La peur du déclassement social en France est-elle justifiée ?

Dimanche 15 novembre 2009

Parmi les pays développés, la France est l’un des pays où la peur du déclassement social, de la perte de sa position sociale, est la plus forte, selon plusieurs études récentes. Les Français ont-ils raison d’être aussi angoissés pour leur avenir et celui de leurs enfants ?

Dans un livre paru récemment, intitulé justement La Peur du déclassement, l’économiste Eric Maurin soutient que le déclassement ne concerne qu’une part infime de la population ; selon lui, la peur du déclassement est en réalité la peur de perdre des avantages sociaux et des protections, considérés comme importants dans notre pays, où les individus regardent souvent dans le jardin du voisin pour voir s’il n’a pas un peu plus… Mais selon Maurin, cette peur de la déchéance est exagérée.

Deux sociologues, Marie Duru-Bellat et Camille Peugny (c’est un homme), dans un article dans Libération, estiment au contraire que « la peur du déclassement social n’est pas qu’un fantasme » ; l’approche d’Eric Maurin souffrirait de plusieurs défauts. Lisez leur article, court et intéressant.

 

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Un économiste fait le point sur le RSA

Dimanche 15 novembre 2009

L’un des meilleurs jeunes économistes, Thomas Piketty, fait un premier bilan critique du RSA (Revenu de Solidarité Active), ses avantages et ses inconvénients.

Le RSA devait entraîner une hausse de l’aide aux personnes concernées, en échange d’un travail de leur part. Piketty reconnaît la hausse de revenus, pour davantage de personnes qu’auparavant (avec la RMI et la Prime pour l’emploi qui récompensait ceux qui reprenaient un emploi) ; mais selon lui, le RSA favoriserait le temps partiel et « l’émiettement » du travail – défaut qui avait déjà été prévu par certains auteurs comme le sociologue Serge Paugam, lors du débat sur la création du RSA, il y a un an.

Piketty n’en parle pas dans son étude, mais on pourrait aussi s’interroger sur une éventuelle extension du RSA aux moins de 25 ans (comme l’a demandé Martin Hirsch, le Haut commissaire à la jeunesse), qui représentent près de la moitié des pauvres en France :

près d'un pauvre sur deux à moins de 25 ans

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Taxer les accidents du travail…

Jeudi 24 septembre 2009

… il suffisait d’y penser !  🙂

http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/09/23/accidents-du-travail-le-gouvernement-et-la-majorite-envisagent-de-taxer-les-indemnites-journalieres_1243970_3

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Le RSA démarre très lentement

Mardi 1 septembre 2009

Après environ deux mois d’existence, le nouveau Revenu de Solidarité Active – qui doit remplacer à terme le RMI – ne touche qu’une petite partie de ceux qui y ont droit : les travailleurs modestes, ceux qui retrouvent du travail après une période d’inactivité, bref ce qu’on appelle les « travailleurs pauvres ». Complexité des formulaires, engorgement des Caisses d’allocation familiale qui gèrent cela… : sur près de 2 millions d’ayant-droits, seuls 900 000 dossiers ont été déposés avant le 15 juillet, et moins de 300 000 personnes ont déjà reçu cette aide…

Martin Hirsch, ancien président d’Emmaüs et responsable de cette réforme au gouvernement, déclare que le calendrier de mise en place du RSA est respecté.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/08/31/le-rsa-n-a-beneficie-en-aout-qu-a-286-000-travailleurs-pauvres_1233912_3234.html

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Le célèbre modèle social suédois remis en cause

Vendredi 21 août 2009

Durant des décennies, la Suède fut synonyme de protection sociale très avantageuse et d’emplois stables pour les travailleurs (grâce à des lois contraignantes pour les entreprises). Il faut se rendre à l’évidence : c’est de moins en moins le cas, et les Suédois vont devoir s’aligner sur la flexibilité et l’insécurité sociale, dominantes dans tous les pays développés :

http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/08/21/le-gouvernement-suedois-veut-assouplir-le-marche-du-travail_1230524_3214.html#ens_id=1230604

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« Trou » de la Sécu : c’est grave, docteur ?

Mardi 16 juin 2009

Hier a été annoncé le déficit de la Sécurité sociale, d’un montant de 20 milliards d’euros (dont 8 pour les retraites). Ce déficit justifie, selon le gouvernement, des mesures drastiques telles que le contrôle strict des dépenses de santé ou l’allongement de l’âge légal de la retraite, qui passerait de 60 à 65 ans (comme plusieurs pays européens l’ont déjà décidé, mais pas tous, loin de là).

Gérard Cornilleau, économiste à l’OFCE (le laboratoire d’économie de Sciences Po Paris, de tendance keynésienne) critique cette approche alarmiste du « trou de la Sécu », et considère que ce trou n’a pas à être comblé automatiquement, puisqu’il est dû à la récession économique actuelle (phénomène conjoncturel donc), ainsi qu’à des évolutions plutôt positives, tels que l’augmentation des dépenses de santé et le vieillissement de la population (on ne va pas se plaindre de vivre plus longtemps, non ?)

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« Finir la semaine mieux que nous ne l’avons commencée… »

Vendredi 5 juin 2009

Un collègue de SES, et un ami aussi, Rémi Jeannin, a réagi à une chronique vidéo de Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire L’Express, et à ce titre l’un des grands commentateurs politiques du pays… Mais cette fois-ci, le commentateur se fait moralisateur, et regrette que les Français ne travaillent plus le lundi de Pentecôte, et qu’ils fuient le travail, selon lui…

Je le rejoins cependant sur un point : si vous pouvez, allez voter, et incitez votre entourage à le faire ; la démocratie est un bien public extrêmement précieux, qui s’use quand on ne s’en sert pas.

Lire ci-dessous le texte de mon collègue :

« Tout est dans le titre. Dans l’édito de lundi dernier, Christophe Barbier enchaîne les poncifs erronés sur le refus des Français de travailler et d’être solidaires, ce que manifeste selon lui l’impossibilité de nous faire bosser le lundi de Pentecôte pour financer les dépenses en faveur des personnes âgées.
Le plus drôle, c’est surtout son accoutrement : en plein cagnard, le voire gesticuler avec ses ray-bans et son écharpe rouge (qu’il ne quitte jamais, est-ce parce que ça fait intello de gauche ? – E. B.), c’est irrésistible !

Je joins le commentaire que j’ai glissé sur le site de L’Express.
Voir ici :
http://www.lexpress.fr/actualite/francais-au-travail_764221.html

 

Rémi Jeannin

 

> La France, exception avec ses jours fériés ? Si Christophe Barbier
> s’informait un peu avant d’énoncer ce type de cliché qui semble
> tout droit sorti de la campagne Sarkozy de 2007, il constaterait
> (voir cette étude de l’OCDE,

 http://www.oecd.org/dataoecd/36/45/42675133.pdf ) que la France, si elle est bien légèrement au
> dessus de la moyenne des pays de l’OCDE, comporte moins de jours
> fériés que l’Allemagne, la Finlande, le Danemark, la Belgique,
> l’Italie, l’Autriche, le Luxembourg et le Portugal. Il n’y a pas
> d’exception française en la matière, mais une plutôt une exception
> européenne qui concerne les pays au niveau de vie le plus élevé
> (Portugal excepté). Il est aussi très drôle de voir Christophe
> Barbier conclure en se déplaçant vers le panneau électoral
> d’Alternative Libérale pour nous convaincre de voter dimanche
> prochain. Joli lapsus vidéo ! 
 
 

 

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Corrigé sur l’Etat-Providence

Lundi 11 mai 2009

Pour mes élèves de terminale, voici le corrigé de la dissertation étudiée en classe sur l’Etat-Providence :

 

Corrigé DISSERTATION – Etat-Providence et intégration sociale

Introduction

Partir d’un exemple d’actualité (comme le problème de l’avenir des retraites), puis s’attarder sur la définition de l’Etat-providence (EP) : au sens strict, des caisses d’assurance sociale couvre les individus contre les risques sociaux ; au sens large, l’EP cherche à pallier les effets pervers du marché (inégalités, pauvreté et exclusion…)

 

I – L’Etat-Providence consolide l’intégration sociale…

1. L’EP développe la solidarité :

– Rappeler le système des 4 grandes branches (vieillesse, maladie, famille et chômage) qui prélèvent des cotisations sociales assises sur les salaires, ainsi que des impôts (CSG, CRDS) et versent des revenus de transfert afin de couvrir la population contre les risques sociaux.

– Le gouvernement veut utiliser ce système de protection sociale pour favoriser l’accès de tous à des services collectifs essentiels (santé, éducation avec les bourses ou le fonds social lycéen…) et faire bénéficier les ménages, notamment les plus modestes, d’un supplément de revenu, et ainsi relancer la consommation.

– Les Français sont d’ailleurs très attachés à l’EP (chiffres du Doc. 6).

 

2. L’EP favorise la redistribution :

– Redistribution horizontale, créant une solidarité entre différentes catégories de la population (actifs/inactifs, salariés/chômeurs, malades/bien portants…)

– Redistribution verticale, afin de réduire les inégalités (l’impôt sur le revenu est progressif (Doc. 3), et les aides sociales sont en partie conditionnées aux ressources du ménage.)

– Depuis les années 80, les politiques libérales et les nouvelles organisations du travail ont développé les inégalités, la pauvreté et l’exclusion d’une partie de la population du monde du travail : Doc. 4 et 5. En conséquence, les aides sociales ou revenus d’assistance (RMI par ex. créé en 1989) visent à réduire la pauvreté et les inégalités.

 

II – … Mais l’EP est confronté à des difficultés majeures qui menacent l’intégration sociale.

1. L’EP n’est pas toujours efficace :

– Difficultés de financement de la protection sociale : augmentation des dépenses et stagnation des recettes depuis les années 70 ; depuis 2002, le déficit du régime général de la Sécurité sociale (le fameux « trou de la Sécu ») se creuse (Doc. 1)  Les recettes sont déterminées par la croissance, et les dépenses également, qui sont également influencées par le vieillissement de la population.

– L’augmentation des dépenses de protection sociale n’a pas empêché le développement de la pauvreté, et notamment des « travailleurs pauvres » ; certains individus sont mal pris en charge par les dispositifs existants (Doc. 2)

 

2. L’EP fait face à une crise de légitimité :

– L’individualisme se développe dans la société. L’idéologie néo-libérale considère que la société doit mettre en place une concurrence généralisée (entre entreprises, entre individus, entre Etats…), et que les individus doivent prendre en charge leur protection sociale (Doc. 6), comme faisant partie de leur « capital humain » (assurances privées…)

– Selon les libéraux, les prélèvements obligatoires nuiraient à la compétitivité des entreprises, et freineraient l’emploi (Doc. 3)  Ainsi l’EP serait un obstacle à l’intégration par l’emploi ; par ses aides sociales, il enfermerait les individus dans des « trappes à inactivité » (Doc. 2).

Conclusion

– Rappeler les étapes du raisonnement, et terminer sur une réponse nuancée : l’EP est essentiel pour l’intégration sociale, mais il est affaibli du fait de la faible croissance, du chômage de masse et des politiques menées.

– Ouverture : exemple d’actualité par ex. (comme la réforme Bachelot, où l’hôpital réduirait systématiquement)

 

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Le « modèle français » a du bon

Samedi 31 janvier 2009

Souvent critiqué par les libéraux, grands pourfendeurs de l’intervention de l’Etat… avant la crise, le « modèle français » semble retrouver des couleurs actuellement : forte protection sociale qui permet d’amortir les chocs et limiter les inégalités, équilibre entre les secteurs d’activité, services publics, prudence (relative) du système bancaire… Les Français aiment bien dire du mal d’eux-mêmes – et répéter ce que leur disent les experts de la pensée unique, sur les médias ou en politique : il faudrait plus de flexibilité, moins d’impôts, moins d’Etat… -, et pourtant, le « modèle français » n’a pas que des inconvénients.

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