Grèves et répression… en 1906

mercredi 20 octobre 2010

Un collègue m’a envoyé ceci :

 

En 1906, des grèves très dures ont eu lieu après une catastrophe dans une mine. Georges Clémenceau (grand homme politique de centre-droit) au pouvoir est accusé par les « socialistes » (classés à l’époque à l’extrême-gauche), et notamment Jean Jaurès (grand homme politique de gauche) à la Chambre des députés, d’avoir durement réprimé ces mouvements de grève.

Il rétorque à Jaurès qu’il entendait faire respecter la liberté de ceux qui voulaient travailler et que certaines actions justifiaient amplement une telle répression (par exemple, un propriétaire d’une usine de serrurerie a vu son château incendié). Pour justifier le « maintien de l’ordre », Clemenceau s’adresse directement à Jaurès en lui demandant : « vous êtes à ma place, que ferez-vous si votre préfet vous télégraphie : « On pille la maison d’un mineur » ? »
 

Voici un extrait de la réponse de Jaurès :
 
« Oui, monsieur le ministre ; la violence, c’est chose grossière, palpable, saisissable chez les ouvriers : un geste de menace, il est vu, il est noté. Un acte de brutalité, il est vu, il est retenu. Une démarche d’intimidation est saisie, constatée, traînée devant les juges.
Le propre de l’action ouvrière dans ce conflit, lorsqu’elle s’exagère, lorsqu’elle s’exaspère, c’est de procéder, en effet, par la brutalité visible et saisissable des actes. Ah ! Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses !

Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclats de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continuent la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. […] Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité. »
(Chambre des députés, séance du 19 juin 1906)
 
Source : La gauche et le pouvoir – Juin 1906 : le débat Jaurès Clemenceau, avec un texte de Gilles Candar et un texte de Manuel Valls, éditions Fondation Jean Jaurès.

Tags : , ,

Une commission de déontologie s’était opposée à l’usage des flash-balls dans les manifestations

vendredi 15 octobre 2010

    

 

 

Un article de Libération du 11 mars 2010 (il y a 7 mois donc) rapportait l’avis de la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité, concernant l’usage du flash-ball, qui avait déjà provoqué des blessures graves lors de manifestations en 2009.

Hier, un lycéen de Montreuil (Seine-Saint-Denis) a reçu un tir de flash-ball dans la tête ; il pourrait perdre un oeil, alors que les policiers n’étaient en rien en situation de légitime défense. Ce drame aurait pu être évité.

UNE VIDEO D’UN JEUNE MONTRE PRECISEMENT CETTE SCENE :

http://www.dailymotion.com/video/xf7czf

Pour mieux se rendre compte du comportement de la police, voici ci-dessous le compte-rendu précis et intéressant de la journée du 14, au lycée de Montrouge (Hauts-de-Seine), par une professeure :
 
Les infos suivantes ne sont pas des rumeurs: elles ont été assemblées après une réunion aujourd’hui jeudi à 13h entre des professeurs, le proviseur et son adjoint.
 
 Hier mercredi, des jeunes non scolarisés au lycée sont venus, ont brûlé quelques poubelles et lancé des bouteilles. Les policiers sont restés à distance, les pompiers ont éteint le feu.

 Le JT de France 2 le soir a montré des images des débris, et du portail, avec le nom du lycée visible.
 
L’IA et la Préfecture avaient donc décidé d’une importante présence policière ce matin, aux deux bouts de la rue. Administration et surveillants filtraient l’accès en demandant les carnets de correspondance. Des policiers ont participé de façon peu aimable à ce contrôle.
 
Dans une rue adjacente, un automobiliste non-identifié a distribué à des élèves des badges et drapeaux
CFDT. De l’avis des profs et du proviseur, il s’agit là d’une manip’ grossière, on ne voit pas ce que la CFDT viendrait faire là.
 
Toute manifestation étant ce jour interdite devant le lycée, comme nous avons entendu des policiers le dire fort
à plusieurs reprises, les élèves ainsi équipés se sont fait charger et 4 d’entre eux arrêter. Une élève filmant la scène a été forcée d’effacer ses images, dans un véhicule policier. Des policiers (ou CRS) ont insulté des élèves (« salope, pute ») et ont brandi (sans tirer) des flashballs tout prêt des visages d’élèves.
 
Le calme étant revenu, un face à face s’est prolongé jusqu’à midi dans la rue, avec des professeurs entre les policiers et les élèves.
 
La réunion de 13h a permis d’établir tous ces éléments. Le proviseur n’est pas content qu’aucune
arrestation n’ait eu lieu le jour des violences… et que l’inverse se soit produit aujourd’hui. Il entend éclaircir cette histoire de distribution d’insignes. Et souhaite que le dispositif policier soit différent demain.
 
Vers 16h, 3 des 4 élèves avaient été relachés.
 
Des professeurs ont demandé la fermeture du lycée demain, en passant par le proviseur, pour raisons de
sécurité. L’Inspection académique a refusé.
 
Les élèves semblant préparer un blocus pour demain matin, plusieurs professeurs seront présents dès 8h, on attend aussi des éducateurs de Bagneux et des parents du lycée.
 
Les professeurs mobilisés contre la réforme des retraites regrettent que ce genre d’évènements détourne
l’attention.
 
 
Florence Arié (présente au lycée de 9h à 15h)

Tags : , , ,

Les mots de la sécurité ne sont pas innocents

samedi 12 juin 2010

Sur le site d’information indépendant « Rue 89 », un article intéressant sur le vocabulaire de la sécurité, qui induit une certaine approche de la sécurité et de la lutte contre la délinquance, et influence leur présentation auprès de la population, et les images que celle-ci va conserver des « quartiers », ou des « délinquants »…

Aujourd’hui, il semble que le vocabulaire soit de plus en plus vague, ce qui veut dire que tout un chacun est un délinquant en puissance pour les « experts » de la sécurité :

http://www.rue89.com/2010/06/09/si-le-delinquant-nest-personne-cest-quil-est-tout-le-monde-154213

Tags : ,

Vous êtes français ? Prouvez-le !

vendredi 22 janvier 2010

Dans le prolongement de l’intervention théâtrale d’hier (en TES1), lisez cet article d’un blog du Monde, sur les difficultés de certaines personnes à renouveler leurs papiers d’identité… Il y a quand même un problème politique, et administratif, dans ce pays…

Un autre article, toujours dans Le Monde, analyse le virage de Sarkozy, qui après avoir défendu la diversité se concentre actuellement sur l' »identité nationale »

Et enfin, une fameuse chanson de Georges Brassens, toujours d’actualité, « La ballade des gens nés quelque part » (chanson précédée d’une interview de cet immense chanteur, ce qui ne fait pas de mal)…

Tags : , , , ,

Comment améliorer le climat dans les quartiers ?

dimanche 30 août 2009

Plusieurs spécialistes (un chercheur, un associatif, une syndicaliste de la police) propose des pistes pour sortir du fatalisme et de la désespérance. Les trois approches ont en commun de refuser le cercle vicieux violence-répression, de vouloir réinstaurer le dialogue avec les jeunes et relancer une volonté politique de développement de ces quartiers, avec des services publics notamment (qui font souvent défaut).

 

Par ailleurs, un des meilleurs spécialistes français de la criminalité, Laurent Mucchielli, montre que contrairement aux discours souvent entendus, et aux reportages spectaculaires sur les « violences urbaines » dans les « quartiers sensibles », les crimes et délits ne progressent pas en France, et restent stables au cours des années 2000.

Tags : , , , , ,

Bandes de jeunes : vers un délit de mauvaise fréquentation ?

vendredi 20 mars 2009

Après le discours de M. Sarkozy en vue d’une répression de la simple appartenance à des bandes « ayant des visées agressives sur les biens ou les personnes », un sociologue spécialiste des bandes de jeunes, Marwan Mohammed, répond aux questions du Monde. Il explique la difficulté à définir le problème précisément (et les individus que l’on souhaite maîtriser), à l’évaluer en termes quantitatifs (la ministre de l’Intérieur, Mme Alliot-Marie, a parlé de « 222 bandes organisées » en France : cela paraît peu, et comment calcule-t-on ce chiffre ?), et surtout à concevoir des sanctions réalistes, au-delà des annonces médiatiques.

Tags : ,

La violence des jeunes, diversion commode

mercredi 11 février 2009

« Ils sont votre épouvante, vous êtes leur crainte ». Cette citation de Victor Hugo, à propos des émeutiers, des pauvres dressant des barricades, a été reprise par un romancier, Thierry Jonquet, en titre d’un roman très noir sur les banlieues…

Un rapport de police met en garde contre la violence croissante des bandes de jeunes à Paris. On peut parier que les médias vont reprendre à l’envi cette information, et les journaux télévisés de nous repasser les images des feux nocturnes lors des émeutes de 2005, etc.

Vous avez remarqué qu’à chaque fois que le pays est plongé dans la crise économique et l’absence de vision et d’idées de la part des politiques, le thème des bandes de jeunes et de leur violence revient à la une. C’est au début des années 90 (en pleine récession économique) que la délinquance des jeunes (qui a toujours existé, mais pas plus aujourd’hui qu’il y a 20 ou 50 ans…) est entrée au coeur des débats de société, avec des expressions inquiétantes telles que « violences urbaines » – comme si nos villes étaient à feu et à sang… Plusieurs sociologues spécialistes du sujet (comme Laurent Mucchielli) ont dénoncé depuis longtemps l’amplification médiatique et l’utilisation politique de ces phénomènes, ce qui évite de se demander pourquoi les jeunes des quartiers populaires (oui, populaires tout simplement, et non pas « sensibles », « difficiles »… les qualificatifs sont toujours très importants) sont trois fois plus touchés par l’échec scolaire et par le chômage que l’ensemble de la population.

En avril 2002, l' »insécurité » fut au coeur de la campagne présidentielle, elle devient une véritable obsession des médias, ce qui permit à Jean-Marie Le Pen d’accéder au second tour, éliminant ainsi Lionel Jospin (le candidat de la gauche) qui n’avait pas fait une campagne brillante mais était tout de même le premier ministre sortant, avec un bilan économique correct.

Vous vous souvenez qu’à l’automne 2005, c’est le ministre de l’Intérieur (donc de l’ordre public, du lien social), un certain Nicolas Sarkozy, qui a mis le feu aux poudres dans les banlieues en parlant des « racailles » et des quartiers qu’il allait nettoyer au « Kärcher ». Loin de le discréditer, ces émeutes qu’il avait provoquées par ses discours agressifs et méprisants ont au contraire fait de M. Sarkozy le spécialiste de la sécurité, un « Monsieur Police » rassurant pour les personnes âgées, les petits artisans et commerçants, tous ceux qui ont peur des jeunes, surtout s’ils sont un peu bronzés…

Fin mars 2007, quelques jours avant le premier tour de l’élection présidentielle, des affrontements entre des jeunes et la police à la Gare du Nord à Paris ont effrayé la population, et permis au candidat Nicolas Sarkozy de faire un excellent score dès le premier tour (31 % des voix), après avoir fait une campagne stigmatisant la « racaille », en utilisant l’argument ethnique (afin de rallier les électeurs du Front National : concrètement, les « ennemis de l’intérieur » seraient arabes, noirs et musulmans… ce qui est absurde – puisque les banlieues sont très « mélangées » ethniquement – mais efficace). La gauche, au lieu de dénoncer cette obsession de la « sécurité », et ce rejet des jeunes Français d’origine étrangère (qui sont pourtant les principales victimes du racisme, du chômage, et de la violence elle-même dans les quartiers), est tombée dans le panneau, et n’a guère su répondre… Ségolène Royal adopta comme slogan le fameux « ordre juste » (l’ordre d’abord), et proposait dans son programme qu’on fasse chanter aux élèves « La Marseillaise » devant le drapeau tricolore…

Je ne dis pas que les actes de délinquance en 2002, en 2007, et aujourd’hui même, ont été délibérément provoqués par des amis de l’actuel Président, mais le moins qu’on puisse dire, c’est que cela les arrange ; pendant qu’une grande partie des catégories populaires ont peur des jeunes, elles ne se révoltent pas contre d’autres scandales, autrement plus importants : le chômage, les inégalités économiques et sociales, les licenciements dans les entreprises bénéficiaires, les revenus scandaleux des grands patrons et des financiers, la stagnation du pouvoir d’achat ouvrier depuis vingt ans, etc.

A réécouter : « La France a peur », premier succès des Stéphanois de Mickey 3D (en 1999).

Tags : , ,

Les fichiers de police se développent sensiblement

mardi 9 décembre 2008

Lire l’article du Monde, qui étudie la multiplication des fichiers de police, et le gonflement de leur volume :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/12/08/le-nombre-de-fichiers-de-police-en-constante-hausse_1128259_3224.html

Sans parler des réseaux sociaux, comme Facebook, qui sont une véritable aubaine pour des enquêteurs : les personnes mettent en ligne leurs connaissances et leurs activités, dans leurs moindres détails, et volontairement en plus !  😉

Tags :

Le fichier Edvige : un danger pour les libertés ?

samedi 6 septembre 2008

Le ministère de l’Intérieur vient de profiter de la modernisation de l’ancien fichier des Renseignements généraux (la police politique en France) pour étendre le champ des informations recueillies, et de la population concernée : désormais, avec le fichier EDVIGE, tout individu à partir de 13 ans, ayant eu une activité politique ou syndicale, ou considéré comme dangereux pour une raison ou pour une autre, pourra être fiché, et sa fiche pourra être immédiatement consulté par informatique – après une manifestation par exemple, ou à l’occasion de n’importe quelle enquête.

Rappelons d’emblée que nous sommes dans une démocratie, et que la police ne fiche pas les personnes sans contrôle et sans objectifs : il s’agit ici de répondre aux nouvelles menaces, telles que les bandes de jeunes violentes ou les activités terroristes.

Néanmoins, plusieurs associations se mobilisent depuis plusieurs mois contre le fichier Edvige (que le quotidien Libération a appelé « Big Sister »…), en considérant qu’il s’agit d’une menace pour les libertés publiques : d’une part, les activités politiques ou syndicales sont curieusement associées à la délinquance… ; d’autre part, si l’on peut être fiché à partir de 13 ans, bien avant la majorité légale donc, ne risque-t-on pas d’être marqué à vie, à cause de petites « bêtises » commises étant jeune ? N’y a-t-il pas pour les mineurs un « droit à l’oubli » ?…

Tags : ,