
Il faudrait vivre sur une autre planète pour ne pas se rendre compte que, comme tous les 5 ans, notre pays est en pleine guerre…politique ! Et pour cause, il lui faut se choisir un président. En France, sous la Ve République, les pouvoirs du chef de l’État sont extrêmement importants et étendus (ce qui donnera lieu à un prochain article sur ce blog) contrairement à ce qui se passe dans des pays tels que l’Italie ou l’Allemagne. La campagne est donc dure car chacun estime que seul son programme peut améliorer la situation du pays et de ses habitants.
Être candidat
Tout le monde ne peut pas être candidat à la présidence de la République, et pour éviter à n’importe quel original (ou presque) de se lancer dans la course à la présidentielle, des règles très strictes ont été mises en place. C’est la loi n°62-1292 du 6 novembre 1962 (et ses modifications successives) qui définit les conditions que doivent remplir les candidats au poste. A ce jour, si le poste vous intéresse, vous devez :
- être électeur (donc avoir la nationalité française)
- être âgé d’au moins 23 ans
- ne pas être privé de ses droits civiques
- ne pas être placé sous tutelle ou curatelle
- avoir satisfait à son devoir relatif au service militaire
- consentir librement à être candidat en l’attestant devant le Conseil constitutionnel
Mais cela n’est pas suffisant ! Le candidat doit recueillir la signature de 500 élus provenant d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer différents sans que plus d’un dixième d’entre eux puissent être les élus d’un même département ou collectivité d’outre-mer. D’accord, c’est vrai que c’est un peu compliqué mais cela est indispensable afin de s’assurer que le candidat potentiel ne représente pas seulement une petite partie du pays (un peu comme si chaque région avait son candidat, ce qui serait un beau foutoir…). De plus, le candidat doit également remettre au Conseil constitutionnel une déclaration de situation patrimoniale. Cette déclaration est renouvelée le mois précédant la fin du mandat présidentiel afin de constater tout éventuel enrichissement consécutif à la fonction présidentielle. Pour vérifier qu’il n’y a pas de « trafic financier » pendant la campagne, tout candidat doit se constituer un compte de campagne et le déposer dans les deux mois suivant l’élection afin que le Conseil constitutionnel et la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques en vérifient la régularité. Vous êtes toujours motivé ? Tant mieux. Dans ce cas là, nous pouvons entrer en campagne.
La campagne électorale
La campagne électorale est la période précédant une élection durant laquelle les candidats partent à la rencontre des français et cherchent à faire connaitre le plus clairement possible leur programme et leurs idées pour le pays. Pour y parvenir tous les moyens sont bons : meetings, émissions de télé ou de radio, affiches, tracts, autocollants, sites internet, pages Facebook, visites d’usines, d’hôpitaux, de marchés… Mais attention, tous les coups ne sont pas permis. Il y a des règles à respecter et un « arbitre » pour y veiller. D’après l’article 58 de la Constitution de la Ve République, « le Conseil Constitutionnel veille à la régularité de l’élection du Président de la République. Il examine les réclamations et proclame les résultats du scrutin ». C’est par
exemple lui qui fixe les dates de la campagne officielle durant laquelle tous les candidats doivent avoir strictement et à la seconde près le même temps de parole dans les médias sous peine de sanctions très lourdes. Prenons l’exemple de la campagne à la télévision. Tous les candidats ont le droit à 43 minutes de promotion télévisuelle réparties en en dix clips de 1 minute 30 et huit de 3 minutes 30. Ces clips sont diffusées pendant les deux semaines de la campagne officielle. C’est France Télévision, en tant que chaîne publique, qui assure leur réalisation et leur diffusion. Mais attention, tous les candidats doivent respecter les mêmes règles :
- Pas de drapeaux français ou européens
- l’appel aux dons est formellement exclu
- Pas de numéro de téléphone à l’image non plus, ce n’est pas une publicité mais une présentation de programme
- interdiction de dénigrer l’adversaire, même si l’envie ne manque pas…
- pas de Marseillaise, ni d’hymne européen
Ces contraintes n’empêchent toutefois pas l’imagination de travailler et l’originalité parvient parfois à se faire une place au milieu de tous ces interdits.
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L’élection
Voilà, le grand jour est arrivé. Rien n’a été laissé au hasard pas même la date. En effet, si cette année les élections tombent en plein milieu des vacances scolaires, c’est tout simplement parce que dans ce domaine là le gouvernement ne peut pas faire ce qu’il veut. Avant, les élections présidentielles avaient lieu au mois de décembre car le 1er mandat de Charles de Gaulle (1958) avait commencé à cette date. Mais la démission de De Gaulle le 27 avril 1969 a avancé la troisième présidentielle de décembre 1972 à juin 1969 car il faillait remplacer le président partant sous vingt à trente-cinq jours. En 1974, le décès du président Pompidou a encore avancé d’un mois le calendrier électoral. Il est depuis inchangé.
Depuis la réforme de 1962, le président de la République est élu au suffrage universel direct, c’est-à-dire par tous les citoyens français majeurs. Pour être élu, il doit obtenir la majorité absolue des suffrages exprimés (soit 50 % plus une voix). Si cette majorité n’est obtenue par aucun candidat à l’issue du premier tour (ce qui a été le cas dans toutes les élections présidentielles), il y a ballottage et il est procédé à un second tour. Dans ce cas, seuls les deux candidats ayant obtenu le plus de voix au premier tour restent en lice. Une fois élu, le candidat devient chef de l’état pour 5 années complètes (avant 2000, il était élu pour 7 ans : on parlait de septennat). Mais depuis 2008 la loi limite l’exercice de la fonction présidentielle « à deux mandats consécutifs » . Une chose en tout cas n’a pas changé : l’attente des résultats à 20 heures précises dans un suspens toujours mieux mis en scène par les journalistes.
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L’entrée en fonction
Pourtant, même si le nouveau président est élu par les français le 6 mai, il lui faudra attendre 15 jours pour réellement entrer en fonction ! Pourquoi ? Car il ne peut entrer en fonction que le jour même de la fin du mandat du président sortant. De plus, le conseil constitutionnel profite de cette période de deux semaines pour vérifier qu’il n’y a eu aucune fraude et qu’il n’y a pas de réclamations de la part du perdant. Le candidat choisi par les citoyens devient donc dans les faits réellement président après la cérémonie solennelle d’investiture. Comment se passe ce moment ? Pratiquement toujours de la même manière jusqu’à aujourd’hui. Tout d’abord, le Président élu entre au Palais par la cour d’honneur et a un entretien avec son prédécesseur. Cet entretien est strictement confidentiel et c’est la raison pour laquelle on ne sait pas vraiment ce qui s’y dit. Il semblerait que l’on y parle des affaires urgentes en cours (otages français dans le monde, politique étrangère…) et que l’on transmettre le code nucléaire. Après cela, le nouvel élu raccompagne son prédécesseur jusqu’à la sortie.
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Après cela, la cérémonie se poursuit dans la salle des fêtes du palais de l’Elysée. elle se déroule de la manière suivante :
- Interprétation par l’Orchestre de chambre de la Garde républicaine d’une marche solennelle lors de l’entrée du Président élu, qui est accompagné du Premier ministre, du Président du Sénat et du Président de l’Assemblée Nationale.
- Lecture par le Président du Conseil Constitutionnel des résultats officiels et définitifs de l’élection présidentielle
- Signature par le Président élu du procès-verbal d’investiture
- La présentation au nouveau Président de la République par le grand chancelier de la Légion d’Honneur du collier de grand maître de l’Ordre.
- Discours du nouveau Président de la République
- La présentation des personnalités invitées (corps constitués, doyen du corps diplomatique, invités personnels…)
A l’issue de cette cérémonie, le Président de la République se rend sur la terrasse du parc en compagnie du Premier ministre et des Présidents des deux assemblées. Les honneurs militaires lui sont rendus par la Garde républicaine. Après avoir écouté l’hymne national devant le drapeau, le Président passe les troupes en revue : il devient alors officiellement chef des armées. Une salve de 21 coups de canons est tirée, soit après la lecture de la proclamation, soit pendant les honneurs militaires. Il ne lui reste plus désormais qu’à se mettre au travail au service de la France et des français.
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Voilà, j’espère avoir été clair avec un sujet qui ne l’est pas forcément. Pour vous remercier de votre patience, voici un petit jeu qui est d’actualité me semble-t-il. A bientôt.
Monsieur G.
Sources :
– l’article de M. Sentier sur son blog » Les échos d’une heure »
– une biographie de tous les anciens présidents sur le site de l’Élysée
– la page web du conseil constitutionnel consacrée à l’élection de 2012
– la passionnante FAQ du site Slate.fr
– Les différents dossiers de l’Express sur la campagne de 2012 (‘hésitez pas à fouiller un peu…)
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