Les idées reçues sur l' »assistanat »

mercredi 11 mai 2011

Le quotidien LE MONDE analyse les idées reçus liées aux déclarations du ministre Laurent Wauquiez sur les prétendues « dérives de l’assistanat » : un thème important du programme de terminale (dans le chapitre « Intégration et solidarités »)

Cinq idées reçues sur « l’assistanat »

LEMONDE.FR | 10.05.11

Laurent Wauquiez a jugé anormal que le système de protection social français, "le plus généreux d'Europe", permette "très facilement aux étrangers de bénéficier de nos différents outils de solidarité".

Laurent Wauquiez a jugé anormal que le système de protection social français, « le plus généreux d’Europe », permette « très facilement aux étrangers de bénéficier de nos différents outils de solidarité ». AFP/PIERRE VERDY

L’assistanat est un « cancer de la société française ». Si on lui a reproché les mots employés, Laurent Wauquiez, en s’attaquant au revenu de solidarité active (RSA), a surfé sur un cliché bien implanté. Quelque 80 % des classes moyennes sont d’accord avec l’idée qu’il « y a trop d’assistanat et [que] beaucoup de gens abusent des aides sociales », selon une étude menée par l’IFOP en octobre 2010, citée par Le Post.fr.

Peut-être le ministre des affaires européennes pensait-il à cet électorat quand il a émis l’idée, dimanche 8 mai, de plafonner les minima sociaux à 75 % du smic et d’obliger les personnes au RSA à effectuer des travaux « d’intérêt civique » ? Malgré les protestations suscitées dans l’opposition comme dans la majorité, cette proposition s’inscrit dans une longue tradition d’attaques contre « l’assistanat ». Un thème cher à des figures de droite, comme Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy,  mais aussi de gauche, comme Ségolène Royal. Cela n’empêche ce discours de reposer en partie sur des clichés trompeurs. Décryptage.

1. La France distribue plus d’aides sociales que les autres pays d’Europe ?

C’est faux. La France est dans la moyenne européenne pour sa protection sociale. En 2005, elle se classait, selon l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes), au deuxième rang des pays de l’OCDE quant au poids de ses dépenses de protection sociale par habitant. Mais ce chiffre recouvre à la fois la couverture maladie, les retraites et les minima sociaux.

Or, ces derniers ne sont pas distribués à tort et à travers. En France, il existe une dizaine de minima sociaux (voir encadré) qui répondent à des critères très précis d’attribution. Au total, selon l’Insee, 3,5 millions de personnes ont perçu une de ces allocations en 2009. Soit 6,2 % de plus qu’en 2001, où elles étaient 3,28 millions. Une hausse imputée par le gouvernement à la mise en place du RSA et à la crise.

Mais, en ce qui concerne le seul revenu minimum – équivalent du RSA ou du RMI –, on se rend compte que la France n’est pas plus généreuse que ses voisins européens. Selon l’Irdes, les allocataires du revenu mimimum ne représentaient que 2 % de la population active française en 2006. Une proportion qui monte à 6 % en Finlande, 3,4 % en Allemagne ou 5,6 % au Royaume-Uni. « Nous sommes dans la moyenne européenne », confirme Henri Sterdyniak, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). « Les pays scandinaves dépensent bien plus que nous. Plus étonnamment, l’Angleterre et l’Irlande aussi ont des systèmes très généreux, certes avec un contrôle social plus fort des bénéficiaires, un suivi serré. »

2. Les montants des minima sociaux sont plus importants en France ?

C’est une autre idée reçue. Les montants des aides sociales françaises sont plutôt bas, par rapport à ceux d’autres pays européens. Suivant l’allocation, le montant mensuel peut varier de 324 euros (allocation d’insertion) à 711 euros (allocation adulte handicapé), comme le montre ce barème de l’Insee. On note l’exception de l’allocation équivalent retraite : 994 euros.

Selon une étude du ministère de la santé, en 2003, les minima sociaux versés en France équivalaient, pour un célibataire, à 44 % du salaire médian. C’était plus qu’en Belgique (39 %) mais moins qu’en Allemagne (46 %), qu’au Royaume-Uni (51 %), qu’en Irlande (62 %) ou qu’aux Pays-Bas (77 %).

« Les montants ne sont pas généreux en France, affirme M. Sterdyniak, de l’OFCE. Les minima ne sont pas revalorisés depuis longtemps. Des gens qui étaient juste au-dessus du seuil de pauvreté se retrouvent maintenant en dessous. Etrangement, bien qu’averti de ce fait, le gouvernement n’a touché qu’au seul minimum vieillesse. » Ce dernier est revalorisé chaque année depuis le début du quinquennat.

Une politique de baisse volontaire, selon l’économiste. « Depuis Jospin, la grande idée, c’est d’inciter à travailler, donc creuser l’écart entre le RMI, puis le RSA, et le smic. Il y a deux stratégies : augmenter le smic ou laisser stagner le RSA. Le gouvernement a choisi la seconde. »

3. On peut gagner davantage en touchant les minima sociaux qu’en travaillant ?

Encore un cliché qui a la vie dure. Il n’est pas possible en pratique de cumuler les minima sociaux pour atteindre des revenus supérieurs à ceux d’un smicard. Le RSA, qui remplace depuis 2009 le RMI, est conçu pour ne pas dépasser 62 % du smic, avec un bonus en fonction du nombre éventuel d’enfants.

Et toucher une autre aide, par exemple, des allocations familiales (auxquelles toute famille a droit quels que soient ses revenus) entraîne mécaniquement une diminution du montant du RSA. Toute autre allocation provoque le même effet.

« M. Wauquiez raconte des choses fausses quand il dit qu’on peut gagner plus en minima sociaux qu’en salaires. Il n’y a aucun problème : on gagne plus en travaillant que dans l’assistanat, toutes les études le prouvent », assure M. Sterdyniak.

4. Les personnes aidées ont en plus des petits avantages que n’ont pas les smicards ?

C’est un autre angle d’attaque du ministre, qui exagère la réalité. Les « droits connexes » sont ciblés et s’adressent à des populations suivies. Les bénéficiaires de minima sociaux ont certes droit à des avantages souvent attribués par les communes ou les départements : transports en commun gratuits ou à tarif réduit, cantine moins chère pour les enfants, services de garde, tarifs sociaux de l’électricité…

Mais une mission parlementaire de 2009 a montré que, si ces droits étaient très variables en fonction du lieu d’habitation, leur attribution était plutôt accompagnée et ciblée (familles monoparentales, publics volontaires). Et que leur distribution, tout comme celle du RSA, s’accompagnait d’un suivi de la personne bénéficiaire.

Point important : la plupart de ces aides ne sont souvent pas attribuées en fonction d’un statut (par exemple, être au RSA) mais selon un niveau de revenu. Une famille de deux enfants vivant avec un seul salaire au smic – exemple pris par M. Wauquiez – peut ainsi bénéficier de la couverture médicale universelle (CMU).

5. Les étrangers peuvent profiter facilement de ces minima sociaux ?

C’est un autre stéréotype qui revient régulièrement. Pourtant, en France, les conditions d’accès aux minima sociaux pour les étrangers sont complexes.

Dans sa sortie controversée, M. Wauquiez a proposé de réserver le RSA aux étrangers travaillant depuis cinq ans minimum en France. Il ignorait visiblement que la loi instaurant le revenu de solidarité active prévoit déjà exactement la même chose : il faut être en possession d’un titre de séjour et d’une carte de travail depuis au moins cinq ans pour bénéficier du RSA si on est natif d’un pays extérieur à l’Union européenne. Pour les ressortissants de l’UE, ce délai est de trois mois, et ceux-ci ne peuvent prétendre au RSA s’ils sont entrés en France pour y chercher un travail. Les conditions sont tellement restrictives que des associations comme le Gisti avaient protesté lors de la mise en place du revenu de solidarité active.

« Notre drame, c’est ce délitement des classes populaires, qui ont connu le plein emploi et dont le monde s’effondre avec le chômage de masse, résume Henri Sterdyniak. Ils voient des travailleurs immigrés dont ils ont l’impression qu’ils les tirent vers le bas, et ils ont l’impression que les aides vont vers ces populations plutôt que vers eux, ce qui n’est pas vrai. Laurent Wauquiez ne fait que soutenir cette idée reçue pour tenter de capter un électorat déboussolé, qui est passé du vote communiste au vote FN. »


Samuel Laurent

Les minima sociaux français

– Le RSA (revenu de solidarité active) a remplacé le RMI (revenu minimum d’insertion) et l’allocation de parent isolé en 2009 : 466 euros mensuel maximum pour une personne seule.

– L’allocation aux adultes handicapés (AAH) : 727,61 euros maximum

– L’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI) : 388,05 euros maximum

– L’allocation de solidarité spécifique (ASS) pour les chômeurs en fin de droits : 460,51 euros maximum

– L’allocation d’insertion remplacée par l’allocation temporaire d’attente (ATA) pour les demandeurs d’asile et les ex-détenus : 324,55 euros maximum

– L’allocation supplémentaire de vieillesse et l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ce qu’on nomme « minimum vieillesse ») : 708,95 maximum

– L’allocation veuvage (AV) : 565,13 euros maximum

– L’allocation équivalent retraite-remplacement (AER) : 995,40 euros maximum

– Le revenu de solidarité (RSo) pour les personnes sans emploi de plus de 55 ans outre-mer : 860,72 euros maximum, en fonction des revenus

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Révisions : regardez les petites fiches d’Alter Eco !

vendredi 22 avril 2011

Le mensuel Alternatives Economiques a publié un hors-série sur « La Société française » : on peut lire des extraits de ces articles, sous forme de petits articles accompagnés à chaque fois d’un graphique.

Parfait pour les révisions pour le bac !

http://www.alternatives-economiques.fr/la-societe-francaise_fr_pub_1085.html

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Le mal-logement, un fléau national dont les premières victimes sont les enfants

vendredi 19 mars 2010

La Fondation Abbé Pierre vient de publier un rapport sur le mal-logement des enfants en France : on compte 600 000 mineurs très mal logés, sur 3,5 millions de personnes connaissant de graves difficultés de logements. Mais la Fondation estime à 10 millions (1/6 de la population) le nombre de personnes mal logées en France. En Rhône-Alpes, 60 000 personnes n’ont pas de logement personnel ; le délai théorique d’accès à un HLM dans le Rhône est de quatre ans…

Pourtant, les constructions de logements sociaux sont très insuffisantes, et même en diminution en 2009 : il manque près d’un million de logements sociaux dans notre pays.

Les enfants  et les adolescents sont les victimes les plus vulnérables de la crise du logement. L’échec scolaire, ou certains problèmes de santé, sont directement liés au difficultés de logement ; et on peut tous les problèmes psychologiques entraînées par une expérience de déplacements, de séjours courts chez des tiers, où l’on n’est pas chez soi… Ce sont toutes les possibilités d’intégration dans la société, et d' »égalité des chances », qui sont compromises par cette question.

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« Ah ben ouais mais bon… »

samedi 19 décembre 2009

Ecoutez cette chanson terrible d’un groupe français d’il y a quelques années, les Wriggles, en étant très attentifs aux paroles : « Ah ben ouais mais bon »…  Et imaginez ceux qui dorment dehors en ce moment…

 

Sur ce, je vous souhaite de très bonnes vacances, et de joyeuses fêtes de fin d’année !

Rendez-vous en 2010 !

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Emission radio à écouter sur l’intégration sociale

jeudi 23 avril 2009

Vous devez écouter (rapidement, car elle ne restera pas en ligne longtemps) une émission radio qui tombe à pic, en relation avec le chapitre de terminale concernant l’intégration sociale, la pauvreté et l’exclusion.

François Dubet, sociologue français bien connu, dans « La suite dans les idées » (l’émission de sciences sociales sur France Culture), y présente son dernier ouvrage, Le Travail des sociétés (si vous citez ce titre au bac, accompagné d’une idée précise de l’auteur, je ne vous dis pas l’effet sur le correcteur… 😉 )

Passez les dix premières minutes de l’émission de radio (consacrées à un autre sujet) ; puis l’interview dure environ 40 mn.

 

Sur le même thème et dans la même émission, ne manquez pas la courte chronique de Cyril Lemieux, au carrefour de deux chapitres de terminale, « Conflits sociaux » et « Intégration sociale », intitulée « Y a-t-il un risque révolutionnaire en France ? » Le journaliste (ancien copain de fac à moi, en passant) y présente très clairement un ouvrage classique en sociologie, Les Chômeurs de Marienthal, de Paul Lazarsfeld. (Là aussi, au bac, c’est du lourd…)

 

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Entretien vidéo avec Robert Castel

mercredi 22 avril 2009

A l’occasion de la parution de son nouvel ouvrage, La Montée des incertitudes, le grand sociologue Robert Castel (l’auteur de référence pour les cours de terminale sur l’intégration sociale par le travail et les évolutions du salariat) parle du nouveau capitalisme en reprenant la célèbre expression de « Grande Transformation » créée par l’économiste Karl Polanyi à propos du capitalisme du XIXe s.

Un document à ne pas manquer donc, pour les élèves de terminale et pour tous les citoyens en général, sur le site Mediapart (bon site d’information indépendant) :

1ère partie

2e partie

3e partie

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Piketty analyse le RSA

mardi 2 septembre 2008

Tiens, tiens… ça va rappeler des souvenirs à certains : Thomas Piketty – un économiste français spécialiste des inégalités et de la fiscalité, pour ceux qui ne le connaissent pas – prend position dans Libération à propos du nouveau Revenu de Solidarité Active :

http://www.liberation.fr/rebonds/chroniques/economiques/349424.FR.php

Ceux qui le connaissent (les 1ES3 de l’an dernier donc) ne s’étonneront pas de le voir très critique à l’égard du gouvernement, et de cette mesure en particulier (il était un des conseillers économiques pendant la campagne de Ségolène Royal). Nous aurons sans doute l’occasion de trouver un point de vue plus favorable au RSA à l’avenir – mais il semble que même les économistes qui avaient défendu cette mesure soient également déçus aujourd’hui par sa mise en oeuvre… A suivre.

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