Me raconte pas ta vie, c’est la mienne (Prévert)

Voici un petit bijou qui mérite d’être relayé  : l’autobiographie d’Eugène, jeune garçon roumain qui arrive en Suisse, à Lausanne, à l’âge de 6 ans, avec ses parents et son frère aîné, avec un statut de réfugié politique sous Ceausescu.

Le sujet est intéressant en soi mais c’est son traitement qui rend les péripéties de cet enfant puis adolescent et jeune adulte attachantes… L’auteur raconte sa vie en évoquant dix choses qui lui ont fait le plus de bien et dix choses qui lui ont fait le plus de mal. Souvenirs intimes se mêlent au contexte politique, des petites histoires dans la Grande Histoire…

Entre découverte d’un nouveau pays et  réminiscences de l’ancienne patrie sous le joug de la dictature, les blagues de potache succèdent à des épisodes tragi-comiques où la volonté de s’intégrer et de comprendre toutes les subtilités culturelles et linguistiques du pays d’accueil est parfois bien mise à mal… C’est toujours tendre, souvent amusant et d’une fraîcheur ! Un coup de cœur particulier pour le chapitre « Mon carnet de voyage » dans lequel Eugène traverse la Turquie et la Syrie, narrant ses impressions de voyage d’une façon originale qui devrait en inspirer plus d’un !

Pour nos apprenants en FLE, l’écriture est fluide, les chapitres courts se dévorent comme rien… Et puis, pédagogiquement, le prologue sur le genre autobiographique est intéressant, et l’idée de narrer des tranches de vie réelles ou fictives à partir d’objets peut donner lieu à un intéressant exercice d’écriture…

A noter que depuis, un spectacle « La vallée de la jeunesse » a été monté : plus d’informations ici et dossier technique complet par là

Eugène, La vallée de la Jeunesse, La joie de lire, 2007.

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Extrait du prologue

 » On a empoigné le problème de l’autobiographie par le mauvais bout. […] Quand les gens se mettent à parler d’eux, ils le font tous de la même manière. Je suis né ici ; mes parents étaient comme ça ; à huit ans, il m’est arrivé ceci ; je suis un passionné de cela. Nos vies paraissent interchangeables, parce que nous découpons nos récits en respectant les chapitres : lieu de naissance, éducation, amitié, sexualité, hobby…
Personnellement, j’aimerais me raconter à travers des objets qui ont traversé ma vie, pendant cinq minutes ou quinze ans. Je suis sûr qu’ils parleront plus honnêtement de moi que je ne pourrais jamais le faire. les objets ne mentent pas. ils révèlent  les orgueils, les faiblesses, les rêves, les obsessions et les cachotteries.
Ce matin, j’ai donc dressé deux listes : les dix objets qui m’ont fait du bien et les dix autres qui m’ont fait du mal. Puis je me suis mis à écrire. Voici l’histoire de ma vie en vingt objets. « 


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