Rap Bourdieu versus Boudon !

mercredi 6 juin 2012

Vous en avez rêvé, le voici : inspiré par le fameux rap Keynes-Hayek, voici un battle (ou clash, dit-on aussi) de rap entre Bourdieu et Boudon, créé au départ par un élève, Sascha (puis modifié par moi) : bravo surtout à lui !

En accompagnement musical, j’ai choisi une boucle mortelle : celle qui a été reprise dans « Bouge de là », de MC Solaar  🙂

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RAP  BOURDIEU-BOUDON

Musique : Cymande, « The Message »

                    (Intro musicale)

Bourdieu:    Nous voilà réunis, mon cher ami Boudon,

Nous deux, sociologues de grand renom,

Nous deux en SES si souvent opposés,

Et si nous prenions le temps de nous expliquer ?!

Boudon:    Cela fait bien longtemps que j’attends cette proposition !

Vos théories m’amènent à me poser des questions,

D’après vous, l’individu subit la société ?

Mais cette même société, qui l’a donc forgée ?…

Bourdieu:    Elle nous imprègne de ses structures et de ses conflits

Nous sommes des agents, soit dominants soit dominés

Le Holisme est à prendre très au sérieux, mon ami

L’Individualisme Méthodologique est dépassé !

Boudon:    Ma théorie s’inspire des travaux des plus grands,

Weber et Hayek n’étaient pas des ignorants

Si la société est le corps, l’individu en est le cœur,

Nous n’en sommes pas des figurants, mais bien des acteurs !

(musique)

Bourdieu:   Mais chacun n’a pas la même quantité de capital

Culturel, social et bien sûr économique

Ces ressources sont des héritages du milieu social

Les dominants exercent une violence symbolique

Boudon:    Je ne nie pas l’iné-galité des chances

Les stratégies familiales mènent la danse

Mais la bourgeoisie n’est pas responsable

La sociologie « bourdivine » n’est qu’une fable !

(musique et intermède : reprise à « Go ! »)

Bourdieu:   L’école met en valeur les héritiers,

Mais handicape malheureusement les défavorisés,

L’habitus est la force de certaines classes sociales

Qui dominent d’autres classes : c’est un fait très banal !

Vous niez les classes, vous ne parlez que des individus,

Expliquez-moi donc, cette idée incongrue…

Boudon:   C’est l’inflation scolaire, effet pervers du système

Pour un poste, il faut de plus en plus de diplômes

Si tout le monde s’y met, l’ascenseur social est bloqué

Vous auriez quand même pu vous y intéresser !

Bourdieu:   Et l’«Homo Sociologicus», où l’avez-vous trouvé ?

Rationnel, calculateur… je n’ l’ai jamais rencontré

Boudon :   Il est plus réaliste que votre complot bourgeois

Mon cher, vous nagez en pleine paranoïa

Dès que quelqu’un réussit, c’est par sa culture de classe

L’action individuelle n’aurait-elle aucune place ?

Bourdieu :   Je crois que la situation va dégénérer,

Arrêtons-là, nous nous sommes déjà bien expliqués,

Nous recommencerons, laissons donc Monsieur Barbot

A présent finir son cours d’ « éco » !

Paroles : Sascha Maaden (TES3) – Eric Barbot – juin 2012

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La haute bourgeoisie se met en scène à Chantilly

mercredi 29 juin 2011

REPORTAGE VIDEO POUR « MEDIAPART » avec la sociologue Monique Pinçon-Charlot, à l’occasion du Prix de Diane, l’un des concours hippiques les plus prestigieux et les plus chics de l’année.

Un TD grandeur nature sur la classe dominante.  🙂

http://www.dailymotion.com/video/xji0yu Tags : , , ,

Les discriminations analysées par Eric Fassin

lundi 27 juin 2011

UNE INTERVIEW LUMINEUSE DU SOCIOLOGUE ET ANTHROPOLOGUE ERIC FASSIN, l’un des meilleurs spécialistes français des discriminations de tout type (racisme, sexisme, homophobie…) : l’interview date de 2007, mais elle est toujours valable pour préciser certaines problématiques, et casser certaines idées reçues…

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http://www.youtube.com/watch?v=M-PL2g5oIxs&feature=related
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L’oligarchie financière, selon les Pinçon-Charlot

vendredi 17 juin 2011

ARTICLE DANS « LE MONDE » par un couple de sociologues qu’on aime bien en SES, les Pinçon-Charlot, spécialistes de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie, et qui croient à l’existence des classes sociales, surtout dans les « beaux quartiers » :

Nous vivons sous le régime de l’oligarchie financière

LEMONDE | 17.06.11 | 14h06  •  Mis à jour le 17.06.11 | 17h45

La séparation des pouvoirs est institutionnelle, mais reste en grande partie théorique. Dans la pratique, la classe dominante cumule toutes les formes de pouvoir. Ses membres, au coeur de l’Etat, des grandes entreprises, des banques, de l’armée, des arts et des lettres, entretiennent des relations assez proches pour que chacun, dans sa sphère d’influence, puisse décider dans le sens des intérêts de la classe.

La France des héritiers ne peut avancer sous l’étendard de l’héritage. La culture, le mérite, le droit sont appelés à la rescousse. Les châteaux privés, classés monuments historiques, sont un exemple de cette alchimie à l’oeuvre. Les procédures de classement utilisent à la fois le juridique et l’esthétique pour asseoir la légitimité des propriétaires. Les intéressés sont persuadés d’être dans le domaine de la défense du bien commun. Un château classé a, comme une bourgeoise élégante, de la classe. Le classement est la sélection de ce qui, social matérialisé dans les bâtiments ou incorporé dans les personnes, mérite de survivre dans la mémoire des hommes et dans les paysages des villes et des campagnes.

Les faveurs fiscales de la loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat de 2007 (TEPA), avec une baisse sans précédent de la fiscalité sur les successions et les donations, profitent aux plus aisés. Ces faveurs manifestent l’importance accordée aux dynasties familiales fortunées, qui inscrivent l’excellence sociale dans le temps long de la lignée et qui accaparent les privilèges sur plusieurs générations.

La notion de patrimoine, ensemble des biens transmissibles, est en phase avec les outils juridiques issus de la financiarisation. Ainsi la société holding, qui permet l’accroissement des richesses au sein de la famille, en même temps que le contrôle d’entreprises par celle-ci, organise la transmission générationnelle en lui assurant de solides avantages fiscaux. Les affaires des familles Bolloré, Arnault ou Pinault, pour ne citer que quelques amis du président, sont structurées de cette manière.

La famille Wildenstein a utilisé un outil juridique anglo-saxon, le trust, pour assurer la transmission d’un important patrimoine composé d’oeuvres d’art de grande valeur, avec des tableaux de Picasso, Bonnard, Van Gogh. Des trusts ont été créés dans des paradis fiscaux auxquels Daniel Wildenstein, mort en 2001, a confié une part importante de son patrimoine. Hervé Morin, alors ministre de la défense, a justifié l’existence de ces trusts par la volonté d’éviter la dispersion des collections. Les Wildenstein sont une dynastie de marchands d’art qui en est à la cinquième génération. Guy Wildenstein est un ami de Nicolas Sarkozy, l’un des fondateurs de l’UMP et l’un des généreux donateurs réunis dans le « premier cercle ».

Label d’utilité publique

Le petit monde des grandes fortunes a toujours été celui des collectionneurs. Ce goût pour l’art et le rôle de mécène ont permis de rendre légitimes des fortunes colossales sans commune mesure avec le travail dont elles étaient censées être le fruit. La culture donne aux grandes richesses le label d’utilité publique chargé de rendre supportable l’accumulation de l’argent à un seul pôle de la société en transformant l’arbitraire de l’héritage en mérite. Le capital symbolique lié à ces investissements artistiques vient parachever la force de la dynastie familiale dans une immortalité symbolique qui se concrétise, dans un musée comme le Louvre, par des plaques de marbre où sont gravés les noms des donateurs ou avec l’ouverture à la visite de leurs châteaux classés.

Malgré la mondialisation, l’oligarchie continue à coopter des dynasties. Les familles de l’aristocratie de l’argent gèrent leurs dynasties dans une forme de collectivisme pratique qui met ensemble les ressources de chacun pour décupler une force commune qui permet de maintenir et de développer un libéralisme économique toujours plus déréglementé.


Ouvrage : « Président des riches » (éd. Zones, 2010).

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, sociologues Article paru dans l’édition du 18.06.11

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Soumission à l’autorité : le retour

lundi 15 mars 2010

Cette semaine sera diffusé à la télé un jeu reconstituant – je ne sais pas encore comment –  la célèbre expérience du psychologue américain Stanley Milgram, « culte » en SES, qui permet de mieux comprendre pourquoi des individus et des groupes civilisés peuvent se livrer à des violences extrêmes, y compris sur des innocents, quand on leur en donne l’ordre, notamment en temps de guerre. 

Milgram, hanté par les régimes totalitaires du XXe siècle comme le nazisme, a mené son expérience entre 1960 et 1963, à la prestigieuse université de Yale : un homme devait poser des questions à un autre homme, et devait lui envoyer des décharges électriques de plus en plus fortes (jusqu’à près de 500 volts !) si l’autre ne répondait pas correctement, dans le cadre d’une expérience portant officiellement sur la mémoire… En réalité, la « victime » était un comédien, et le « bourreau » était le véritable sujet de l’expérience : jusqu’à quel point était-il prêt à torturer quelqu’un qui ne lui avait rien fait, pour une expérience idiote, et même pas pour de l’argent (les individus recrutés recevait une faible somme).
 
Cette expérience, analysée par Milgram dans son ouvrage Soumission à l’autorité, a été renouvelée de multiples fois, dans différents pays, pour aboutir à chaque fois à des résultats très proches. La vidéo suivante, extraite du film d’Henri Verneuil « I comme Icare », reconstitue fidèlement l’expérience ; regardez-la attentivement (durée : 20 mn).
 
De multiples variantes ont été introduites dans l’expérience, afin d’observer les réactions des sujets : l' »élève » est visible ou pas par le « professeur », celui-ci doit le toucher ou pas, il est en contact plus ou moins proche avec l »expérimentateur » (le chef), etc. Ainsi, le « taux d’obéissance » peut varier selon les circonstances de l’expérience, mais en définitive, les résultats chiffrés sont terribles…
 
Voici, pour exercer votre anglais et voir l’expérience dans les conditions réelles (ce qui la rend encore plus saisissante), un extrait (22′) d’un film de Milgram lui-même .

En définitive, le principal enseignement de cette expérience n’est pas que l’homme soit mauvais, mais qu’il déteste perdre la face, avouer qu’il s’est trompé, qu’il a eu tort d’obéir : aussi, enchaîné par son engagement, un individu pourrait aussi bien commettre des actes héroïques…

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L’analyse de deux sociologues sur Jean Sarkozy

mardi 20 octobre 2009

Le pouvoir doit-il s’exhiber, ou pas ?

Michel et Monique Pinçon-Charlot sont deux sociologues, spécialistes de la haute bourgeoisie et des beaux quartiers. Ils donnent leur interprétation rapide de l’affaire Jean Sarkozy.

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Un classique en psychologie sociale : l’expérience de Ash

vendredi 9 octobre 2009

Inutile de commenter : regardez cette petite vidéo d’une expérience américaine amusante (et inquiétante également) sur le conformisme – qu’on peut voir comme une variante de la célèbre expérience de Milgram, mais ici il ne s’agit pas de soumission à une autorité, mais à l’avis du groupe. 

http://www.dailymotion.com/group/ses-videos/video/xajeun_experience-de-ash_school

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Styles vestimentaires en séries : tous pareils, tous différents

dimanche 4 octobre 2009

Voici un projet artistique très intéressant, et très « SES » également.

Le photographe Ari Versluis a pris des séries de 12 individus ayant strictement le même style vestimentaire, et prenant la même pose ; il a ainsi réalisé une belle collection de « looks », de « tribus » visibles dans toute l’Europe, et même au-delà. Il ne s’agit pas que de mode : on peut trouver tous les âges, tous les gabarits, même des pères de famille avec leur bébé sur le ventre…
http://www.dailymotion.com/video/x725om_interview-dari-versluis-membre-du-c_creation

Voici son site qui réunit tous les styles dans une seule planche : découvrez le vôtre ! http://www.exactitudes.com/
Toutes ces séries donnent le vertige, mais c’est l’occasion de réfléchir sur les groupes auxquels nous appartenons, sur la construction de notre style personnel dans un monde où l’on est souvent jugé sur les apparences… 

Ce qui me paraît intéressant dans le projet d’Ari Versluis, c’est qu’il donne à voir les trois échelles de la société : l’échelle « macro », lorsqu’on regarde de loin, et qu’on ne voit que des blocs et des couleurs ; l’échelle « méso », cad. les groupes sociaux de dimension moyenne (ici par série de 12) ; enfin l’échelle « micro », lorsque l’on s’approche de plus près et qu’on s’aperçoit des détails qui définissent le style personnel de chaque individu (comme le photographe le dit dans son interview).

Ainsi, on sort de l’opposition binaire société-individu, et l’on se concentre sur le regard, la focale utilisée ; en réalité, société globale, groupes intermédiaires et individus coexistent et sont en interaction permanente pour construire la réalité sociale. C’est instructif pour les élèves, et même pour les profs (afin de se méfier des jugements hâtifs dans leur classe ou en salle des profs) 😉

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Qu’est-ce que la politique ?

mardi 7 octobre 2008

Question simple et pourtant si complexe !

En ce jour de grève nationale de l’Education tout aussi nationale (en tout cas pour l’instant), et si la politique vous intéresse un peu, je vous propose de lire attentivement, peut-être plus d’une fois, et de méditer ce magnifique texte d’un des grands fondateurs de la sociologie au début du XXe s., et naturellement un des grands auteurs des SES, Max Weber, dans son ouvrage Le savant et le politique, qui a marqué de très nombreux professeurs de SES :

« On peut dire que trois grandes qualités sont essentielles et décisives chez l’homme politique : la passion, le sentiment de responsabilité et le coup d’oeil. La passion au sens de l’attachement à la cause : se dévouer passionnément à une « cause », au dieu ou au démon qui l’ordonne, et non au sens de cette attitude intérieure que mon défunt ami Georg Simmel avait coutume de qualifier d’ « excitation stérile » […]. Car la passion seule, aussi authentique soit-elle, ne suffit pas. Elle ne fait pas d’un individu un homme politique quand elle ne fait pas du service de la « cause », donc aussi de la responsabilité à l’égard de cette cause précisément, l’étoile qui guide l’action de manière déterminante. Et pour cela il faut le coup d’oeil (celui-ci est la qualité psychologique décisive de l’homme politique), c’est à dire la capacité de laisser agir sur soi les réalités, dans le recueillement intérieur et la tranquillité, donc : la distance à l’égard des choses et des hommes. L’ « absence de distance », purement en tant que telle, est l’un des péchés mortels de tout homme politique et si on la cultive dans la jeune génération de nos intellectuels, elle les condamnera à l’incapacité politique. Car le problème est précisément de savoir comment la chaleur de la passion et la froideur du coup d’oeil peuvent être contraintes à cohabiter dans la même âme. La politique se fait avec la tête, et non avec d’autres parties du corps ou de l’âme. Et pourtant le dévouement à la politique, pour ne pas être un jeu intellectuel frivole mais une action authentiquement humaine, ne peut naître que de la passion et n’être nourri que par elle. Mais cette forte maîtrise de l’âme qui caractérise l’homme politique passionné et le distingue du dilettante politique qui se contente de l’ « excitation stérile » n’est possible que par l’accoutumance à la distance, en tous sens du mot. La « force » d’une « personnalité » politique consiste en premier lieu à posséder ces qualités. » 
Le savant et le politique (1919), La Découverte, 2003.
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