Plus d’inégalités en France

mercredi 16 novembre 2011

Société Aujourd’hui à 0h00

Un pays plus inégalitaire, plus peuplé mais plutôt heureux

L’état démographique et sociétal de la France, à travers le rapport annuel de l’Insee

LIBERATION – Par CHRISTOPHE ALIX

Au Secours populaire de Saint-Eloy-les-Mines, en 2009. Les 20% des Français les moins riches ont vu leur niveau de vie amputé de 400 euros entre 1990 et 2010. (Thierry Zoccolan.AFP)

C’est un classique. Chaque année, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) tire le Portrait social de la France, à travers les évolutions en matière de démographie, d’éducation et de niveaux de vie. Zoom sur les éléments saillants du cru 2011.

Une correction des inégalités par l’Etat-providence légèrement moindre qu’il y a vingt ans.Les disparités de revenus restent élevées. Elles s’expliquent en premier lieu par les différences de durée d’emploi annuelle d’un salarié à l’autre. Cette durée compte pour 84% dans les écarts de salaires, dont la moyenne hexagonale s’établissait à 19 300 euros annuels en 2009. Autre enseignement, le revenu salarial a progressé en moyenne de 0,8% par an sur la période 1995-2009.

La part détenue par les 1% de salariés les mieux rémunérés (à partir de 79 057 euros annuels) représentait, en 2009, 7,3 fois le revenu salarial médian et a globalement augmenté depuis 1995. Mais elle a connu une baisse sensible en 2008 et 2009 (-3,7%). La cause ? La part variable de la rémunération, qui est sensiblement plus élevée chez les très hauts salaires, a diminué depuis le déclenchement de la crise.

L’aspect le plus novateur du travail de l’Insee porte sur la réduction des inégalités par l’intervention de l’Etat, en comparant la situation de 1990 et celle de 2009. Alors que les prélèvements ont largement évolué entre ces deux dates, de même que la nature et le montant des prestations sociales, les effets correctifs de cette redistribution des revenus par l’Etat-providence n’ont été qu’assez légèrement modifiés.

Les 20% des Français les moins riches ont vu leur niveau de vie amputé de 400 euros entre 1990 et 2010. Les 20% les plus riches ont enregistré un gain de 680 euros. Pour les premiers, l’érosion des prestations s’explique par leur indexation sur l’inflation, modérée durant les vingt années observées et progressant moins vite que les revenus moyens de la population. Pour les seconds, malgré la création de la CSG à la fin des années 1980, qui a en partie compensé la forte baisse de l’impôt sur le revenu, le niveau de vie a profité du mouvement général de diminution de leur imposition directe. Au final, la réduction des inégalités en France passe bien davantage par les prestations sociales (pour les deux tiers) que par l’impôt. Sans cette redistribution, l’écart de revenus entre les 20% des Français les plus riches et les 20% les plus pauvres serait deux fois plus élevé.

Une démographie plus dynamique que celle de nos voisins. Entre 1981 et 2011, la population française est passée de 55 à 65 millions d’habitants. Si la fécondité explique largement les écarts avec l’Allemagne (+3 millions) et l’Italie (+4 millions), elle ne peut être considérée comme le moteur de la croissance démographique. Ses trois principaux facteurs sont la hausse de l’espérance de vie (+7 ans sur la période et +3,1 millions de personnes sur trente ans), les migrations (+3 millions) et l’héritage du baby-boom (+5 millions).

En trente ans, la France a connu deux millions de décès de moins que le Royaume-Uni et un million de naissances de plus. En 2008, 8,4% des personnes vivant en France étaient des immigrés, soit 5,3 millions. 20% des immigrés vivent depuis quarante ans en France au moins. 30% sont arrivés il y a moins de dix ans. En 2010 comme en 1980, 16% des nouveau-nés ont une mère immigrée.

Une augmentation depuis dix ans des élèves en difficulté avec l’écrit. Depuis dix ans, la proportion d’élèves en difficulté face à l’écrit augmente avec près d’un élève sur cinq concerné en début de collège. Le niveau de compréhension de l’écrit des élèves «moyens» est stable mais les difficultés des plus faibles s’aggravent, notamment dans les zones d’éducation prioritaire. L’écart de niveau entre filles et garçons s’accroît dans tous les pays de l’OCDE. Les difficultés des élèves en France sont plus corrélées avec le milieu social que dans le reste de l’OCDE.

Les Français restent satisfaits de leur qualité de vie. Ils lui attribuent la note moyenne de 7,3 sur une échelle de un à dix mise en place dans le cadre de la nouvelle approche plus qualitative (rapport Stieglitz) de la croissance. La satisfaction grimpe avec le revenu mais plus il est élevé, plus d’autres éléments interviennent. L’argent ne fait pas le bonheur… à condition d’être riche.

Tags : , ,

Un point sur la démographie française et mondiale

vendredi 28 janvier 2011

DANS « LE MONDE » :

Démographie mondiale : la croissance ralentit

LEMONDE | 27.01.11

En janvier, tradition bien établie, les sondeurs nous assènent une batterie de sondages pessimistes sur le moral du pays, plus que jamais en berne, paraît-il. Les Français n’ont pas confiance dans l’avenir. Ils pensent que leurs enfants vivront plus mal qu’eux. Ils jugent que l’économie va mal ; le chômage des jeunes les hante, à juste titre. Pourtant, au baromètre de l’humeur nationale, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) vient d’apporter une note positive, très positive : la France – un peu moins de 65 millions d’habitants – est la championne d’Europe de la natalité. Moral en baisse, libido à la hausse ?

Tout a été excellemment dit par notre consoeur Anne Chemin (Le Monde du 15 janvier) sur les raisons qui peuvent expliquer ces chiffres. Avec 828 000 naissances, la France affiche en 2010 un indicateur de fécondité de 2,01 enfants par femme. Poétique à souhait et un rien opaque, la formule mérite un décryptage : il est né, en 2010, 20 000 bébés de plus qu’il y a dix ans ; la France connaît son plus fort taux de natalité depuis la fin du baby-boom de l’après-guerre.

Les économistes et les démographes aiment ces chiffres. Ils y voient un atout majeur pour la France – de la garantie du financement de son Etat social au renouvellement de sa population. Prudents, ils ne se risquent pas à sonder les mystères de la décision la plus privée qui soit (avoir des enfants ou non), mais certains osent émettre ce jugement : cela pourrait ressembler à un signe de confiance dans l’avenir…

La natalité française est une exception sur le Vieux Continent, qui n’a jamais été aussi bien nommé. La plupart des pays européens connaissent une grave crise de la natalité. Au sud catholique comme à l’est de l’Union européenne, les indicateurs de fécondité stagnent ; ils descendent parfois en deçà des naissances nécessaires pour assurer le simple maintien de la population à son niveau actuel.

L’exception française est plus remarquable encore si l’on observe les grandes tendances de la démographie mondiale. Selon les estimations de l’ONU (www.un.org/esa/population/), l’Europe est dans la norme d’une planète vieillissante où les candidats à la carte senior – 60 ans et plus – constituent une part sans cesse croissante de la population.

Que les disciples de l’économiste britannique Thomas Malthus (1766-1834) se rassurent : la peur est en passe de changer de nature. Les malthusiens redoutaient une surpopulation que les ressources de la planète n’arriveraient pas à nourrir ; les démographes craignent une population mondiale qui ne compterait pas assez de jeunes pour prendre en charge les vieux.

Explication : la croissance démographique ralentit. Dans son édition spéciale « Le monde en 2011 », l’hebdomadaire The Economist annonce « la fin du baby-boom mondial ». Certes, 2011 verra, probablement vers la moitié de l’année, « la naissance du sept milliardième être humain ». Mais le chiffre masque le début d’une décélération du rythme de l’accroissement de la population mondiale. Celle-ci « a mis environ 250 000 ans pour atteindre 1 milliard de personnes (aux alentours de 1800). Plus d’un siècle s’est écoulé avant qu’elle n’atteigne 2 milliards (en 1927), mais il n’a fallu que trente-trois ans pour atteindre le milliard suivant (1927-1960) et quatorze ans seulement pour le milliard d’après, écrit The Economist. Les deux dernières étapes, pour passer à 5, puis à 6 milliards, n’ont respectivement pris que treize et douze ans ». Cette dynamique va s’inverser.

D’ici à 2050-2060, la population mondiale devrait se stabiliser autour de 9 milliards d’habitants, résultat d’une baisse progressive des taux de natalité et d’une hausse générale de la durée de la vie. « Vers 2050, l’élan démographique ralentira presque à zéro, prédit The Economist, et le monde sera à la veille de connaître, pour la première fois depuis des siècles, un plafonnement de sa population. »

« La planète grisonne », titre joliment la revue américaine Foreign Policy (novembre 2010). La baisse de la natalité ne concerne pas que les pays industrialisés. Elle est assez générale. La Russie de ce début de siècle a perdu 7 millions d’habitants par rapport à sa population de 1991. « Sur les 59 pays où la natalité n’est plus suffisante pour assurer le maintien de la population, 18 sont qualifiés par l’ONU de « pays en voie de développement » » – autrement dit, des pays du Sud.

L’Asie, vantée comme l’eldorado de demain, est l’un des continents démographiquement les plus mal partis. Le politologue Phillip Longman écrit dans Foreign Policy : « Ceux qui nous annoncent un siècle asiatique n’ont pas réalisé que cette région entre dans l’ère d’un vieillissement accéléré de sa population. » Le cas japonais est connu, mais on oublie que la situation de la Corée du Sud et celle de Taïwan, par exemple, s’en rapprochent, tout comme celle de la Chine.

Avec sa politique de l’enfant unique, un taux de natalité extrêmement bas et les incessants progrès de la santé publique, « la Chine évolue rapidement, explique M. Longman, vers ce que les démographes appellent une société 4-2-1, où un enfant va avoir la responsabilité, une fois adulte, de prendre en charge ses deux parents et ses quatre grands parents ». Le vieillissement d’une population finit à terme par peser sur son développement économique. La Chine devra inventer l’Etat-providence pour des dizaines de millions de plus 75 ans… Elle sera vieille avant d’être riche, prophétisent les pessimistes.

Le bon exemple vient des Etats-Unis, où un solide taux de natalité et une immigration dynamique assurent un remarquable équilibre démographique. Il vient aussi de Scandinavie, où, comme en France et en Grande-Bretagne, les politiques familiales mises en oeuvre par l’Etat ont relancé la natalité. En somme, rien ne sert de sonder trop longuement les mystères de la natalité, mieux vaut créer des crèches et le congé parental…

Tags : ,

Papas en solo

dimanche 7 février 2010

Un article du Monde traite de la vie de ces pères qui élèvent seuls leurs enfants. Ils représentent 15 % des familles monoparentales (1 sur 7) : une expérience très riche pour eux, bien sûr, mais pas simple.

Ceux qui étudient ces pères semblent tout étonnés, et admiratifs, que ceux-ci sacrifient quelque peu leur vie sentimentale pour élever leurs enfants… N’est-ce pas ce que font les femmes seules avec leurs enfants (85 % des familles monoparentales donc) ?

Tags :

Quelques chiffres bons à savoir sur la France de 2010

vendredi 22 janvier 2010

Libération donne quelques informations démographiques sur la France, selon le dernier recensement de l’INSEE : population, espérance de vie, âge du premier enfant, etc.

Tags : ,

Pourquoi les hommes abandonnent-ils leurs femmes à 50 ans ?

dimanche 15 novembre 2009

… Parce qu’ils ont peur de vieillir, selon Sylvie Brunel, géographe et écrivain, qui vient de publier un livre sur les séparations, vécues souvent douloureusement du côté des femmes mûres, que leurs compagnons abandonnent pour refaire leur vie avec une femme plus jeune… C’est ce qui est arrivé à Sylvie Brunel elle-même, ex-femme d’Eric Besson, célèbre ministre de l’Identité nationale et de l’immigration…

Une belle interview, dans Le Monde, sur la question du vieillissement et des rapports hommes-femmes : finalement, avec la dictature du corps et de la jeunesse dans nos sociétés, les hommes voudraient lever toutes les contraintes morales, repousser toutes les limites. Mais ne s’enferment-ils pas dans une sorte d’engrenage, qui les oblige à rester toujours performants (y compris sexuellement), donc toujours angoissés, se masquant à eux-mêmes leur inéluctable déclin physique, au lieu de l’accepter et par conséquent mieux le vivre, en approfondissant la relation avec leur femme sur un autre plan que l’apparence et la satisfaction physique ?

Il faut sans doute relativiser cette thèse d’un abandon massif des femmes mûres par leurs maris, puisque la grande majorité des demandes de divorces sont le fait des femmes – qui veulent elles aussi « revivre », « respirer », quand les enfants sont grands.

Tags : , ,

Internet et les relations entre générations

mercredi 11 novembre 2009

On croit souvent que les différentes générations sont isolées, du point de vue culturel comme dans l’usage des nouvelles technologies (ou TIC : technologies de l’information et de la communication). Or, dans cet extrait de conférence sur les usages numériques, une sociologue montre qu’on assiste actuellement à un développement des relations intergénérationnelles, et à une « socialisation inversée », où ce sont les jeunes qui transmettent aux plus anciens des pratiques et des savoirs-faire liés à internet.

Voici une vidéo intéressante pour l’étude de l’intégration sociale et du progrès technique en terminale, ainsi que pour les thèmes du concours des IEP :

Vidéo TIC et générations (durée : 35 mn)

Tags : , , ,

Dernières stats sur les naissances en France

lundi 24 août 2009

Age moyen des mères, proportion de naissances hors mariage… Pour connaître les toutes dernières données de l’Insee sur un thème du programme de SES de seconde… que vous retrouverez en terminale !

http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=sd20081

Tags :

Concilier travail et famille : toujours un défi pour les femmes

samedi 2 mai 2009

La question de l’attitude des entreprises en vue de favoriser la vie de famille de leurs salariés, et notamment des femmes cadres, reste d’actualité : Lire l’article du Monde, avec une page de graphiques.

Au fait, Nathalie Kosciusko-Morizet, surnommée « NKM » , secrétaire d’Etat à la prospective (aux prévisions donc : bon courage… ;)) et à l’économie numérique, et ancienne secrétaire d’Etat à l’écologie (elle avait négocié notamment le fameux Grenelle de l’environnement), a annoncé sur son profil Facebook qu’elle était enceinte, et allait accoucher cette été… Elle arrive donc à la fois à paraître discrète mais branchée (on peut la lire aussi sur Twitter, moi je ne sais même pas ce que c’est que ces trucs, mais je vais me renseigner, promis), tout en rayonnant dans un style très traditionnel de maman bourgeoise : l’anti-Rachida Dati en somme, malin non ?   (La photo ci-dessus, plutôt rigolote, a été prise entre la mi-janvier et la fin février : elle était donc déjà enceinte…)

Il y a quelques temps, alors qu’elle s’occupait encore d’écologie (elle avait négocié notamment le fameux Grenelle de l’environnement), cette blonde hitchcockienne donnait une interview vidéo sur sa manière de concilier vie privée et vie politique… Bon, tout cela est charmant, mais NKM est censée aujourd’hui s’occuper du numérique ; or on ne l’a pas beaucoup vue défendre la très controversée loi HADOPI (sur la lutte contre le piratage des oeuvres sur le net), qui pose toutes sortes de problèmes techniques et juridiques : puisque je vous dis qu’elle est maline…

Et puisque c’est « tendance » d’annoncer des infos personnelles sur internet, aujourd’hui c’est mon anniversaire !  😉

Tags : ,

Encore plus forte qu’Obama : sa mère !

jeudi 22 janvier 2009

Tout le monde sait – et les élèves de ES l’apprennent en première, et le concept de « socialisation primaire » – que l’expérience vécue au sein de la famille – ses valeurs, ses normes, son langage, ses pratiques – est déterminante dans la trajectoire ultérieure de l’individu et son intégration à la société.

Il est donc particulièrement intéressant d’analyser la réussite de Barack Obama du point de vue de ses parents, et en particulier de sa mère qui l’a élevé seule, de manière non-conformiste pour l’époque : la victoire d’Obama est aussi la victoire de sa mère, et de sa conception du monde.

Tags : , ,

La France toujours championne d’Europe de la fécondité

mardi 13 janvier 2009

En 2008, 21,5 % des bébés avaient une mère de plus de trente-cinq ans, contre seulement 16,5% il y a dix ans.

En 2008, la France a toujours un taux de fécondité de 2,1 enfants par femme – chiffre exceptionnellement élevé. Il s’agit de l' »indice synthétique de fécondité », qui additionne pour une année donnée le taux de fécondité pour chaque tranche d’âge de 15 à 49 ans (donc des femmes différentes) : ce n’est donc pas le nombre moyen réel d’enfants par femme, ou « descendance finale », pour lequel on doit attendre qu’une génération de femmes ait atteint l’âge de 50 ans.

Ce n’est pas un hasard si la France fait autant d’enfants ; et ce n’est pas principalement dû à une fécondité exceptionnelle des étrangères – comme on l’entend souvent : lire un article démographique très clair, qui tord le cou à cette idée reçue. Il s’agit plutôt d’un effet du système de protection sociale, favorable aux familles et aux femmes, même actives (allocations familiales relativement élevées, réseau important de crêches et d’écoles maternelles, suivi gynécologique performant – les Françaises ont d’ailleurs une longévité parmi les plus élevées au monde, avec une espérance de vie de 84,3 ans).

Tags :