin de prêter !

samedi 10 mars 2012

Une vidéo courte mais très pertinente, avec EMMANUEL TODD, démographe, anthropologue et observateur très lucide des économies et des sociétés contemporaines :

http://www.youtube.com/watch?v=GdGOFLpA4MQ&feature=player_embedded Tags : , ,

Les plans de rigueur expliqués par les Playmobil

samedi 17 décembre 2011

Une vidéo sympa réalisée par Jessica Dubois, journaliste, et Eric Heyer, économiste :

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Paul Krugman contre les libéraux

dimanche 16 octobre 2011

 

Paul Krugman

UN ARTICLE DU PRIX NOBEL D’ECONOMIE dans le grand quotidien le New York Times, contre l’irréalisme des libéraux, qui vivent selon lui « dans le terrier du lapin blanc » (dans Alice au pays des merveilles…) :

L’ECONOMIE DU TERRIER DU LAPIN BLANC

Lire le compte-rendu du débat des républicains de mardi au sujet de l’économie est comme tomber dans le terrier du lapin blanc pour quiconque a un peu suivi les évènements de ces dernières années.

Tout à coup, on se retrouve dans un monde merveilleux où rien ne semble se produire comme dans la vie réelle.

Et puisque la politique économique est en relation avec le monde dans lequel nous vivons, pas le monde merveilleux issu de l’imagination du « Grand Old Party » (surnom du Parti Républicain – de droite donc : E.B.), l’idée que l’une de ces personnes puisse être notre prochain président est franchement terrifiante.

Dans le monde réel, les évènements récents ont réfuté de façon dramatique cette orthodoxie du libre marché qui régit la politique américaine depuis trois décennies. Avant tout, la longue croisade contre les réglementations financières, les efforts couronnés de succès pour défaire les règles de prudence établies après la Grande Dépression sous prétexte qu’elles n’étaient pas nécessaires, tout ceci a fini par démontrer – et la nation en a payé le prix fort – que ces règles étaient finalement nécessaires.

Dans le terrier du lapin blanc, rien de tout ça n’est arrivé. On ne s’est pas retrouvé en crise à cause de prêteurs privés à la dérive comme Countrywide Financial. On ne s’est pas retrouvé en crise parce que Wall Street a prétendu que trancher, débiter et restructurer des créances douteuses pourrait, on ne sait comment, créer des actifs notés AAA- et les agences de notation privées ont joué leur jeu. On ne s’est pas retrouvé en crise parce que des « banques parallèles » comme Lehman Brothers ont exploité des failles dans la réglementation financière pour créer des menaces de type bancaire sur le système financier sans être assujetties aux limites bancaires sur la prise de risque. Non, dans l’univers du parti républicain, on s’est retrouvé en crise par la faute du député Barney Frank, qui a obligé les banques sans défense à prêter de l’argent à des pauvres qui ne le méritaient pas.

Oui, j’exagère un peu, mais pas beaucoup. Le nom de Frank a été assimilé encore et encore au méchant de la crise, et pas seulement dans le contexte de la loi de réforme financière Dodd Frank, que les républicains veulent abroger. Il est fabuleux de constater sa soi-disant influence étant donné qu’il est démocrate et que la plus grosse partie des créances douteuses qui handicapent aujourd’hui notre économie ont été effectuées alors que George W. Bush était le président et que les républicains contrôlaient la Chambre des représentants d’une main de fer. Mais il reste le méchant numéro un quand même.

La diabolisation de Frank mise à part, c’est désormais évident que la ligne du parti républicain est de prétendre que le gouvernement est responsable de l’ensemble du problème. Il faut savoir que cette ligne de pensée s’est durcie alors même que les supposées preuves quant au gouvernement étant le principal méchant de la crise ont été discréditées. Le fait est que les règles gouvernementales n’ont pas forcé les banques à effectuer des créances douteuses et que les prêteurs soutenus par le gouvernement, alors qu’ils se sont mal comportés sur de nombreux points, ne comptabilisent que peu de ces prêts vraiment à hauts risques qui ont alimenté la bulle immobilière.

Mais tout ça c’est du passé. Que veulent faire les républicains aujourd’hui ? En particulier, que veulent-ils faire concernant le chômage? Eh bien ils veulent renvoyer Ben Bernanke, le président de la Réserve Fédérale – non parce qu’il n’en fait pas assez, ce qu’on pourrait lui reprocher, mais parce qu’il en fait trop. Ils ne proposent donc évidemment aucune action visant à créer des emplois via une politique monétaire.

Lors du débat de mardi, Mitt Romney a cité de façon fortuite N. Gregory Mankiw d’Harvard comme l’un de ses conseillers. Combien de républicains savent que Mankiw était d’avis, judicieusement selon moi, de permettre une inflation délibérée par la Réserve Fédérale afin de résoudre nos problèmes économiques ?

Ainsi donc pas de réparation monétaire. Quoi d’autre? Eh bien, Rick Perry, tel le Cheshire Cat, semblant disparaître, petit à petit, jusqu’à ce qu’on n’aperçoive plus que ses cheveux, a affirmé, de façon peu plausible, qu’il pourrait créer 1,2 million d’emplois dans le secteur énergétique. Parallèlement, Romney a appelé à des baisses d’impôts permanentes – en somme, revivons les années Bush ! Et Herman Cain ? Oh, peu importe.

A propos, quelqu’un d’autre a-t-il noté la disparition des déficits budgétaires en tant que souci premier des républicains depuis qu’ils ont commencé à parler de baisses d’impôts pour les entreprises et les riches ?

Tout cela est assez drôle. Mais c’est également, comme je l’ai dit, terrifiant. La Grande Récession aurait dû être une énorme sonnette d’alarme. Il était impossible que quelque chose comme ça se produise dans le monde moderne. Tout le monde, et je dis bien tout le monde devrait procéder à une véritable introspection, et se demander combien de ce qu’il ou elle croyait vrai ne l’est pas en réalité.

Mais le GOP a répondu à la crise non pas en repensant son dogme mais en adoptant une version encore plus brutale de ce dogme, devenant ainsi une caricature de lui-même. Pendant le débat, les présentateurs ont diffusé un clip de Ronald Reagan demandant une augmentation des recettes ; aujourd’hui, aucun homme politique espérant jouer un rôle dans le parti de Reagan n’oserait dire une chose pareille.

C’est terrible lorsqu’un individu perd pied avec la réalité. Mais c’est encore pire lorsque la même chose arrive à un parti politique entier, un parti qui a déjà le pouvoir de bloquer toutes les propositions du président et qui pourrait bientôt contrôler tout le gouvernement.

Paul Krugman 

© 2011 New York Times News Service

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Rencontre avec les « Economistes atterrés »

samedi 15 octobre 2011

Les Economistes atterrés sont un groupe de plusieurs centaines d’économistes renommés voulant rompre avec les idées dominantes face à la crise et à la finance : ce ne sont pas des extrêmistes, seulement des spécialistes qui pensent que l’on peut gouverner autrement l’économie, et qui le prouvent par des raisonnements rigoureux.

Voici une vidéo très intéressante sur une rencontre du journal en ligne Mediapart avec quelques-uns de ces économistes, le 10 octobre – bien que longue, mais vous pouvez vous arrêter quand vous voudrez…

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Comprendre la dette publique en 10 minutes

vendredi 7 octobre 2011

Une petite vidéo très bien faite, pour comprendre la crise des dettes publiques aujourd’hui…

 

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Peut-on annuler la dette de la Grèce ?

jeudi 6 octobre 2011

« Y’a qu’à annuler les dettes »

Guillaume Duval – mensuel « Alternatives Economiques » – Article Web – 06 octobre 2011

La Grèce ne pourra pas rembourser sa dette entièrement, explique Guillaume Duval dans sa chronique sur Radio Nova. Il faut donc en supprimer une partie, sans pour autant généraliser ce type de pratiques, sous peine de créer un « aléa moral » : sachant qu’on viendra les tirer d’affaire, les débiteurs auraient tendance à prendre des risques inconsidérés.

Face à la crise des dettes publiques dans la zone euro, on considère souvent qu’il suffirait d’annuler les dettes des Etats. Mais, pour vous, c’est quand même une affaire compliquée…

En effet. Il ne fait guère de doute désormais que la Grèce est totalement incapable de rembourser les 350 milliards d’euros de dette publique qu’elle a accumulés. Et qu’il faudrait en annuler une part beaucoup plus importante que les 21 % prévus par l’accord européen du 21 juillet dernier. Il y a cependant de bonnes raisons à ce que les Européens hésitent avant d’utiliser ce remède à grande échelle.

En quoi est-ce si risqué ?

La relation créancier-débiteur est au cœur de la dynamique économique. C’est en effet le crédit qui permet de financer des projets qui permettront de créer des richesses supplémentaires demain avec de l’argent qu’on n’a pourtant pas mis de côté jusque-là. C’est ce mécanisme qui a permis la croissance si impressionnante des économies monétaires. Le crédit n’a pu cependant se déployer que parce que la relation créancier-débiteur a été encadrée très strictement par les pouvoirs publics. Le crédit marche en effet tant que le créancier « croit » (crédit vient du verbe latin credo, je crois) que le débiteur va effectivement le rembourser plus tard. S’il a de bonnes raisons de penser qu’il ne retrouvera pas sa mise, il n’a plus aucune raison d’accepter de prêter. Et c’est la stagnation économique.

Et comment éviter cela ?

Toutes les sociétés ont prévu des contraintes fortes pour amener les débiteurs à rembourser effectivement l’argent qu’ils ont emprunté. Elles ont cependant reconnu aussi que rien ne sert de s’acharner lorsque tel ou tel débiteur ne parvient plus à rembourser tout ce qu’il doit. Dans ce cas, le meilleur moyen de ne pas tout perdre est encore de renoncer à une partie des créances qu’on détient.

D’où la mise en place de procédures de faillites pour les entreprises ou de pratiques similaires pour les particuliers. Ces procédures restent néanmoins associées à des conditions strictes imposées au débiteur. En effet, un traitement trop laxiste risquerait d’encourager ce qu’on appelle l' »aléa moral » : sachant qu’on viendra les tirer d’affaire, les débiteurs auraient tendance à prendre des risques inconsidérés.

D’accord mais quid des Etats ?

Ce sont des débiteurs très particuliers. Ils ont tout d’abord la capacité d’obliger entreprises et ménages présents sur leur territoire à payer les dettes contractées à leur égard avant celles qu’ils doivent à d’autres acteurs privés. De plus, ils peuvent imposer à leurs administrés des impôts supplémentaires, alors que ménages ou entreprises n’ont aucun moyen d’obliger leurs clients à payer des prix supérieurs ou leurs employeurs d’augmenter leurs salaires. Pour ces raisons, les Etats sont considérés comme les débiteurs les plus sûrs. En conséquence de quoi ce sont aussi eux qui, traditionnellement, bénéficient des taux d’intérêt les plus bas.

Mais, dans ces conditions, reconnaître qu’un Etat est insolvable menace non seulement sa propre crédibilité mais aussi celle de tous les autres Etats de la zone euro. Conduisant du coup à une forte hausse des taux d’intérêt qui leur sont accordés. C’est la raison pour laquelle, les Européens ont tardé à reconnaître que l’Etat grec était dans une telle situation… Il faut maintenant annuler une bonne partie de sa dette, mais il faut aussi dans le même temps montrer de façon crédible qu’on ne fera pas la même chose pour l’Espagne ou l’Italie, sinon tout risque de partir en vrille. Et ça n’a rien d’évident…

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L’accord sur la dette fédérale américaine est un « désastre », selon Krugman

mardi 2 août 2011

On s’en doutait, mais PAUL KRUGMAN, grand économiste progressiste, et Prix Nobel d’économie 2008, nous le confirme : l’accord trouvé in extremis entre Démocrates et Républicains hier soir, en vue d’augmenter le plafond de la dette fédérale américaine, n’a rien d’une bonne solution.

Le président OBAMA peut apparaître comme celui qui a surmonté le blocage – ce qui est bon pour son image et sa crédibilité, pour la prochaine élection présidentielle – mais il voit sa politique complètement dénaturée par les concessions très importantes (et qui auraient pu être évitées en anticipant il y a plusieurs mois) faites à l’aile la plus dure des Républicains (cad. la plus ultralibérale, hostile à toutes les dépenses de l’Etat et tous les impôts) : le « Tea Party ».

Paul Krugman : « L’accord (sur la dette américaine) est un désastre »

01-08-11 à 14:01 par la rédaction de Challenges.fr

Avec l’accord sur le relèvement du plafond de la dette américaine survenu dimanche, les Etats-Unis auraient évité la catastrophe. Faux, répond le prix Nobel d’économie 2008.

Paul Krugman (c) Sipa Paul Krugman (c) Sipa

Alors que les investisseurs célèbrent l’accord entre Démocrates et Républicains sur le relèvement du plafond de la dette par une reprise sur les marchés, le célèbre chroniqueur économique du New York Times, Paul Krugman, fustige ce lundi 1er août une « capitulation » du président Barack Obama et prédit des conséquences désastreuses sur l’économie américaine.

« L’accord, compte tenu des informations disponibles jusqu’à présent, est un désastre, et pas seulement pour le président Obama et son parti. Il causera des dommages à une économie déjà en crise. Cela va probablement aggraver, et non améliorer, le problème de déficit des Etats-Unis sur le long terme », s’inquiète le Prix Nobel d’économie 2008. Et de prédire plusieurs années de déclin pour l’activité américaine.

Barack Obama, otage des extrémistes Républicains

« Les termes de l’accord s’apparentent à une abjecte capitulation de la part du président. D’abord il va y avoir de grosses coupes dans les dépenses mais aucune augmentation des recettes. Ensuite, une commission spéciale du Congrès rendra un avis sur les réductions budgétaires supplémentaires à envisager. Et si ces recommandations ne sont pas acceptées, il y aura automatiquement des coupes supplémentaires », s’insurge celui qui vilipende souvent la politique du président américain depuis son élection.

Barack Obama capitulerait-il trop facilement face à ses opposants ? Oui, répond sans hésiter Paul Krugman, pour qui ce scénario n’était pas inéluctable. Le président américain n’a pas su anticiper les problèmes de la dette américaine, selon l’économiste. A commencer par la réaction des Républicains, traditionnellement hostiles à tout accord avec leurs rivaux démocrates. Le président des Etats-Unis « aurait dû dès décembre demander un relèvement du plafond de la dette ». Au final, c’est bel et bien le président Obama qui s’est retrouvé pris en otage, forcé de négocier et d’abdiquer au profit des « extrémistes de l’aile droite politique »

La rigueur budgétaire fustigée

Alors que l’accord prévoit une réduction des dépenses de 2.500 milliards de dollars, l’économiste tance la rigueur budgétaire. « La pire chose que vous puissiez faire dans ces circonstances est de réduire les dépenses du gouvernement, car cela aggravera encore plus la dépression économique. Ne tenez pas compte de ceux qui invoquent la fée ‘confiance’, et qui prétendent que la rigueur budgétaire rassure les investisseurs et les consommateurs, les encourageant à dépenser plus. Cela ne marche pas comme ça, l’Histoire l’a déjà prouvé de nombreuses fois », écrit-il, avant d’ajouter: « Ceux qui demandent aujourd’hui des coupes dans les dépenses sont comme les docteurs du Moyen-âge qui traitait les malades en les saignant, les rendant au final encore plus malades.

« Ne vous y trompez pas, nous assistons ici à une catastrophe sur plusieurs niveaux ». Economique et politique, précise l’économiste, les Démocrates venant de prouver qu’ils étaient incapables de faire pression sur leurs opposants Républicains. Mais pire encore, s’inquiète Paul Krugman, « comment la démocratie américaine peut-elle fonctionner quand un parti, suffisamment préparé pour être impitoyable et pour menacer la sécurité économique de la nation, parvient à dicter sa politique ? »

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