La science en 3 idées clefs

La science  en 3 idées clefs

 

On peut définir une science comme l’étude d’un objet particulier qui la définit (ce qui fait qu’il n’y a a pas la science mais des sciences du vivant, de la physique..) selon une méthode particulière  ( qui implique une certaine  théorie de la connaissance) avec une exigence commune (pour le scientifique est seul vrai, ce qui a été vérifié et prouvé ET il ne peut parvenir à une connaissance sans rigueur ni méthode) et un présupposé commun ( le réel est intelligible) dans le but désintéressé d’expliquer l’objet étudié, c’est-à-dire d’identifier des causes, de relations invariables de cause à effet, des lois.

1. On pense qu’en science, « l’expérience est reine », ce qui permet de croire en ces théories.

On pense cela  parce que la science a renoncé

– à la question métaphysique pourquoi? (Causes premières et les fins dernières) au profit de la seule question comment? Elle cherche seulement objectivement à rattacher les phénomènes observables entre eux par des relations invariables ( lois)

– aux explications finales, à la magie (action de l’esprit sur la matière et de causes surnaturelles, extra-mécaniques)  Elle ne cherche que des causes naturelles et rationnelles.

– à tout expliquer : elle se contente donc d’étudier les phénomènes observables et d’en dégager les relations invariables de cause à effet

– elle s’appuie sur l’expérience comme observation et comme expérimentation, et elle dépasse et critique l’expérience ordinaire qui est qualitative, singulière et qui en reste aux apparences et n’offre qu’une diversité.  Les sciences vont  traduire les qualités en quantités (elle mathématise son objet) , chercher  l’unification rationnelle de la diversité empirique et parfois distinguer vécu et réel.

On pense cela parce qu’Aristote a été avant Galilée la référence (de l’autorité de l’Eglise) en science. Aristote a placé l’expérience au cœur de la science (par opposition à Platon). Même s’il admet qu’il ne peut y avoir de science du singulier, l’expérience engendre chez l’homme l’art et la science car  au travers des souvenirs, elle donne par sa variété une conception universelle sur un ensemble de réalités comparables. Par conséquent l’art ajoute l’universalité à la singularité de l’expérience. Epicure, Locke et Hume sont des empiristes partant du principe que la connaissance vient seulement par impression, induction, généralisation de l’expérience ( avec certitude mais aussi avec des limites) .

  MAIS on peut démontrer aisément que si « toute notre connaissance débute par l expérience, cela ne prouve pas qu’ « elle dérive toute de l expérience » selon Kant, car si sans intuitions sensibles (expérience) qui offre la MATIERE de la connaissance, les concepts sont vides et creux ( simple idée ou postulats) MAIS  sans concepts, sans théorie, les intuitions,  sont aveugles et ne disent rien, la MATIERE n’a pas  de FORME.

       DONC  l’empirisme (théorie selon laquelle toute notre connaissance dériverait de l’expérience, selon laquelle il suffirait de bien observer, d’accroître l’efficacité du regard pour que la nature dévoile ses lois.) est insuffisant, stérile et impossible CAR  il n’y a de fait scientifique que s’ il y a déjà théorie, question, hypothèse, les instruments de mesure et d’observation utilisés étant eux-mêmes des « théories matérialisées »

         En effet, comme le dira Claude Bernard « une simple constatation des faits ne pourra jamais constituer une science ». L’observation est toujours particulière et passive. « les sens ne donnent jamais que des exemples, c »est-à-dire des vérités particulières et individuelles » , selon Leibniz. Il y a « fait scientifique » que s’il y a « observation polémique » selon Bachelard. Comme le dit R. Thom « toute expérience est réponse à une question et si la question est stupide , il y a peu de chances que la réponse le soit moins ». Comme le dit Einstein , « les concepts physiques sont des créations libres de l’esprit » et le scientifique se doit d’être « ingénieux » pour découvrir uniquement au mouvement des aiguilles et au tic tac, le fonctionnement du boitier fermé qu’est l’univers.)

DONC en science ce qui semble prévaloir ce n’est pas l’observation , certes importante, mais la théorie qui vient décider, orienter et guider l’observation. Les faits ne parlent pas d’eux-mêmes, ne sont pas donnés, « les faits sont faits » , comme disait Poincaré. Reconnaître  cela, c’est reconnaître ce que Kant a appelé dans la critique de la raison pure  «  la révolution copernicienne de la science ». De la même manière que Copernic a montré que  le soleil, et non la terre, est le centre du système ; le centre de la connaissance est le sujet connaissant. C’est lui qui par sa raison  produit des « expériences abstraites » inobservables dans la nature ( ex. le plan incliné de Galilée pour un mouvement rectiligne et uniforme) qui « prolonge » et éclaire le réel. C’est lui qui «  prend les devants » et « force la nature » à répondre à ses questions. Le scientifique est un activiste, « un  essayeur » ; Il n’observe pas passivement  la nature.

Galilée est la référence de la science moderne : « le grand livre de la nature est écrit en langage mathématique » même si ce n’est pas ce que montre l’expérience s’en tenant aux apparences. Ce sont le modèle rationaliste, la méthode hypothético-déductive, la méthode expérimentale   qui se sont imposés.

2. on pense que la science détient le monopole de la vérité et que ses vérités sont absolues et sûres car vérifiées.

  MAIS on peut reconnaître que la preuve expérimentale a ses limites : celles des instruments, celles des connaissances et du paradigme (Théorie de Kuhn), d’un système ( on ne peut vérifier une théorie seule , indépendamment d’un système théorique, donc l’expérimentation ne nous dit pas ce qui est vrai ou faux dans le système mais seulement qu’il y a du vrai ou une erreur ( théorie holiste de la connaissance – Duhem – Quine)  , celles de l’expérimentation qui ne peut être que particulière ( impossible de vérifier expérimentalement une théorie qui est une loi universelle de la nature, argument de Popper)

            On peut aussi reconnaître que la vérité en science est relative au temps et que la science progresse par correction d’erreurs successives. Ce qui interdit de parler de vérité en science si la vérité doit être absolue et si elle doit être pensée sur le modèle d’une copie du réel ou d’une correspondance avec l’essence même du réel, car comment être sûr que le réel est rationnel ( même si ce postulat rend possible l’action, la technique). « Science d’où prévoyance ; prévoyance d’où action » disait Comte.

3. Si on confond souvent les sciences et la technique (on accuse souvent à tort les scientifiques d’applications techniques dangereuses), s’il est vrai que les premiers mathématiciens furent des arpenteurs ,l’arithmétique semble issue des nécessités du commerce, s‘il est vrai que depuis Descartes, les sciences ne sont plus à nouveau que spéculatives, théoriques mais offre la perspective d’une maîtrise technique  de la nature ( « comme maîtres et possesseurs de la nature »,  ce sont plutôt les échecs de la technique qui suscitent une réflexion scientifique, que ses réussites, qui empêchent qu’on se pose des questions plus avant et  les sciences, quoiqu’elles servent les techniques et s’en servent répondent pour nous avant tout à une simple  curiosité intellectuelle désintéressée. Les sciences seraient une aventure désintéressée de la connaissance, de la théorie (étymologiquement contemplation), qui s’opposerait à la volonté de domine et de transformer la matière propre à la technique.

  MAIS  on peut penser que la science est devenue un simple « instrument à dominer la matière » selon l’expression de Russell, non seulement parce qu’elle est soumise au milieu technique mais aussi parce qu’elle doit renoncer ou se résoudre à une vérité peut-être relative et pragmatique. C’est la conception pragmatique  de la vérité de W. James  (1842-1910 ) en rupture avec la conception traditionnelle de la vérité.  « Le vrai consiste uniquement dans ce qui est avantageux pour la pensée » et chaque action, chaque résolution de problème  que permet la théorie, la loi scientifique vienne en un sens corroborée celle-ci ( même si on ne peut être pleinement sûr que c’est une loi du réel en soi)

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