Dissiper une illusion est-ce seulement corriger une erreur ?

Dissiper une illusion est-ce seulement corriger une erreur ?

I. A = B, Une illusion est souvent une erreur, donc on peut penser que dissiper une illusion est corriger une erreur. Commettre une erreur, c’est croire que ce qui est vrai pour nous et vrai en soi, c’est confondre le faux et le vrai. En analysant les causes de nos erreurs, on peut trouver les moyens de la corriger.

– on se trompe par ignorance ou à cause d’une connaissance partielle, donc en donnant des informations à la personne dans l’erreur, on peut l’amener à revoir sa position et arriver au vrai.

– on se trompe aussi souvent parce qu’on n’a pas pris le temps de  confronter notre idée avec celle des autres. Le dialogue peut être un moyen de se rendre compte qu’on se trompe (c’est le rôle de la maïeutique de Socrate : l’art d’accoucher les esprits de leur ignorance ignorée et d’un savoir ignoré (oublié : théorie de la réminiscence) en guidant, donnant confiance et en prenant son temps, en avançant de consensus en consensus. L’esprit de l’autre est « la pierre de touche » de la vérité présente dans le mien. On peut par le discours rationnel et en se servant de sa raison corriger une erreur.

– on se trompe aussi parce qu’on croit ce qu’on nous dit, parce qu’on ne doute pas de l’autorité des autres, du poids de la majorité. En se confrontant soi-même à la réalité, on peut par expérience se rendre compte de notre erreur, éprouver si ce qu’on pensait vrai, l’est vraiment.

TR : Donc il semble possible de corriger une erreur par un jugement droit, éclairé et s’appuyant sur des faits, parce que ses causes ne sont que nos faiblesses : comme le disait Descartes, ce sont la précipitation et la prévention (préjugé) qui sont à l’origine de nos erreurs. Et c’est pour cela que les erreurs peuvent être fécondes. Mais si l’erreur est féconde, c’est parce que celui qui se trompe aspire au savoir, à  voir la réalité confirmer ou infirmer  son idée, or selon Freud, l’illusion se moque elle de la réalité, elle ne part pas des faits , mais de nos désirs alors n’est-elle vraiment qu’une simple erreur ?

II. A ? B, Une illusion est souvent une erreur MAIS une erreur qui n’a pas les mêmes causes que les simples erreurs, elle exige un autre traitement pour être dissipée.

– une illusion est une erreur qui a pour origine un DESIR et ses représentations imaginaires. Elle n’est pas l’expression d’une faiblesse, mais d’une force, celle du désir. Cf analyse de Freud.

– comme le montre l’illusion d’optique, même si on sait qu’elle n’est qu’une illusion et donc qu’on ne manque pas de savoir, elle persiste (même si on s’efforce de ne pas croire ce qu’on voit). Cela explique par exemple la difficulté d’accepter la théorie  de L’HELIOCENTRISME (on voit bien le soleil bouger dans le ciel), en plus du fait qu’elle nous enlève notre place centrale dans l’univers, qui était bien plus agréable et conforme à nos désirs narcissiques. C’est pourquoi Freud parle de cette découverte scientifique comme étant la prière BLESSURE NARCISSIQUE infligée par la science à l’homme.

Donc les moyens de corriger une erreur ne suffisent plus, et ils seront rejetés par l’illusionné : les prisonniers veulent tuer le philosophe qui viendrait leur donner le savoir, le discours rationnel n’a pas de force ici.

– on peut tenter de dissiper une illusion par LA CONTRAINTE, comme on force le prisonnier à sortir de la caverne et à  se confronter à la réalité et à renoncer à son désir irréaliste.

– on peut tenter de changer les désirs de l’illusionné, en lui donnant le désir de la vérité, de la réalité. Il faut lui faire comprendre que la vérité est plus désirable que son imaginaire, que la réalité est finalement plus agréable, avantageuse que son imaginaire. (C’est ce qu’essaie de faire Epicure avec la croyance dans les Dieux)

– on peut tenter de changer le monde, pour que le désir à l’origine de l’illusion n’ait plus l’occasion de naître. (C’est ce que souhaitait Marx)

On doit donc user d’autres moyens face à l’illusion que face à l’erreur. Mais toute illusion n’est pas nécessairement une erreur ( cas de la jeune fille), aussi on peut se demander si on peut vraiment et doit dissiper toute illusion comme toute erreur ?

III. A ? B , l’illusion n’est pas une erreur CAR  si l’erreur est corrigible et doit être corrigée, l’illusion ne peut être dissipée et ne doit pas toujours l’être peut-être :

– il y a eu des illusions dramatiques comme celle à l’origine des idéologies totalitaires comme le nazisme, mais certaines illusions ont été bénéfiques dans le sens où elles ont permis à une époque de repousser les limites du possible. C’est parce que certains hommes ont refusé la sagesse du « changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde » que leur désir est devenu en partie réalité. C’est parce certains hommes ont cru défendre leur intérêt, leur passion que l’histoire a avancé ( théorie des grands hommes chez Hegel : « rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion » et donc sans illusion. L’erreur n’a de valeur que comme moyen à dépasser : on apprend en se trompant, c’est en corrigeant ses erreurs (premiers essais, hypothèses) qu’on arrive peu à peu à la vérité

– l’illusion peut aider à vivre quand la réalité est trop frustrante, l’erreur fait qu’on n’agit pas efficacement.

peut-être que le désir de vérité, la volonté de ne pas être dans l’erreur et  l’illusion  est en fait  le fruit d’une illusion : NIETZSCHE

CONCLUSION : On peut croire que dissiper une illusion est la même chose que corriger une erreur car dans les 2 cas, on se trompe. Mais en réalité, une illusion est une erreur différente des autres, dont la force est celle de nos désirs, et face à eux, les preuves et les démonstrations ne peuvent rien, il faut trouver d’autres moyens. Des moyens qui sont au final peu efficaces, car une illusion ne peut pas être dissipée totalement et désirer la dissiper, c’est peut-être même être encore dans l’illusion. Donc dissiper une illusion n’est vraiment pas la même chose que corriger une erreur.

Laisser un commentaire