Faut-il étendre le RSA ?

mardi 29 mai 2012

Un article intéressant, par des spécialistes du travail, qui critiquent le RSA :

Etendre le revenu de solidarité active est une fausse bonne idée !

LE MONDE –  21.04.12

Dans un entretien (Le Monde du 17 avril), Martin Hirsch, l’ancien haut-commissaire aux solidarités actives, « inventeur » du revenu de solidarité active (RSA) – et fossoyeur du revenu minimum d’insertion (RMI) -, dit souhaiter qu’un nouveau gouvernement étende le RSA à l’ensemble des travailleurs pauvres. Nous pensons au contraire que la page de cette malheureuse expérience doit être tournée. Près de trois ans après son entrée en vigueur, les effets négatifs de cette réforme sont patents.

D’une part, avec un montant d’allocation forfaitaire inchangé, le RSA a fait la preuve de son incapacité à répondre à l’exigence constitutionnelle d’apporter « des moyens convenables d’existence » aux personnes privées de revenus d’activité et de ressources (RSA socle). D’autre part, en raison de l’ampleur d’un phénomène de non-recours pourtant prévisible, il a démontré son inefficacité en matière d’attribution du complément de revenus aux travailleurs pauvres (RSA activité), laissant inemployés près de 3 milliards d’euros sur le Fonds national des solidarités actives.

La substitution du RSA au RMI a constitué, dès l’origine, une mauvaise réforme qui a fait basculer dans l’aide sociale les travailleurs pauvres au prix d’une bureaucratisation accrue de la gestion des dossiers. Clinquante comme un slogan de campagne (« Travailler plus pour gagner plus »), cette réforme est surtout celle des occasions manquées.

Si l’on compare le montant du RSA socle à celui du RMI, rien n’a changé : 475 euros par mois pour une personne seule sans ressources. Malgré les promesses, l’offre de formation et l’accompagnement – insuffisants – n’ont pas été améliorés. Si les personnes trouvant un emploi à temps partiel ont gagné le droit de cumuler à perpétuité leur salaire avec une allocation, en contrepartie le gouvernement a gelé le barème de la prime pour l’emploi (PPE), dont le montant a été depuis 2008 grignoté par l’inflation. Plus de 8 millions de personnes bénéficiant de la PPE, c’est-à-dire pour l’essentiel les salariés gagnant entre 1 et 1,6 smic à plein-temps (entre 1 000 et 1 600 euros net par mois), ont ainsi vu leur pouvoir d’achat amputé chaque année grâce à la réforme Sarkozy-Hirsch. Tout cela en prétendant revaloriser le travail !

La création du RSA a en outre transformé la philosophie du système d’aide aux bas salaires. La PPE, créée par le gouvernement Jospin, a été conçue comme un droit automatique et universel : dès lors que les revenus d’activité sont inférieurs à un certain seuil, il suffit de cocher une case dans la déclaration d’impôt pour l’obtenir. Autrement dit, les travailleurs à bas salaire sont traités comme des contribuables comme les autres.

Pour obtenir le RSA, ces mêmes travailleurs doivent se faire demandeurs, pour ne pas dire quémandeurs, d’une aide sociale. Ils doivent répondre à un questionnaire détaillé sur leurs conditions de vie, l’ensemble de leurs ressources, et tenir les services gestionnaires informés trimestre par trimestre de l’évolution de leur situation. Et c’est ce qui explique en grande partie le fait que 68 % des bénéficiaires potentiels du RSA activité ne l’ont pas demandé.

Si l’on faisait droit à ce que réclame l’ex- haut-commissaire, et si l’on remplaçait la PPE par le RSA, c’est peu à peu tout le bas de la hiérarchie salariale qui basculerait du côté de l’aide sociale. Loin d’éviter de stigmatiser les « travailleurs pauvres » et les allocataires du RMI, cette réforme les a confondus dans un groupe d’« assistés » alors que beaucoup sont d’abord des personnes involontairement privées d’emploi. C’est la couverture collective de ce risque social par la solidarité professionnelle et par la solidarité nationale qui aurait dû être améliorée, et dont la réforme constitue une urgence.

Il est donc essentiel que la gauche ne cède pas aux sirènes de l’extension du RSA à tous les travailleurs pauvres. Nous pensons que seule une réforme fiscale d’ensemble permettra de revaloriser réellement le travail à bas salaire, et de redonner de la lisibilité à notre système de prélèvements et de transferts. Actuellement, après avoir payé 8 % de leur salaire chaque mois au titre de la contribution sociale généralisée CSG (soit un mois de salaire à la fin de l’année), les salariés modestes reçoivent avec un an de retard un chèque au titre de la PPE, qui représente généralement entre un demi-mois et trois quarts de mois de salaire. En fusionnant CSG, impôt sur le revenu et prime pour l’emploi en un impôt progressif unique, payé par tous et retenu à la source, on pourrait prélever seulement 2 % au niveau du smic (et non plus 8 %). De cette façon, le salaire net de millions de salariés augmenterait de près de 100 euros par mois.

C’est en traitant la question des travailleurs à bas salaires par la réforme fiscale et en développant les moyens humains et financiers destinés à prendre en charge les problèmes rencontrés par les personnes les plus éloignées de l’emploi que nous répondrons à la question sociale à laquelle nous sommes confrontés.
Bernard Gomel – Dominique Méda – Evelyne Serverin

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Plus d’inégalités en France

mercredi 16 novembre 2011

Société Aujourd’hui à 0h00

Un pays plus inégalitaire, plus peuplé mais plutôt heureux

L’état démographique et sociétal de la France, à travers le rapport annuel de l’Insee

LIBERATION – Par CHRISTOPHE ALIX

Au Secours populaire de Saint-Eloy-les-Mines, en 2009. Les 20% des Français les moins riches ont vu leur niveau de vie amputé de 400 euros entre 1990 et 2010. (Thierry Zoccolan.AFP)

C’est un classique. Chaque année, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) tire le Portrait social de la France, à travers les évolutions en matière de démographie, d’éducation et de niveaux de vie. Zoom sur les éléments saillants du cru 2011.

Une correction des inégalités par l’Etat-providence légèrement moindre qu’il y a vingt ans.Les disparités de revenus restent élevées. Elles s’expliquent en premier lieu par les différences de durée d’emploi annuelle d’un salarié à l’autre. Cette durée compte pour 84% dans les écarts de salaires, dont la moyenne hexagonale s’établissait à 19 300 euros annuels en 2009. Autre enseignement, le revenu salarial a progressé en moyenne de 0,8% par an sur la période 1995-2009.

La part détenue par les 1% de salariés les mieux rémunérés (à partir de 79 057 euros annuels) représentait, en 2009, 7,3 fois le revenu salarial médian et a globalement augmenté depuis 1995. Mais elle a connu une baisse sensible en 2008 et 2009 (-3,7%). La cause ? La part variable de la rémunération, qui est sensiblement plus élevée chez les très hauts salaires, a diminué depuis le déclenchement de la crise.

L’aspect le plus novateur du travail de l’Insee porte sur la réduction des inégalités par l’intervention de l’Etat, en comparant la situation de 1990 et celle de 2009. Alors que les prélèvements ont largement évolué entre ces deux dates, de même que la nature et le montant des prestations sociales, les effets correctifs de cette redistribution des revenus par l’Etat-providence n’ont été qu’assez légèrement modifiés.

Les 20% des Français les moins riches ont vu leur niveau de vie amputé de 400 euros entre 1990 et 2010. Les 20% les plus riches ont enregistré un gain de 680 euros. Pour les premiers, l’érosion des prestations s’explique par leur indexation sur l’inflation, modérée durant les vingt années observées et progressant moins vite que les revenus moyens de la population. Pour les seconds, malgré la création de la CSG à la fin des années 1980, qui a en partie compensé la forte baisse de l’impôt sur le revenu, le niveau de vie a profité du mouvement général de diminution de leur imposition directe. Au final, la réduction des inégalités en France passe bien davantage par les prestations sociales (pour les deux tiers) que par l’impôt. Sans cette redistribution, l’écart de revenus entre les 20% des Français les plus riches et les 20% les plus pauvres serait deux fois plus élevé.

Une démographie plus dynamique que celle de nos voisins. Entre 1981 et 2011, la population française est passée de 55 à 65 millions d’habitants. Si la fécondité explique largement les écarts avec l’Allemagne (+3 millions) et l’Italie (+4 millions), elle ne peut être considérée comme le moteur de la croissance démographique. Ses trois principaux facteurs sont la hausse de l’espérance de vie (+7 ans sur la période et +3,1 millions de personnes sur trente ans), les migrations (+3 millions) et l’héritage du baby-boom (+5 millions).

En trente ans, la France a connu deux millions de décès de moins que le Royaume-Uni et un million de naissances de plus. En 2008, 8,4% des personnes vivant en France étaient des immigrés, soit 5,3 millions. 20% des immigrés vivent depuis quarante ans en France au moins. 30% sont arrivés il y a moins de dix ans. En 2010 comme en 1980, 16% des nouveau-nés ont une mère immigrée.

Une augmentation depuis dix ans des élèves en difficulté avec l’écrit. Depuis dix ans, la proportion d’élèves en difficulté face à l’écrit augmente avec près d’un élève sur cinq concerné en début de collège. Le niveau de compréhension de l’écrit des élèves «moyens» est stable mais les difficultés des plus faibles s’aggravent, notamment dans les zones d’éducation prioritaire. L’écart de niveau entre filles et garçons s’accroît dans tous les pays de l’OCDE. Les difficultés des élèves en France sont plus corrélées avec le milieu social que dans le reste de l’OCDE.

Les Français restent satisfaits de leur qualité de vie. Ils lui attribuent la note moyenne de 7,3 sur une échelle de un à dix mise en place dans le cadre de la nouvelle approche plus qualitative (rapport Stieglitz) de la croissance. La satisfaction grimpe avec le revenu mais plus il est élevé, plus d’autres éléments interviennent. L’argent ne fait pas le bonheur… à condition d’être riche.

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Des riches plus riches, des pauvres plus pauvres

vendredi 10 juin 2011

DANS « ALTERNATIVES ECONOMIQUES » DU MOIS DE JUIN :

Les riches toujours plus riches

Denis Clerc
Alternatives Economiques n° 303 – juin 2011
couverture

L’écart de niveaux de vie s’est creusé entre les plus pauvres et les plus aisés depuis 2003. En cause, la Bourse et l’immobilier.

Les inégalités se creusent en France. Pas par le bas, du fait de l’accroissement de la part des pauvres dans la population, mais par le haut, les riches devenant sans cesse plus riches. Les chiffres que vient de publier l’Insee [1] sont sans appel. Dans le bas de la pyramide sociale, la proportion des personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté est passée de 14,5 % à 13 % entre 1996 et 2008 (dernière année connue). Comme le seuil de pauvreté est calculé chaque année en fonction du niveau de vie médian (la moitié des personnes disposant de moins, la moitié de plus), cette baisse implique que, au moins entre 1997 et 2001 (années durant lesquelles a eu lieu la totalité de la baisse constatée), le niveau de vie du bas de la pyramide sociale a progressé plus vite que la médiane. Cela s’explique principalement par la diminution du taux de chômage, qui durant ces années-là est passé de 11 % à 8 %.

Depuis 2002, on observe une quasi-stabilité du taux de pauvreté, liée au fait que le chômage ne recule plus, aux retraits du marché du travail et à la proportion croissante de personnes isolées et de familles monoparentales. Mais s’il n’y a proportionnellement pas plus de pauvres en 2008 qu’en 2002, leur pauvreté s’est accentuée. En 1996, l’intensité de la pauvreté était de 19,2 %. Cela signifiait que la moitié des pauvres disposaient d’un niveau de vie inférieur d’au moins 19,2 % au seuil de pauvreté de l’époque. Six ans après (2002), elle s’était réduite à 16,6 %. La pauvreté n’avait pas seulement reculé, elle était devenue moins intense. Encore six ans après (2008), cette intensité était revenue à 18,5 %.

L’envolée des dividendes

Dans le haut de la pyramide, c’est un paysage bien différent que l’on peut découvrir. Dans le dixième le plus aisé de la population, on dispose en 2008 d’un niveau de vie très confortable, puisqu’il est d’au moins 3 000 euros par mois [2]. Jusqu’en 2003, le niveau de vie de ce dixième aisé évoluait à peu près au même rythme que celui du dixième le plus modeste. La société évoluait alors  » en sablier « , selon les termes d’Alain Lipietz : les plus modestes et les plus aisés voyaient leur niveau de vie évoluer plus rapidement que celui des couches intermédiaires. Mais à partir de 2003, la donne change : les plus modestes voient leur niveau de vie suivre celui des couches intermédiaires, tandis que les plus aisés connaissent un envol de leurs revenus. Ces derniers disposaient en 2003 de 23,4 % des revenus totaux des ménages après impôts, mais de 24,3 % en 2008. Alors que le niveau de vie moyen de ce dixième le plus favorisé était, en 2003, en moyenne 6,07 fois supérieur au niveau de vie moyen du dixième le plus modeste, l’écart est de 6,67 en 2008 : un dixième de plus. Soit une accentuation de 5 000 euros par an de l’écart moyen.

Explication de l’Insee : «  Les revenus du patrimoine du dernier décile [le dixième le plus aisé] augmentent de 11 % par an en moyenne, expliquant la quasi-totalité de l’accroissement spécifique de leur niveau de vie. «  Le bouclier fiscal n’a joué qu’un rôle sans doute très mineur dans cette affaire ; ce qui est en cause, c’est l’accroissement constant des dividendes et des loyers, les uns et les autres profitant essentiellement au dixième le mieux loti.

Denis Clerc
Alternatives Economiques n° 303 – juin 2011
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Révisions bac : les Objectifs du Millénaire de l’ONU

jeudi 2 juin 2011

TRES UTILE A LA FOIS POUR L’EPREUVE DE S.E.S. ET DE GEOGRAPHIE :

Voici un petit dossier (avec des courtes vidéos) sur les « Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) », adoptés par les Nations Unies en 1999, afin de lutter contre l’extrême pauvreté en ce qui concerne la santé, la condition des femmes, l’environnement, etc.

Hélas ces objectifs, fixés pour 2015, sont loin d’être atteints…

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Les idées reçues sur l' »assistanat »

mercredi 11 mai 2011

Le quotidien LE MONDE analyse les idées reçus liées aux déclarations du ministre Laurent Wauquiez sur les prétendues « dérives de l’assistanat » : un thème important du programme de terminale (dans le chapitre « Intégration et solidarités »)

Cinq idées reçues sur « l’assistanat »

LEMONDE.FR | 10.05.11

Laurent Wauquiez a jugé anormal que le système de protection social français, "le plus généreux d'Europe", permette "très facilement aux étrangers de bénéficier de nos différents outils de solidarité".

Laurent Wauquiez a jugé anormal que le système de protection social français, « le plus généreux d’Europe », permette « très facilement aux étrangers de bénéficier de nos différents outils de solidarité ». AFP/PIERRE VERDY

L’assistanat est un « cancer de la société française ». Si on lui a reproché les mots employés, Laurent Wauquiez, en s’attaquant au revenu de solidarité active (RSA), a surfé sur un cliché bien implanté. Quelque 80 % des classes moyennes sont d’accord avec l’idée qu’il « y a trop d’assistanat et [que] beaucoup de gens abusent des aides sociales », selon une étude menée par l’IFOP en octobre 2010, citée par Le Post.fr.

Peut-être le ministre des affaires européennes pensait-il à cet électorat quand il a émis l’idée, dimanche 8 mai, de plafonner les minima sociaux à 75 % du smic et d’obliger les personnes au RSA à effectuer des travaux « d’intérêt civique » ? Malgré les protestations suscitées dans l’opposition comme dans la majorité, cette proposition s’inscrit dans une longue tradition d’attaques contre « l’assistanat ». Un thème cher à des figures de droite, comme Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy,  mais aussi de gauche, comme Ségolène Royal. Cela n’empêche ce discours de reposer en partie sur des clichés trompeurs. Décryptage.

1. La France distribue plus d’aides sociales que les autres pays d’Europe ?

C’est faux. La France est dans la moyenne européenne pour sa protection sociale. En 2005, elle se classait, selon l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes), au deuxième rang des pays de l’OCDE quant au poids de ses dépenses de protection sociale par habitant. Mais ce chiffre recouvre à la fois la couverture maladie, les retraites et les minima sociaux.

Or, ces derniers ne sont pas distribués à tort et à travers. En France, il existe une dizaine de minima sociaux (voir encadré) qui répondent à des critères très précis d’attribution. Au total, selon l’Insee, 3,5 millions de personnes ont perçu une de ces allocations en 2009. Soit 6,2 % de plus qu’en 2001, où elles étaient 3,28 millions. Une hausse imputée par le gouvernement à la mise en place du RSA et à la crise.

Mais, en ce qui concerne le seul revenu minimum – équivalent du RSA ou du RMI –, on se rend compte que la France n’est pas plus généreuse que ses voisins européens. Selon l’Irdes, les allocataires du revenu mimimum ne représentaient que 2 % de la population active française en 2006. Une proportion qui monte à 6 % en Finlande, 3,4 % en Allemagne ou 5,6 % au Royaume-Uni. « Nous sommes dans la moyenne européenne », confirme Henri Sterdyniak, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). « Les pays scandinaves dépensent bien plus que nous. Plus étonnamment, l’Angleterre et l’Irlande aussi ont des systèmes très généreux, certes avec un contrôle social plus fort des bénéficiaires, un suivi serré. »

2. Les montants des minima sociaux sont plus importants en France ?

C’est une autre idée reçue. Les montants des aides sociales françaises sont plutôt bas, par rapport à ceux d’autres pays européens. Suivant l’allocation, le montant mensuel peut varier de 324 euros (allocation d’insertion) à 711 euros (allocation adulte handicapé), comme le montre ce barème de l’Insee. On note l’exception de l’allocation équivalent retraite : 994 euros.

Selon une étude du ministère de la santé, en 2003, les minima sociaux versés en France équivalaient, pour un célibataire, à 44 % du salaire médian. C’était plus qu’en Belgique (39 %) mais moins qu’en Allemagne (46 %), qu’au Royaume-Uni (51 %), qu’en Irlande (62 %) ou qu’aux Pays-Bas (77 %).

« Les montants ne sont pas généreux en France, affirme M. Sterdyniak, de l’OFCE. Les minima ne sont pas revalorisés depuis longtemps. Des gens qui étaient juste au-dessus du seuil de pauvreté se retrouvent maintenant en dessous. Etrangement, bien qu’averti de ce fait, le gouvernement n’a touché qu’au seul minimum vieillesse. » Ce dernier est revalorisé chaque année depuis le début du quinquennat.

Une politique de baisse volontaire, selon l’économiste. « Depuis Jospin, la grande idée, c’est d’inciter à travailler, donc creuser l’écart entre le RMI, puis le RSA, et le smic. Il y a deux stratégies : augmenter le smic ou laisser stagner le RSA. Le gouvernement a choisi la seconde. »

3. On peut gagner davantage en touchant les minima sociaux qu’en travaillant ?

Encore un cliché qui a la vie dure. Il n’est pas possible en pratique de cumuler les minima sociaux pour atteindre des revenus supérieurs à ceux d’un smicard. Le RSA, qui remplace depuis 2009 le RMI, est conçu pour ne pas dépasser 62 % du smic, avec un bonus en fonction du nombre éventuel d’enfants.

Et toucher une autre aide, par exemple, des allocations familiales (auxquelles toute famille a droit quels que soient ses revenus) entraîne mécaniquement une diminution du montant du RSA. Toute autre allocation provoque le même effet.

« M. Wauquiez raconte des choses fausses quand il dit qu’on peut gagner plus en minima sociaux qu’en salaires. Il n’y a aucun problème : on gagne plus en travaillant que dans l’assistanat, toutes les études le prouvent », assure M. Sterdyniak.

4. Les personnes aidées ont en plus des petits avantages que n’ont pas les smicards ?

C’est un autre angle d’attaque du ministre, qui exagère la réalité. Les « droits connexes » sont ciblés et s’adressent à des populations suivies. Les bénéficiaires de minima sociaux ont certes droit à des avantages souvent attribués par les communes ou les départements : transports en commun gratuits ou à tarif réduit, cantine moins chère pour les enfants, services de garde, tarifs sociaux de l’électricité…

Mais une mission parlementaire de 2009 a montré que, si ces droits étaient très variables en fonction du lieu d’habitation, leur attribution était plutôt accompagnée et ciblée (familles monoparentales, publics volontaires). Et que leur distribution, tout comme celle du RSA, s’accompagnait d’un suivi de la personne bénéficiaire.

Point important : la plupart de ces aides ne sont souvent pas attribuées en fonction d’un statut (par exemple, être au RSA) mais selon un niveau de revenu. Une famille de deux enfants vivant avec un seul salaire au smic – exemple pris par M. Wauquiez – peut ainsi bénéficier de la couverture médicale universelle (CMU).

5. Les étrangers peuvent profiter facilement de ces minima sociaux ?

C’est un autre stéréotype qui revient régulièrement. Pourtant, en France, les conditions d’accès aux minima sociaux pour les étrangers sont complexes.

Dans sa sortie controversée, M. Wauquiez a proposé de réserver le RSA aux étrangers travaillant depuis cinq ans minimum en France. Il ignorait visiblement que la loi instaurant le revenu de solidarité active prévoit déjà exactement la même chose : il faut être en possession d’un titre de séjour et d’une carte de travail depuis au moins cinq ans pour bénéficier du RSA si on est natif d’un pays extérieur à l’Union européenne. Pour les ressortissants de l’UE, ce délai est de trois mois, et ceux-ci ne peuvent prétendre au RSA s’ils sont entrés en France pour y chercher un travail. Les conditions sont tellement restrictives que des associations comme le Gisti avaient protesté lors de la mise en place du revenu de solidarité active.

« Notre drame, c’est ce délitement des classes populaires, qui ont connu le plein emploi et dont le monde s’effondre avec le chômage de masse, résume Henri Sterdyniak. Ils voient des travailleurs immigrés dont ils ont l’impression qu’ils les tirent vers le bas, et ils ont l’impression que les aides vont vers ces populations plutôt que vers eux, ce qui n’est pas vrai. Laurent Wauquiez ne fait que soutenir cette idée reçue pour tenter de capter un électorat déboussolé, qui est passé du vote communiste au vote FN. »


Samuel Laurent

Les minima sociaux français

– Le RSA (revenu de solidarité active) a remplacé le RMI (revenu minimum d’insertion) et l’allocation de parent isolé en 2009 : 466 euros mensuel maximum pour une personne seule.

– L’allocation aux adultes handicapés (AAH) : 727,61 euros maximum

– L’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI) : 388,05 euros maximum

– L’allocation de solidarité spécifique (ASS) pour les chômeurs en fin de droits : 460,51 euros maximum

– L’allocation d’insertion remplacée par l’allocation temporaire d’attente (ATA) pour les demandeurs d’asile et les ex-détenus : 324,55 euros maximum

– L’allocation supplémentaire de vieillesse et l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ce qu’on nomme « minimum vieillesse ») : 708,95 maximum

– L’allocation veuvage (AV) : 565,13 euros maximum

– L’allocation équivalent retraite-remplacement (AER) : 995,40 euros maximum

– Le revenu de solidarité (RSo) pour les personnes sans emploi de plus de 55 ans outre-mer : 860,72 euros maximum, en fonction des revenus

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Depuis 7 ans, les inégalités se sont creusées vers le haut

jeudi 28 avril 2011

ARTICLE DE L’AGENCE FRANCE PRESSE :

AFP, Mise a jour : 28 avril 2011

Les inégalités se creusent en faveur des plus riches

Les Français les plus aisés ont continué à s’enrichir ces dernières années, creusant encore les inégalités avec les plus modestes même si le taux de pauvreté est resté relativement stable, selon une étude de l’Insee publiée jeudi.

Distribution de nourriture et de couches pour bébés dans un centre des Restos du Coeur à Asnières, le 30 novembre 2010

AFP/Archives

Globalement, « entre 1996 et 2008, les inégalités de niveau de vie évoluent peu », note l’Insee dans l’édition 2011 de « Revenus et patrimoines des ménages ».

Ainsi, si l’on compare le niveau de vie maximum des 10% de ménages les moins riches (10.520 euros) au niveau de vie minimum des 10% les plus riches (35.550 euros), on constate en 2008 un rapport « relativement stable » (3,4 contre 3,5 en 1996), a expliqué en conférence de presse Jean-Louis Lhéritier, chef du département Ressources et conditions de vie des ménages.

Le « niveau de vie » se calcule en divisant les revenus du ménage par le nombre de personnes qui le composent mais en tenant compte des économies d’échelle induites par la vie en commun (un seul réfrigérateur…) et du fait que les enfants consomment moins que les adultes.

Cette notion permet de comparer des ménages de taille et de composition différentes. Le niveau de vie moyen est de 22.110 euros, le niveau de vie médian de 19.000.

Toutefois, nuance l’Institut de la statistique, ces moyennes « ne rendent pas compte des tendances aux extrémités ». Or, avant 2004, les inégalités avaient tendance à se réduire parce que les ménages les plus pauvres voyaient leur niveau de vie se rapprocher des classes intermédiaires.

A l’inverse, à partir de 2004, « on a une tendance à l’augmentation des inégalités par le haut » de l’échelle, selon M. Lhéritier.

Car depuis cette date, « les niveaux de vie des personnes les plus modestes cessent d’augmenter plus rapidement que les niveaux de vie intermédiaires alors que ceux des plus aisées continuent leur progression », note cette étude, qui s’arrête juste avant les premiers effets de la crise financière.

Résultat, le ratio de richesses (en niveau de vie) détenues par les 20% les plus aisés et celle détenue par les 20% les plus modestes a augmenté de 4 à 4,3 entre 1996 et 2008.

Cette progression « est liée à une forte hausse des revenus, en particulier des revenus du patrimoine, qui sont fortement concentrés chez les personnes les plus aisées », note l’étude, qui précise que ces revenus ont augmenté de 11% par an.

Parallèlement, entre 1996 et 2008, le taux de pauvreté monétaire (personnes vivant sous le seuil de pauvreté, fixé à 60% du revenu médian soit 950 euros mensuels en 2008) est passé de 14,5% de la population à 13% en 2008.

Mais là encore, cette moyenne cache de fortes disparités.

Ainsi, la baisse de la pauvreté est « concentrée de 1997 à 2001, période de forte croissance et de baisse du chômage » avant de rester stable jusqu’en 2008, a noté Jean-Louis Lhéritier.

Malgré la baisse globale, la pauvreté touche autant les chômeurs, qui sont en 2008 comme en 1996 toujours 35% à vivre avec moins de 950 euros par mois. Elle touche davantage les familles monoparentales (26% en 1996, 30% en 2008) et les personnes seules.

Les familles nombreuses sont elles aussi toujours largement touchées par la pauvreté mais beaucoup moins en 2008 qu’en 1996 (27,8% contre 19,7%), essentiellement grâce aux « revalorisations des prestations sociales », selon Magda Tomasini, chef de la division Revenus et patrimoines des ménages.

Les couples, avec ou sans enfant, sont les seuls à avoir bénéficié de la baisse du taux de pauvreté.

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Près de 2 millions de travailleurs pauvres en France

samedi 19 février 2011

ARTICLE RECENT DE L’OBSERVATOIRE DES INEGALITES :

Les travailleurs pauvres en France
le 24 janvier 2011
On compte entre un et deux millions de travailleurs pauvres en France selon les définitions.

Les travailleurs dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté

Entre 1 et 1,9 millions de personnes exercent un emploi mais disposent, après avoir comptabilisé les prestations sociales (prime pour l’emploi, allocation logement, etc.) ou intégré des revenus de leur conjoint, un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté, fixé à la moitié du revenu médian [1] dans le premier cas et à 60 % dans le second cas. Quelle que soit la définition que l’on utilise, le nombre de travailleurs pauvres a grossi de 100 000 personnes entre 2003 et 2008, et encore les données 2008 minimisent les chiffres du fait d’un changement de méthodologie. Il est d’ailleurs possible que ce nombre ait progressé depuis avec la montée du chômage.

Si l’on compte l’ensemble des personnes, conjoints et enfants compris, c’est entre 1,9 et 3,7 millions de personnes qui vivent dans un ménage pauvre dont le chef de famille dispose d’un emploi – toujours en tenant compte de l’ensemble des ressources.

Même en utilisant la définition la plus restrictive on compte presque deux millions de personnes qui vivent avec moins de 800 euros par mois pour un adulte seul [2], alors qu’elles exercent un emploi ou que leurs parents sont dans ce cas.

L’existence de travailleurs pauvres résulte de plusieurs facteurs. D’abord, de la faiblesse des salaires dans de très nombreux secteurs et notamment du niveau du salaire minimum. Ensuite du temps partiel, qui réduit en proportion les niveaux de vie. Enfin, du fractionnement des emplois : petits boulots, alternances de phases d’emploi et de chômage ou d’inactivité.

Evolution du nombre de travailleurs pauvres
Personnes qui exercent un emploi, dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté, aux seuils de 50 et 60 % du revenu médian.
Unité : milliers
1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
Seuil de 50 % 977 996 1 013 953 913 915 947 994 977 1 008 1 022
Seuil de 60 % 1 882 1 942 1 948 1 934 1 896 1 771 1 797 1 838 1 872 1 999 1 897
Les données 2008 sont minimisées du fait d’un changement de méthodologie de l’Insee. Le niveau de vie tient compte des prestations sociales, des impôts et des revenus des conjoints.
Source : Insee
Personnes vivant dans un ménage de travailleurs pauvres
Nombre de personnes pauvres, chef de ménage, enfants et conjoints, vivant dans un ménage dont le chef de ménage exerce un emploi
Unité : milliers
1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
Seuil de 50 % 1 874 1 899 1 964 1 793 1 644 1 702 1 742 1 821 1 743 1 818 1 878
Seuil de 60 % 3 879 3 965 4 041 3 981 3 682 3 527 3 558 3 619 3 596 3 838 3 728
Les données 2008 sont minimisées du fait d’un changement de méthodologie de l’Insee. Le niveau de vie tient compte des prestations sociales, des impôts et des revenus des conjoints.
Source : Insee

Les travailleurs dont le revenu d’activité était inférieur au seuil de pauvreté (au seuil de 60 %) en 2006.

3,7 millions de travailleurs – soit 15 % des actifs – disposent de revenus individuels d’activité (de leur travail, on ne tient pas compte là des revenus du ménage et des prestations sociales perçues par ailleurs) inférieurs à 60 % du revenu médian et peuvent donc être considérés comme pauvres. Parmi eux, 2,5 millions ont été en emploi tout au long de l’année, 700 000 ont connu des périodes de chômage et 500 000 une alternance entre emploi et inactivité.

Parmi les 1,8 million de travailleurs pauvres qui ont été en emploi toute l’année, 1,3 million sont employés en temps partiel. Au total, près de 40 % des actifs en temps partiel disposent de revenus d’activité inférieurs au seuil de pauvreté à 60 %. Le taux de pauvreté, en considérant les revenus individuels d’activité, est aussi très élevé chez les non-salariés : il atteint 32 % pour ceux qui ont été en emploi toute l’année.

Les travailleurs dont le revenu d’activité est inférieur au seuil de pauvreté
Au seuil de 60 %
Unité : %
Effectif (milliers) Part dans la population des travailleurs pauvres (%)
Situation d’activité des travailleurs pauvres
Ensemble 3 745 100,0
Emploi salarié toute l’année : 1 800 48,0
– à temps complet 525 14,0
– à temps partiel 1 275 34,0
Emploi non salarié toute l’année 739 19,7
Alternances emploi/chômage : 741 19,8
– emploi majoritaire 299 8,0
– chômage majoritaire 442 11,8
Alternances avec inactivité 467 12,5
* Pauvreté mesurée sans tenir compte des revenus du ménage, des prestations sociales et des impôts. Il s’agit uniquement des revenus d’activité
Source : Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, données 2006.
Comment mesurer le nombre de travailleurs pauvres ?
Il existe deux façons de mesurer le nombre de travailleurs pauvres. Soit on prend en compte l’ensemble des revenus du ménage et des prestations sociales. Il s’agit de travailleurs dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. C’est le cas, par exemple, d’une famille de cinq personnes où une seule dispose d’un emploi payé au Smic à temps plein. Soit on prend en compte uniquement les revenus individuels d’activité (salaires ou revenus des travailleurs indépendants). C’est le cas par exemple d’une personne employée au Smic à mi-temps, qui n’est pas prise en compte dans la seconde définition si elle vit avec une personne dont les revenus permettent de dépasser le seuil de pauvreté pour l’ensemble du ménage.

Pour en savoir plus :

L’Insee diffuse des données détaillées sur les niveaux de vie des actifs occupés ou des personnes vivant dans les ménages dont le chef de famille est actif occupé (lire en ligne).

Des données beaucoup plus détaillées sont disponibles auprès de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale. Lire en ligne.

Photo/ © ataly – Fotolia.com

[1] Le revenu médian est celui qui sépare l’effectif des ménages en deux – autant gagnent moins, autant gagnent plus

[2] Pour une famille on ajoute 400 euros pour un autre adulte ou un enfant de plus de 14 ans, 240 euros pour un enfant de moins de 14 ans.

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Le microcrédit : la solution miracle pour sortir du sous-développement ?

mercredi 15 septembre 2010

Le système du microcrédit – ou « banque des pauvres » : accorder de tous petits crédits à des pauvres, pour qu’ils puissent investir dans de petites affaires (artisanat, commerce, agriculture) – a été développé avec succès dans les pays en développement, et même dans nos pays développés, à la suite de l’expérience de Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank au Bangladesh, et récemment prix Nobel de la paix.

Mais le microcrédit est-il la panacée pour vaincre la pauvreté ?

Voici deux vidéos pour mieux comprendre les enjeux du microcrédit, et du développement en général :

Une courte vidéo, uniquement positive, sur Muhammad Yunus (où il insiste sur l’excellent taux de remboursement des prêts aux pauvres) :

Un extrait d’une conférence (en janvier dernier) d’Esther Duflo, l’une des jeunes économistes français les plus prometteuses, qui a fait toute sa carrière aux Etats-Unis (elle étudie l’économie du développement au prestigieux Massachusetts Institute of Technology), où ses travaux ont déjà été récompensés par des prix prestigieux. Elle dresse un bilan plus mitigé du microcrédit, dans son dernier ouvrage La Politique de l’autonomie (Seuil, 2010). Selon elle, la priorité absolue du microcrédit, qui est le remboursement des prêts, va à l’encontre d’une prise de risque, qui permettrait un développement plus important des petites entreprises. Mais les experts internationaux veulent que les pauvres du Sud soient totalement « responsables », « autonomes », aussi lucides et rigoureux qu’un chef d’entreprise occidental du XXIe s… Du coup, le microcrédit permet à des individus de créer leur propre emploi, mais guère plus :

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Vidéo sur le développement humain

vendredi 10 septembre 2010

Belle vidéo (10 mn environ) sur cette notion essentielle en SES en terminale, avec des interviews d’Amartya Sen, entre autres :

http://www.youtube.com/watch?v=JdHQ7AoG01w&feature=player_embedded Tags : ,

Et si on se passait d’argent ? Le miracle des SEL

mardi 15 juin 2010

Un vidéo réconfortante (extraite d’un « Envoyé spécial » d’il y a une dizaine d’années : il y avait encore des francs !), en ces temps de crise : non, l’économie monétaire, le marché et le capitalisme ne sont pas les seuls systèmes économiques possibles, même dans une économie très développée comme la nôtre.

Depuis plusieurs années, il existe dans différents pays d’Europe des « systèmes d’échanges locaux » (SEL), qui remplacent la monnaie par des échanges de biens et de services entre habitants, consolident les liens sociaux et permettent ainsi de lutter contre la pauvreté et l’exclusion.

Alors, le SEL, vous commencez quand ? Il en existe certainement un près de chez vous…

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