Back to the future

7 06 2008

Je retrouve ce texte qui date de 2004, rédigé à l’époque pour une sorte de blog qui avait fait long feu. Je le publie à nouveau, d’abord parce que ça m’amuse -et parce que je le vaux bien 😉 – et parce que dans les grandes lignes ça reste toujours valable, en tous cas je pense la même chose aujourd’hui, à ce détail près que j’articule aujourd’hui cette réflexion avec l’évaluation de l’oral type CECRL.
Ce que j’écrivais à l’époque sur l’exploitation du programme Sound’Ole me semble tout aussi vrai aujourd’hui pour nos lecteurs mp3, qui souvent ne permettent pas de pause à l’enregistrement.

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Enregistrement et évaluation de la prise de parole

Pour parvenir à une évaluation réelle des compétences orales, l’outil informatique apporte un avantage certain. De nombreux enregistreurs de son existent: pour ma part, je préfère un programme peu connu : Sound’Ole. C’est un exécutable assez ancien, qui à l’origine (je crois) accompagnait la carte SoundBlaster des PC.

Je le préfère aux autres pour ces quelques raisons :

  • il est gratuit (du moins, si on est équipé de cette carte-son !)
  • il est léger
  • son interface est simplissime : un bouton rouge pour enregistrer, un bouton Stop et un bouton Play…. Il faut dire que je pars toujours du principe qu’un bouton de plus c’est une source supplémentaire d’erreurs et de perte de temps !
  • …et surtout, il ne permet pas de pause à l’enregistrement.

Oui, ça c’est un vrai plus !

Après tout, que cherche-t-on à faire ? À évaluer les compétences de l’élève en situation de prise de parole (en monologue, faute de mieux) et aussi, bien sûr, à l’aider à affirmer sa prise de parole. Or quand on parle «vraiment», on ne fait pas de pause à chaque phrase pour reprendre son souffle, se reposer, se réécouter, réenregistrer par-dessus une phrase pas terrible… On parle d’un seul trait, c’est tout.
Ça n’exclut pas des reprises, des auto-corrections immédiates, des hésitations, quelques petits «blancs» même. Mais après tout, c’est ça une langue parlée…
Donc, pas de pause à l’enregistrement. On réfléchit avant de parler…

En fait, je suis sérieux : c’est effectivement un bon moyen pour pousser les élèves à réfléchir sur leur prise de parole.

Si vous laissez un élève avec un bouton Pause, il va forcément charcuter son discours : ce n’est pas qu’il cherche à bien parler, c’est qu’il tente de fournir un produit scolaire de la meilleure qualité possible ! Donc tous les ajouts, coupes, modifs etc sont bons, pourvu qu’à l’arrivée le prof trouve que c’est un «bon oral». Mais saurait-il refaire la même chose en contexte, devant un interlocuteur anglophone ?

En revanche, il faut savoir faire preuve de souplesse puisqu’il ne s’agit tout de même pas d’un jeu : la note, quoi qu’on en dise, c’est important pour l’élève, et la technique ne doit pas l’entraver. Donc j’admets tout à fait qu’ils recommencent intégralement leur oral s’ils n’en sont pas satisfaits. On me dira que je ne suis plus dans une situation réaliste, et c’est vrai ; mais j’observe qu’il est assez rare de voir un élève refaire de nombreuses fois son discours. Dans la mesure où leur prise de parole a été bien pesée au départ, ils ont rarement dans l’idée qu’ils feront beaucoup mieux au fil de multiples essais. Et comme ils savent que je ne vais pas sanctionner les quelques «euh» ou bégaiements qu’ils redoutent grandement, ils se contentent généralement de la première ou de la deuxième version.

Exemples de séances d’enregistrement :
après un travail de réflexion assez soutenu sur un thème, qui aura permis d’en comprendre les différentes facettes, d’accumuler du lexique, de travailler les structures utiles etc, je demande l’enregistrement de l’opinion personnelle de chacun. Parfois j’impose un plan contrasté en deux parties. Parfois j’interdis absolument l’usage de «I think», de «it’s good» et de «it’s bad»… parfois tout ça à la fois.
Ou bien je demande de refaire individuellement, en fin de séquence, une description iconographique qui avait été faite en commun en début de séquence, cette description étant (normalement !) enrichie des thèmes et idées abordées en cours de séquence.
Ou encore je demande l’enregistrement d’un compte-rendu de document inconnu, avec temps de préparation limité à 20 minutes (exam type BTS).
Ou au contraire j’interdis la prise de notes , et il faut improviser un commentaire d’image inconnue (dans ce cas je donne quand même une petite fiche de lexique…)
Bref, on a le choix.
Bien sûr, à la sortie je grave tous ces fichiers son sur un CD-rom (Sound’Ole produit des fichiers WAV à ouvrir avec n’importe quel lecteur genre Windows media Player), et puis chez moi j’écoute religieusement… Bon, ça ce n’est pas très drôle et parfois longuet, mais c’est bien là le fond de l’affaire: chacun aura son écoute individuelle, et sa correction itou!
Et c’est là qu’on a parfois des surprises: tiens, Untel qui lève tout le temps le doigt et qui aurait 15/20 en «participation» est infichu de lier plus de 3 phrases de manière intelligible! Et il ne dit rien de pertinent sur le texte ! En revanche, Unetelle qui est toute timide et ne parle que 30 secondes par an (quand on l’oblige… d’ailleurs elle a 8 quand même parce qu’on n’ose pas lui mettre zéro en «participation») produit un texte de très bonne qualité.

Dernier point : les élèves, au début, vont vous maudire. Ce n’est pas confortable du tout, comme situation. Mais ils sauront comprendre les arguments très réalistes que vous leur apporterez, et ils apprécieront l’évaluation individuelle, précise, poussée, que chacun recevra à l’arrivée. Au deuxième enregistrement, plus (trop) de récriminations…

Creative Commons License photo credit: sladegibbs


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