Analyse de North by Northwest

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Les élèves vont avoir le plaisir de découvrir North by Northwest le chef-d’œuvre d’Alfred Hitchcock, La Mort aux trousses en français, dans le cadre de l’opération « Collège au cinéma ».

? Penchons-nous sur le générique du film, signé Saul Bass :

Remarquons d’abord la surface plane : un fond uni vert, des lignes obliques, entrecoupées elles-mêmes de lignes verticales, qui peuvent renvoyer à une impression de « filet », ou de cage ; de fait, notre héros sera  un peu comme un poisson pris dans une nasse ;  et pour faire une comparaison anachronique, ces noms enserrés dans ces fils noirs semblent être comme des données emprisonnées dans un réseau informatique (la couleur verte me fait furieusement penser à l’expo « Science-fiction » et aux réseaux « à la Matrix« )…

Un réseau routier serait probablement plus juste, car ces noms semblent apparaître comme des coordonnées cartographiées sur un plan, ce qui nous ramène à l’idée de trajectoire, de route à suivre pour Thornhill, une route qui doit conduire le personnage vers une colline (hill), ou plutôt un mont (le Mont Rushmore), situé au Nord (remarquons que « North » est l’anagramme de « Thorn » ;))…

Regardons la suite du générique :

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Les noms apparaissent, défilent dans un mouvement vertical, et s’immobilisent dans les lignes (on retrouve l’idée qu’ils sont pris comme dans les mailles d’un filet) ; à ce défilement vertical, succède alors un chassé-croisé de lettres, qui annonce l’intrigue : il s’agit bien d’un film d’action, où poursuites et fuites alternent, ce que souligne la musique lancinante, presque stressante, en boucle, composée par Bernard Hermann.

Ensuite, le spectateur comprend que ce « filet » se révèle être une image « trafiquée » : il s’agit en fait de la façade d’un immeuble vitré, en perspective, façade vitrée qui renvoie l’image de la réalité, celle d’une ville en perpétuelle agitation ; la réalité est reflétée, et déformée, dans les multiples facettes de ce miroir. Comment ne pas y voir une vision du monde moderne qui n’est que mouvements vains, et l’idée d’une société qui vit sur le vide et le reflet, tout comme Thornhill vit sur le mensonge, que ce soit dans sa vie privée (auprès de sa maîtresse), ou dans son travail : c’est un homme pressé qui brasse de l’air, un publicitaire, donc quelqu’un qui joue sur la manipulation, et qui ment d’ailleurs quelques instants plus tard à la dame qui attendait le taxi. (Notons que sa manière de prendre le taxi se retournera d’ailleurs ironiquement contre lui plus tard dans le film, puisque les sbires de Townsend emploieront le même stratagème, pour le poursuivre).

Faux-semblants

 C’est donc un générique qui annonce le film : illusions d’optique, jeux de faux-semblant, de fausse transparence, dans une intrigue où tout le monde s’épie, se surveille, se cache, puis refait surface ; reflets tronqués, vide(s) à remplir…

Des jeux de miroir et cette impression que l’être humain n’est qu’une fourmi, que l’on retrouve dans ce magnifique plan (truqué), une véritable œuvre d’art :

Jeux de reflets, faux-semblants donc : on retrouve encore ces éléments dans ce plan de Thornhill-Kaplan, lunettes de soleil sur le nez, longeant le train et ses fenêtres vitrées, qui semblent être autant de photogrammes du film…

Un film qui joue sur la géométrie et les lignes droites, et surtout la verticalité, sur le rapport haut/bas,  sur le vide, le vertige : observons le « fief » de Vandamm, à l’architecture étonnante.

 

Vide, chute et vertige présents dès les premières séquences du film :

… Un plan annonciateur de la séquence de fin ?

 

Une quête d’identité

Nous parlions du vide… Insistons donc sur le choix de ce personnage d’abord « sans consistance », Roger O. Thornhill (avec le O comme zéro), qui va endosser d’une certaine manière l’identité de « l’homme invisible » (Kaplan).  En anglais, « rot » signifie « pourriture » …

Thornhill se définit ainsi auprès du Professeur :

I’m an advertising man, not a red herring. I’ve got a job, a secretary, a mother, two ex-wives and several bartenders dependent upon me.

Etrangement, c’est en devenant Kaplan, un être insaisissable dont les vêtements vides trônent dans la chambre de l’hôtel Plaza, un être inexistant, un fantôme entièrement créé, mis en scène par les services secrets américains, que Thornhill devient quelqu’un, acquiert une identité, modifie le monde autour de lui, et devient même un homme, au bras d’Eve, et non plus le « petit garçon à sa Maman ». Ce personnage en devenir, homme parmi la foule qui sait se fondre dans la foule, se crée en quelque sorte sous les yeux du spectateur.

Interrogeons-nous : que doit récupérer Thornhill à la fin du film (outre Eve) ? Une statuette, objet d’art détourné de son essence, dont on découvre qu’elle cache et accueille en son creux des choses  si précieuses qu’on est prêt à jouer sa vie : il s’agit a priori de micro-films, ardemment convoités par Vandamm. Cette statuette est le « Mac Guffin » du film, c’est-à-dire un élément de l’histoire qui sert à l’initialiser ou à la justifier ; elle n’est qu’un prétexte dans une histoire où le trajet compte plus que la destination. Peut-on voir néanmoins dans cette statuette un écho de Thornhill, personnage creux au départ, et qui s’est construit et est devenu un être « plein », « rempli », accompli, précisément grâce au processus de construction du film.

Ou bien cette statuette contient-elle métaphoriquement non des micro-films, mais le film lui-même, un film essentiel à prendre en main pour Thornhill puisqu’il lui permet de passer d’une existence vide et vaine à une vie choisie ?

D’une certaine manière, pourrait-on aller alors jusqu’à dire que le film parle de sa propre construction par des jeux de glissements et d’échos ? Evidemment, c’est amusant d’aller au bout de cette théorie et d’y rechercher le principe des poupées russes : un objet artistique, le film (North by Northwest) contient en son creux un objet d’art (la statuette), qui contient elle-même un film, dans lequel il y a peut-être une histoire de statuette… Ça vous rappelle quelque chose ? Nous en reparlerons un peu plus bas concernant les jeux de mise en scène.

Autant de questionnements qui procurent du plaisir par la multiplicité des réponses possibles ; tout comme cette chaise vide au tout premier plan :

– est-elle positionnée exprès pour nous accueillir nous spectateurs, qui devons décider avec ces agents secrets du destin de Thornhill ?

Ou bien est-elle là pour signifier la présence discrète de « l’homme invisible »?

– Ou encore pour signaler l’absence de Kaplan, qui devrait faire partie de la réunion en tant qu’agent secret (mais comment un homme qui n’existe pas pourrait-il être absent ?) ?

 

Une scène d’anthologie  

A quel moment Thornhill prend-il réellement son destin en main ? Précisément après la fameuse séquence de l’avion, qui constitue le pivot du film ; notre  »héros malgré lui » ne sera plus dès lors dans l’apparence (pour une fois, son costume n’est plus impeccable), ni dans la fuite, mais dans le désir de comprendre et d’affronter en quelque sorte son « destin ». Cette scène d’anthologie prend le contre-pied de tous les clichés du genre, comme le « maître » l’explique dans un entretien accordé à la télé (à découvrir ici) .

« J’ai voulu réagir contre un vieux cliché : un homme se rend dans un endroit, où le spectateur devine qu’il va être tué. Maintenant, qu’est-ce qui se pratique habituellement ? Une nuit noire à un carrefour étroit de la ville. La victime attend, debout dans le halo d’un réverbère. Le pavé est encore mouillé par une pluie récente. Gros plan d’un chat noir courant furtivement le long d’un mur. Une fenêtre avec, à la dérobée, le visage de quelqu’un tirant le rideau. L’approche lente d’une limousine noire, … Je me suis demandé : quel serait le contraire de cette scène ? »

http://www.dailymotion.com/video/x1cdji

Plans magnifiques, qui jouent sur les attentes du spectateur…

Thornhill emprisonné dans l’immensité désertique à partir du moment où il sort de l’autocar.

Un face à face digne des grands westerns…

 

Infiniment petit…

Thornhill est donc forcé de « devenir un homme », lui qui est infantilisé par sa mère ; il doit en quelque sorte gravir un sommet, dépasser ses limites, et passer à l’échelle supérieure, car pour l’instant, il semble n’être qu’une fourmi dans la foule, écrasé par les architectures monumentales ou les immensités désertiques : remarquons notamment combien Hitchcock joue tout au long du film sur l’infiniment petit et l’infiniment grand… Thornhill semble être le héros du film fantastique L’Homme qui rétrécit (1957), lorsqu’il se retrouve devant la maison de Vandamm à la fin :

C’est aussi le cas lorsqu’il s’apprête à se cacher dans le champ de maïs. Pensons aussi à ce minuscule rasoir qu’il trouve dans le train, et inversement à ces statues monumentales du Mont Rushmore, les « Pères » de la Nation (ou comment échapper à la mère…), qui font écho à l’immensité de l’ONU. La mise en scène joue avec insistance sur les  tailles et les proportions, et Thornhill est toujours ballotté entre le grand et le petit, tel un pantin, jusqu’au vertige.

 

Jeux de rôles !

Hitchcock joue avec ses personnages, comme un démiurge avec ses créatures. Oserais-je parler de discrète mise en abyme ? Car le double d’Hitchcock semble être « le Professeur », qui porte bien son nom : comme Hitchcock, il met en scène, il « fabrique » des personnages, il décide du rôle qu’il assigne à chacun – Kaplan, Eve, Thornhill. Il est celui qui sait, et celui qui organise une véritable mise en scène (la rencontre des amoureux dans le bois, « l’assassinat » de Kaplan).

Voici le metteur en scène et son comédien qui repèrent les lieux du prochain tournage…

Thornhill semble d’ailleurs être dans son essence même un comédien, lui qui « incarne » un personnage fictif au sens étymologique : il donne chair, il donne corps à Kaplan, qui n’était que du vide, d’abord sans le vouloir, puis volontairement.  De fait, l’ensemble du film est truffé d’allusions subtiles et discrètes au jeu du comédien : souvenez-vous de « Games, must we ? » : Vandamm demande à Thornhill de cesser de jouer la comédie lorsqu’il l’accueille dans sa vénérable demeure après l’avoir enlevé, et Thornhill lui rappelle qu’il avait précisément rendez-vous avec sa mère… Devinez où ? Au théâtre…

Thornhill : And what the devil is all this about? Why was I brought here?
Vandamm : Games, must we?
Thornhill : Not that I mind a slight case of abduction now and then, but I have tickets for the theatre this evening, to a show I was looking forward to and I get, well, kind of unreasonable about things like that.
Vandamm : With such expert play-acting, you make this very room a theatre.

Bien sûr que nous allons jouer ! Nous sommes bien dans un espace théâtral : l’intrigue n’est-elle pas basée sur un quiproquo, un procédé typique au théâtre ? Un peu plus tard, notre héros est stupéfait de voir combien la prétendue épouse de Townsend « joue bien » son rôle :

What a performance !

Quant à l’espace qui accueille la vente aux enchères, il rappelle curieusement un théâtre avec ses grands rideaux et son estrade.

D’ailleurs le dialogue entre Vandamm et Thornhill a pour enjeu le théâtre :

Vandamm : Has anyone ever told you that you overplay your various roles rather severely, Mr. Kaplan. First, you’re the outraged Madison Avenue man who claims he’s been mistaken for someone else. Then you play the fugitive from justice, supposedly trying to clear his name of a crime he knows he didn’t commit. And now, you play the peevish lover, stung by jealousy and betrayal. It seems to me you fellows could stand a little less training from the FBI and a little more from the Actor’s Studio.
Roger : Apparently, the only performance that will satisfy you is when I play dead.

Ironie du sort, anticipation ou plutôt clin d’oeil du créateur qui joue précisément avec ses comédiens, le prochain rôle  que jouera Thornhill est bien celui d’un « mort » ! Et Vandamm d’enfoncer le clou :

Vandamm : Your very next role. You’ll be quite convincing, I assure you.
Roger : I wonder what subtle form of manslaughter is next on the program. Am I to be dropped into a vat of molten steel and become part of a new skyscraper, or are you going to ask this female to kiss me again and poison me to death?

Et ce n’est pas un hasard si l’intrigue tout entière se tisse autour du thème du jeu, de la mise en scène et de la comédie : il s’agit bien pour le héros d’endosser un rôle, tout comme Eve joue un double jeu ; le monde de l’espionnage est présenté comme un théâtre d’illusions. Eh oui, car c’est un film d’un nouveau genre qu’Hitchcock livre au public en 1959…

Les règles du genre

Nous parlions d’un genre nouveau ? Le film d’espionnage ! Oui, comment ne pas voir dans cette Mort aux trousses l’annonce des « James Bond ». D’ailleurs, trois ans après le film d’Hitchcock, sort le premier « James Bond » : Doctor No, avec le sublime Sean Connery… Cette scène dans le train issue du deuxième opus, From Russia with love n’est pas sans nous rappeler Cary Grant et Eva Marie Saint :

Hormis un véritable espion (il est amusant de souligner que si R.O.T avoue bien un zéro au centre de son acronyme, ce zéro n’a pas la signification du « Licence to kill » accordé à 007 ! ;)), tous les ingrédients du film d’espionnage sont déjà dans North by Northwest :

? Action, action et action (sans temps mort), morceaux de bravoure, jusqu’à l’invraisemblance : Cary Grant est un héros qui ne craint pas d’escalader montagnes et immeubles…

Car peu importe la vraisemblance, on se laisse emporter par l’action, même si la réaction de Thornhill, lorsqu’il s’empare du couteau qui a poignardé le sénateur, est plus qu’étrange ; même si le conducteur de l’avion est étonnant dans sa décision de foncer droit sur un camion…

« Demander à un homme qui raconte des histoires de tenir compte de la vraisemblance me paraît aussi ridicule que de demander à un peintre figuratif de représenter les choses avec exactitude ».

Un héros prêt à tout donc ! Un petit clin d’oeil trouvé ici :

Lieux variés et grandioses (où comment voyager depuis son fauteuil de cinéma) ;  Hitchcock nous fait « voir du pays » : comme le titre original l’indique, nous allons du Nord au Nord-Ouest des Etats-Unis (comme à l’époque de la « conquête de l’Ouest »), et nous découvrons notamment tels des touristes dans un voyage organisé, des sites remarquables : le siège de l’ONU, le « Mid-West » et le Mont Rushmore. Le graphisme du titre nous indique d’ailleurs que le trajet à accomplir par le héros est un véritable parcours fléché.

C’est d’ailleurs avec beaucoup d’humour qu’Hitchcock présente son film comme un produit proposé par une agence de voyage : « Go North by Northwest », remarquez le logo en bas à droite : « Alfred Hitchcock Travel Agency« .

Notez que c’est avec son humour habituel, Hitchcock avait envisagé initialement comme titre du film « The Man in Lincoln’s nose« , ce qui, incidemment, nous rappelle l’idée de L’Homme qui rétrécit

? L’humour justement, un ingrédient essentiel du film d’espionnage « à la James Bond » : un humour désinvolte dont fait preuve notre héros, même lorsqu’il est en danger de mort. Ingrédient lié à la personnalité même du « grand méchant », raffiné, qui sait toujours recevoir celui qu’il s’apprête à tuer avec la plus extrême courtoisie…

 

? Et évidemment l‘amour, qui rime avec « glamour » à Hollywood (la rime ne fonctionne qu’en français !) : le personnage d’Ève Kendall, dont le prénom dit bien qu’elle représente « LA » femme, ouvre en effet la voie à ces héroïnes, amoureuses du héros et qui en même temps doivent l’envoyer à la mort… Ainsi, comme souvent chez Hitchcock, la scène du baiser est filmée comme un crime : à chaque seconde de l’étreinte, filmée avec une lenteur calculée, le spectateur peut craindre le meurtre…

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« Je filme les scènes d’amour comme des scènes de meurtre, et les scènes de meurtre comme des scènes d’amour »

La blonde Eve est celle qui conduit notre héros vers le danger, vers la mort, comme le montre ce fondu-enchaîné :

>> A ce fondu-enchaîné, répond un autre, comme en écho, ou comme une rédemption : après les explications du professeur, Roger Thornhill se projette déjà sur les statues du Mont Rushmore où il sauvera la belle avant de l’embarquer dans un train…

? La séquence finale sur le Mont Rushmore regroupe tous ces fameux « ingrédients » du film d’espionnage

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Une phrase, prononcée par un agent des services secrets, résume à elle seule ce que souhaite Hitchcock :

It’s so horribly sad. How is it I feel like laughing?

? Car Hitchcock se sert de ses personnages comme de pantins, mais il prend aussi un malin plaisir à jouer avec le spectateur : parfois nous suivons exactement les pas de Thornhill et nous nous interrogeons avec lui, parfois le metteur en scène nous permet d’avoir une longueur d’avance sur Thornhill ; comme lorsque l’acolyte de Vandamm est filmé, enfilant ses gants d’assassin avant le meurtre de l’ONU ; lorsqu’Ève, après un long baiser, tourne un regard qui en dit long vers le hors-champ ; ou encore dans cette scène où les jeux de transparence permis par l’architecture sont idéaux, pour faire ce qui s’apparenterait à un aparté au théâtre : à qui est montrée l’arme tenue par Martin Landau, si ce n’est au spectateur ?

Bien d’autres pistes restent à explorer… Un film riche donc, un véritable chef-d’œuvre, source d’inspiration pour les réalisateurs à venir.

? Et pour faire plaisir à Thaïs, une petite erreur amusante à relever : dans la scène où Eve « tue » « Kaplan », un figurant, un enfant, semble savoir à l’avance qu’il faut se boucher les oreilles pour éviter d’entendre la déflagration. 🙂

… Comme le disait Hitchcock,

« Il n’y a pas de terreur dans un coup de fusil, seulement dans son anticipation ».

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… Pour la fin, une dernière citation d’Hitchcock à méditer…

« Les femmes sont comme le suspense : plus elles éveillent l’imagination, plus elles suscitent d’émotions… »

Cary Grant semble d’accord avec cette affirmation !

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? Pour  la séquence à analyser dans votre fascicule « Collège au cinéma », à l’aide des photogrammes de la scène, vous pouvez vous appuyer sur cet extrait : il s’agit de la scène de la vente aux enchères, centrale dans le récit, et regroupant pour la première fois depuis le début du film tous les personnages importants (hormis la mère).

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?  Et voici le « trailer » (la bande-annonce) spécialement présenté par Hitchcock himself :

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? A comparer avec ce montage : une bande-annonce du film réalisée selon les méthodes de « marketing » actuelles :

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?  Enfin, dans cette vidéo proposée par Télérama, des pistes de réflexion très intéressantes proposées par un critique de cinéma pour analyser tout le début du film :

http://www.dailymotion.com/video/xgynpp

>>> Pour aller plus loin dans le questionnement, des photogrammes et des pistes de réflexion très pertinentes ici, une analyse très pertinente ici , et .

>>> Et une ressource géniale : les photogrammes de tout le film ici !

©Katy Refuveille

Et voici le questionnaire d’analyse…

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La mise en abyme, ou le théâtre dans le théâtre

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Une mise en abyme dans la peinture :

Johannes Gumpp, Autoportrait, 1646

Dans une mise en abyme, l’oeuvre principale (que j’appellerai « A« ) et qui est ici le tableau intitulé Autoportrait, enchâsse un fragment (« a« ) [ici ledit fragment est le tableau que l’artiste de dos est en train de peindre sous nos yeux], et ce fragment a semble être une sorte de reflet miniature de l’oeuvre principale A…

Vous êtes un peu perdus ?

Alors faisons plus simple avec des exemples du quotidien…

C’est le principe des poupées gigognes, emboîtées les unes dans les autres :

 Parfois, le procédé se répète à l’infini (comme lorsque vous mettez deux miroirs l’un en face de l’autre et qu’ils se renvoient leur reflet à l’infini). L’exemple habituel est la boîte de « vache qui rit » : y est représentée une vache qui a pour boucle d’oreille une boîte de « vache qui rit », dans laquelle une vache a pour boucle d’oreille etc…

Vous pouvez aussi cliquer ici et vous comprendrez rapidement  que le procéde de mise en abyme entraîne souvent une sensation de vertige

Le principe de la mise en abyme est encore magnifiquement illustré par Norman Rockwell (1895-1978) dans ce Triple autoportrait

… Un triple autoportrait où l’on voit bien encore une fois que la mise en abyme joue sur un effet miroir et sur des échos qui se répondent.

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  >>> Et dans Cyrano de Bergerac ?

 

Au théâtre, la mise en abyme peut fonctionner ainsi : à l’intérieur de la pièce de théâtre (A) est jouée une autre pièce de théâtre (a), une sorte de fragment miniature qui fonctionne comme un miroir :

c’est le théâtre dans le théâtre

 hôtel de bourgogne vignette

Dans l’acte I de la  pièce qui nous intéresse, c’est un phénomène évident : Rostand a enchâssé dans Cyrano de Bergerac une scène de La Clorise de Baro. L’effet est frappant : le spectateur qui vient assister à une représentation de Cyrano voit le rideau se lever sur… d’autres spectateurs attendant dans l’Hôtel de Bourgogne le début d’une autre pièce !

Coup de génie de Rostand, ces autres spectateurs, qui attendaient avec impatience Montfleury, vont d’ailleurs eux-mêmes être redirigés vers un autre spectacle, celui de Cyrano.

© cyranodebergerac.fr

Un Cyrano dont l’entrée en scène est habilement ménagée puisqu’elle se fait en deux temps. On n’entend d’abord que sa voix, puis les didascalies nous donnent les indications suivantes :

Cyrano, surgissant du parterre, debout sur une chaise, les bras croisés, le feutre en bataille, la moustache hérissée, le nez terrible.

Ah ! Je vais me fâcher ! …

Sensation à sa vue

Cyrano se met littéralement en scène, en montant sur cette chaise, et il signifie à tous que le spectacle, c’est lui.

> Allons plus loin : cette même scène de l’acte I, scène 3 est reprise en écho et en miniature un peu plus loin dans la pièce : l’acte II, scène 9 apparaît comme une réplique de la confrontation entre Cyrano et Montfleury ; les cadets forment le public (un public acquis) et Cyrano qui devrait être l’acteur principal entame son récit du combat à la Porte de Nesles, tel Montfleury attaquant les premiers vers de La Clorise devant le public de l’Hôtel de Bourgogne…

 © cyranodebergerac.fr

 Mais Cyrano se fait souffler la vedette par celui qui l’interrompt avec esprit, Christian. La mise en abyme est plus subtile, mais elle reste délicieuse : Cyrano avait les tirades du nez, Christian sait aussi faire de l’esprit. Notons d’ailleurs au passage que lui aussi a pour accessoire une chaise dans les indications scéniques de Rostand, accessoire que n’a pas gardé Jean-Paul Rappeneau dans son Cyrano.

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Pour le plaisir, voici les vers :

PREMIER CADET, à Cyrano
Maintenant, ton récit !

TOUS
Son récit !

CYRANO, redescendant vers eux
Mon récit ?…
Tous rapprochent leurs escabeaux, se groupent autour de lui,
tendent le col. Christian s’est mis à cheval sur une chaise.
Eh bien ! donc je marchais tout seul, à leur rencontre.
La lune, dans le ciel, luisait comme une montre,
Quand soudain, je ne sais quel soigneux horloger
S’étant mis à passer un coton nuager
Sur le boîtier d’argent de cette montre ronde,
Il se fit une nuit la plus noire du monde,
Et les quais n’étant pas du tout illuminés,
Mordious ! on n’y voyait pas plus loin…

CHRISTIAN
Que son nez.
Silence. Tout le monde se lève lentement. On regarde Cyrano
avec terreur. Celui-ci s’est interrompu, stupéfait. Attente.

CYRANO
Qu’est-ce que c’est que cet homme-là ?

UN CADET, à mi-voix
C’est un homme
Arrivé ce matin.

CYRANO, faisant un pas vers Christian
Ce matin ?

CARBON, à mi-voix
Il se nomme
Le baron de Neuvil…

CYRANO, vivement, s’arrêtant
Ah ! c’est bien…
Il pâlit, rougit, a encore un mouvement pour se jeter sur
Christian.
Je…
Puis, il se domine, et dit d’une voix sourde.
Très bien…
Il reprend.
Je disais donc…
Avec un éclat de rage dans la voix.
Mordious !…
Il continue d’un ton naturel.
que l’on n’y voyait rien.
Stupeur. On se rassied en se regardant.
Et je marchais, songeant que pour un gueux fort mince
J’allais mécontenter quelque grand, quelque prince,
Qui m’aurait sûrement…

CHRISTIAN
Dans le nez…

Tout le monde se lève. Christian se balance sur sa chaise.

CYRANO, d’une voix étranglée
Une dent,-
Qui m’aurait une dent… et qu’en somme, imprudent,
J’allais fourrer…

CHRISTIAN
Le nez…

CYRANO
Le doigt… entre l’écorce
Et l’arbre, car ce grand pouvait être de force
A me faire donner…

CHRISTIAN
Sur le nez…

CYRANO, essuyant la sueur à son front
Sur les doigts.
– Mais j’ajoutai : Marche, Gascon, fais ce que dois !
Va, Cyrano ! Et ce disant, je me hasarde,
Quand, dans l’ombre, quelqu’un me porte…

CHRISTIAN
Une nasarde.

CYRANO
Je la pare et soudain me trouve…

CHRISTIAN
Nez à nez…

CYRANO, bondissant vers lui
Ventre-Saint-Gris !
Tous les Gascons se précipitent pour voir ; arrivé sur
Christian, il se maîtrise et continue.
avec cent braillards avinés
Qui puaient…

CHRISTIAN
A plein nez…

CYRANO, blême et souriant
L’oignon et la litharge !
Je bondis, front baissé…

CHRISTIAN
Nez au vent !

CYRANO
Et je charge !
J’en estomaque deux ! J’en empale un tout vif !
Quelqu’un m’ajuste : Paf ! et je riposte…

CHRISTIAN
Pif !

CYRANO, éclatant
Tonnerre ! Sortez tous !
Tous les cadets se précipitent vers les portes.

© cyranodebergerac.fr

Avant même le pacte qui sera conclu à la scène suivante, on devine alors que Christian est un double possible de Cyrano, et on se régale de ces mises en abyme, jeux de miroirs et effets d’écho que sait si bien mettre en scène Edmond Rostand (Pensons à un élément important de la pièce, le balcon, lieu idéal pour se mettre en scène ou être spectateur, comme l’est Roxane lorsque Cyrano lui « joue » une scène, d’abord comme « souffleur » de Christian, puis comme acteur principal).

Ajoutons à ces mises en abyme les allusions à d’autres pièces de théâtre, à d’autres dramaturges, dont Molière, excusez du peu !

Le théâtre dans le théâtre est un exercice de virtuosité littéraire. C’est une façon de démonter les rouages de l’art dramatique et d’y réfléchir grâce à une mise à distance, c’est aussi un clin d’oeil du dramaturge qui titille agréablement l’esprit 🙂

 > Pour aller plus loin

Philippe Bisson, Cyrano de Bergerac, Collection Balises, Edition Nathan (Analyses, repères, critiques)

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Pratique théâtrale

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Au choix, scènes de Cyrano de Bergerac à apprendre par cœur, par groupes.

1. L’interruption de Monfleury, I,4: de « Heureux qui loin des cours dans un lieu solitaire » à « Trois ! »

2. Le dialogue entre « Un fâcheux » et Cyrano, I, 4 de « Le comédien Montfleury, quel scandale ! » à « et non du cuir ! »

3. La tirade du nez, I, 4 (Ici des pistes sur cette tirade)

4. L’aveu à Le Bret, I, 5 : de « Tu te mets sur les bras, vraiment trop d’ennemis »à « Tu t’es couvert de gloire à ses yeux aujourd’hui »

5. L’aveu à Le Bret, I, 5 : de « Regarde-moi mon cher » à « C’est la seule chose au monde que je craigne ».

6. L’aveu de Roxane à Cyrano, II,6 : de « Que l’instant d’entre tous les instants » jusqu’à « C’est ce bobo ».

7. La tirade du « Non, merci », II, 8 : « Et que faudrait-il faire ? » à « Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul ! »

8. La rencontre Christian- Cyrano, II, 9 : « Eh bien ! Donc je marchais tout seul » »Pif ! »

9. Le pacte entre Cyrano et Christian, II, 10 1ère partie jusqu’à « être un joli petit mousquetaire qui passe »

10. Le pacte entre Cyrano et Christian, II, 10, 2ème partie : de « Oh ! Pouvoir exprimer les choses avec grâce » jusqu’à la fin de la scène.

11. Roxane fait l’éloge des lettres à Cyrano, III, 1 : de « Ah ! qu’il est beau, qu’il a d’esprit, et que je l’aime ! » à « Soit ! … un maître ! »

12. Roxane manipule De Guiche, III, 2 : du début jusqu’à « Il en a l’air ! »

13. Roxane manipule De Guiche, III, 2 : de « Mais si le régiment, en partant » jusqu’à « Oui mon ami »

14. Christian à Roxane, III, 5 : de « Le soir descend » à « C’est un succès ».

15. La scène du balcon, III, 7 : du début jusqu’à « Je descends ».

16. La scène du balcon, III, 7 : de « Non » jusqu’à « Vous ne m’aviez jamais parlé comme cela »

17. La scène du balcon, III, 7 : de « Chaque regard de toi suscite une vertu » à « Je me disais : Tais-toi Christian ! »

18. Le baiser, III, 10 : du début à « l’âme ! », ou à « Elle baise les mots que j’ai dits tout à l’heure ».

19. De Guiche au campement, IV, 7 : du début jusqu’à « C’en est un ! »

20. La mort de Christian, IV, 10 : commencez à IV, 9 « Cyrano vous dira une chose importante » à « J’ai tout dit, c’est toi qu’elle aime encor ! »

21. La mort de Christian, IV, 10 de « Quoi mon amour » jusqu’à « Elle me pleure en lui »

22. Cyrano vient voir Roxane, V, 5 : du début à « Mais pas du tout, Roxane ! »

23. La lecture de la lettre, V, 5 : de « Cyrano ! » à « Mais… que je n’entends pas pour la première fois ! »

24. La lecture de la lettre, V, 5 : « Comment pouvez-vous lire à présent » à « Ce sang était le sien ».

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