Documentaire sur l’impact des réseaux sociaux

jeudi 23 juin 2011

« US NOW », documentaire américain sous-titré en français (durée : 1h)

Très intéressant, pour mieux connaître, et se méfier un peu aussi, des réseaux sociaux, qui prennent une place de plus en plus grande dans nos vies…

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La politique aujourd’hui : le « storytelling »

mardi 21 juin 2011

UN DOCUMENTAIRE SUR UN SUJET PASSIONNANT dans le domaine de la communication politique : la technique du « STORYTELLING » (mettre en scène une action, une campagne de communication, sous la forme d’une histoire qu’on raconte, comme un feuilleton, un récit, une épopée…)

On peut ainsi vendre un « candidat », ou même une guerre, et manipuler les foules avec les mêmes techniques utilisées pour lancer une nouvelle voiture ou un film de cinéma… La réalité et la fiction se confondent, avec parfois des dérives terribles (comme lors de la guerre en Irak) :

1ère partie :

2ème partie :

3ème partie :

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Une sociologue à propos de l’affaire DSK

lundi 23 mai 2011

UN TEXTE D’UNE GRANDE SOCIOLOGUE SPECIALISTE DE LA FAMILLE, IRENE THERY, pour prendre du recul face à l’événement, et réfléchir…

La femme de chambre et le financier, par Irène Théry

LEMONDE.FR | 23.05.11

Ce matin du dimanche 15 mai, la surprise, l’incrédulité et la consternation nous ont littéralement saisis. Face à une forme inédite d’adversité politique et morale, on a senti partout le besoin de se hausser à la dimension de l’événement comme pour conjurer, dans l’union sacrée d’un silence suspendu, l’image salie de notre pays. Passé ce moment d’étrange stupeur, le débat a repris ses droits pour explorer ce qu’on nomme désormais  » l’affaire DSK « . Dans le maelstrom des commentaires, comment s’y retrouver ? Si l’on se souvient que l’enjeu de tout cela n’est pas de jeter aux chiens la vie privée ou la personnalité d’un homme à terre, mais une inculpation sexuelle précise dans le cadre d’une procédure criminelle définie, on aperçoit qu’un clivage nouveau est apparu dans le débat français. Evident d’une certaine façon, tant on s’accuse mutuellement aujourd’hui de n’avoir de considération que pour un maître de la finance mondiale ou de compassion que pour une pauvre femme de chambre immigrée, il n’est pourtant pas si simple à comprendre.

D’un côté, il y a ceux qui soulignent avant tout la valeur fondamentale de la présomption d’innocence à laquelle a droit l’auteur allégué des faits. Ils ont semblé, dans les premiers jours, si majoritaires parmi les ténors qui font l’opinion en France et si indifférents au sort de la victime présumée qu’on n’a pas manqué de les traiter de défenseurs patentés de l’ordre patriarcal. Il est vrai que des réflexes machistes assez cognés ont fleuri ici et là pour défendre à leur manière l’innocence virile : « il n’y a pas mort d’homme », « un troussage de domestique »… Mais on aura peine à nous faire croire que ces insanités d’un autre âge soient le révélateur providentiel d’un complot masculin caché sous la défense intransigeante des droits des justiciables. Ce n’est pas la défense des mâles dominants qui est préoccupante chez ceux qui croient trouver dans la présomption d’innocence la boussole unique guidant leurs réactions; c’est plutôt un certain aveuglement mental aux défis nouveaux surgis du lien social contemporain.

Car de l’autre côté, il y a ceux – au départ plus souvent des femmes, féministes et engagées – qui s’efforcent de porter au plus haut des valeurs démocratiques une forme nouvelle de respect de la personne, qui n’a pas encore vraiment de nom dans le vocabulaire juridique, et qu’on pourrait appeler son droit à la présomption de véracité. C’est la présomption selon laquelle la personne qui se déclare victime d’un viol ou d’une atteinte sexuelle est supposée ne pas mentir jusqu’à preuve du contraire. Le propre des agressions sexuelles, on le sait, est qu’à la différence des blessures ou des meurtres, leur réalité  » objective «  ne s’impose pas d’elle-même aux yeux des tiers. Ont-elles seulement existé ? Avant même qu’un procès n’aborde les terribles problèmes de la preuve et de la crédibilité des parties en présence, la question spécifique que posent ces affaires judiciaires s’enracine très exactement là : ce qui est en jeu au départ n’est jamais seulement la présomption d’innocence du mis en cause, mais la possibilité même qu’une infraction sexuelle  alléguée prenne assez de réalité aux yeux de tiers qualifiés pour ouvrir la procédure. Cette possibilité passe en tout premier lieu par la possibilité donnée à une victime présumée d’être vraiment écoutée. On accueille de mieux en mieux, dans nos commissariats, les victimes sexuelles qui déposent plainte. Mais sommes-nous prêts, dans la culture politique française, à considérer la présomption de véracité  comme un véritable droit ? Rien n’est moins sûr.

C’est pour cette raison que nombre de nos concitoyens ont eu le sentiment pénible qu’en France, on n’avait pas accordé à Madame Diallo un respect égal à celui qui fut témoigné à son agresseur présumé, Dominique Strauss-Kahn. Cette situation choquante n’est pas d’abord un problème de morale personnelle, mais de justice et d’institutions communes. On l’entrevoit bien : présomption d’innocence et présomption de véracité sont aussi cruciales l’une que l’autre pour bâtir une justice des crimes et délits sexuels marchant sur ses deux pieds. Mais pour le moment, nous ne les distinguons pas clairement et savons encore moins comment les faire tenir ensemble. Tout se passe alors comme si on ne pouvait choisir l’une que contre l’autre. En se targuant de respecter les grands principes pour DSK au moment où il était cloué au pilori, les partisans sincères de la présomption d’innocence n’ont pas vu qu’ils bafouaient au même instant la présomption de véracité à laquelle avait droit la jeune femme qui l’accuse de l’avoir violentée.

C’est pourquoi il est vain de croire que nous échapperons aux questions de plus en plus fortes que nous posera dans l’avenir la lutte sans merci du coupable allégué et de la victime présumée du Sofitel de New-York, en faisant le procès de la procédure accusatoire américaine. Au moment le plus dramatique de l’affaire d’Outreau on avait, face aux mêmes dilemmes, fait le procès symétrique : celui de la procédure inquisitoire à la française. L’aurait-on déjà oublié ? Pour construire un jour une façon de tenir ensemble les deux présomptions opposées, le premier pas est d’accepter de penser la spécificité des questions sexuelles, et d’élargir le champ de nos réflexions pour reconnaître les responsabilités collectives nouvelles que nous confère, à nous citoyens des démocraties occidentales, les mutations profondes qui ont lieu aujourd’hui.

La France donne souvent aux autres pays le sentiment d’être politiquement  » en retard «  sur les questions de sexe, de genre, de sexualité. Sans aborder ici cette vaste question, soulignons simplement que le procès de New-York ne doit pas nous enfermer dans une frilosité défensive au prétexte des clichés anti-français qui pleuvent sur nous depuis quelques jours. Au contraire, il devrait être l’occasion de nous emparer collectivement des grande questions sociales, historiques et anthropologiques qui sont l’horizon de sens commun à tous les procès pour crimes ou délits sexuels, en France comme ailleurs. En général, nous n’avons d’yeux que pour les ressorts psychologiques des transgressions sexuelles comme si nous ne voulions pas voir qu’elles ont lieu dans le contexte de mutations profondes des valeurs et des normes censées faire référence pour tous. Or, sous l’égide de l’égalité croissante des sexes, nous vivons aujourd’hui des bouleversements sans précédent du permis et de l’interdit sexuels. Les procès pour viol, qui se multiplient partout aujourd’hui, sont à la fois l’expression de ces mutations démocratiques et le symptôme de leur caractère inassumé.

Considérer le viol comme un crime, prendre au sérieux les atteintes sexuelles, participe directement du refus contemporain de l’ordre sexuel matrimonial traditionnel, construit sur la condamnation de la sexualité hors mariage, la diabolisation de l’homosexualité, la double morale sexuelle et la division des femmes en deux catégories : épouses honorables et filles perdues, mères de famille légitimes et filles-mères parias, maîtresses de maison respectées et domestiques qu’on  » trousse « . Comme l’a montré Georges Vigarello dans son Histoire du viol, celle-ci se déploie toujours à la croisée de l’appartenance sociale des individus et des statuts respectifs des hommes, des femmes et des enfants dans une société. Notre attachement à punir ce crime est la trace en creux de la valeur centrale que nous accordons non plus au mariage mais au consentement dans le grand partage entre le permis et l’interdit sexuels.

Mais les procès pour viol d’aujourd’hui sont aussi symptomatiques des ambiguïtés du changement, tant ils donnent à voir le vide sidéral que nous avons laissé se développer en lieu et place d’une civilité sexuelle renouvelée, capable d’irriguer la vie ordinaire de nos sociétés et d’inscrire la sexualité au sein d’un monde humain certes pluraliste, mais qui demeurerait un monde commun. C’est la rançon de l’idéologie individualiste et mercantile, qui transforme ce monde en une collection insignifiante d’individus autarciques bons à consommer. Le consentement, coeur de la nouvelle normalité sexuelle, est ainsi à la fois la solution et le problème. Consentir, oui, mais à quoi ? Pourquoi ? Et quand le refus de tout consentement s’est exprimé loin des regards, comment passer à sa dimension publique, sociale, juridique ? Concentrant toutes ces questions, nous interrogeant directement sur la solidité de nos valeurs communes, le procès de New-York incarne à sa manière le changement démocratique. Mais il peut devenir aussi un de ces moments périlleux où, pour reprendre l’expression de Marcel Gauchet,  la démocratie se retourne  » contre elle-même «  .

Pour prendre la mesure du ressort proprement sociologique de ce risque, il faut revenir à la sidération initiale qui fut la nôtre, et qu’une semaine de débat a déjà recouverte. L’image première qui nous a saisis ne s’arrêtait pas au seul DSK. C’était le choc de deux figures, deux symboles, deux incarnations si extrêmes des inégalités du monde contemporain, que la réalité semblait dépasser la fiction. Elle, une femme de chambre immigrée d’origine guinéenne, pauvre, vivant dans un logement social du Bronx, veuve, mère de famille monoparentale. Lui : un des représentants les plus connus du monde très fermé de la haute finance internationale, une figure de la politique française, de l’intelligentsia de gauche, une incarnation aussi, de la réussite sociale, de l’entre-soi des riches et de la jouissance facile. La femme de chambre et le financier, ou le choc de celui qui avait tout et de celle qui n’était rien.

Dans ce face à face presque mythique, les individus singuliers disparaissent, absorbés par tout ce qu’incarnent les personnages. C’est pourquoi il y a quelque chose d’épique dans ce qui s’est passé. En prenant en considération la parole d’une simple femme de chambre et en lui accordant la présomption de véracité, la police new-yorkaise n’a pas seulement démontré qu’elle pouvait en quatre heures renverser l’ordre du pouvoir et saisir au collet le puissant financier. Elle a aussi mis en scène une sorte de condensé inouï des incertitudes, des injustices et des espoirs de notre temps, et engagé un processus où vont venir s’engouffrer toutes les passions qui meuvent les sociétés démocratiques. Au risque de transformer tragiquement deux individus, inégaux à l’extrême, en boucs émissaires de nos désirs frustrés, de nos peurs ancestrales, de nos haines inassouvies.

Irène Théry, directrice d’études à l’EHESS

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L’affaire des « binationaux » de la FFF : un problème plus social que racial ?

samedi 7 mai 2011

ARTICLE PARU DANS LE QUOTIDIEN « LIBERATION », par deux auteurs de sciences sociales très connus : Stéphane Beaud, sociologue, spécialiste des quartiers populaires (et qui a écrit un livre sur la grève des Bleus en Afrique du Sud) ; et Gérard Noiriel, historien, spécialiste de l’immigration. A lire attentivement, pour mieux comprendre la polémique sur les « binationaux » :

Sports 06/05/2011

Race, classe, football: ne pas hurler avec la meute

Par GÉRARD NOIRIEL historien, EHESS, STÉPHANE BEAUD Sociologue, Ecole normale supérieure, auteur de « Traîtres à la nation » (La Découverte)

Depuis la grève des Bleus en Afrique du Sud, le football d’élite est devenu un objet pour sociologues, et même l’objet d’une vive controverse. Samedi dernier, à rebours des analyses d’Eric Fassin et Pap Ndaye, le sociologue Stéphane Beaud refusait de taxer de «racistes» les propos des dirigeants de la FFF. Il persiste dans ce texte, cosigné avec l’historien de l’immigration Gérard Noiriel : la discrimination serait moins raciale que sociale. Eric Fassin répondra à cet article la semaine prochaine, dans nos colonnes.

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Une nouvelle fois le football français est l’objet d’un «scandale» déclenché cette fois non par la grève des Bleus mais par les révélations de Mediapart sur le projet de la DTN (direction technique nationale) d’imposer des «quotas» de binationaux dans le recrutement de jeunes joueurs (13 ans) dans ses propres centres de formation. Dans un premier temps, les intéressés – le sélectionneur (Laurent Blanc) et le DTN (François Blaquart) – nient en bloc. Quand la publication le lendemain du verbatim de la réunion par Mediapart apporte la preuve des allégations du premier article, la machine médiatique s’emballe : gros titres de la presse écrite, première place dans les JT, etc. Face à ces révélations, la ministre des Sports ne tarde pas à suspendre le DTN. Laurent Blanc, jusqu’alors épargné, est mis en cause : suspecté de «racisme», il se voit contraint de s’excuser («si, pour ce qui me concerne, j’ai heurté certaines sensibilités, je m’en excuse»). Les militants de la «cause noire» en France montent ensuite au créneau, réclamant la tête de tous les participants à cette réunion de travail. Dans cette nouvelle affaire, c’est la direction du football français qui est éclaboussée, la DTN apparaissant comme le siège d’un racisme institutionnel.

Il va sans dire (mais par les temps qui courent il n’est pas inutile d’enfoncer le clou) que nos propos n’ont nullement pour but de justifier la DTN. D’une part, ce projet de quotas dans les centres de formation est, sur le plan du droit, clairement discriminatoire. D’autre part, le langage employé par les protagonistes de cette réunion interne de travail reflète, par moments, une réelle défiance à l’égard des joueurs issus de l’immigration post-coloniale.

Une grille de lecture passe-partout

Mais nous pensons que le rôle des sociologues n’est pas d’instruire des procès en hurlant avec la meute. Il leur revient de clarifier les problèmes en prenant appui sur les recherches empiriques qu’ils ont eux-mêmes développées sur les sujets dont ils parlent. Le traitement médiatique de cette affaire, dans sa recherche effrénée du scoop («foot français : les dirigeants veulent moins de Noirs et d’Arabes», titre Mediapart dans son article qui lance l’affaire) et du scandale qui fait vendre, nous paraît extrêmement malsain. En dénonçant le «racisme» des dirigeants de la DTN, les journalistes et les intellectuels critiques qui leur ont emboîté le pas, raisonnent comme si on pouvait mettre sur le même plan les blagues racistes (filmées) d’Hortefeux, la légitimation publique de la discrimination raciale par Zemmour et les propos de Laurent Blanc sur les qualités physiques spontanément attribuées aux Noirs dans le milieu du foot (tenus lors d’une réunion interne de travail, dans une «conversation à bâtons rompus» comme il dit).

En utilisant le même mot pour dénoncer des propos et des postures aussi hétérogènes, on court le risque de banaliser le racisme et d’aboutir finalement à un résultat en tout point opposé au but que prétendent poursuivre ceux qui se posent en porte-parole autoproclamés de la cause des Noirs. Cette grille de lecture passe-partout leur permet de se donner le beau rôle, tout en faisant l’économie des enquêtes sérieuses qui sont nécessaires si l’on veut comprendre et expliquer les problèmes actuels de la société française. Les entrepreneurs de morale alimentent ainsi un climat de suspicion qui ruine aujourd’hui les relations internes au milieu de la recherche. Discréditer les analyses qui visent à comprendre les comportements des acteurs sociaux en les présentant comme des formes de complicité avec «l’ennemi» revient à invalider la démarche propre aux sciences sociales.

Pour toutes ces raisons, nous refusons pour notre part de cautionner la polémique malsaine et d’un niveau intellectuel affligeant, visant à traquer les traces de «racisme» chez les protagonistes de cette affaire pour les jeter en pâture à l’opinion publique («Laurent Blanc est-il « raciste » ?», reprennent en chœur les gazettes). Si l’on veut comprendre les véritables enjeux de cette affaire, il faut la resituer dans son contexte sportif et social et mettre en lumière les contraintes qui pèsent aujourd’hui sur une institution comme la DTN au sein de la Fédération française de football.

En premier lieu, nous commencerons par rappeler que le football est sans doute aujourd’hui la pratique sociale qui contribue le plus à favoriser le «vivre ensemble» entre les jeunes des quartiers populaires, quelle que soit leur origine. Et ce n’est pas rien en ces temps de ségrégation urbaine et sociale croissante. C’est cette immersion du football dans les milieux populaires qui explique, fondamentalement, les contradictions dans lesquelles se débattent ceux qui le représentent au plus haut niveau, contradictions que les institutions d’élite auxquelles appartiennent (ou dont sont issus) la plupart des intellectuels critiques qui se posent aujourd’hui en juges ne risquent pas de rencontrer.

La réunion de la DTN qui est au cœur de la polémique actuelle a permis de mettre en lumière deux grands problèmes. Le premier est d’ordre institutionnel (1). On ne peut rien comprendre à cette affaire si l’on oublie que le décret de la Fifa adopté en 2009 – supprimant la barrière de l’âge qui imposait à un joueur binational d’opter pour l’équipe nationale de son choix (la France ou le pays d’origine de ses parents) avant ses 21 ans – a modifié la donne en profondeur. Il a conduit les recruteurs des équipes nationales des pays du Sud (Algérie, Maroc, Sénégal, Côte-d’Ivoire, etc.) à démarcher activement les jeunes joueurs français pour les convaincre, avec force arguments, de jouer pour le pays de «leurs parents» (ce qu’ils vont appeler ensuite, une fois leur choix fait, le pays de «leur cœur»).

Zidane en équipe d’Algérie ?

L’équipe de France qui vivait sur son acquis et son prestige (championne du monde 1998) a ainsi perdu ces dernières années, face à ses concurrents devenus agressifs sur ce «marché», beaucoup de joueurs formés en son sein. Ceux qui affirment que ces départs des binationaux vers les équipes du Sud ne concernent que les «moins bons» (ceux qui n’ont aucune chance d’être sélectionnés en équipe de France A), se trompent. Des joueurs comme Chamakh, Belhanda, El-Arabi (Maroc) ou comme Moussa Sow (Sénégal, meilleur buteur du championnat français) avaient tout à fait la dimension de futurs Bleus. Mais ils ont échappé à l’équipe de France A du fait, d’une part, de l’activisme de recruteurs bons connaisseurs du marché français (c’est le cas d’Eric Gerets, sélectionneur du Maroc, ancien entraîneur de l’OM) et, d’autre part, d’une forme d’attentisme des autorités de la DTN. Pour prendre un exemple historique (rêve pour les uns, cauchemar pour les autres), il n’est pas absurde de penser qu’un Zidane, fils d’immigrés algériens, s’il était né quinze ans plus tard (1987 au lieu de 1972), aurait pu opter pour l’équipe d’Algérie (il n’a connu sa première sélection chez les Bleus qu’à l’âge de 22 ans) si un tel contexte institutionnel avait existé à l’époque.

Blacks ou ouvriers ?

Ajoutons que les clubs professionnels privés sont aussi concernés par cette question des binationaux : avoir dans son équipe un joueur international accroît la valeur marchande de ce dernier, donc l’actif patrimonial du club. L’équipe de France est pour l’instant plus cotée sur le marché que les équipes africaines. Ainsi quand de tels joueurs optent pour l’équipe nationale de leur pays d’origine, ce choix dessert l’intérêt financier de ces nouveaux centres de profit que sont les clubs pros. Comme on le voit la question des binationaux n’est pas anecdotique. La mission fixée à la DTN est de préparer une nouvelle équipe de France qui nous fasse rêver comme la «dream team» de 98. Bien sûr, les dirigeants des équipes nationales des pays d’où sont originaires un certain nombre de joueurs talentueux formés dans les clubs français utilisent tous les moyens dont ils disposent pour tenter, eux aussi, de réunir les joueurs les plus performants. Nous sommes donc ici en présence d’une contradiction flagrante entre des intérêts nationaux divergents avec, à l’arrière-plan, des enjeux économiques et politiques immenses (quand on sait l’importance prise par le football dans la fierté nationale d’un peuple). Cela ne justifie certes pas le projet de quotas mais éclaire fortement le contexte dans lequel il a pu surgir. Bref il n’y avait rien de scandaleux à ce que la DTN se saisisse de cette affaire d’importance pour le football français que constitue la fuite des binationaux vers les équipes de leurs pays d’origine.

Le deuxième problème qu’a mis en lumière cette affaire concerne le nouveau vocabulaire qui tend aujourd’hui à s’imposer au sein du football français. Lors de cette fameuse réunion de la DTN, le mot «Black» est revenu à plusieurs reprises dans la bouche des protagonistes. Avant de dénoncer son usage, il faut commencer par tenter de comprendre ce qu’il signifie dans le langage indigène actuel des «footeux». Le football étant le sport de prédilection des classes populaires, depuis la Seconde Guerre mondiale il a toujours été massivement alimenté par les enfants d’immigrés. Ce qui s’est produit avec les Italiens, les Polonais, les Algériens se poursuit aujourd’hui avec les enfants des pays d’Afrique subsaharienne nés ou venus en France dans les années 1980-1990.

Le mot «Black» s’est progressivement imposé dans le football comme un terme générique pour désigner les joueurs issus de cette dernière vague d’immigration. Il renvoie moins à une catégorie raciale qu’à une catégorie sociale. La plupart des joueurs d’origine africaine qui se sont imposés au plus haut niveau ont en effet grandi dans les cités de la région parisienne (60 % des élèves des centres de formation en seraient issus), au sein de familles d’ouvriers (les pères de Diarra, Sagna, Diaby le sont). Ils ont connu la «culture de cité» qui s’est imposée dans la banlieue paupérisée et politiquement déstructurée des années 1990-2000. Cette histoire sociale particulière explique non seulement l’extraordinaire énergie que ces jeunes déploient pour s’en sortir par le sport, mais aussi, pour ceux qui sont les plus inscrits dans la culture de cité, certains traits de leur comportement qui contreviennent aux exigences du haut niveau (difficultés à respecter un certain nombre de normes : sociales, sportives, diététiques).

Une façon de dire «déviants»

Il est certain que les cadres de la FFF, dont beaucoup sont issus des précédentes générations de la classe ouvrière (cf. Laurent Blanc, Aimé Jacquet, etc.), ont parfois du mal à comprendre les attitudes de ces jeunes. Ce qui explique (mais n’excuse pas) les connotations péjoratives prises par le mot «Black». On peut penser que c’est cette acception du terme que Laurent Blanc a en tête lorsqu’il s’exprime dans cette réunion de la DTN en novembre 2010 dont le verbatim a été produit par Mediapart. En bref, son expérience de coach et ses discussions avec les éducateurs le conduisent à parler des «Blacks» pour désigner le groupe «déviant» des jeunes qu’il faut particulièrement surveiller et encadrer, non pas du fait de leur couleur de peau, mais de leurs caractéristiques sociales et de leur comportement modal dans la vie d’une équipe.

L’utilisation d’un mot emprunté au vocabulaire racial pour désigner ces jeunes est très critiquable d’un point de vue civique. Mais elle ne fait qu’illustrer le processus que nous avons décrit dans nos travaux sur l’ethnicisation/racialisation du discours social en France depuis les années 1980. Faut-il préciser que les responsables de la DTN n’ont pas eux-mêmes inventé ce vocabulaire ? Ce sont les politiciens, les journalistes, les intellectuels, bref les professionnels de la parole publique qui ont fabriqué, à partir des années 1980, par le biais des polémiques qui les ont opposés sur l’immigration, le lexique qui enferme les individus dans une identité ethnique ou raciale réifiée en occultant constamment leur identité sociale.

) Un chapitre entier du livre de Stéphane Beaud, Traîtres à la nation ? Un autre regard sur la grève des Bleus en Afrique du Sud, est consacré à cette question.

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« Sors de ma télé ! »

samedi 23 avril 2011

Une excellente chanson d’un excellent chanteur de reggae ivoirien, Tiken Jah Fakoly : écoutez bien les paroles !…

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La France mal classée pour la liberté de la presse

jeudi 21 octobre 2010

ARTICLE DU QUOTIDIEN « LIBERATION » (de gauche) – 20 OCTOBRE

Le pays pointe à la 44e place au classement de Reporters sans Frontières. De façon générale, «l’Europe tombe de son piédestal», juge l’ONG.

Par DOMINIQUE POIRET

(Photo truquée : Reporters Sans Frontières)

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    En matière de liberté de la presse, l’Europe perd encore un peu plus de son leadership. C’est ce que révèle le  classement 2010 établi par Reporters sans frontières (RSF). A l’opposé, le carré des pays les plus répressifs de la planète tend à gonfler. «Plus que jamais, nous observons que développement économique, réformes des institutions et respect des droits fondamentaux ne vont pas forcément ensemble», (idée intéressante, en relation avec les chapitres de terminale Croissance et développement, et La Mondialisation – E. B.) a dit Jean-François Julliard, secrétaire général de l’organisation.

    «Il convient de saluer, d’un côté, les moteurs de la liberté de la presse, Finlande, Islande, Norvège, Pays-Bas, Suède, Suisse en tête et, de l’autre, de rendre hommage à la détermination des militants des droits de l’homme, journalistes, blogueurs, qui par le monde défendent avec vaillance le droit de dénoncer et dont le sort occupe toujours nos pensées», souligne Julliard.

    Mais cette neuvième édition, confirme une nouvelle dégradation de la liberté de la presse dans l’Union européenne. Sur les vingt-sept pays membres de l’UE, treize pays se trouvent dans les vingt premiers. Quatorze pays sont sous la vingtième place et certains se retrouvent même très bas dans le classement: Grèce (70e), Bulgarie (70e), Roumanie (52e), Italie (49e). Ce qui va compliquer un peu plus la tâche de RSF auprès des régimes autoritaires, pour leur demander des améliorations. Plus inquiétant encore, plusieurs pays européens déjà signalés par l’organisation ne connaissent aucune progression.

    L’UE risque de perdre son statut de leader mondial

    Il s’agit, en premier lieu, de la France, qui perd encore une place (44e, derrière le Surinam) et de l’Italie, où incidents et autres faits ont jalonné l’année en cours. Selon Julliard, si «l’UE ne se ressaisit pas, elle risque de perdre son statut de leader mondial dans le domaine du respect des droits de l’homme».

    Les USA sont 20e et la Russie à la 140e place derrière la Turquie et l’Ethiopie.

    A l’autre bout du classement, Reporters sans frontières pointe du doigt, «les dix pays où il ne fait pas bon d’être journalistes»: au trio infernal – Erythrée, Corée du Nord, Turkménistan-, il faut ajouter le Yemen, la Chine, le Soudan, l’Iran, la Birmanie, la Syrie et le Rwanda. Pour la première fois, Cuba n’en fait pas partie. «Cette tendance n’augure rien de bon pour l’année 2011. Elle n’est malheureusement pas à l’amélioration dans les pays les plus autoritaires», s’inquiète Jean-François Julliard.

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    12 octobre : les plus grandes manifestations depuis quinze ans

    mercredi 13 octobre 2010

    Le magazine Le Point (qui n’est pas une revue d’extrême-gauche) estime qu’il s’agit des plus grandes manifestations en France depuis quinze ans.

    A Marseille, comme d’habitude, l’écart entre la police et les syndicats pour le calcul du nombre de manifestants a été énorme : un syndicat de police dénonce un maquillage des chiffres.

    Voici des images orignales : la participation aux manifestation pour les retraites du Théâtre du Soleil.

    Enfin, il ne faut pas oublier un aspect essentiel de tout mouvement social : le rôle joué par les médias. Aujourd’hui, certains médias, qui avaient minimisé la mobilisation jusqu’à présent, entonnent désormais le grand air de la radicalisation, l’embrigadement des jeunes (comme si les profs pouvaient forcer leurs élèves à descendre dans la rue), etc.

    Voir l’analyse d’un site consacré à l’analyse des médias, Acrimed.

     

    Et pour finir, pour vous donner une idée de ce que sont ces manifestations (les lycéens auxquels je m’adresse en priorité n’étant pas censés le savoir…), voici quelques images de la manifestation précédente, le 23 septembre, à Paris .

    Et une petite vidéo de la manifestation à Bobigny (93) ce 12 octobre : « C’est dans la rue que ça se passe, quand il se passe quelque chose… » 🙂

     

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    Sociologie de « Plus belle la vie »

    vendredi 11 juin 2010

     

    Non, vous ne rêvez pas, des collègues de SES m’ont parlé d’un article d’un journal très sérieux, Le Monde diplomatique consacré à la fameuse série « Plus belle la vie » : est-elle si réaliste qu’on le dit ? Comment a-t-elle évolué depuis ses débuts ? L’article date d’il y a deux ans, mais sans être un expert de la série, je crois qu’elle n’a pas énormément évolué depuis, si ?

    Un article à la fois divertissant et intéressant…

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    Les limites de Facebook

    mardi 25 mai 2010

    Dans un article interactif du Monde, les internautes montrent les principaux problèmes posés par Facebook, qui les ont parfois amenés à réduire leur fréquentation de ce système, voire à fermer leur page :

    http://www.lemonde.fr/technologies/article_interactif/2010/05/24/j-ai-decouvert-le-controle-social-avec-facebook_1362418_651865.html

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    La crise de l’école, reflet de la crise de la société

    mardi 6 avril 2010

    Une professeure de philosophie s’interroge sur la crise éducative et la violence dans les établissements scolaires, symptômes selon elle d’une crise beaucoup plus large de la culture et de la société. Les écologistes se demandent quelle Terre nous allons laisser à nos enfants, mais nous pourrions aussi bien nous demander quels enfants nous allons laisser à cette Terre…

    Cela fait longtemps que les enseignants constatent que leurs valeurs et leur travail sont en concurrence avec des valeurs opposées, dans le reste de la société, qui sapent les fondements de la culture et de l’humanisme… Mais aujourd’hui, on pourrait craindre un point de non-retour, si la majorité des élèves de l’enseignement secondaire étaient réellement convaincus de l’inutilité de l’école, comparée aux médias, à internet, et du manque total d’intérêt de la culture « gratuite », de la connaissance pour le plaisir de la connaissance…

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