Règlements de comptes dans la microfinance

Vendredi 1 avril 2011

Muhammad Yunus

Nous avons plusieurs fois évoqué sur le blog la question du microcrédit, ou microfinance (de petits crédits accordés à des pauvres, surtout dans les pays en développement).

MUHAMMAD YUNUS, fondateur de la Grameen Bank, banque prêtant aux pauvres aux Bangladesh (et qui a obtenu le Prix Nobel de la Paix pour cela) vient d’être renvoyé de la direction de cette banque, sur demande du gouvernement, officiellement pour des raisons d’âge.

Qu’est devenue la belle idée de Yunus de « banques pour les pauvres » dans les pays en développement ?

LIRE CI-DESSOUS L’ARTICLE SUR LE SITE D’ « ECO 89 » :

Muhammad Yunus viré : une crise profonde pour la microfinance

Par Benoît Granger | Chercheur en microfinance | 22/03/2011

Muhammad Yunus, considéré comme le père du microcrédit contemporain et prix Nobel de la paix en 2006 pour son travail à la Grameen Bank, vient d’en être viré. Officiellement, en raison de son âge. Son départ correspond en fait à une crise profonde de la microfinance : celle-ci peut-elle être une activité de marché comme les autres ?

La semaine dernière, Yunus a été viré de la Grameen Bank sur ordre de la Banque centrale du Bangladesh. Il a contesté la décision devant une première juridiction, qui l’a confirmée. Il vient de faire appel devant la Cour suprême, mais il est peu probable qu’il obtienne réparation.

Yunus n’a pas le droit de poursuivre son mandat car il est trop âgé. Les statuts de la banque prévoient que les directeurs généraux cessent leurs fonctions à 60 ans, et il en a 70. Application du droit, a commenté le ministre des Finances (77 ans).

L’âge de Muhammad Yunus, un simple prétexte

La mise à l’écart de Yunus choque dans le monde entier. Des sénateurs américains viennent d’envoyer une lettre à la première ministre bangladaise ; Jesse Jackson qualifie son départ d’« attaque directe contre la société civile ». En France, Maria Nowak fondatrice de l’Adie (Association pour le droit à l’initiative économique), a signé une tribune dans Le Monde, en compagnie de Michel Rocard, de Martin Hirsch et d’autres pour protester et appeler à manifester contre cette décision.

L’âge de Yunus est évidemment un prétexte. Il avait eu l’imprudence de se mêler au débat politique dans un pays dominé par des grandes familles. Il s’est attiré la haine de la Première ministre, Sheikh Hasina Wajed, qui, après avoir encensé le microcrédit, estime aujourd’hui que les prêteurs « sucent le sang des pauvres » avec des taux d’intérêt exorbitants.

Yunus est aussi en butte à d’autres critiques, celles de journalistes qui veulent démontrer des malversations (une émission de télé hollandaise a fait long feu sur ce point), ou celles d’analystes qui estiment que la Grameen n’a pas vraiment contribué à la baisse de la pauvreté au Bangladesh, ou encore que, de fait, les taux d’intérêt facturés par la banque sont trop élevés par rapport aux activités financées…

Une crise profonde de la microfinance

Le départ de Yunus intervient au moment d’une crise profonde de la microfinance, au-delà du seul microcrédit. Depuis l’automne dernier, l’Inde vit au rythme des révélations sur les taux d’intérêt et les manières brutales de recouvrement de certaines de ses institutions de microfinance.

Il faut dire que SKS, la principale institution de microcrédit indienne, a connu une période de développement ultra-rapide (7 millions de clients en 2010, 15 millions prévus en 2012), mais qui s’avère désastreuse. Son expansion a débouché sur une introduction en Bourse, en juillet 2010, qui lui a permis de mobiliser 350 millions de dollars, dont une bonne partie venant d’investisseurs américains attirés par les promesses de rendement fantastique. Le management de SKS s’est enrichi au passage, mais le rendement en question était fondé sur des taux d’intérêt des prêts élevés, et sur la brutalité du recouvrement.

Le débat a pris de l’ampleur dans la mesure ou les spécialistes ont craint immédiatement que l’on « jette le bébé avec l’eau du bain » : c’est le thème du vif débat qui a opposé dans Le Monde les Français emmenés par l’universitaire Jean-Michel Servet et Esther Duflo, économiste française mais travaillant aux Etats-Unis.

Pour Servet, ces excès marquent la limite d’un modèle « profitable » de la microfinance. Prêter aux pauvres doit préserver avant tout le rôle social du prêt, donc la prudence et l’accompagnement sous forme de conseils et formations.

Duflo s’est fait connaître par la création de la chaire « Savoirs contre pauvreté » au Collège de France en 2009. Dans le débat actuel, elle estime que l’on « risque de tuer la microfinance », alors qu’il faut encourager un développement mieux organisé, car les avantages sont nettement supérieurs aux incidents ou aux ratés qui émaillent ce développement.

En fait, le débat actuel à propos de Yunus et de l’actualité indienne renvoie à un désaccord plus profond. La microfinance est-elle une activité « de marché », semblable à une autre ?

Son développement et ses succès sont incontestables : 128 millions de personnes (pauvres, pour l’essentiel) ont aujourd’hui accès à des prêts et d’autres services financiers dont elles étaient exclues auparavant. Et une partie d’entre elles sont réellement « sorties de la pauvreté » : des études scientifiques incontestables l’attestent.

La microfinance doit-elle être rentable ?

Pour autant, doit-on laisser les microprêteurs devenir des usuriers au grand jour ? C’est le risque lié au fait que certaines grandes organisations de microfinance sont devenues très rentables : les pauvres remboursent les prêts, et les taux d’intérêt au Sud sont élevés. D’où l’irruption dans ce nouveau « marché financier » d’investisseurs motivés par le rendement autant que par la supposée « bonne action »…

Des excès anecdotiques et provisoires, dit Duflo. Il faut laisser la profession s’organiser et surtout ne pas décourager les investisseurs. En face, Servet et ses amis fixent à la microfinance une fonction sociale beaucoup plus importante. Il faut « arrêter de présenter le microcrédit […] comme un produit miracle pour lutter contre la pauvreté ». Il faut concentrer les prêts sur des projets faisables et des personnes capables, et accompagner les personnes dans leurs projets. Et le prêt n’est qu’un instrument du développement parmi d’autres.

Yunus avait nettement pris parti pour une limitation des taux d’intérêt. Il a aussi contribué au développement d’une jeune organisation, MF Transparency, créée par l’universitaire américain Chuck Waterfield afin de contribuer à la transparence des règles.

Il avait également développé un concept de « social business », qui limite la distribution des profits, avec de grands industriels des pays riches. Danone, notamment, a radicalement modifié ses mode de production de yaourts pour les rendre accessibles aux pauvres du Bangladesh, dans le cadre d’une filiale commune avec Grameen.

En fait, c’est l’image publique de la microfinance qui sort écornée des excès indiens, des débats entre tenants de l’idéologie du marché et tenants de la pédagogie, et du départ de Yunus sur le thème « pas de fumée sans feu ».

La microfinance est restée des décennies durant sous l’influence de grandes organisations très liées aux donateurs et investisseurs du Nord. Le CGAP (Groupe consultatif d’aide aux populations les plus pauvres), lié à la Banque mondiale, a ainsi eu ce seul discours depuis les années 80 : il faut que ça devienne rentable.

Une petite partie de la microfinance est devenue rentable, mais aujourd’hui, elle commence à payer le prix de l’aveuglement et du cynisme.

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Le microcrédit : la solution miracle pour sortir du sous-développement ?

Mercredi 15 septembre 2010

Le système du microcrédit – ou « banque des pauvres » : accorder de tous petits crédits à des pauvres, pour qu’ils puissent investir dans de petites affaires (artisanat, commerce, agriculture) – a été développé avec succès dans les pays en développement, et même dans nos pays développés, à la suite de l’expérience de Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank au Bangladesh, et récemment prix Nobel de la paix.

Mais le microcrédit est-il la panacée pour vaincre la pauvreté ?

Voici deux vidéos pour mieux comprendre les enjeux du microcrédit, et du développement en général :

Une courte vidéo, uniquement positive, sur Muhammad Yunus (où il insiste sur l’excellent taux de remboursement des prêts aux pauvres) :

Image de prévisualisation YouTube

Un extrait d’une conférence (en janvier dernier) d’Esther Duflo, l’une des jeunes économistes français les plus prometteuses, qui a fait toute sa carrière aux Etats-Unis (elle étudie l’économie du développement au prestigieux Massachusetts Institute of Technology), où ses travaux ont déjà été récompensés par des prix prestigieux. Elle dresse un bilan plus mitigé du microcrédit, dans son dernier ouvrage La Politique de l’autonomie (Seuil, 2010). Selon elle, la priorité absolue du microcrédit, qui est le remboursement des prêts, va à l’encontre d’une prise de risque, qui permettrait un développement plus important des petites entreprises. Mais les experts internationaux veulent que les pauvres du Sud soient totalement « responsables », « autonomes », aussi lucides et rigoureux qu’un chef d’entreprise occidental du XXIe s… Du coup, le microcrédit permet à des individus de créer leur propre emploi, mais guère plus :

http://www.dailymotion.com/video/xbu1fs Tags : , , ,

Et si les pauvres sauvaient le capitalisme ?

Mardi 24 mars 2009

A la veille du G20 (sommet des vingt principales économies mondiales) qui le 2 avril va chercher des solutions pour sortir de la crise, des économistes se demandent si l’on ne devrait pas s’intéresser au formidable potentiel de croissance que représentent les exclus du système : les millions de pauvres, au Nord comme au Sud, qui – s’ils étaient soutenus par les institutions financières (sous forme de microcrédits par exemple) pourraient créer des emplois et créer une nouvelle demande… Dix euros donnés à une famille indienne pour créer un petit atelier seraient presque plus utiles que les dix milliards d’euros distribués l’an dernier aux banques françaises…

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Une banque qui prête aux pauvres du Sud

Mercredi 1 octobre 2008

Ce qui est formidable avec les SES, c’est qu’on trouve toujours dans l’actualité un sujet en rapport direct avec ce qu’on est en train d’étudier en cours : par exemple, au confluent du précédent chapitre sur le développement, et de l’actuel sur l’investissement (et son financement), voici un article sur une banque pas comme les autres, qui fait des « prêts solidaires » (on appelle aussi cela le microcrédit) pour les pauvres du Tiers-Monde, qui n’ont souvent besoin que de quelques dizaines de dollars pour créer une petite entreprise et sortir de la misère.

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