Paul Krugman contre les libéraux

dimanche 16 octobre 2011

 

Paul Krugman

UN ARTICLE DU PRIX NOBEL D’ECONOMIE dans le grand quotidien le New York Times, contre l’irréalisme des libéraux, qui vivent selon lui « dans le terrier du lapin blanc » (dans Alice au pays des merveilles…) :

L’ECONOMIE DU TERRIER DU LAPIN BLANC

Lire le compte-rendu du débat des républicains de mardi au sujet de l’économie est comme tomber dans le terrier du lapin blanc pour quiconque a un peu suivi les évènements de ces dernières années.

Tout à coup, on se retrouve dans un monde merveilleux où rien ne semble se produire comme dans la vie réelle.

Et puisque la politique économique est en relation avec le monde dans lequel nous vivons, pas le monde merveilleux issu de l’imagination du « Grand Old Party » (surnom du Parti Républicain – de droite donc : E.B.), l’idée que l’une de ces personnes puisse être notre prochain président est franchement terrifiante.

Dans le monde réel, les évènements récents ont réfuté de façon dramatique cette orthodoxie du libre marché qui régit la politique américaine depuis trois décennies. Avant tout, la longue croisade contre les réglementations financières, les efforts couronnés de succès pour défaire les règles de prudence établies après la Grande Dépression sous prétexte qu’elles n’étaient pas nécessaires, tout ceci a fini par démontrer – et la nation en a payé le prix fort – que ces règles étaient finalement nécessaires.

Dans le terrier du lapin blanc, rien de tout ça n’est arrivé. On ne s’est pas retrouvé en crise à cause de prêteurs privés à la dérive comme Countrywide Financial. On ne s’est pas retrouvé en crise parce que Wall Street a prétendu que trancher, débiter et restructurer des créances douteuses pourrait, on ne sait comment, créer des actifs notés AAA- et les agences de notation privées ont joué leur jeu. On ne s’est pas retrouvé en crise parce que des « banques parallèles » comme Lehman Brothers ont exploité des failles dans la réglementation financière pour créer des menaces de type bancaire sur le système financier sans être assujetties aux limites bancaires sur la prise de risque. Non, dans l’univers du parti républicain, on s’est retrouvé en crise par la faute du député Barney Frank, qui a obligé les banques sans défense à prêter de l’argent à des pauvres qui ne le méritaient pas.

Oui, j’exagère un peu, mais pas beaucoup. Le nom de Frank a été assimilé encore et encore au méchant de la crise, et pas seulement dans le contexte de la loi de réforme financière Dodd Frank, que les républicains veulent abroger. Il est fabuleux de constater sa soi-disant influence étant donné qu’il est démocrate et que la plus grosse partie des créances douteuses qui handicapent aujourd’hui notre économie ont été effectuées alors que George W. Bush était le président et que les républicains contrôlaient la Chambre des représentants d’une main de fer. Mais il reste le méchant numéro un quand même.

La diabolisation de Frank mise à part, c’est désormais évident que la ligne du parti républicain est de prétendre que le gouvernement est responsable de l’ensemble du problème. Il faut savoir que cette ligne de pensée s’est durcie alors même que les supposées preuves quant au gouvernement étant le principal méchant de la crise ont été discréditées. Le fait est que les règles gouvernementales n’ont pas forcé les banques à effectuer des créances douteuses et que les prêteurs soutenus par le gouvernement, alors qu’ils se sont mal comportés sur de nombreux points, ne comptabilisent que peu de ces prêts vraiment à hauts risques qui ont alimenté la bulle immobilière.

Mais tout ça c’est du passé. Que veulent faire les républicains aujourd’hui ? En particulier, que veulent-ils faire concernant le chômage? Eh bien ils veulent renvoyer Ben Bernanke, le président de la Réserve Fédérale – non parce qu’il n’en fait pas assez, ce qu’on pourrait lui reprocher, mais parce qu’il en fait trop. Ils ne proposent donc évidemment aucune action visant à créer des emplois via une politique monétaire.

Lors du débat de mardi, Mitt Romney a cité de façon fortuite N. Gregory Mankiw d’Harvard comme l’un de ses conseillers. Combien de républicains savent que Mankiw était d’avis, judicieusement selon moi, de permettre une inflation délibérée par la Réserve Fédérale afin de résoudre nos problèmes économiques ?

Ainsi donc pas de réparation monétaire. Quoi d’autre? Eh bien, Rick Perry, tel le Cheshire Cat, semblant disparaître, petit à petit, jusqu’à ce qu’on n’aperçoive plus que ses cheveux, a affirmé, de façon peu plausible, qu’il pourrait créer 1,2 million d’emplois dans le secteur énergétique. Parallèlement, Romney a appelé à des baisses d’impôts permanentes – en somme, revivons les années Bush ! Et Herman Cain ? Oh, peu importe.

A propos, quelqu’un d’autre a-t-il noté la disparition des déficits budgétaires en tant que souci premier des républicains depuis qu’ils ont commencé à parler de baisses d’impôts pour les entreprises et les riches ?

Tout cela est assez drôle. Mais c’est également, comme je l’ai dit, terrifiant. La Grande Récession aurait dû être une énorme sonnette d’alarme. Il était impossible que quelque chose comme ça se produise dans le monde moderne. Tout le monde, et je dis bien tout le monde devrait procéder à une véritable introspection, et se demander combien de ce qu’il ou elle croyait vrai ne l’est pas en réalité.

Mais le GOP a répondu à la crise non pas en repensant son dogme mais en adoptant une version encore plus brutale de ce dogme, devenant ainsi une caricature de lui-même. Pendant le débat, les présentateurs ont diffusé un clip de Ronald Reagan demandant une augmentation des recettes ; aujourd’hui, aucun homme politique espérant jouer un rôle dans le parti de Reagan n’oserait dire une chose pareille.

C’est terrible lorsqu’un individu perd pied avec la réalité. Mais c’est encore pire lorsque la même chose arrive à un parti politique entier, un parti qui a déjà le pouvoir de bloquer toutes les propositions du président et qui pourrait bientôt contrôler tout le gouvernement.

Paul Krugman 

© 2011 New York Times News Service

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Rencontre avec les « Economistes atterrés »

samedi 15 octobre 2011

Les Economistes atterrés sont un groupe de plusieurs centaines d’économistes renommés voulant rompre avec les idées dominantes face à la crise et à la finance : ce ne sont pas des extrêmistes, seulement des spécialistes qui pensent que l’on peut gouverner autrement l’économie, et qui le prouvent par des raisonnements rigoureux.

Voici une vidéo très intéressante sur une rencontre du journal en ligne Mediapart avec quelques-uns de ces économistes, le 10 octobre – bien que longue, mais vous pouvez vous arrêter quand vous voudrez…

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L’accord sur la dette fédérale américaine est un « désastre », selon Krugman

mardi 2 août 2011

On s’en doutait, mais PAUL KRUGMAN, grand économiste progressiste, et Prix Nobel d’économie 2008, nous le confirme : l’accord trouvé in extremis entre Démocrates et Républicains hier soir, en vue d’augmenter le plafond de la dette fédérale américaine, n’a rien d’une bonne solution.

Le président OBAMA peut apparaître comme celui qui a surmonté le blocage – ce qui est bon pour son image et sa crédibilité, pour la prochaine élection présidentielle – mais il voit sa politique complètement dénaturée par les concessions très importantes (et qui auraient pu être évitées en anticipant il y a plusieurs mois) faites à l’aile la plus dure des Républicains (cad. la plus ultralibérale, hostile à toutes les dépenses de l’Etat et tous les impôts) : le « Tea Party ».

Paul Krugman : « L’accord (sur la dette américaine) est un désastre »

01-08-11 à 14:01 par la rédaction de Challenges.fr

Avec l’accord sur le relèvement du plafond de la dette américaine survenu dimanche, les Etats-Unis auraient évité la catastrophe. Faux, répond le prix Nobel d’économie 2008.

Paul Krugman (c) Sipa Paul Krugman (c) Sipa

Alors que les investisseurs célèbrent l’accord entre Démocrates et Républicains sur le relèvement du plafond de la dette par une reprise sur les marchés, le célèbre chroniqueur économique du New York Times, Paul Krugman, fustige ce lundi 1er août une « capitulation » du président Barack Obama et prédit des conséquences désastreuses sur l’économie américaine.

« L’accord, compte tenu des informations disponibles jusqu’à présent, est un désastre, et pas seulement pour le président Obama et son parti. Il causera des dommages à une économie déjà en crise. Cela va probablement aggraver, et non améliorer, le problème de déficit des Etats-Unis sur le long terme », s’inquiète le Prix Nobel d’économie 2008. Et de prédire plusieurs années de déclin pour l’activité américaine.

Barack Obama, otage des extrémistes Républicains

« Les termes de l’accord s’apparentent à une abjecte capitulation de la part du président. D’abord il va y avoir de grosses coupes dans les dépenses mais aucune augmentation des recettes. Ensuite, une commission spéciale du Congrès rendra un avis sur les réductions budgétaires supplémentaires à envisager. Et si ces recommandations ne sont pas acceptées, il y aura automatiquement des coupes supplémentaires », s’insurge celui qui vilipende souvent la politique du président américain depuis son élection.

Barack Obama capitulerait-il trop facilement face à ses opposants ? Oui, répond sans hésiter Paul Krugman, pour qui ce scénario n’était pas inéluctable. Le président américain n’a pas su anticiper les problèmes de la dette américaine, selon l’économiste. A commencer par la réaction des Républicains, traditionnellement hostiles à tout accord avec leurs rivaux démocrates. Le président des Etats-Unis « aurait dû dès décembre demander un relèvement du plafond de la dette ». Au final, c’est bel et bien le président Obama qui s’est retrouvé pris en otage, forcé de négocier et d’abdiquer au profit des « extrémistes de l’aile droite politique »

La rigueur budgétaire fustigée

Alors que l’accord prévoit une réduction des dépenses de 2.500 milliards de dollars, l’économiste tance la rigueur budgétaire. « La pire chose que vous puissiez faire dans ces circonstances est de réduire les dépenses du gouvernement, car cela aggravera encore plus la dépression économique. Ne tenez pas compte de ceux qui invoquent la fée ‘confiance’, et qui prétendent que la rigueur budgétaire rassure les investisseurs et les consommateurs, les encourageant à dépenser plus. Cela ne marche pas comme ça, l’Histoire l’a déjà prouvé de nombreuses fois », écrit-il, avant d’ajouter: « Ceux qui demandent aujourd’hui des coupes dans les dépenses sont comme les docteurs du Moyen-âge qui traitait les malades en les saignant, les rendant au final encore plus malades.

« Ne vous y trompez pas, nous assistons ici à une catastrophe sur plusieurs niveaux ». Economique et politique, précise l’économiste, les Démocrates venant de prouver qu’ils étaient incapables de faire pression sur leurs opposants Républicains. Mais pire encore, s’inquiète Paul Krugman, « comment la démocratie américaine peut-elle fonctionner quand un parti, suffisamment préparé pour être impitoyable et pour menacer la sécurité économique de la nation, parvient à dicter sa politique ? »

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L’ancien président de la FED américaine a-t-il compris la crise financière ?

jeudi 31 mars 2011

ALAN GREENSPAN, l’ancien président de la FED (Réserve fédérale américaine), considéré comme un « gourou », un magicien de la finance jusqu’à la crise des subprime, a toujours défendu la déréglementation des marchés financiers, et l’absence d’encadrement par l’Etat, en grande partie responsable de la grande crise financière de 2007-2008, et de la crise économique globale qui a suivi.

Greenspan critique aujourd’hui la nouvelle loi destinée à réguler les activités spéculatives des banques.

Crise des subprimes : Alan Greenspan ne fait pas son mea culpa

LEMONDE | 30.03.11

Alan Greenspan (à gauche), président de la Réserve fédérale américaine de 1987 à 2006, et Ben Bernanke qui la dirige depuis.

Alan Greenspan (à gauche), président de la Réserve fédérale américaine de 1987 à 2006, et Ben Bernanke qui la dirige depuis.REUTERS/JASON REED

Londres, correspondant – Les croisés du libéralisme financier refusent à faire leur mea culpa à propos de leur rôle prépondérant dans le déclenchement de la crise des subprimes, en 2008-2009. Le dernier en date est l’ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Alan Greenspan, aux commandes entre 1987 et 2006.

Dans un article publié dans l’édition datée du 30 mars du Financial Times, l’ex-banquier central, âgé de 85 ans, tire à boulets rouges sur la loi Dodd-Frank de re-réglementation définie comme « une création ne pouvant que déstabiliser les marchés et une menace potentielle au niveau de vie des Américains ».

A écouter le champion du « moins d’Etat », cette législation, adoptée en juillet 2010 et destinée à contrôler l’activité des banques, ne permet qu’un « coup d’œil rapide sur les mécanismes internes du plus subtil système financier ».

HOSTILE À LA RÉGLEMENTATION DES PRODUITS DÉRIVÉS

Le message de M. Greenspan n’a pas changé d’un iota : le système est le seul qui fonctionne et il rend tout le monde plus riche, pourvu que l’Etat ne l’étouffe pas. Son hostilité, en 1998, à toute réglementation des produits dérivés l’atteste. La faillite du fonds spéculatif américain Long Term Capital Management et les risques systémiques posés à l’économie américaine reposent alors la question du contrôle des risques.

L’intervention in extremis de la banque fédérale de New York et d’un consortium de banques, pour éviter une réaction en chaîne mettant en difficulté l’ensemble des établissements financiers qui lui avaient fait crédit, soulève des interrogations sur l’absence de législation digne de ce nom sur les produits dérivés.

Brooksley Born, la présidente de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), l’organisme fédéral de surveillance des marchés à terme, fraîchement nommée par Bill Clinton, propose alors d’inclure la supervision de ces instruments financiers extrêmement dangereux. Alan Greenspan, qui a siégé au conseil d’administration de la banque JP Morgan, l’une des grandes usines à produits dérivés, avant de prendre les commandes de la Fed, sort de son devoir de réserve pour torpiller cette initiative. Or, les produits dérivés adaptés aux produits financiers liés au marché immobilier, les fameux subprimes, seront l’un des facteurs de déclenchement de l’implosion des marchés à l’automne 2008.

« JE SUIS CRITIQUÉ POUR DES CHOSES QUE JE N’AI PAS FAITES »

M. Greenspan a passé la main en 2006 à Ben Bernanke, après dix-neuf ans à la tête de la banque fédérale. Aux louanges ont succédé les critiques acerbes d’une politique de laisser-faire à l’origine du tsunami financier. « J’ai été félicité pour des choses que je n’ai pas faites et je suis critiqué aujourd’hui pour des choses que je n’ai pas faites », répond-il à ses détracteurs.

Outre les apparitions télévisées et les conférences hautement rémunérées, l’expert retraité conseille le spéculateur de haut vol John Paulson – le « sultan des subprimes » – et la Deutsche Bank.

Un peu d’humilité parfois aurait mieux valu qu’une filandreuse plaidoirie. La vieillesse n’est pas une excuse. Le prédécesseur de M. Greenspan à la tête de la FED, Paul Volcker, en témoigne. Le « Maestro », âgé de 83 ans, est l’architecte de la Volcker Rule qui a inspiré le texte Dodd-Frank interdisant aux banques d’affaires de spéculer à l’aide de leurs fonds propres.

Marc Roche

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« La stratégie du choc » de Naomi Klein

samedi 5 février 2011

Voici un documentaire (2010), tiré d’un livre éponyme (paru en 2007), intitulé « La Stratégie du choc », de la célèbre essayiste antilibérale américaine Naomi Klein.

Celle-ci explique comment les gouvernements libéraux, à partir des années 1970, se sont inspirés de certaines méthodes de manipulation des individus, fondées sur les chocs et la désorientation, afin d’imposer aux sociétés contemporaines des réformes impopulaires prônées par les économistes ultra-libéraux, tels que l’Américain Milton Friedman.

Et si nos sociétés étaient moins démocratiques que nous le croyons ?

Un documentaire éprouvant (avec des séquences dures, évoquant les dictatures en Amérique latine notamment) – et sa thèse peut être discutée bien sûr – mais c’est très intéressant. (durée : 1h18)

1ère partie :

http://www.dailymotion.com/video/xffee4_la-strategie-du-choc-1-5_news

2ème partie :

http://www.dailymotion.com/video/xffexu_la-strategie-du-choc-2-5_news

3ème partie :

http://www.dailymotion.com/video/xfffe9_la-strategie-du-choc-3-5_news

4ème partie :

http://www.dailymotion.com/video/xff6xk_la-strategie-du-choc-4-5_webcam

5ème partie :

http://www.dailymotion.com/video/xff6pq_la-strategie-du-choc-5-5_webcam

http://www.dailymotion.com/video/xfffe9_la-strategie-du-choc-3-5_news
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McDonald’s contre la mairie de San Francisco

mardi 14 décembre 2010

DEPECHE AFP :

Le patron de McDonald’s en colère contre la «police alimentaire»

Jim Skinner réagit dans le Financial Times à un vote de la municipalité de San Francisco visant les menus pour enfants.

L'arche est partout dans le monde. Que fait la police alimentaire?

L’arche est partout dans le monde. Que fait la police alimentaire? (REUTERS)

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    Le PDG du géant américain de la restauration rapide Mc Donald’s, Jim Skinner, s’est emporté contre les ennemis de son menu enfants, estimant dans un entretien avec le Financial Times lundi qu’il avait la confiance des parents qui franchissent la porte de ses restaurants.M. Skinner réagissait dans cet entretien à un vote de la municipalité de San Francisco, en octobre, pour interdire à partir de décembre 2011, au nom de la lutte contre l’obésité, d’offrir des cadeaux avec un menu enfants s’il ne respecte pas certaines limites en calories, sel, graisse et sucre.Il s’est insurgé contre « la police alimentaire » et les tentatives « de dicter les comportements à travers la législation ». »Nous continuerons à vendre des Happy Meals », les menus pour enfants de la chaîne, qui « ont le soutien des parents depuis les années 1970″, a-t-il affirmlé. »Nous vendons un choix sur le menu qui rend nos consommateurs plus satisfaits de leur style de vie », a-t-il expliqué.L’arrêté pris à San Francisco « enlève véritablement le choix personnel à des familles qui sont plus que capables de prendre leurs décisions toutes seules », a estimé M. Skinner.La ville californienne est pour le moment isolée dans cette initiative malgré le débat national sur l’obésité, qui ne cesse de progresser chez les enfants. D’après les statistiques officielles, elle touchait 19,6% des enfants de 6 à 11 ans en 2008, soit un triplement en 30 ans.McDonald’s a tenté d’améliorer son image en mettant sur sa carte des pommes pour remplacer les frites ou des salades, mais reste l’emblème du « fast-food ». (source AFP)

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    L’espérance de vie des Américains se dégrade

    vendredi 8 octobre 2010

    Malgré un système de santé très coûteux, le classement des Etats-Unis par rapport aux autres pays développés, en termes d’espérance de vie (et notamment d’espérance de vie « en bonne santé ») – qui comme nous le savons est un des critères du développement (dans le fameux Indicateur de Développement Humain) a reculé ces dernières années :

    http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2010/10/07/esperance-de-vie-les-etats-unis-reculent-au-classement-des-pays-industrialises_1422014_3222.html

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    La « colère des riches » aux Etats-Unis

    mercredi 22 septembre 2010

    Le Prix Nobel d’économie Paul Krugman analyse dans l’un de ses articles pour le New York Times la mobilisation actuelle des plus riches, pour défendre les réductions d’impôts décidées par George W. Bush mais qui ne seront pas reconduites par Obama : c’est intéressant, car en France aussi, les riches sont de plus en plus riches mais « décomplexés » (comme disent les journalistes), très mobilisés, et ont tendance à confondre leurs intérêts particuliers avec l’intérêt général…

     

    La colère des riches, par Paul Krugman
    20 septembre 2010
    Les Américains les plus privilégiés sont chauffés à blanc contre la volonté d’Obama de ne pas reconduire les réductions d’impôts décidées par George Bush, considérées comme un droit acquis inaliénable. Aveuglés par la rage, certains n’hésitent plus à comparer la réglementation des bonus à l’invasion de la Pologne par les nazis, et l’on peut lire dans le magazine Fortune qu’Obama « le kényan » rêve d’une revanche anticolonialiste sur les USA. Tant d’excès pourrait prêter à sourire, écrit Krugman, à ceci près que grâce à l’influence qu’ils exercent sur le monde politique, il n’est pas impossible qu’ils parviennent à bloquer la mesure – avant de réclamer ensuite de nouveaux sacrifices pour les autres, au nom de l’indispensable austérité. —Rappelons qu’en 2005, le revenu des 0,1% des américains les plus riches a atteint 10% du total, et celui du 1% représentait 21% de l’ensemble des revenus.

    Paul Krugman, New York Times, 19 septembre 2010

    L’Amérique est balayée par une vague de colère. Certes, cette colère chauffée à blanc reste un phénomène minoritaire et ne concerne pas la majorité de nos concitoyens. Mais la minorité en colère est vraiment en colère, et ceux qui en font partie considèrent qu’on leur enlève ce à quoi ils ont droit. Et crient vengeance.

    Non, je ne parle pas des « Tea Parties » (la droite conservatrice de l' »Amérique profonde », menée par Sarah Palin, qui attaque violemment Obama, notamment sur son projet de création d’une sécurité sociale obligatoire – E. B.). Je parle des riches.

    Cette période est terrible pour beaucoup de gens dans ce pays. La pauvreté, en particulier l’extrême pauvreté, a fait un bond durant la récession ; des millions de personnes ont perdu leur logement. Les jeunes ne parviennent pas à trouver un emploi ; les cinquantenaires qui ont été licenciés craignent de ne plus jamais retravailler.

    Malgré cela, ces manifestations de colère – cette forme de rage qui amène à comparer le président Obama à Hitler, ou à l’accuser de trahison – on ne la trouve pas chez les Américains qui endurent ces souffrances. Mais on la rencontre chez ceux qui sont les plus privilégiés, qui n’ont pas à s’inquiéter de perdre leurs emplois, leurs maisons ou leur assurance maladie, mais qui sont outrés, indignés, à l’idée de devoir payer des impôts légèrement plus élevés.

    Cette rage des riches monte depuis que M. Obama est entré en fonction. Elle est tout d’abord restée confinée à Wall Street. Lorsque le New York Times a publié un article intitulé « La plainte des 1% », cela concernait les financiers dont les entreprises avaient été renflouées avec l’argent des contribuables, et qui étaient rendus furieux par la proposition que le prix à payer pour cette opération de sauvetage doive inclure une limitation temporaire des bonus. Lorsque le milliardaire Stephen Schwarzman a comparé une proposition d’Obama à l’invasion de la Pologne par les nazis, la mesure en question prévoyait de supprimer une niche fiscale qui bénéficie en particulier aux gestionnaires de fonds comme lui.

    Aujourd’hui, alors qu’il s’agit de décider du sort des baisses d’impôt mises en place par Bush – les taux d’imposition des plus riches reviendront-ils aux niveaux de l’ère Clinton ? -, la colère des riches s’est amplifiée. Et à certains égards, elle a changé de nature.

    D’une part, cette folie furieuse a gagné le débat public. C’est une chose lorsqu’un milliardaire s’épanche durant un diner. C’en est un autre lorsque le magazine Forbes met en une un article affirmant que le président des États-Unis tente délibérément de mettre à bas l’Amérique au nom d’un programme « anticolonialiste » venu du Kenya, et que « les États-Unis sont dirigés selon les rêves d’un membre de la tribu Luo durant les années 1950 ». Lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts des riches, il semble que les règles normales du dialogue civilisé (et rationnel) ne soient plus applicables.

    Dans le même temps, parmi les privilégiés, l’apitoiement sur soi est devenu acceptable, voire même à la mode.

    Les défenseurs des réductions d’impôt prétendaient habituellement être principalement préoccupés par la volonté d’aider les ménages américains moyens. Même les allégements fiscaux pour les riches étaient justifiés en termes de retombées économiques, en affirmant que grâce aux réductions des impôts au sommet, l’économie serait plus forte, au bénéfice de tous.

    Mais aujourd’hui, ceux qui réclament des baisses d’impôts ne tentent même pas de défendre cette thèse du « ruissellement vers le bas » de la prospérité. Les républicains soutiennent que l’augmentation des impôts pour les plus riches nuirait aux petites entreprises, mais ils ne donnent pas le sentiment d’y croire vraiment. Par contre, on entend couramment nier de façon véhémente que ceux qui gagnent 400 ou 500.000 dollars par an soient riches. On nous dit : regardez les dépenses des ménages dans cette tranche de revenu – les impôts fonciers qu’ils doivent payer sur leurs maisons luxueuses, le prix payé pour envoyer leurs enfants dans des écoles privées d’élite, et ainsi de suite. Tout ce qui fait qu’ils parviennent à peine à joindre les deux bouts.

    Parmi ceux qui sont indéniablement les plus riches, on voit émerger un état d’esprit combatif pour la défense de leurs droits acquis : c’est leur argent, et ils ont le droit de le garder. « Les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée », jugeait Oliver Wendell Holmes – mais c’était il y a fort longtemps [1]

    Le spectacle donné par les Américains fortunés – les plus privilégiés sur cette planète -, se laissant complaisamment aller à l’apitoiement sur soi, pourrait paraître drôle, à ceci près : ils pourraient fort bien parvenir à leurs fins. Peu importe la facture de 700 milliards de dollars requise pour prolonger ces avantages fiscaux haut de gamme [2] : pratiquement tous les républicains et quelques démocrates se précipitent au secours de ces riches opprimés.

    Voyez-vous, les riches sont différents de vous et moi : ils ont plus d’influence. C’est en partie dû à leurs contributions aux campagnes électorales, mais cela résulte aussi de la pression sociale qu’ils peuvent exercer sur les politiques. Ces derniers passent beaucoup de temps avec les riches. Et lorsque les riches sont menacés de payer un supplément d’impôt de 3 ou 4 pour cent sur leur revenu, les politiques compatissent, de façon bien plus aiguë, à l’évidence, que lorsqu’ils sont confrontés à la douleur des familles qui perdent leurs emplois, leurs maisons, et leurs espoirs.

    Et lorsque ce débat sur les impôts sera clos, d’une façon ou d’une autre, on peut être assuré que ceux qui défendent aujourd’hui les revenus de l’élite reviendront à la charge et exigeront des réductions de dépense sur les retraites et les allocations chômage. L’Amérique doit faire des choix difficiles, diront- ils ; nous devons tous accepter de faire des sacrifices.

    Mais lorsqu’ils disent « nous », cela signifie « vous ». Ce sacrifice ne concerne que les petits.

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    Les Etats-Unis dépensent plus pour la santé, mais vivent moins qu’en France

    mardi 2 mars 2010

    Les Etats-Unis consacrent de plus grand moyens financiers pour la santé par rapport à la France, en valeur absolue et en pourcentage de leur PIB. Est-ce à dire qu’ils sont en meilleure santé ?

    En fait, non, c’est même le contraire (malgré le Dr House), comme le montre l’économiste Jean Gadrey, spécialiste entre autres de l’économie des services, dans un dossier passionnant sur son blog, avec des graphiques et des explications très claires ! Mortalité infantile, mortalité par diabète, ou maladies respiratoires… Comme l’écrit J. Gadrey, les Etats-Unis – en dépit de beaux succès dans le traitement de certaines maladies – sont engagés dans « une course-poursuite pour réparer les dégâts sanitaires croissants d’une société et de modes de vie pathogènes, d’une pauvreté endémique et d’un manque criant de couverture maladie. »

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    L’Etat américain défend l’économie de marché ? Bien au contraire !

    samedi 24 octobre 2009

    L’économiste américain James Kenneth Galbraith – fils d’un autre célèbre économiste, John Kenneth Galbraith, qui critiquait déjà le capitalisme libéral depuis les années 60 – vient de publier un livre très dur contre l’alliance de l’Etat néo-conservateur américain (à la sauce George W. Bush) avec les grandes entreprises, pour se partager le pays : L’Etat prédateur. On l’a bien vu lors du démarrage de la guerre en Irak – qui avait peu de rapport avec les « armes de destruction massive », et bien plus avec de gros marchés juteux pour les amis de la famille Bush…

    Contrairement à une idée reçue, le néo-libéralisme contemporain ne vise pas à laisser le marché fonctionner tout seul (dans l’esprit de la fameuse « main invisible » de Smith) ; il s’agit d’une politique volontariste (active) de l’Etat, afin de démanteler les anciennes régulations et les anciennes protections sociales, et instaurer de nouvelles règles du jeu, généralement favorables aux grandes firmes (vous vous souvenez de la notion d' »oligopole ») Jamais les grandes entreprises n’auraient pu faire autant de profits depuis vingt ans, et les riches s’enrichir autant, sans la complicité, consciente ou non, de l’Etat. Les petits producteurs, les consommateurs et les salariés, quant à eux, y ont trouvé beaucoup moins d’avantages…

    Ainsi, les vrais défenseurs (naïfs) du marché seraient finalement… les responsables de gauche ! La droite dure, elle, aux Etats-Unis comme dans d’autres pays, est passée à autre chose, dans l’intérêt de quelques puissants, loin bien sûr de l’intérêt général…

    Il faudrait par conséquent, selon l’auteur, revenir à une notion taboue, qui semble renaître de l’époque communiste : la planification !

    Lisez l’entretien avec Galbraith fils, stimulant et facile à lire, dans Libération.

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