Category Archives: Sujets sur la conscience et le moi

Autour de la psychanalyse

1) Sur la naissance de la psychanalyse

http://www.dailymotion.com/video/xssabw

2) Sur Etudes sur l’hystérie co-écrit par Freud et Breuer: http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/file/bres_freud.pdf

3) Sur l’hypnose ( bien que François Roustang soit au-delà de la démarche psychanalytique et que Freud ait abandonné l’hypnose pour le dispositif de la libre association d’idées)

http://www.arte.tv/fr/hypnose-francois-roustang-est-l-invite-de-raphael-enthoven-dans-philosophie/7663042.html

4) Bonus : 2 analyses de névroses obsessionnelles extraites d’Introduction à la psychanalyse de Freud

 

INTRODUCTION A LA PSYCHANALYSE 1916-1917

 

EXEMPLE 1

Une dame âgée de 30 ans environ, qui souffrait de phénomènes d’obsession très graves et que j’aurais peut-être réussi à soulager, sans un perfide accident qui a rendu vain tout mon travail (je vous en parlerai peut-être un jour), exécutait plusieurs fois par jour, entre beaucoup d’autres, l’action obsédante suivante, tout à fait remarquable. Elle se précipitait de sa chambre dans une autre pièce contiguë, s’y plaçait dans un endroit déterminé devant la table occupant le milieu de la pièce, sonnait sa femme de chambre, lui donnait un ordre quelconque ou la renvoyait purement et simplement et s’enfuyait de nouveau précipitamment dans sa chambre. Certes, ce symptôme morbide n’était pas grave, mais il était de nature à exciter la curiosité. L’explication a été obtenue de la façon la plus certaine et irréfutable, sans la moindre intervention du médecin. Je ne vois même pas comment j’aurais pu même soupçonner le sens de cette action obsédante, entrevoir la moindre possibilité de son interprétation. Toutes les fois que je demandais à la malade : « pourquoi le faites-vous ? » elle me répondait : « je n’en sais rien ». Mais un jour, après que j’eus réussi à vaincre chez elle un grave scrupule de conscience, elle trouva subitement l’explication et me raconta des faits se rattachant à cette action obsédante. il y a plus de dix ans, elle avait épousé un homme beaucoup plus âgé qu’elle et qui, la nuit de noces, se montra impuissant. Il avait passé la nuit à courir de sa chambre dans celle de sa femme, pour renouveler la tentative, mais chaque fois sans succès. Le matin il dît, contrarié : « j’ai honte devant la femme de chambre qui va faire le lit ». Ceci dit, il saisit un flacon d’encre rouge, qui se trouvait par hasard dans la chambre, et en versa le contenu sur le drap de lit, mais pas à l’endroit précis où auraient dû se trouver les taches de sang. je n’avais pas compris tout d’abord quel rapport il y avait entre ce souvenir et l’action obsédante de ma malade ; le passage répété d’une pièce dans une autre et l’apparition de la femme de chambre étaient les seuls faits qu’elle avait en commun avec l’événement réel. Alors la malade, m’amenant dans la deuxième chambre et me plaçant devant la table, me fit découvrir sur le tapis de celle-ci une grande tache rouge. Et elle m’expliqua qu’elle se mettait devant la table dans une position telle que la femme de chambre qu’elle appelait ne pût pas ne pas apercevoir la tache. Je n’eus plus alors de doute quant aux rapports étroits existant entre la scène de la nuit de noces et l’action obsédante actuelle. Mais ce cas comportait encore beaucoup d’autres enseignements.

Il est avant tout évident que la malade s’identifie avec son mari ; elle joue son rôle en imitant sa course d’une pièce à l’autre. Mais pour que l’identification soit complète, nous devons admettre qu’elle remplace le lit et le drap de lit par la table et le tapis de table. Ceci peut paraître arbitraire, mais ce n’est pas pour rien que nous avons étudié le symbolisme des rêves. Dans le rêve aussi on voit souvent une table qui doit être interprétée comme figurant un lit. Table et lit réunis figurent le mariage. Aussi l’un remplace-t-il facilement l’autre.

La preuve serait ainsi faite que l’action obsédante a un sens ; elle paraît être une représentation, une répétition de la scène significative que nous avons décrite plus haut. Mais rien ne nous oblige à nous en tenir à cette apparence ; en soumettant à un examen plus approfondi les rapports entre la scène et l’action obsédante, nous obtiendrons peut-être des renseignements sur des faits plus éloignés, sur l’intention de l’action. Le noyau de celle-ci consiste manifestement dans l’appel adressé à la femme de chambre dont le regard est attiré sur la tache, contrairement à l’observation du mari : « nous devrions avoir honte devant la femme de chambre ». Jouant le rôle du mari, elle le représente donc comme n’ayant pas honte devant la femme de chambre, la tache se trouvant à la bonne place. Nous voyons donc que notre malade ne s’est pas contentée de reproduire la scène : elle l’a continuée et corrigée, elle l’a rendue réussie. Mais, ce faisant, elle corrige également un autre accident pénible de la fameuse nuit, accident qui avait rendu nécessaire le recours à l’encre rouge : l’impuissance du mari. L’action obsédante signifie donc : « Non, ce n’est pas vrai ; il n’avait pas à avoir honte ; il ne fut pas impuissant. » Tout comme dans un rêve, elle représente ce désir comme réalisé dans une action actuelle, elle obéit à la tendance consistant à élever son mari au-dessus de son échec de jadis.

À l’appui de ce que je viens de dire, je pourrais vous citer tout ce que je sais encore sur cette femme. Autrement dit : tout ce que nous savons encore sur son compte nous impose cette interprétation de son action obsédante, en elle-même inintelligible. Cette femme vit depuis des années séparée de son mari et lutte contre l’intention de demander une rupture légale du mariage. Mais il ne peut être question pour elle de se libérer de son mari ; elle se sent contrainte de lui rester fidèle, elle vit dans la retraite, afin de ne pas succomber à une tentation, elle excuse son mari et le grandit dans son imagination. Mieux que cela, le mystère le plus profond de sa maladie consiste en ce que par celle-ci elle protège son mari contre de méchants propos, justifie leur séparation dans l’espace et lui rend possible une existence séparée agréable. C’est ainsi que l’analyse d’une anodine action obsédante nous conduit directement jusqu’au noyau le plus caché d’un cas morbide et nous révèle en même temps une partie non négligeable du mystère de la névrose obsessionnelle.

EXEMPLE 2

 

« Il s’agit d’une belle jeune fille de 19 ans, très douée, enfant unique de ses parents, auxquels elle est supérieure par son instruction et sa vivacité intellectuelle. Enfant, elle était d’un caractère sauvage et orgueilleux et était devenue, au cours des dernières années et sans aucune cause extérieure apparente, morbidement nerveuse. Elle se montre particulièrement irritée contre sa mère ; elle est mécontente, déprimée, portée à l’indécision et au doute et finit par avouer qu’elle ne peut plus traverser seule des places et des rues un peu larges. Il y a là un état morbide compliqué, qui comporte au moins deux diagnostics : celui d’agoraphobie et celui de névrose obsessionnelle. Nous ne nous y arrêterons pas longtemps : la seule chose qui nous intéresse dans le cas de cette malade, c’est son cérémonial du coucher qui est une source de souffrances pour ses parents. On peut dire que, dans un certain sens, tout sujet normal a son cérémonial du coucher ou tient à la réalisation de certaines conditions dont la non-exécution l’empêche de s’endormir ; il a entouré le passage de l’état de veille à l’état de sommeil de certaines formes qu’il reproduit exactement tous les soirs. Mais toutes les conditions dont l’homme sain entoure le sommeil sont rationnelles et, comme telles, se laissent facilement comprendre ; et, lorsque les circonstances extérieures lui imposent un changement, il s’y adapte facilement et sans perte de temps. Mais, le cérémonial pathologique manque de souplesse, il sait s’imposer au prix des plus grands sacrifices, s’abriter derrière des raisons en apparence rationnelles et, à l’examen superficiel, il ne semble se distinguer du cérémonial normal que par une minutie exagérée. Mais, à un examen plus attentif, on constate que le cérémonial morbide comporte des conditions que nulle raison ne justifie, et d’autres qui sont nettement antirationnelles. Notre malade justifie les précautions qu’elle prend pour la nuit par cette raison que pour dormir elle a besoin de calme; elle doit donc éliminer toutes les sources de bruit. Pour réaliser ce but, elle prend tous les soirs, avant le sommeil, les deux précautions suivantes : en premier lieu, elle arrête la grande pendule qui se trouve dans sa chambre et fait emporter toutes les autres pendules, sans même faire une exception pour sa petite montre-bracelet dans son écrin ; en deuxième lieu, elle réunit sur son bureau tous les pots à fleurs et vases, de telle sorte qu’aucun d’entre eux ne puisse, pendant la nuit, se casser en tombant et ainsi troubler son sommeil. Elle sait parfaitement bien que le besoin de repos ne justifie ces mesures qu’en apparence; elle se rend compte que la petite montre-bracelet, laissée dans son écrin, ne saurait troubler son sommeil par son tic-tac, et nous savons tous par expérience que le tic-tac régulier et monotone d’une pendule, loin de troubler le sommeil, ne fait que le favoriser. Elle convient, en outre, que la crainte pour les pots à fleurs et les vases ne repose sur aucune vraisemblance. Les autres conditions du cérémonial n’ont rien à voir avec le besoin de repos. Au contraire : la malade exige, par exemple, que la porte qui sépare sa chambre de celle de ses parents reste entrouverte et, pour obtenir ce résultat, elle immobilise la porte ouverte à l’aide de divers objets, précaution susceptible d’engendrer des bruits qui, sans elle, pourraient être évités. Mais les précautions les plus importantes portent sur le lit même. L’oreiller qui se trouve à la tête du lit ne doit pas toucher au bois de lit. Le petit coussin de tête doit être disposé en losange sur le grand, et la malade place sa tête dans la direction du diamètre longitudinal de ce losange. L’édredon de plumes doit au préalable être secoué, de façon à ce que le côté correspondant aux pieds devienne plus épais que le côté opposé ; mais, cela fait, la malade ne tarde pas à défaire son travail et à aplatir cet épaississement.

 

Je vous fais grâce des autres détails, souvent très minutieux, de ce cérémonial ; ils ne nous apprendraient d’ailleurs rien de nouveau et nous entraîneraient trop loin du but que nous nous proposons. Mais sachez bien que tout cela ne s’accomplit pas aussi facilement et aussi simplement qu’on pourrait le croire. Il y a toujours la crainte que tout ne soit pas fait avec les soins nécessaires : chaque acte doit être contrôlé, répété, le doute s’attaque tantôt à l’une, tantôt à une autre précaution, et tout ce travail dure une heure ou deux pendant lesquelles ni la jeune fille ni ses parents terrifiés ne peuvent s’endormir.

 

L’analyse de ces tracasseries n’a pas été aussi facile que celle de l’action obsédante de notre précédente malade. J’ai été obligé de guider la jeune fille et de lui proposer des projets d’interprétation qu’elle repoussait invariablement par un non catégorique ou qu’elle n’accueillait qu’avec un doute méprisant. Mais cette première réaction de négation fut suivie d’une période pendant laquelle elle était préoccupée elle-même par les possibilités qui lui étaient proposées, cherchant à faire surgir des idées se rapportant à ces possibilités, évoquant des souvenirs, reconstituant des ensembles, et elle a fini par accepter toutes nos interprétations, mais à la suite d’une élaboration personnelle. À mesure que ce travail s’accomplissait en elle, elle devenait de moins en moins méticuleuse dans l’exécution de ses actions obsédantes, et avant même la fin du traitement tout son cérémonial était abandonné. Vous devez savoir aussi que le travail analytique, tel que nous le pratiquons aujourd’hui, ne s’attache pas à chaque symptôme en particulier jusqu’à sa complète élucidation. On est obligé à chaque instant d’abandonner tel thème donné, car on est sûr d’y être ramené en abordant d’autres ensembles d’idées. Aussi l’interprétation des symptômes que je vais vous soumettre aujourd’hui, constitue-t-elle une synthèse de résultats qu’il a fallu, en raison d’autres travaux entrepris entre-temps, des semaines et des mois pour obtenir.

 

Notre malade commence peu à peu à comprendre que c’est à titre de symbole génital féminin qu’elle ne supportait pas, pendant la nuit, la présence de la pendule dans sa chambre. La pendule, dont nous connaissons encore d’autres interprétations symboliques, assume ce rôle de symbole génital féminin à cause de la périodicité de son fonctionnement qui s’accomplit à des intervalles égaux. Une femme peut souvent se vanter en disant que ses menstrues s’accomplissent avec la régularité d’une pendule. Mais ce que notre malade craignait surtout, c’était d’être troublée dans son sommeil par le tic-tac de la pendule. Ce tic-tac peut être considéré comme une représentation symbolique des battements du clitoris lors de l’excitation sexuelle. Elle était en effet souvent réveillée par cette sensation pénible, et c’est la crainte de l’érection qui lui avait fait écarter de son voisinage, pendant la nuit, toutes les pendules et montres en marche. Pots à fleurs et vases sont, comme tous les récipients, également des symboles féminins. Aussi la crainte de les exposer pendant la nuit à tomber et à se briser n’est-elle pas tout à fait dépourvue de sens. Vous connaissez tous cette coutume très répandue qui consiste à briser, pendant les fiançailles, un vase ou une assiette. Chacun des assistants s’en approprie un fragment, ce que nous devons considérer, en nous plaçant au point de vue d’une organisation matrimoniale pré-monogamique, comme un renoncement aux droits que chacun pouvait ou croyait avoir sur la fiancée. À cette partie de son cérémonial se rattachaient, chez notre jeune fille, un souvenir et plusieurs idées. Étant enfant, elle tomba, pendant qu’elle avait à la main un vase en verre ou en terre, et se fit au doigt une blessure qui saigna abondamment. Devenue jeune fille et ayant eu connaissance des faits se rattachant aux relations sexuelles, elle fut obsédée par la crainte angoissante qu’elle pourrait ne pas saigner pendant sa nuit de noces, ce qui ferait naître dans l’esprit de son mari des doutes quant à sa virginité. Ses précautions contre le bris des vases constituent donc une sorte de protestation contre tout le complexe en rapport avec la virginité et l’hémorragie consécutive aux premiers rapports sexuels, une protestation aussi bien contre la crainte de saigner que contre la crainte opposée, celle de ne pas saigner. Quant aux précautions contre le bruit, auxquelles elle subordonnait ces mesures, elle n’avaient rien, ou à peu près rien, à voir avec celles-ci.

 

Elle révéla le sens central de son cérémonial un jour où elle eut la compréhension subite de la raison pour laquelle elle ne voulait pas que l’oreiller touchât au bois de lit : l’oreiller, disait-elle, est toujours femme, et la paroi verticale du lit est homme. Elle voulait ainsi, par une sorte d’action magique, pourrions-nous dire, séparer l’homme et la femme, c’est-à-dire empêcher ses parents d’avoir des rapports sexuels. Longtemps avant d’avoir établi son cérémonial, elle avait cherché à atteindre le même but d’une manière plus directe. Elle avait simulé la peur ou utilisé une peur réelle pour obtenir que la porte qui séparait la chambre à coucher des parents de la sienne fût laissée ouverte pendant la nuit. Et elle avait conservé cette mesure dans son cérémonial actuel. Elle s’offrait ainsi l’occasion d’épier les parents et, à force de vouloir profiter de cette occasion, elle s’était attiré une insomnie qui avait duré plusieurs mois. Non contente de troubler ainsi ses parents, elle venait de temps à autre s’installer dans leur lit, entre le père et la mère. Et c’est alors que l’ « oreiller » et le « bois de lit » se trouvaient réellement séparés. Lorsqu’elle eut enfin grandi, au point de ne plus pouvoir coucher avec ses parents sans les gêner et sans être gênée elle-même, elle s’ingéniait encore à simuler la peur, afin d’obtenir que la mère lui cédât sa place auprès du père et vint elle-même coucher dans le lit de sa fille. Cette situation fut certainement le point de départ de quelques inventions dont nous retrouvons la trace dans son cérémonial.

 

Si un oreiller est un symbole féminin, l’acte consistant à secouer l’édredon jusqu’à ce que toutes les plumes s’étant amassées dans sa partie inférieure y forment une boursouflure, avait également un sens : il signifiait rendre la femme enceinte ; mais notre malade ne tardait pas à dissiper cette grossesse, car elle avait vécu pendant des années dans la crainte que des rapports de ses parents ne naquît un nouvel enfant qui lui aurait fait concurrence. D’autre part, si le grand oreiller, symbole féminin, représentait la mère, le petit oreiller de tête ne pouvait représenter que la fille. Pourquoi ce dernier oreiller devait-il être disposé en losange, et pourquoi la tête de notre malade devait-elle être placée dans le sens de la ligne médiane de ce losange? Parce que le losange représente la forme de l’appareil génital de la femme, lorsqu’il est ouvert. C’est donc elle-même qui jouait le rôle du mâle, sa tête remplaçant l’appareil sexuel masculin. (Cf. : « La décapitation comme représentation symbolique de la castration. »)

 

Ce sont là de tristes choses, direz-vous, que celles qui ont germé dans la tête de cette jeune fille vierge. J’en conviens, mais n’oubliez pas que ces choses-là, je ne les ai pas inventées : je les ai seulement interprétées. Le cérémonial que je viens de vous décrire est également une chose singulière et il existe une correspondance que vous ne devez pas méconnaître entre ce cérémonial et les idées fantaisistes que nous révèle l’interprétation. Mais ce qui m’importe davantage, c’est que vous ayez compris que le cérémonial en question était inspiré, non par une seule et unique idée fantaisiste, mais par un grand nombre de ces idées qui convergeaient toutes en un point situé quelque part. Et vous vous êtes sans doute aperçus également que les prescriptions de ce cérémonial traduisaient les désirs sexuels dans un sens tantôt positif, à titre de substitutions, tantôt négatif, à titre de moyens de défense.

 

L’analyse de ce cérémonial aurait pu nous fournir d’autres résultats encore si nous avions tenu exactement compte de tous les autres symptômes présentés par la malade. Mais ceci ne se rattachait pas au but que nous nous étions proposé. Contentez-vous de savoir que cette jeune fille éprouvait pour son père une attirance érotique dont les débuts remontaient à son enfance, et il faut peut-être voir dans ce fait la raison de son attitude peu amicale envers sa mère. C’est ainsi que l’analyse de ce symptôme nous a encore introduits dans la vie sexuelle de la malade, et nous trouverons ce fait de moins en moins étonnant, à mesure que nous apprendrons à mieux connaître le sens et l’intention des symptômes névrotiques. »

 

 

Peut-on parler d’une création de soi ?

      Etre soi, c’est être un individu distinct des autres ayant un sentiment d’unité. On peut penser que cela est sinon donné en tout ne nécessite qu’une prise de conscience d’un déjà –là. Il n’y a pas de création de soi, la création étant le fait de faire advenir quelque chose à l’être. Or je suis déjà moi avant d’en prendre conscience. Mais être soi, c’est aussi être soi pour soi, avoir une personnalité, résultat d’une construction, qui présuppose une part de connaissance de soi mais aussi une part de construction, d’invention, d’imagination. C’est en cela qu’on peut peut-être parler de création, on devient soi. Aussi on peut se demander si on ne peut pas finalement parler d’une création de soi. C’est donc du problème du rapport à soi, de la part de déterminismes et de liberté dans ce qui fait que nous sommes nous pour nous dont nous allons traiter. Nous nous demanderons donc si nous ne sommes pas créés avant d’êtres conscients que nous sommes, si pour autant nous sommes achevés ou si nous avons à nous construire, ou si cette création ne peut pas être comprise autrement que sous la forme d’une construction.

I. On est avant d’être conscient de soi

1. dès notre naissance, on est un individu distinct des autres et pour les autres qui ne nous confondent pas avec eux, qui nous considèrent comme un individu à part entière.

2. au moment où je dis « je », ou je me pense « je » je ne fais que consolider un sentiment d’identité et d’unité. Sous la diversité des états de conscience, des sensations, j’avais pressenti cette unité, le stade du miroir m’avait donné l’image d’une unité corporelle sur laquelle vient s’appuyer désormais mon identité psychique.

3. il semble qu’on ne choisisse pas d’être celui que l’on est. Si notre naissance n’est évidemment pas de notre ressort, notre « bonne » naissance ne dépend pas de nous. De même qu’on ne choisissait pas hier de naître noble ou gueux, nous ne choisissons pas aujourd’hui de naître dans telle classe sociale, dans tel milieu, sous tel régime politique, etc… On pourrait dire que toutes nos caractéristiques ne sont que le résultat de déterminismes. Et ces déterminismes sont nombreux. Du point de vue social, le fait d’appartenir à telle ou telle classe sociale peut conditionner notre parcours scolaire, culturel, notre rapport à l’existence et même notre psychologie. C’est ce que souligne Marx pour qui l’appartenance à telle ou telle classe conditionne notre manière de penser, de croire, de voter. De même du point de vue moral, avoir reçu une éducation puritaine ou laxiste conditionne notre représentation du bien et du mal, notre niveau d’exigence morale. Et cela même inconsciemment, comme le suggère Freud avec le Surmoi parental venant se déverser chez l’enfant, conditionnant par la suite censure, refoulement et équilibre psychique. De ce point de vue psychique, on pourrait ajouter le poids de l’hérédité, de l’héritage familial et de l’enfance. De même en tant qu’homme, nous pourrions penser que notre existence n’est que l’actualisation de notre essence ou nature humaine. Nous naissons déjà défini comme être conscient, pensant, culturel, libre  et on ne l’a pas choisi.

Mais on peut penser que ces arguments sont des excuses rétrospectives et masquent une véritable construction de soi par soi. Si on est d’emblée distinct des autres, être un moi, ce n’est vraiment être soi, c’est-à-dire moi pour moi, en accord avec moi, ce que je pense et veux être mo. Cela n’exige-t-il pas  un travail sur soi, un façonnement de soi, même si la matière première est en partie déjà là ? Est-on soi ou le devient-on ?

II. on n’est pas soi, on se construit. 

1. les psychologues établissent différentes étapes dans le développement, la construction d’un individu. Après le stade le l’émergence du moi, on va peu à peu se construire en séparant des autres, en s’opposant à eux (le non des 2 ans, l’adolescence, la crise de la cinquantaine…), en s’identifiant, on devient peu à peu soi, on se fait, on se construit.

2. même si on admet qu’on est en partie défini à la naissance et par la petite enfance, on devient soi en se découvrant, en s’expérimentant et en réagissant à ce qu’on découvre de soi par le refus, l’acceptation ou la revendication ; et on va se construire un personnage pour soi et les autres ( parfois différent) qui corresponde à ce que nous sommes mais aussi à ce que nous désirons être.

3. si on adhère à la position existentialiste, nous sommes le résultat de nos choix, de nos actes, « l’existence précède l’essence », on vient au monde indéfini ou ce qui nous définit n’est que la situation de départ, ensuite c’est à nous  de préciser nos désirs, nos valeurs. La preuve en est, c’est qu’on peut avoir le sentiment d’avoir raté ou réussie son existence. Une existence est ratée, soit parce qu’on n’a pas su savoir qui on était, ce qui semblait nous être utile, soit parce qu’on n’a pas su ou osé accorder notre existence à ce qu’on savait de nous, soit parce qu’on a subi les déterminismes au lieu de les dépasser. Ces regrets, ces frustrations soulignent bien que l’on sait qu’on aurait pu faire autrement, donc qu’il y avait choix et liberté, ou possibilité de se donner choix et liberté.

4. de même ce n’est pas parce qu’on naît homme, qu’on est homme. Etre homme n’est pas une mince affaire. Etre homme, c’est mener une existence qui soit à la hauteur de ce qu’exige notre humanité. L’homme se caractérise par la raison, la conscience, la liberté et la responsabilité. Or on a souvent tendance à s’abandonner aux inclinations immédiates, à se réfugier dans le divertissement pour fuir la conscience malheureuse, à se masquer notre responsabilité derrière des stratégies de mauvaise foi. Etre homme, c’est s’efforcer d’accorder son existence avec ces exigences. Il est bien plus aisé de faire la bête que de se tenir debout et digne. C’est ce que souligne Kant dans Qu’est-ce que les lumières ?, les deux obstacles principaux à la pensée libre, au fait de penser par soi-même sont la paresse et la lâcheté. Etre à la hauteur de son humanité coûte, il faut du courage et de l’endurance. On n’est jamais homme à jamais. Il suffit de se laisser aller et l’animal reprend le dessus et descend vite en dessous de la bête, comme le disait Rousseau à propos de cette perfectibilité qui caractérise l’homme. Donc nous avons le choix de devenir ou non de fait ce que nous sommes.

III. Mais on peut aussi penser que cette construction est  une réalisation de ce qu’on est : « deviens ce que tu es »

– C’est une formule de Nietzsche qui souligne que si certes il y a un effort à faire pour devenir soi, cela doit commencer par un effort de déconstruction. Pour le psychanalyste Jung, on se construit en 4 phases, et la première consiste à tomber le masque ( « se désidentifier ») auquel on s’identifie au départ en croyant que c’est tout de nous, alors que ce n’est qu’un de nos aspects, pour ensuite, ne cherchant plus à se justifier ou à moraliser, être prêt à accepter la partie obscure de soi-même, pour voir notre potentialité éblouissante… Nietzsche,soutient la même idée, il faut accepter ce que l’on est : instinct, force vitale et assumer contre la morale, la société, le troupeau. Chaque individu doit se réaliser, avoir la volonté d’être soi-même et d’aller jusqu’au bout sans renoncer à soi-même.

– être soi demande un effort et sans cesse il faut renouveler l’effort devant soi et surtout devant les autres, face auxquels on a tendance à joeur le jeu de la comédie sociale. Il est difficile d’être toujours celui que l’on est, car bien des choses échappent à la conscience et nous ne sommes pas nécessairement les mieux placés pour se connaître ou disposés à se reconnaître ( mauvaise foi)

On ne choisit pas d’être et d’être d’emblée un homme et un individu séparé des autres, mais on a à se faire, à se construire ou à incarner celui que l’on est, dans les deux cas, cela exige un travail, un effort qu’on peut rapprocher d’un acte de création : il faut faire advenir à l’être, ce qui n’est pas encore pleinement là, il faut parachever l’œuvre, il faut  se faire. Donc on peut parler d’une création de soi.

L’inconscient permet-il autant que la conscience de définir l’homme ?

 –  Définir, c’est donner les caractéristiques essentielles, distinctives et communes à son genre d’une chose par opposition à ses caractéristiques accidentelles, partagées et individuelles : l’homme, c’est différent d’un homme même si chaque homme est un exemplaire du genre homme

– l’inconscient n’est pas l’inconscience

 I. la conscience une caractéristique distinctive, essentielle et commune :

si l’ensemble des choses se réduit à une matière inconsciente , si l’animal existe en soi, avec une conscience immédiate plus ou moins claire de ce qui l’entoure, l’homme est le seul être doué d’une conscience réfléchie, d’une conscience de soi, débouchant sur un sentiment d’identité et de personnalité. Il existe aussi pour soi. Cette conscience est la ligne de démarcation entre l’homme et l’animal ET c’est d’elle que découle toutes les caractéristiques de l’homme :

–  Sartre fait découler la liberté de la conscience, comme capacité de néantiser ce qui est pour être ce qu’elle n’est pas.

–       l’homme est un animal conscient, capable de s’opposer au monde, de le nier ; c’est-à-dire de le penser et en tant qu’esprit prendre le contrôle de matière en lui (le corps) et hors de lui (la nature)

–       l’homme est un animal rationnel, en mesure d’acquérir des connaissances et de penser lui et le monde, en se retournant sur ce que sa conscience lui donne à penser

–       l’homme est un animal moral : la conscience que l’on a de ce que l’on fait , fait qu’on se sent auteur et donc responsable . De plus, la conscience entraîne la connaissance de ce qui détermine ma volonté et donc sujet, liberté, responsabilité et possibilité de parler de moralité. Car qui fait le mal involontairement ne peut vouloir le bien volontairement.

–       l’homme est un animal social, qui a besoin d’être reconnu par les autres pour se sentir soi, conséquence aussi de sa conscience de soi et de sa précarité.

Donc la conscience est bien la base et  la condition de ce qui est proprement humain. Mais l’homme n’est il pas aussi le seul à posséder un inconscient ?

 II. Si l’animal est dans l’inconscience, tout comme les choses, l’homme est le seul à avoir un inconscient : que l’inconscient soit l’envers d’une conscience malade comme chez Charcot ou Janet, ou que l’inconscient soit le résultat d’un refoulement , issu des interdits du Surmoi, lieu d’intégration de la culture ou du MOI soumis au principe de réalité. Sans  interdits, toutes les pulsions passeraient à la conscience, il n’y aurait qu’un ça au contenu vite dévoilé

-Plus ponctuellement, l’hypothèse de l’inconscient permet d’expliquer des phénomènes culturels proprement humains comme la religion, la vie en société, l’art comme processus de sublimation.

-De plus si l’hypothèse de l’inconscient remet en question une certaine conception de l’homme, elle ne fait qu’en proposer une autre, sans pour autant ramener l’homme à une chose ou un simple animal. Certes , elle remet en question la suprématie de l’esprit sur le corps, elle pose les limites de la rationalité de l’homme ( le rêve comme langage sans logique rationnelle, le ça comme ignorant le principe de contradiction) , jette le doute sur la liberté de l’homme et sa moralité,… Mais elle ne ramène pas pour autant l’homme à un animal. Elle jette seulement le soupçon sur une certaine conception de son humanité ET un privilège de la conscience peut-être exagéré.

La névrose est une maladie culturelle née du malaise dans la civilisation, là encore proprement humaine.

Donc l’inconscient est bien propre à l’homme et le caractérise en tant qu’homme. Mais en même temps, il réaffirme que l’homme n’est lui-même que lorsqu’il ne se laisse pas dominé par cet inconscient, lorsqu’il augmente sa conscience. Alors l’homme se caractériserait-il davantage par la conscience ?

 III.  De plus on peut voir dans cette hypothèse un simple exemple de la mauvaise foi et de grossir ce qui n’est qu’inconscience ou corps, nature ( Alain) donc un moyen d’échapper à notre responsabilité et liberté, et donc à notre humanité et en même temps de  la reconnaître tout en cherchant à la fuir.

 Même sans aller jusque là,  l’hypothèse de l’inconscient ne s’impose pas pour nous avec la même certitude que la conscience de soi, comme le  souligne Descartes, le cogito est la seule chose  qui résiste à l’épreuve du doute hyperbolique et même à l’hypothèse du Dieu Trompeur , du malin génie.

Même si l’homme n’est pas une conscience de soi omnisciente et omnipotente, ni transparente,  l’homme se caractérise par cet effort pour s’élever et se perfectionner qui passe par un renforcement de la conscience de soi et une conquête sur son inconscient .Freud n’a jamais dit le contraire. L’homme doit se faire homme en gagnant en conscience, en assumant sa responsabilité, en dominant l’animal qui est en lui.

Est-il facile d’être soi-même?

accroche : Selon le sociologue Ehrenberg, le mal être des sociétés individualistes modernes, c’est la difficulté de répondre au droit et même à l’injonction d’être soi-même quand on a tous les droits.

Problème : Cette question pose le problème suivant, soit on considère que nous sommes définis avant d’exister à la manière d’un objet et dans ce cas, il s’agit seulement d’être et d’actualiser une essence déjà donnée, soit on considère que c’est notre existence qui définit notre essence et cela sans guide, ni excuse, parce que nous sommes des sujets. Ou il ya une nature individuelle, ou simplement une condition individuelle. Essentialisme/substantialisme ( Descartes/Kant)  ou existentialisme ( Sartre)?

L’idée d’être soi-même, avec l’égalité du « même », renvoie à la notion d’identité ( A=A).

I. On peut penser cette identité comme ipséité c’est-à-dire le fait de se représenter comme demeurant un et unique sous les changements et dans le temps, est de l’ordre du donné donc la facilité même, puisqu’il ne s’agit que de constater un déjà là et  même un déjà fait.

– Dans ce sens, il est facile d’être soi-même, posséder le Je dans sa représentation , se savoir être une personne accompagne  le fait même d’être conscient de  soi ( # simplement se sentir comme un). – Le stade du miroir qui participe de cette prise de conscience confirme que nous sommes un tout, un corps et consiste à s’identifier à cette image du corps , dans lequel on se lève et se couche tous les jours. – Ce corps ( qui me situe dans l’espace  et fait que je ne peux pas être à la place de l’autre et lui à la mienne, d’où altérité) est le lieu d’une hérédité de traits aussi bien physiques que psychologiques dont nous constatons la présence définissante pour soi et pour les autres et le support de mon identité civile ( photo, empreinte, données biométriques). Je suis un individu, c’est-à-dire un tout indivisible, unique et distinct des autres ( alors qu’en tant qu’être conscient de soi, je suis une personne comme toutes les autres),qui ne peuvent se mettre à place comme moi à la leur.  – La mémoire, conséquence de la conscience que nous avons nous assure aussi de notre permanence dans le temps et fait que nous nous attribuons toujours les actes passés et déjà les actes à venir, que sont nos projets présents, que nous sommes capables d’avoir une identité narrative ( je suis le récit que je fais de ma vie dans une continuïté temporelle).

TR : donc il est facile d’être soi-même et pas un autre, parce que nous naissons individués et la conscience de soi confirme sans effort cette unité substantielle ( je pense , je sais que c’est moi qui pense, que je suis). Mais on peut être soi et ne pas se reconnaître dans nos actes et réactions, bien qu’on les reconnaisse comme nôtres. Etre soi-même, ce n’est pas seulement être soi, c’est avoir le sentiment d’une coïncidence avec soi, d’une mêmeté. Et son absence fait que je ( donc ipséité !) peux ne pas me reconnaître ( mais pas mêmeté!)

II. Si on pense l’identité sur le modèle de la mêmeté, il est bien moins facile d’être soi-même, car il y a des obstacles qu’il faut surmonter aussi bien au dehors pour apparaître et agir en conformité avec ce que l’on est pour soi ( les autres, leur attente, leur jugement, les règles de la vie en société, dont le respect coûte d’autant plus cher qu’on a une forte personnalité, notre moi social) qu’au-dedans pour faire exister ( être au dehors) ce qu’on est au dedans ( difficulté de s’accepter tel que l’on est , difficulté de se connaître ( mal outillé, Bergson) pour ajuster ses désirs, ses projets à notre être ; difficulté de résister au désir d’être reconnu même au prix de certaines trahisons, difficulté de rester fidèle à soi sans céder aux plaisirs du moment). Ce qui rend la chose encore plus difficile c’est que nous sommes à la fois corps et esprit, nature et culture, donc tiraillés entre des exigences différentes.

TR : Si on entend par être soi-même coïncider avec soi, cela est donc bien difficile aussi bien au déhors devant les autres  que pour nous. Mais ne peut-on pas dire que c’est même la tâche la plus difficile que nous ayons, car sans filets et sans fin.

III. Ce qui rend cette tâche difficile,

– c’est qu’être conscient, c’est ne pas coïncider avec soi, en créant un écart, celui qui permet de se voir, de se juger et de toujours dépasser ce qu’on est là. Le moi qui prend conscience de la tristesse n’est plus tout à sa tristesse. « le pour-soi est ce qu’il n’est pas et n’est pas ce qu’il est »

– c’est que le donné ne peut être considéré que comme les conditions dans lesquelles nous avons à advenir. Par exemple, mes caractères physiques peuvent être tout de moi, comme n’être que des éléments parmi d’autres, tout dépend de la valeur, la place que je vais leur donner dans ce que j’ ai projeté d’être  pour moi.

– c’est que comme je suis un être conscient, je suis capable de prendre de la distance par rapport à ce qui apparais de moi  et donc de me juger et de choisir si je cède ou pas, si je lutte contre ou pas, si je cherche à me changer. Je suis responsable de ce que je suis dans le sens où je suis ce que je me fais et je suis pour cela seul et sans excuse. Et  d’autant plus seul, qu’il n’y a pas moins limites, moins de guide imposés à tous du dehors, comme dans nos sociétés individualistes et relativistes.

En ce sens être soi-même est une tâche incessante car il faut s’engager dans un projet et rester fidèle à ses engagements, en ne sachant pas si la direction prise est la bonne ( plusieurs étant possible dans la même condition) , si elle nous correspond puisqu’on se découvre en avançant, se fait en faisant. « l’existence précède l’essence » même si certaines conditions sont données.

                            Il n’est pas facile d’être soi-même, car on a à  devenir soi !

Prendre conscience de soi est-ce devenir un étranger pour soi-même?

(1)Prendre conscience de soi, c’est d’abord comme le disait Kant « posséder le Je dans sa représentation » et donc pas seulement être présent à soi et au monde, mais se savoir l’être et être par là un Je, un sujet, une personne. (2) Ainsi, il semble qu’en disant Je, l’enfant se rapproche de lui-même, passe d’un sentiment confus, diffus de soi à une claire pensée de son identité, de son unité. Prendre conscience de soi, ce serait donc en quelque sorte abolir la  distance à soi , être au plus près de soi, réduire l’altérité première. Et l’étranger, c’est bien l’autre, le « hors-sujet ». Donc prendre conscience de soi, c’est se distinguer des autres et avoir le sentiment de s’être trouvé, de familiarité, d’unité que d’étrangeté et d’altérité. (3) Mais prendre conscience de soi, ce n’est pas seulement savoir que l’on est soi, c’est savoir qui on est, se connaître.  Or une  introspection, une psychanalyse, un examen attentif de nos actes peuvent en effet vite  nous révéler à quel point nous étions en fait ignorants sur nous-mêmes, bien que conscients d’être nous. Et l’étranger,  c’est aussi l’inconnu. Donc il se pourrait que la prise de conscience nous amène ici à nous apparaître autre et inconnu.(4) Aussi on peut se demander si prendre conscience de soi ce n’est pas finalement devenir étranger à soi-même ? (5)Nous aborderons donc ce problème des conséquences de la prise de conscience de soi et de l’existence d’un moi avant celle-ci. (6) Mais poser cette question, c’est aussi présupposer au travers de l’idée de devenir , qu’avant la prise de conscience de soi, on peut être en rapport avec soi, connu de soi et soi. (7) en traitant les questions suivantes : prendre conscience de soi n’est-ce pas être au plus près de soi ? Est-ce pour autant se découvrir tel qu’on se pensait ? Mais peut-on être soi sans devenir étranger à soi ?

I. Avoir conscience de soi est-ce se sentir tout à coup autre, sans rapport avec soi ?

– si par conscience de soi, on entend conscience immédiate de soi, quand on est présent à soi, on se sent, on se rend compte de ce qui se passe en nous, et même si, cela ne suffit pas pour se sentir soi, on ne sent pas autre pour autant. Par exemple, quand je souffre à cause d’une douleur dans le corps, je me rends bien compte que cette souffrance est différente de celle que je pourrais avoir face à la douleur d’un autre. La souffrance, par son intensité différente, par sa nature différente souligne que la souffrance  a une cause proche. Et, cela parce que comme le disait Descartes, « je ne suis pas seulement logé dans mon corps comme un pilote en son navire ». Donc si , je ne peux dire clairement que c’est moi qui souffre, je sens que la souffrance n’est pas celle d’un autre.

– si on passe de la conscience immédiate à la conscience réfléchie, c’est encore plus clair. Je vais prendre conscience de ce dont j’ai conscience. Je sais que je souffre et que c’est moi qui souffre. Il est vrai que pour en arriver là, j’ai fait un double mouvement. D’un côté, je me suis distingué de mon état de conscience (comme un étranger voyant de l’extérieur un état de conscience) , et immédiatement je me suis identifié dans cet état de conscience. En un sens, je me suis vu, comme aurait pu me voir un étranger, comme si j’étais un autre, mais c’est aussitôt  pour me reconnaître dans cet état de moi. Mais, ce n’est que « comme si », car au lieu de devenir autre que moi, j’ai conscience que cet état est un état de mon moi, que je peux le ramener à mon « je ». J’ai conscience de mon état et de moi.

si on en arrive à la conscience de soi, au fait de « posséder le je dans sa représentation » comme le dit Kant, comme il l’explique à propose de l’enfant qui avant 2 ans ne fait que confusément se sentir, cette prise de conscience est décisive. Progressivement, avec le stade du miroir vers 18 mois où l’enfant voit dans le miroir une image unifié de son corps qu’il ne vivait jusque là par des sensations dispersées, sans unité puis avec l’emploie du Je vers 2 ans, l’enfant se saisit comme n’étant pas un autre, mais bien lui-même. De la diversité de la sensation, il passe à une unité de la conscience. Il  n’est plus un étranger pour lui-même.  Et, c’est finalement cela prendre conscience de soi, prendre conscience que je demeure un et identique derrière des états différents, c’est avoir le sentiment de sa personnalité.

  Transition : prendre conscience de soi, ce n’est pas seulement prendre conscience d’être, d’une unité, c’est se connaître. La connaissance, ce n’est pas seulement se penser, avoir une  idée de soi, de son existence ;  c’est associer à cette idée, un fait : des données objectives et subjectives qui nous définissent, qui font qui je suis. C’est passer d’un Je à un moi, et c’est ce que suggère le soi, dans la prise de conscience de soi, qui présuppose que je sois face à moi. Et là on peut se demander si cette connaissance ne commence pas par la découverte de notre ignorance de nous-mêmes ?

II. avoir conscience de soi est-ce devenir un inconnu pour soi-même ?

Prendre conscience de soi, c’est prendre conscience que parfois on ne se reconnaît pas. Ce qui forme pour nous, notre personnalité, c’est un ensemble de caractères qui nous distinguent des autres. Ces caractères sont des dispositions innées et des acquis en fonction de notre histoire et de son cadre. Ces caractères sont découverts par expérience ou par introspection, ce sont nos manières d’être, d’agir et réagir habituelles. Mais, il se peut qu’un situation exceptionnelle nous révèle un aspect non vu jusqu’ici et alors, la conscience de cette révolution peut nous donner le sentiment que finalement, on ne se connaissait pas vraiment, pas totalement. Dans ce cas, on se révèle tout à coup sans rapport avec ce que l’on était pour soi jusque là. Il y a un écart entre le soi habituel et le soi qui se révèle là. On devient en ce sens étranger à soi, ou plutôt à ce qu’on croyait être soi .

prendre conscience de soi, c’est aussi se rendre compte que finalement on est un inconnu pour soi, et en ce sens là on devient vraiment étranger à soi. Dans ces cas-là, on se rend compte que l’on a des caractères inconnus. Là, en prenant conscience de moi dans cet état, je me rends compte que je suis pour moi une terre étrangère. Que sais-je de moi ? que je suis, ce que je me rappelle de mon passé, ce que je vois et expérimente de moi…mais tout le reste ce que je suis (saut substantialiste et sa critique), ce que j’ai oublié (vie intra-utérine, naissance, petite enfance, événements refoulés dans mon inconscient),ce dont je ne me rend pas compte ( influence des autres, préjugés…) tout cela explique qui je suis mais moi, je l’ignore et c’est ce dont je prends conscience à l’occasion d’un travail d’analyse de moi-même ou en analysant mes œuvres ou en étant sous le regard des autres.

– Donc au plus je connais, au plus je me rends compte que je me connais mal et que je suis habité par des corps étrangers.

 III. Mais devenir étranger à soi est la condition pour devenir soi 

–  devenir étranger à soi, cela peut être prendre du recul face à soi, arrêter de coller à soi pour se mettre à la place de l’autre, me voir comme il me voit et par la réaliser ce que je suis, qui je suis.

– se reconnaître étranger à soi-même, c’est déjà mieux se connaître. La prise de conscience permet de gagner en conscience, en liberté et donc de pouvoir être davantage maître de soi. C’est le principe de la psychanalyse.

– devenir, c’est changer, et par là devenir autre tout en restant soi ; donc devenir étranger à soi, c’est devenir soi, car on n’est pas soi on a à devenir soi.

Être conscient de soi est-ce être maître de soi?

 Remarques de méthode:

1.attention!  pas de partie définitionnelle en I ( du type, I. la conscience de soi) et encore moins  2 parties définitionnelles ( I. la conscience de soi et II. la maîtrise de soi) : il faut certes définir mais en répondant au sujet dès le I et toujours traiter ensemble les notions! Même en II, s’efforcer de ramener au sujet!

2. rappel : le III peut prolonger le II ou dépasser le II ou critiquer le ou les présupposé( s) du sujet! SI on fait une partie sur le présupposé au temps 6, c’est seulement pour le critiquer en III ( et non pour le confirmer!!). Sinon pas de temps 6!!!

3. pour le présupposé ( non obligatoire!!!) , au  temps 6 en intro, on précise le présupposé mais on ne dit rien de sa future critique, qu’on réserve au III!

 

Être conscient de soi (x) est-ce être maître de soi ? (y)
– savoir qu’on est là ( conscience immédiate)– savoir que c’est moi qui suis là et que je suis ( conscience réfléchie)

– savoir QUI je suis

 x = y ?

(implique, est une condition nécessaire )

x # y?

 

– le maître est le propriétaire, celui qui possède une terre par. ex ( # serf, locataire)– le maître est le connaisseur, le spécialiste (# profane, disciple)

– le maître est le dominant, le commandant, celui qui exerce une autorité, un pouvoir (# esclave)

Constat : quand on est inconscient ,on ne se maîtrise pas, on n’est pas soi.

    Si x # y, alors en III, il est possible de se demander, x = ? ( en lien avec le sujet: x = esclave) OU y= ? ( quelles autres conditions en plus de celle suggérée par le sujet ?)

     OU si x = y, alors x est-il pour autant une condition suffisante?

On peut être maître de soi, ne pas être esclave. 

On ne peut être maître et esclave en même temps.

  

Être maître de soi, c’est d’abord être propriétaire de soi et se connaître, comme un spécialiste maîtrise son domaine d’étude. On peut penser qu’étant dotée d’une conscience réfléchie et de soi, je suis capable de ramener à moi mes faits et gestes et de les connaître ainsi que me connaître moi-même. D’ailleurs quand cette conscience est altérée, j’agis malgré moi et je ne sais même pas que c’est moi qui agis, je n’en garderai aucun souvenir. On parle dans ce cas d’aliénation, je suis comme étranger à moi-même, dépossédé de moi-même. Mais être maître, c’est aussi et surtout se contrôler et se dominer, avoir du pouvoir sur soi. Or on peut penser que je peux me rendre compte de ce que je fais, m’attribuer un acte sans pour autant pouvoir l’empêcher ou en être la seule cause. C’est le cas d’un geste compulsif ou d’un désir si j’en analyse les réelles causes. Aussi on peut se demander si être conscient c’est se maîtriser. C’est donc du problème des conditions nécessaires et suffisantes de la maîtrise de soi dont nous allons traiter. Se poser cette question, c’est présupposer que l’on peut être maître de soi donc que cette maîtrise ne peut être un esclavage. Nous nous demanderons donc si la maîtrise de soi ne présuppose pas la conscience, si pour autant cette conscience est suffisante et si enfin une maîtrise pleine et entière est réellement possible.

  

  

 

  1. Être conscient de soi semble être une condition de maîtrise de soi
  • car l’inconscience est, elle, synonyme de perte de soi (aliénation dans la passion, l’émotion, drogue, sommeil qui font dire ou faire parfois des choses que l’on regrette ensuite revenue à la conscience)
  • être maître de soi, c’est s’appartenir; c’est le cas quand on est conscient de soi, on ramène à soi, dans un acte de synthèse, tout ce que l’on fait. Ce qui n’est pas le cas de l’animal, simplement doté d’une conscience immédiate, qui perçoit sans percevoir que c’est lui qui perçoit ou de l’enfant qui ne possède pas encore le je dans sa propre représentation.
  • Être maître de soi, c’est se connaître OR la conscience permet l’introspection ( on se retourne sur soi) mais aussi le jugement par une prise de distance par rapport à l’objet de conscience. Je peux donc prendre conscience des états de mon moi, de ce qui m’affecte, de ce que je fais et de ce que cela entraîne. Je peux en quelque sorte dégager des « lois » de mon comportement, à travers l’observation de moi-même.
  • Ces « lois » vont me permettre d’anticiper (telle cause peut produire tel effet), de me contenir ( éviter la cause ou mettre entre la cause et l’effet, un élément ) d’autant je sais que je peux opposer à mes désirs ou impulsions des impératifs de ma raison, des valeurs que je me suis données; la connaissance de soi permet l’action sur soi, comme la connaissance des lois de la nature permet de la dominer. «  Science d’où prévoyance; prévoyance d’où action » disait Auguste Comte.

TR: mais cette connaissance est-elle totale et suffit-elle à se contrôler?

         II. Être conscient de soi est-ce une condition suffisante pour être maître de soi

  • si la conscience de soi est pensée comme translucide et si l’on pense donc être transparent à soi, la connaissance de soi est en réalité limitée: par soi-même ( mauvaise foi, divertissement) mais aussi par des limites constitutives: superficialité de la conscience (Nietzsche), existence de l’inconscient ( Freud)
  • un inconscient qui nous déborde entraînant des actes dont nous n’avons pas le contrôle, n’en étant pas la cause consciente. Dans ce cas le MOI obéit au ça ou au surmoi.
  • Même si je suis conscient de moi-même et que je sais pourquoi je fais ceci ou cela, il faut en plus une volonté ferme pour résister ( dépendance sue dangereuse) ou persister ( continuer de ne pas céder à une tentation) ou pour ne pas , la liberté de le faire ou non (on peut ici penser au caractère non choisi, aux contraintes venant du dehors – le regard des autres, les prescriptions morales, sociales, culturelles- mais aussi au déterminisme naturel – nécessité de manger, de tomber ). Même si je me connais assez bien , je ne maîtrise pas tout, il y a aussi ce qui ne dépend pas de moi.

    TR : mais dépend-t-il de moi de me maîtriser , de devoir me maîtriser?

      III. Se maîtriser ( opposé au laisser -aller, au fait de s’abandonner) est en réalité se soumettre: à la pression sociale qui en appelle à la maîtrise de soi en s’appuyant sur l’illusion de la liberté et de la conscience ( Nietzsche); aux prescriptions de ma raison qui s’oppose en moi aux appels de mes désirs; aux devoirs et aux valeurs que m’impose le fait d’avoir le privilège d’être conscient et que toute conscience est conscience morale. Cette maîtrise n’est que servitude, tout comme la volonté de dominer est signe de faiblesse, d’une volonté impuissante qui se venge, qui ne se pense que dans le rapport à l’autre.

La vraie maitrise( maîtrise de soi), la vraie puissance de la volonté ( = volonté de puissance # volonté de pouvoir( maîtrise des autres)) est peut-être comme le suggère Nietzsche dans un retour à l’inconscience, à l’innocence: c’est ce qu’explique Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra, avec les 3 métamorphoses : le chameau est la bête de somme qui porte, transporte les valeurs. Sa devise est celle de Kant  » tu dois donc tu peux «  . Il veut s’humilier pour faire mal à son orgueil. Le chameau se hâte dans le désert. Il dit « oui » mais il s’agit d’un « oui » d’obéissance au devoir sans ivresse. C’est l’image de l’esclave, du besogneux. Le chameau doit devenir ensuite lion. Le lion est l’image de la révolte contre les valeurs traditionnelles. Il dit « non ». Il symbolise le renversement des valeurs. « je veux » serait sa devise volontariste. Le lion devient enfin enfant. L’enfant dit « oui » mais il ne s’agit plus du « oui » de l’obéissance ou de la volonté, mais celui de la tranquille affirmation de soi qui a la force du jeu, de l’innocence. « l’esprit veut maintenant sa propre volonté, celui qui a perdu le monde veut gagner son propre monde. »

Peut-on avoir peur de soi-même?

La reproduction interdite, René Magritte, 1937

 

Peut-on avoir peur de soi-même?
– est-il possible, y a -t-il des raisons? (I/II)– est-il légitime, a-t-on le droit? (III) La peur est une émotion ressentie face à la présence ou l’anticipation d’une menace, d’un danger, qu’on veut éviter ou fuir. Est un danger ce qu’on sait être dangereux ( nuisible ce qui ne s’accorde pas avec ma nature- mauvais, étranger) ou une hypothèse que l’on fait face à ce qu’on ne connaît pas ( l’inconnu fait peur) -Ce que je suis pour moi: moi pour moi ( la manière dont je me définis par rapport à ce que je sais de moi) tel que je me connais.– ce que je suis en soi, ce qui me définit que je peux connaître comme ignorer ( inconscient, désir, partie du caractère) mais que je peux pressentir
III. NON : On ne doit pas se fuir (on se doit d’assumer ce que nous sommes en tant que sujet libre et doué de raison + pression sociale de la réalisation de soi, triomphe de l’individu) mais OUI : on doit aussi être prudent avec soi et les autres.L’angoisse comme la peur ne sont pas nécessairement négatives et paralysantes, elles permettent responsabilité et courage. III. OUI le courage présuppose la peurLa peur n’est pas nécessairement négative: La peur peut paralyser mais elle est aussi à l’origine de la prudence ( ? fanfaronnade, intrépidité,témérité qui est « courage sans esprit ») et du courage.Le courage a besoin de la réflexion même si comme le dit Jankélévitch dans Les vertus et l’amour, « non parce qu’elle le prépare mais parce qu’il la nie ». Le lâche sait aussi, mais ne veut pas, le courageux veut malgré tout et fait, commence, avec une sorte de folie clairvoyante aveugle.et l’action sérieuse, l’angoisse de la liberté et de la responsabilité. 

La peur présuppose un danger ou un être ( souvent extérieur) déterminé réel ou hypothétique, et se distingue de l’angoisse qui est angoisse devant le possible, devant soi ( l’indéterminé, le non encore existant) , devant ce dont on est capable en tant qu’être libre ayant à se définir seul donc avec des doutes. Ou elle est angoisse du néant , de la mort chez Heidegger, de la contingence de l’existence chez Sartre. 

« L’angoisse se distingue de la peur par ceci que la peur est peur des êtres du monde et que l’angoisse est angoisse devant moi. Le vertige est angoisse dans la mesure où je redoute non de tomber dans le précipice mais de m’y jeter. » Sartre. 

  • On n’en connaît suffisamment sur soi pour ne pas être un étranger pour soi ( I. NON) , mais aussi assez pour savoir qu’on ne se connaît pas totalement et que nous sommes libres, responsables, duels ( désir et raison; animal et humain, sociable/insociable) (II. OUI)
  • On a plutôt de raisons d’être angoissé ( III)
  • On est soi-même, on est soi, il y a un ego auquel on peut s’identifier. (III)
     
     
      

  

  

http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/philosophie/2235124,CmC=3675498.html

La conscience de ce que nous sommes peut-elle faire obstacle à notre bonheur?

 

 

La conscience de ce que nous sommes peut-elle faire obstacle à notre bonheur?
1. la conscience immédiate d’être au monde et d’être présent à soi ( ce qui permet de sentir plaisir et déplaisir, d’avoir des valeurs sensibles)2. conscience réfléchie : se savoir être là; prendre une distance vis-à-vis de ses états de conscience et sur le monde : un écart permettant le jugement et prise de conscience de soi ( comme être fini, dans le temps, ayant des devoirs et des exigences en tant qu’individu et qu’homme= conscience morale)

3. connaissance de soi ? ignorance, illusion sur soi

Est obstacle au bonheur:

  • ce qui crée du déplaisir donc de la souffrance
  • ce qui empêche de s’abandonner au plaisir sans retenue; ce qui gâche le plaisir
  • ce qui oppose au plaisir d’autres valeurs ( Bien, morale)
1. état de bien-être associé au plaisir2. état de pleine, durable et entière satisfaction

3. ataraxie: état de non souffrance ( paix de l’âme, sérénité)

On peut penser que ceux qui sont dépourvus de conscience réfléchie et de soi, sont heureux: animal « attaché au piquet de l’instant » mais « L’homme demanda un jour à l’animal : « pourquoi ne me parles-tu pas de ton bonheur, pourquoi restes-tu là à me regarder ? ». L’animal voulut réponde et lui dire : « cela vient de ce que j’oublie ce que je voulais dire », mais il oublia cette réponse et resta muet » Nietzsche, dans Considérations inactuelles (1876). Obstacle ? organe (condition)

  • Si pas obstacle, alors organe!
  • Ou alors ni l’un ou l’autre, si le bonheur est inconditionnel ou impossible.
Le sujet présuppose que le bonheur est possible ( sans quoi il n’y aurait pas d’obstacle) et qu’en levant l’éventuel obstacle de la conscience, tout obstacle est levé.-Prendre conscience de ce que nous sommes, c’est prendre conscience que nous ne sommes pas faits pour être heureux (Freud), qu’il y a un part de chance dans le bonheur , que nous devons dès lors poursuivre d’autres buts qui à défaut de nous rendre heureux nous rendrons plus satisfaits ou moins souffrants ( ataraxie)

 

 

Un bonheur sans illusion est-il possible?
état de totale satisfaction de nos désirs

( = « idéal de l’imagination » = illusion ( car l’imagination : « maîtresse d’erreur et de fausseté », puissance trompeuse selon Pascal) = se moque de la réalité et de ses lois; désir = cristallisation = illusion; on prend ses désirs pour la réalité NON

 

état de non-souffrance : ataraxie

( la connaissance de soi et de la nature permet de désirer en accord avec nous et la nature: épicurien; celui qui accepte l’ordre des choses.

La connaissance, la conscience après la désillusion et ses douleurs peuvent être des éléments favorisants le bonheur

OUI (II ou III)

Illusion: fausse croyance, tromperie, leurre

  • Illusion = erreur ,

cause: ignorance, inconscience

  • Illusion ? erreur ,

cause : la structure de nos sens (illusion perceptive) ou imagination et désir ( illusion religieuse)

 

Si une erreur est éliminée par la connaissance, une illusion n’est pas dissipée par celle-ci, car sa force est celle de nos désirs.

 

 

Ce qui n’est pas mais pourrait être car

sans contradiction interne ( intelligible, logique, envisageable) OU sans contradiction avec les lois de la nature , la réalité ( de fait réalisable)

  On présuppose qu’on peut se passer d’illusion pour vivre, que l’illusion ne peut que détourner de la réalité ( analyse marxiste qui combat la religion pour changer le monde ici-bas), que l’imagination est négative

OR l’imagination peut-être vue comme «la reine de facultés », celle qui donne une raison de vivre

OR une illusion peut aussi être à un guide , un idéal consolateur, porteur ou moteur dont on peut, à défaut de le toucher, s’approcher ( rôle positif de utopie) : c’est ce qui fait qu’on ne se contente pas de ce qui est d’où projection ( projets) III

La conscience et la connaissance ne sont que des obstacles au bonheur : conscience malheureuse, confrontation à l’ordre du monde

 

OR elles ont après un choc déplaisant (II) des vertus positives!! (III)

Si la connaissance de soi est utopique, faut-il pour autant y renoncer?

 

 

Si la connaissance de soi est utopique faut-il pour autant y renoncer?
« eu-topos »: non-lieu d’où: 1. impossible2. possible mais ailleurs (idéal)*
1. est-il nécessaire ( ce qui ne peut pas ne pas être ou être autrement): – soit parce qu’on ne peut s’en passer ( besoin), – soit parce que cela s’impose ( ordre logique, ordre naturel, ordre des choses…)2. est-ce un devoir ( moral, social, naturel)
Abandonner la recherche de la connaissance de soi
Il s’agit d’un SI, d’une condition d’un raisonnement mais aussi d’une hypothèse.
On désire cette connaissance et on a commencé à la chercher et on a la liberté d’y renoncer ( le choix)

 * Une utopie , c’est « toute orientation qui transcende la réalité et brime les normes de l’ordre existant, contrairement à l’idéologie qui exprime le statu quo » selon Karl Mannheim (1893.1947) . Elle est une forme d’idéal étant un contrepoids à l’idéologie, qui conditonne et justifie ce qui est comme étant ce qui doit être ou ce qui ne peut pas être autement. On peut ici penser aux analyses de Marx.  Donc même si l’utopie a pu conduire au totalitarisme, y renoncer, c’est se contenter de ce qui est , de la réalité, s’en satisfaire.  

  

A vous de faire un plan!! Ou  de regarder ces vidéos sur l’utopie, 

 

 

  • où Miguel Abensour, auteur de L’homme est un animal utopique ( Utopie II), paru ej Juin 2010, aux Editions de la nuit, s’exprime

  

  

pour ne pas réduire l’utopie au totalitarisme, dont le nouvel esprit utopique cherche à se distinguer clairement… 

http://www.dailymotion.com/video/xdlw55 

  

  

pour définir l’utopie non du dehors mais du dedans, comme conversion 

 http://www.dailymotion.com/video/xdlvho 

  

  • où l’utopie est au sommaire de Philosophie

http://www.dailymotion.com/video/xaz92h 

http://www.dailymotion.com/video/xaz6qi

Être différent des autres est-ce être soi-même?

 

Être différent des autres est-ce être soi-même
Rapport d’altérité entre des choses qui ont des éléments identiques permettant de les comparer. Être différent , c’est être autre ? même, c’est avoir une (ou des caractéristiques) que l’autre n’a pas et qui m’en distingue, qui font que je suis moi.

Être différent peut être un fait ou une attitude, une posture ( affirmer sa différence)

1. A ? B ( A est cause nécessaire et suffisante de B, ou l’ effet nécessaire de B )

2. A = B

– être soi ( posséder le je dans sa représentation)

être soi, au plus haut point soi d’où idée d’un ACCORD entre soi et soi 1. externe: apparaître, exister tel que l’on est: notre existence est en accord avec notre essence: on incarne au dehors ce que l’on est au dedans

2. interne: on a le sentiment d’être en accord avec soi: on se connaît, on s’est trouvé, on s’accepte, on a le sentiment d’être ce qu’on voulait, devait être

  Pour III, si A n’implique pas B , qu’est-ce qui est cause de B? si A? B, est-ce que B=A? Qu’est-ce que B? Le sujet présuppose qu’on peut être soi-même, comme ne pas être soi-même

 

Damien Hirst, Daniel Oliver et Christopher Oliver (détail), 2009,peinture du commerce au fini lustré (mur), chaises et jumeaux, dimensions variables. Vue de l’installation,Tate Modern, Londres, 2009-2010. © Damien Hirst, avec l’autorisation de Science Ltd., Londres.Photo : © Tate Photography

 

PLAN POSSIBLE :

I. Être différent des autres, c’est ce qui permet d’être soi, pour eux, puis pour nous quand on prend conscience de leur existence séparée ( construction de soi par distinction) même si sans eux, on se sait être ( Descartes et le solipsisme du Cogito). Si je sais que je suis moi, c’est parce que je sais que je ne suis pas toi, pas eux, en même temps que je ramène à moi mes états de conscience et mes actes, je peux avoir besoin d’affirmer cette différence ( opposition) en fuyant tout mimétisme, synonyme de perte de soi. Mais être soi, est-ce véritablement être soi-même et cette volonté de se différencier au dehors ne trahit-elle pas une fragilité intérieure ?

II. Être soi-même, c’est être en accord interne , or la différence perceptible peut être un masque, une bouée de sauvetage ( je ne sais pas que je suis, mais je sais ce que je ne suis pas, toi!). Être différent ne suffit pas pour être soi-même: il faut aussi se connaître ( les limites de la connaissance de soi) et s’accepter ( mauvaise foi, désir d’être reconnu). Dans cette démarche, on peut d’ailleurs se rendre compte que l’on n’est pas si différent de l’autre et que l’autre est un sens en nous ( hérédité, héritage, surmoi…). Mais cela n’empêche pas d’être soi-même car on reste un et unique et le même. Mais peut-on véritablement être soi-même?

III. Si on ne peut pas ne pas être soi, on peut ne pas être soi-même, si pour cela il faut coïncider pleinement avec soi, or nous sommes en perpétuelle construction, en projet (Sartre). Mais s’il ne suffit pas d’être différent des autres pour être soi-même, devenir soi-même, c’est affirmer sa différence

Le recours à l’inconscient autorise-t-il l’alibi de l’inconscience?

 

Le recours à l’inconscient autorise-t-il l’alibi de l’inconscience?
Ici il s’agit de l’hypothèse de Freud ou de la psychanalyse en général, carinconscience ? inconscient 1. rend possible ( accorder le pouvoir de …)2. rend légitime ( mettre en droit de..) Alibi en latin signifie « être ailleurs »; on affirme pour s’innocenter d’un crime ou un délit qu’on était ailleurs que sur le lieu du crime. « L’alibi de l’inconscience » peut avoir 2 sens: l’inconscience – est l’alibi: ce n’est pas ma faute, j’étais inconscient (Ici l’ailleurs est le fait de ne pas être chez soi, donc pas présent, ni auteur de l’acte ( simple acteur ou spectateur impuissant) d’où inconscience qui peut-être soit

1. le fait de ne pas savoir qu’on fait

2. le fait de ne pas savoir ce qu’on fait : cause, conséquence de l’acte et sens de la’cte

l’état dont on cherche à se disculper: ce n’est pas ma faute si j’étais inconscient

Cela présuppose que cette hypothèse corresponde à une réalité, que cette hypothèse est vraie ( sinon faux alibi) Cela présuppose qu’on peut échapper à ses responsabilités, que la responsabilité est conditionnelle: il faut être libre de ses choix, auteur et maître de ses actes pour en être responsable. Cela présuppose – que l’inconscience peut être vue comme un délit ou un crime ( critique de Nietzsche concernant les pouvoirs de la conscience, la réalité du libre-arbitre, qui sont les armes d’une volonté de culpabilisation et de responsabilisation)– qu’on est accusé ou qu’on se sent sinon coupable, du moins responsable, pour chercher à se trouver un alibi

                        

                CODE PENAL, des causes d’irresponsabilité ou d’atténuation de la responsabilité,

Article 122-1 « N’est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes.La personne qui était atteinte, au moment des faits, d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant altéré son discernement ou entravé le contrôle de ses actes demeure punissable ; toutefois, la juridiction tient compte de cette circonstance lorsqu’elle détermine la peine et en fixe le régime. » Article 112-2  N’est pas pénalement responsable la personne qui a agi sous l’empire d’une force ou d’une contrainte à laquelle elle n’a pu résister.Article 122-3 N’est pas pénalement responsable la personne qui justifie avoir cru, par une erreur sur le droit qu’elle n’était pas en mesure d’éviter, pouvoir légitimement accomplir l’acte.Article 122-4 N’est pas pénalement responsable la personne qui accomplit un acte prescrit ou autorisé par des dispositions législatives ou réglementaires.N’est pas pénalement responsable la personne qui accomplit un acte commandé par l’autorité légitime, sauf si cet acte est manifestement illégal.Article 122-5 N’est pas pénalement responsable la personne qui, devant une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit, dans le même temps, un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d’elle-même ou d’autrui, sauf s’il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l’atteinte. N’est pas pénalement responsable la personne qui, pour interrompre l’exécution d’un crime ou d’un délit contre un bien, accomplit un acte de défense, autre qu’un homicide volontaire, lorsque cet acte est strictement nécessaire au but poursuivi dès lors que les moyens employés sont proportionnés à la gravité de l’infraction.Article 122-6 Est présumé avoir agi en état de légitime défense celui qui accomplit l’acte :1° Pour repousser, de nuit, l’entrée par effraction, violence ou ruse dans un lieu habité ;2° Pour se défendre contre les auteurs de vols ou de pillages exécutés avec violence.Article 122-7 N’est pas pénalement responsable la personne qui, face à un danger actuel ou imminent qui menace elle-même, autrui ou un bien, accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde de la personne ou du bien, sauf s’il y a disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace.Article 122-8 Les mineurs capables de discernement sont pénalement responsables des crimes, délits ou contraventions dont ils ont été reconnus coupables, dans des conditions fixées par une loi particulière qui détermine les mesures de protection, d’assistance, de surveillance et d’éducation dont ils peuvent faire l’objet.Cette loi détermine également les sanctions éducatives qui peuvent être prononcées à l’encontre des mineurs de dix à dix-huit ans ainsi que les peines auxquelles peuvent être condamnés les mineurs de treize à dix-huit ans, en tenant compte de l’atténuation de responsabilité dont ils bénéficient en raison de leur âge. »

 

PLAN POSSIBLE

    I. si Freud a raison, l’hypothèse de l’inconscient ( à exposer en A) permet de pouvoir dire que nous pouvons ne pas savoir ce que nous faisons ( motifs inconscients), que nous pouvons perdre le contrôle de soi ( pulsions) au point de ne pas pouvoir tenir compte des conséquences ( aliénation mentale, passion). Donc on peut être coupable de ses actes, mais non responsable car dans un état d’inconscience.

    II. rendre légitime ce type de recours, même s’il est juridiquement valable devant un tribunal, pose problème: on peut penser que l’inconscient fait partie de nous, même si on distingue ça, surmoi et moi, donc on doit assumer ce dont il est l’auteur. On peut penser que même si j’ignore ce qui me pousse à agir, je reste capable de juger et maître de mes actes, ma conscience morale aurait pu souvent m’aider à renoncer à poursuivre ce que mon inconscient a initié. On peut penser qu’il peut y avoir un abus de ce recours, si l’inconscient peut expliquer des états inconscients, il ne peut être convoqué pour plaider sans cesse l’inconscience ou pour justifier tout état d’inconscience, qui peut venir d’autres raisons dont je peux être responsable ( si je tue dans l’ivresse, je reste responsable de mon ivresse, selon Aristote.) et que c’est autoriser que l’on puisse aisément se disculper de son manque de responsabilité. Or en tant qu’être conscient et être de raison, on peut penser que nous nous devons d’être responsable et conscient, la société est plus conciliante que l’exigence morale. « Tu dois, donc tu peux » disait Kant. Et on peut d’ailleurs penser que se chercher un alibi, peut être un aveu de conscience de notre responsabilité, car si je peux être ailleurs quand un crime a été commis, je ne peux être ailleurs quand c’est moi qui fais quelque chose, en tout cas difficile de le penser ( Anna 0., si elle ignore les raisons de ses actes, en est consciente sauf dans ses absences, et en souffre), sauf cas pathologique, avec abolition du jugement.. Ne se pourrait-il pas que l’hypothèse de l’inconscient ne soit qu’un exemple de notre mauvaise foi, comme le suggère Sartre d’où

    III. Critique de l’hypothèse de Freud: Popper, Alain, Sartre.

     ( ou alors on ajoute Sartre au II, recours illégitime et en plus infondé, pour montrer en III avec Nietzsche que cela ne signifie pas pour autant que la conscience soit pleine et que l’inconscience soit un crime)

Suffit-il d’être seul pour être soi-même?

 

Suffit-il d’être seul pour être soi-même?
Est-ce une condition nécessaire et suffisante Être dans un état de solitude:

– soit radicale ( je n’ai jamais été en contact avec les autres)

– soit ponctuelle ou durable ( je m’isole des autres physiquement, ils sont absents pour moi, pas de contact avec eux)

La solitude peut aussi être psychologique, on peut se sentir seul au milieu des autres: « un seul être vous manque et tout est dépeuplé » Alphonse Lamartine

Être soi-même : « même » renvoie à une idée de semblable, de redondance. Être soi-même, c’est être soi, au plus haut point soi d’où idée d’un ACCORD entre soi et soi,

1. externe: apparaître, exister tel que l’on est: notre existence est en accord avec notre essence: on incarne au dehors ce que l’on est au dedans

2. interne: on a le sentiment d’être en accord avec soi: on se connaît, on s’est trouvé, on s’accepte, on a le sentiment d’être ce qu’on voulait, devait être.

Cela présuppose qu’être soi-même est

1.conditionnel ( il y a des conditions pour l’être ? inconditionnel, sans condition)

2. possible ( sans quoi on envisagerait pas les conditions nécessaires à cela)

Le sujet suggère que les autres peuvent être un obstacle ( voire sont le seul obstacle!!) au fait d’être soi-même. D’où le raisonnement suivant : si on les supprime dans la solitude, on est soi-même ( en tout cas on le devrait logiquement) Cela présuppose que l’on se connaisse.

 

 

(1) Être soi-même, c’est d’abord accorder son être avec son apparaître, être au dehors tel que l’on est au dedans , rester fidèle à soi, sans compromis. (2) Or il semble bien difficile de rester fidèle à soi quand les autres sont là. Souvent, nous nous taisons ou même mentons pour ne pas froisser les autres ; nous abandonnons un comportement naturel pour jouer la comédie ou nous forçons à paraître ce que nous ne sommes pas pour être accepté, intégré, aimé… Mais dès que les autres s’en vont, que nous retrouvons seul physiquement, sans entourage nous pouvons regretter de ne pas avoir été nous-même et semblons cesser de jouer la comédie. Donc la solitude semble être une condition nécessaire et suffisante pour être à nouveau ou enfin soi-même. (3) Mais être soi-même, ce n’est pas seulement apparaître tel que l’on est devant les autres, c’est aussi et surtout être ce que l’on est pour soi, être en accord avec soi au dedans de soi; ce qui fait d’ailleurs que je peux au dehors ne pas être moi-même tout en le restant au dedans , si je ne suis pas dupe, ni contraint. Dès lors la solitude ne suffit plus pour être soi-même, il faut y ajouter la connaissance et la maîtrise de soi. Et comme la solitude n’est pas nécessairement l’état le plus favorable à la connaissance et à la réalisation de soi, on peut même penser qu’il faut la rompre pour se confronter au regard des autres, aux réactions qu’ils déclenchent chez moi , qui peuvent me permettre de me découvrir, de mieux me connaître et de pouvoir être moi-même. (4) Aussi on peut se demander s’il suffit vraiment d’ être seul pour être soi-même ? (5) C’est donc du problème des conditions pour être soi-même et de la possibilité d’atteindre cet état au milieu des autres dont nous allons traiter . (6) Se poser cette question, c’est présupposer que ce qui m’empêche d’être moi-même ne peut être qu’au dehors ou indépendant de ma volonté. (7) Nous nous demanderons donc si les autres ne sont pas ce qui m’empêche d’être moi-même, si les abolir, c’est pour autant me retrouver et être en accord interne et si finalement on veut vraiment être soi-même ?

 

I. les autres, la vie en société semblent être un obstacle à un accord entre ce que je suis et ce que j’apparais, fais, dis.

– on joue chacun un rôle dans la grande « comédie sociale » d’où une distorsion entre notre être et notre paraître. Un écart dans lequel on peut finir par se perdre ou un rôle dans lequel on peut se prendre au jeu.

– la vie en société exige certaines règles ,certains interdits qui peuvent nous limiter et nous empêcher de faire ce qui nous plaît (? ce que l’on veut)

– Comme on se définit par rapport aux autres, on peut vouloir s’affirmer dans l’opposition ( mais ce n’est pas parce qu’on nie quelque chose qu’on défend pour autant quelque chose qui serait vraiment soi) ou être dans le mimétisme ou un jeu de séduction aliénants ou même se laisser emporter par la foule ( c’est ce que décrivait Gustave Le Bon en 1895 dans La psychologie des foules : « Isolé, c’était peut-être un individu cultivé, en foule c’est un instinctif, par conséquent un barbare. »)

Donc , on pourrait croire que puisque la vie en société nous empêche d’être nous-mêmes, abolir les autres en se retirant de la société suffirait pour être enfin nous-même. Mais cette réciproque est-elle vraie? Est-ce aussi simple?

II. A. d’abord en me détachant de la société, je ne l’annule pas pour autant. Même seul, je reste un produit social et si l’autre n’est plus devant moi, il est en moi ( il me suffit de l’imaginer là et je peux avoir honte, SARTRE), tout comme la société et ses interdits ( ils sont même en moi de manière inconsciente: SURMOI de Freud) .

B. Ensuite, même sans cela, serais-je pour autant moi-même? Être soi-même c’est être en accord INTERNE avec soi avant de l’être au dehors ( cet accord externe est secondaire: on peut ne pas paraître tel que l’on est et rester soi-même si on sait ce qu’on fait et qui l’on est en fait; mais ce n’est pas parce qu’on est soit-disant soi-même au dehors que l’on est pour autant au dedans) Car pour cela, il faut

    – se connaître or il y a ce que j’ai conscience d’être et ce que j’ignore ( inconscient, limites de la connaissance de soi liée au manque d’objectivité, la mauvaise foi …)

    – se réaliser , or il y a ce que je suis et ce que je ne suis pas encore (l’homme est un projet ,donc n’est pas ce qu’il est et est ce qu’il n’est pas; SARTRE) ; il y a ce que je suis en tant qu’être de désir et ce que j’exige de moi en tant qu’être de raison, et même mes désirs peuvent être contradictoires: on est souvent déchiré, obligé de privilégier tel aspect de soi au détriment d’un autre

    C. Les autres sont ici importants pour la connaissance de soi ( cf. cours)

    Donc la solitude n’est pas une condition suffisante (A/B)pour être soi-même et elle n’est même pas nécessaire (C). Doit-on dès lors penser que le seul obstacle au fait d’être soi-même est finalement soi-même?

    III. C’est l’hypothèse retenue par Heidegger ( on se fuit soi-même dans « la banalité quotidienne » , dans l’ « inauthenticité » d’une vie la plus générale possible, on se cache dans l’indétermination du On) , Pascal ( divertissement), Sartre et la mauvaise foi (on s’invente des excuses pour ne pas être soi-même, les autres, les circonstances, les exigences de la vie en société,. )

Donc finalement, si je ne suis pas moi-même, c’est surtout parce que je n’y tiens pas. Et , c’est pourquoi  je joue mes rôles sociaux jusqu’à m’y perdre, que j’accepte si volontiers de rentrer dans le jeu de masque qu’exige la vie en société. C’est la peur de ce que je suis qui fait que je l’accepte et que je fuis la solitude. [C’est aussi peut-être ma pauvreté intérieure qui fait que je suis prêt à tout pour me fondre dans la masse comme le suggère Schopenhauer. Celui qui n’a pas peur de ce qu’il est, qui est conscient de sa richesse, de sa valeur n’a plus besoin de l’autre, de sa reconnaissance qui lui coûte trop cher : l’abnégation de lui-même.] Donc si on est difficilement soi-même, ce refus d’être soi-même trahit ce que l’on est . Donc finalement si on n’est jamais soi-même parce qu’on ne le veut pas ou ne le peut pas (Cf. II), on est toujours soi-même, soi se fuyant ou soi se cherchant.

TEXTES COMPLEMENTAIRES

 1.« Et tout d’abord toute vie en société exige nécessairement un accommodement réciproque, une volonté d’harmonie :aussi, plus elle est nombreuse, plus elle est devient fade. On ne peut vraiment être soi qu’aussi longtemps qu’on est seul ; qui n’aime donc pas la solitude n’aime pas la liberté, car on est libre qu’étant seul. Toute société a pour compagne inséparable la contrainte et réclame des sacrifices qui coûtent d’autant plus cher que la propre individualité est plus marquante. Par conséquent, chacun fuira, supportera ou chérira la solitude en proportion exacte de la valeur de son propre moi. Car c’est là que le mesquin sent toute sa mesquinerie et le grand esprit toute sa grandeur ; bref, chacun s’y pèse à sa vraie valeur » Schopenhauer, Aphorisme sur la sagesse dans la vie

2.« De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement ; de là vient que la prison est un supplice si horrible ; de là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible. Et c’est enfin le plus grand sujet de la félicité de la condition des rois, de ce qu’on essaie sans cesse à les divertir et à leur procurer toutes sortes de plaisirs. Le roi est environné de gens qui ne pensent qu’à divertir le roi, et à l’empêcher de penser à lui. Car il est malheureux, tout roi qu’il est, s’il y pense. Voilà tout ce que les hommes ont pu inventer pour se rendre heureux . Et ceux qui font sur cela les philosophes, et qui croient que le monde est bien peu raisonnable de passer tout le jour à courir après un lièvre qu’ils ne voudraient pas avoir acheté, ne connaissent guère notre nature. Ce lièvre ne nous garantirait pas de la vue de la mort et des misères, mais la chasse – qui nous en détourne- nous en garantit. »Pascal, Pensées 

3.« Il y a une vérité dont la connaissance me semble fort utile : qui est que , bien que chacun de nous soit une personne séparée des autres, et dont, par conséquent, les intérêts sont en quelque façon distincts de ceux du reste du monde, on doit toutefois penser qu’on ne saurait subsister seul, et qu’on est , en effet, l’une des parties de l’univers, et plus particulièrement encore l’une des paries de cette terre, l’une des parties de cet Etat, de cette Société, de cette famille, à laquelle on est joint par sa demeure, par son serment, par sa naissance. Et il faut toujours préférer les intérêts du tout, dont on est partie, à ceux de sa personne en particulier ; toutefois avec mesure et discrétion ; car on aurait tort de s’exposer à un grand mal, pour procurer seulement un petit bien à ses parents ou à son pays ; et si un homme vaut plus, lui seul, que tout le reste de la ville, il n’aurait raison de se vouloir perdre pour la sauver. » Descartes, Lettre à Elisabeth

4.« En outre , la Cité est par nature antérieure à la famille et à chacun de nous pris individuellement. Le tout, en effet, est nécessairement antérieur à la partie, puisque le corps entier une fois détruit, il n’y aura ni pied, ni main, sinon par simple homonymie et au sens où l’on parle d’une main de pierre : une main de ce genre sera une main morte. (…) Que dans ces conditions la cité soit aussi antérieure à l’individu, cela est évident : si, en effet, l’individu pris isolément est incapable de se suffire à lui-même, il sera en rapport à la cité comme, dans nos autres exemples, les parties sont en rapport avec le tout. Mais l’homme qui est dans l’incapacité d’être membre d’une communauté, ou qui n’en éprouve nullement le besoin parce qu’il se suffit à lui-même, ne fait en rien partie d’une cité, et par conséquent est ou une brute ou un dieu. »Aristote, La politique. 

5. « Des observations attentives paraissent prouver que l’individu plongé depuis quelque temps au sein d’une foule agissante, tombe bientôt dans un état particulier, se rapprochant beaucoup de l’état de fascination de l’hypnotisé entre les mains de son hypnotiseur. La vie du cerveau étant paralysée chez le sujet hypnotisé, celui-ci devient l’esclave de toutes ses activités inconscientes, que l’hypnotiseur dirige à son gré. La personnalité consciente est évanouie, la volonté et le discernement abolis.(…) Donc, évanouissement de la personnalité consciente, prédominance de la personnalité inconsciente, orientation par voie de suggestion et de contagion des sentiments et des idées dans un même sens, tendance à transformer immédiatement en actes les idées suggérées, tels sont les principaux caractères de l’individu en foule. Il n’est plus lui-même, mais un automate que sa volonté est devenus impuissante à guider. Par le fait seul qu’il fait parti d’une foule, l’homme descend donc plusieurs degrés sur l’échelle de la civilisation. Isolé, c’était peut-être un individu cultivé, en foule c’est un instinctif, par conséquent un barbare. Il a la spontanéité, la violence, la férocité et aussi les enthousiasmes et les héroïsmes des êtres primitifs. » Gustave Le Bon, Psychologie des foules (1895)

Suis-je ce que je crois être?

 

Suis-je ce que je crois être?

– je suis un sujet, un individu un et unique, différent des autres mais

– soit d’un point de vue objectif: identité réelle en soi : je suis ce que je suis de FAIT, EN SOI ( être : exister)

– soit d’un point de vue subjectif , identité personnelle pour soi: je suis ce que je suis selon moi , POUR MOI ( être: défini par)

croire c’est adhérer à une idée en la tenant pour vraie, ce sentiment d’être dans le vrai peut être soit:

– seulement subjectivement suffisant ( sentiment de conviction, besoin de croire, désir)

– soit subjectivement et objectivement suffisant ( appuyé sur des bases solides: preuves, démonstrations…

donc ce que je crois être, c’est soit

– ce que je pense ( et souhaiterais) être

– ce que je sais être

 

Cela présuppose que j’ai une identité ( « idem » le même)

– unité de la personnalité qui identifie à son moi les divers états de conscience

– unité absolue d’un être : existence= essence, essence = existence (comme Dieu qui est sans devenir, il est tout ce qu’il est ou comme les objets – qui ne sont pas cependant des êtres mais des choses-)

Cela présuppose que je puisse me connaître comme ignorer ce que je suis; cela présuppose que je peux être un objet de connaissance pour moi-même et que je suis transparent à moi-même.
Connais-toi toi même

 

 INTRO : Ce que je suis, c’est ce que je suis pour moi, mon identité personnelle. Comme cette définition de moi est élaborée par moi, elle semble pouvoir correspondre à ce que je crois être, cette croyance étant fondée sur ce dont j’ai conscience, sur les témoignages de ma conscience. Mais ce que je suis, c’est aussi ce que je suis de fait, en soi. Et dans ce cas, il se pourrait que ma conscience soit lacunaire, d’autant que ce que je crois être peut être aussi influencé par mes désirs, la croyance peut être une illusion. Aussi on peut se demander si je suis bien ce que je crois être. C’est donc du problème de la définition du moi, de notre capacité à se connaître de manière adéquate dont nous allons traiter. Ce sujet présuppose que j’ai une identité qui puisse être cernée, que j’ai une essence que mon existence ne fait qu’actualiser. Nous nous demanderons donc si ce que je suis pour moi n’est pas ce que je crois être, si pour autant ce que je suis en soi coïncide avec cette croyance et si enfin j’ai une essence avant d’exister dont je pourrais prendre conscience et connaissance.

 

I. je suis pour moi ce que je crois être: une fois que j’ai pris conscience que je suis, que je possède comme le dit Kant, « le je dans ma représentation », je me pense, m’analyse et c’est par rapport à ces données de la conscience que je vais me définir. Pour cela, je ne peux que prendre en compte des données objectives qui s’imposent à moi, puis m’appuyer sur le témoignage des autres et enfin sur un travail d’introspection. Tout cela fera que je peux croire être ceci ou cela et à partir de là me définir. C’est ainsi que je vais me forger mon identité personnelle, qui dépend de données objectives et aussi de mon interprétation de celles-ci.

Mais on peut justement se demander si cette interprétation correspond bien à ce que je suis de fait réellement?

II. En effet, il peut y avoir un décalage entre mon identité personnelle pour moi et mon identité réelle, en soi. Ce décalage fait que, finalement, je ne suis pas ce que je crois être et cela peut venir:

1. du fait que je suis mal placé paradoxalement pour me connaître d’où l’importance des autres et de leur regard; du fait que je me contente d’une conscience superficielle et je me fuis dans le divertissement.

2.des limites de ma conscience: il y a peut-être des choses en moi qui me constituent et me définissent et que j’ignore: on peut penser à l’inconscient de Freud qu’il distingue du moi, dans les 2 topiques, qui n’est que la partie émergente de moi-même mais auquel ce que je suis ne se réduit pas, le ça et le surmoi font aussi partie de moi

3.du fait que ce que je crois être dépend certes de ce que je sais être, mais aussi de ce que désirerais être. La croyance peut être « fondée » sur le désir, elle est alors illusion et donc éloignée de la réalité

Mais pour pouvoir évaluer cet écart, il faut présupposer qu’il y aurait un moi prédéfini que je me devrais de saisir et découvrir.

III. On peut penser que si un objet est défini, son essence précède son existence; je suis un sujet humain et que je suis en tant que tel non défini mais que j’ai à me définir. Et c’est la conséquence du fait que nous sommes des êtres doués de conscience réfléchie. « la conscience est l’être qui est ce qu’il n’est pas et n’est pas ce qu’il est ». (Je suis conscience de l’arbre que je ne suis pas , je ne suis pas seulement conscience de cet arbre, par ex). Donc on ne peut réduire l’homme à ce qu’il est là, et c’est grâce à cet écart créé par la conscience, qu’il peut devenir, devenir autre chose, lui. Chez l’homme l’existence précède l’essence, on est indéfini et on a à se définir, donc je ne suis pas ce que je crois être dans le sens où je peux juger et agir sur ce que je découvre ( déterminisme, inconscient…), je suis libre et je suis ce que je crois être mais que je ne suis pas (encore), si cela correspond à mon projet d’être, car je pourrais peut-être l’être un jour et je me réaliserais en le réalisant. Et la croyance d’être ceci ou cela, comme la foi des autres en moi, peut faire que je le devienne, je serai ce que je crois être, je serai mon projet!

« si je crois que l’enfant que j’instruis est incapable d’apprendre, cette croyance écrite dans mes regards et dans mes discours, le rendra stupide; au contraire ma confiance et mon attente sont comme un soleil qui mûrira les fleurs et les fruits du petit bonhomme » Alain, Propos d’un normand, 1952

autres III possibles: quels sont les moyens pour MIEUX se connaître? OU impossibilité de se connaître ( l’inconscient de Freud)

     

Doit-on apprendre à être soi-même?

 

Doit-on apprendre à Être soi-même ?
1.est-il nécessaire, au sens où il ne peut pas en être autrement soit parce que c’est le résultat d’une loi, d’une logique ou d’un besoin, un manque qu’on ne pourrait pas ne pas combler

2.est-il obligatoire, au sens d’imposé comme un devoir d’origine sociale, morale ou naturelle

C’est acquérir un savoir-faire, une connaissance théorique (ou le, la transmettre). L’appris, l’acquis s’oppose à l’inné, le donné. 1.être soi-même: être soi, être un individu différent des autres qui possède le « je » dans sa représentation

2.être soi-même: être en accord avec soi

– soit au dehors ( s’affirmer;ne pas tricher, …)

– soit au dedans ( accepter ce que l’on est ou être ce qu’on aspire à être)

A part pour Kant, pour qui « Tu dois, donc tu peux », on peut penser que on ne doit faire que ce que l’on peut faire Apprendre à être soi-même, c’est d’abord ne pas être soi-même et pouvoir l’être, ce qui présuppose qu’on puisse se connaître pour cela. Pour être soi-même, il faut pouvoir se connaître, s’accepter et s’affirmer devant les autres. Cela présuppose aussi que je ne me réduis pas à ce que je suis ( sujet libre qui se réalise à travers un projet)

Plans possibles :

PLAN 1

Intro

Être soi-même, c’est d’abord être soi, se distinguer des autres en soi et pour soi. Ceci est immédiat, ne serait-ce que par mon corps qui me sépare des autres et que je sens, je ne suis pas un autre ni pour les autres ni pour moi. Impossible de me confondre avec un autre, impossible aussi de ne pas savoir que je suis moi, sauf troubles psychologiques sévères ou conscience absente. Être soi n’exige aucun apprentissage, s’impose comme une rapide évidence. Il n’est pas nécessaire de devenir soi-même, on l’est déjà! Mais être soi-même, c’est aussi et surtout être en accord avec soi, se reconnaître dans ce que l’on est. Or , par exemple, ce même corps qui fait que l’on est soi et pas un autre, on ne l’a pas choisi et on peut se sentir étranger à lui ou ne pas l’accepter; il peut ne pas suffire pour qu’on se sente vraiment soi. Dans ce cas, il faudrait se l’approprier, l’apprendre en quelque sorte. Aussi on peut se demander si on ne doit pas finalement apprendre à être soi-même. C’est donc du rapport à soi , de la construction de l’identité personnelle ( et pas simplement réelle), de ses conditions et de son importance dont nous allons traiter. Se poser cette question, c’est présupposer que l’on puisse se connaître pour ensuite s’accepter tel que l’on est ou pour réaliser ce qu’on n’est pas encore. Nous nous demanderons donc si être soi n’est pas un donné qui n’exige aucun effort ni apprentissage, si être soi-même c’est seulement être soi et enfin si être soi-même est une œuvre qu’on peut entamer car elle peut être achevée.

Arguments:

 I. On est déjà soi-même: «être soi-même» = être un individu, (un être indivisible qui forme une unité distincte), on l’est dès notre naissance; «être soi-même»= avoir une personnalité , ( avoir un ensemble particulier et structuré de caractères, on en a tous une qui est une synthèse originale et unique de dispositions innées particulières ( hérédité, constitution…) et de dispositions acquises (milieu, éducation….); «être soi-même» = posséder le «je» dans sa propre représentation , dès l’âge de 2 ans et l’usage de la 1ère personne (Je) nous l’avons clairement ( sentiment d’unité sous la diversité, de permanence sous le changement,…).

TR: être soi n’empêche pas parfois de ne pas se sentir être soi-même ( soi= soi): écart entre notre essence et notre existence pour différentes raisons: la société et ses exigences ( lois qui me brident, me contraignent, empêchent mon individualité de s’exprimer; l’uniformité qui règne dans la société de masse et de consommation , phénomène de reproduction sociale…); la nécessité de paraître, au lieu d’être; écart entre ce qu’on croit être et ce qu’on est par ignorance de soi, de nos désirs et écart entre ce qu’on est et qu’on aspire à être: le fait que l’homme étant un être non défini peut se définir par un projet; et en tant qu’être conscient peut prendre ses distances par rapport à ce qu’il est; je suis ce que je deviens par mes choix et actes, je me fais…

II. On a devenir soi-même, en travaillant à se connaître, à s’accepter et à savoir qui on veut devenir. Cela présuppose une introspection sincère, de se battre contre «le courant social» comme le dit Bergson pour s’affirmer tel que l’on est; cela présuppose de reconnaître aussi ce que l’on est et de ne pas se fuir dans le divertissement ou se cacher nos rôles sociaux; cela présuppose aussi de commencer par se «déconstruire», «se dés-identifier» ( Pour le psychanalyste Jung, on se construit en 4 phases, et la première consiste à tomber le masque construit par et dans la société auquel on s’identifie au départ en croyant que c’est tout de nous, alors que ce n’est qu’un de nos aspects, pour ensuite, ne cherchant plus à se justifier ou à moraliser, être prêt à accepter la partie obscure de soi-même, pour voir notre potentialité éblouissante); cela présuppose de se donner un projet et de s’efforcer de le réaliser avec responsabilité en sachant que par là on n’engage pas que soi, mais en un sens l’humanité, selon Sartre et sa théorie existentialiste…

III. Ceci dit on peut penser qu’on ne devient jamais totalement soi-même: difficile de se connaître vraiment ( limites de l’objectivité, l’inconscient, on court après soi plus qu’on se précède…), on se découvre aussi contraint et forcé par ce qui nous arrive ( en attendant on ne sait pas), difficile de ne pas s’illusionner sur soi-même, difficile de s’affirmer quand on est tiraillé par des désirs contradictoires et parce qu’on doit aussi se préoccuper des autres. Devoir être soi-même est donc peut-être un faux devoir, car on ne peut le remplir!!

Plan 2

Mêmes I et II que dans le plan 1, mais

 III: On peut penser que si on doit travailler à se connaître et à se réaliser, c’est non seulement une nécessité mais aussi en un sens un devoir imposé par notre société qui a mis au centre de tout , l’individu, son authenticité, sa réussite et ses plaisirs. Il faut absolument être soi-même, sous peine en un sens d’avoir raté sa vie ( alors que jadis, le sort de l’individu et sa vie privée pouvaient passer après celui de la société et sa vie publique; ex. des Grecs dans l’antiquité et de leur conception de la liberté et de l’homme); on a désormais semble-t-il tout pour être heureux et le droit d’être heureux ici-bas, aussi on se doit de l’être et pour cela de savoir ce qu’on désire et de s’efforcer de réaliser ses aspirations; imposé en tant que personne juridique, on se doit de pouvoir répondre de ses actes et de ne pas être dans des états d’aliénation, hors de soi mettant en danger les autres et soi-même; en tant qu’être doué de conscience ( privilège!) on se doit de savoir qui on est; en tant qu’être libre et responsable, on se doit de ne pas se contenter de l’excuse du déterminisme et d’assumer ses choix et actes et de reconnaître que c’est toujours nous et nous seuls qui choisissons ce que nous sommes et ce que nous voulons être.« deviens ce que tu es » disait Nietzsche: devenir soi-même, ce n’est pas changer par rapport à ce qu’on est , pour être un moment celui qu’il nous arrange d’être, c’est être de fait celui qu’on a toujours été en puissance.

Plan 3

construit sur « doit-on »

  I. ce n’est pas un devoir social ( la société peut préférer des moutons que des individus), mais c’est une nécessité pour nous : on ne se connaît pas et sans cette connaissance, on ne peut être bien; mais on n’en finit jamais d’apprendre à être soi-même.

 II. on se doit d’être soi-même d’un point de vue social ( il faut être responsable, se maîtriser), d’un point de vue moral ( mentir et se mentir, ce n’est pas bien) et naturel ( être conscient est un privilège qui impose des devoirs),

III. mais pour nous ce n’est pas nécessaire : on n’a pas forcément envie d’en savoir plus ou de se réaliser et de s’affirmer contre les autres, d’autant que ce serait se lancer dans une recherche sans fin ( limites de la conscience et de la connaissance de soi)

     

La conscience de ce que nous sommes peut-elle faire obstacle au bonheur ?

La conscience de ce que nous sommes peut-elle faire obstacle au bonheur ?

Si on entend par bonheur un état de bien-être, associé au plaisir. La conscience de ce que nous sommes peut être un obstacle au bonheur, puisque prendre conscience de soi, c’est sortir de l’illusion et de l’ignorance de soi. On peut alors découvrir sur soi des choses qui nous dérangent ou attristent. Mais si on entend par bonheur un état de pleine et entière satisfaction, celle-ci ne peut être atteinte si nous ne savons pas ce qui pourrait nous combler et si nous laissons de côté ce qui nous définit en tant qu’homme, à savoir précisément cette conscience de soi. Aussi on peut se demander si la conscience de soi est véritablement un obstacle au bonheur ? Le sujet présuppose que le bonheur est un état accessible pour qu’il puisse y avoir obstacle. Nous nous demanderons pas si la conscience n’est pas source de tourments et de déplaisirs, si pour autant le bonheur se réduit au plaisir et si la conscience y est encore opposée et enfin la pleine conscience n’est-elle pas de se rendre compte que c’est en ne cherchant plus à être heureux qu’on peut sinon l’être, du moins être au plus près du bonheur.

I. la conscience comme obstacle au bien-être, au plaisir

Etre conscient de ce que nous sommes, ce n’est pas seulement savoir que nous sommes, mais savoir ce qui nous constitue en tant qu’homme et individu. Et toute conscience est d’abord douloureuse (allégorie de la caverne), une crise où on est contraint de nier un passé d’illusions confortables. On prend conscience en tant qu’homme de notre petitesse, de notre faiblesse, de notre temporalité et mortalité. Cela nous met face à nos limites et ce ne peut être que déplaisant quand on a des désirs illimités et être source d’inquiétude (mort, futur) et de remords et regrets. A la différence de l’animal « étroitement attaché par son plaisir et déplaisir au piquet de l’instant ». Cela fait aussi que face à la précarité de notre être, de notre existence en tant que sujets, on a besoin d’être reconnu par les autres, et cette reconnaissance est malheureusement bien difficile à obtenir et source de frustration ( Hegel, Sartre…) Or pour être heureux, il faut avoir multiplié les plaisirs et avoir une âme en paix, sans trouble. Etre conscient, c’est aussi prendre conscience de notre grandeur, on est des êtres pensants, et on  ne peut se contenter d’une vie bestiale, de plaisirs matériels, on a d’autres exigences à remplir, donc cela nous empêche de nous contenter de la « bêtise  des passions » comme le disait Nietzsche des désirs médiocres. C’est enfin se savoir avoir une dimension morale, en tant qu’homme, être de raison et ne pas pouvoir échapper au jugement de la conscience morale, or la morale exige, en tout cas dans notre conception inspirée de Kant, renforcée par la religion et la civilisation, de s’interdire bien des plaisirs ou même de renoncer au plaisir pour la vertu, qui est un devoir, non un bien, comme le rappelait Voltaire.

TR : Ceci dit ces déplaisirs empêchent-ils vraiment le bonheur et peut-il y avoir bonheur sans conscience ? Le bonheur n’est pas que le plaisir ni une addition de plaisir, il est un état de satisfaction totale de l’être et cet état pour être vécu et reconnu exige la conscience, alors que le plaisir exige juste la sensation. « L’homme demanda un jour à l’animal : « pourquoi ne me parles-tu pas de ton bonheur, pourquoi restes-tu là à me regarder ? ». L’animal voulut réponde et lui dire : « cela vient de ce que j’oublie ce que je voulais dire », mais il oublia cette réponse et resta muet » selon Nietzsche dans Considérations inactuelles (1876). De plus pour être pleinement satisfait, il faut l’être dans tous les aspects de sa personnalité, de son humanité que nous apprenons justement en prenant conscience de ce que nous sommes.

II. La conscience comme organe du Bonheur

Etre conscience de ce que nous sommes, c’est se connaître. Cette connaissance est d’abord douloureuse mais ensuite instructive :

– se connaître peut être un moyen de comprendre pourquoi on n’est pas satisfait: désir mimétique,  confusion sur ce qui nous manque vraiment, désir de substitution qu’on découvre en sondant son inconscient chez Freud, être duel à la fois être de raison et être de désir.

– se connaître peut être le moyen de parvenir à davantage de satisfaction :

1. Spinoza et la connaissance de notre nature pour savoir vers quoi on doit orienter « cet effort » qu’est le désir , ne pas confondre nos désirs avec ceux des autres.

2. se connaître peut être le moyen d’accorder ses désirs avec ses possibilités en se rendant compte que tout ne dépend pas de nous, que certains désirs sont hors de notre portée et que s’obstiner à vouloir les réaliser, c’est se condamner à souffrir.

– se connaître, c’est être davantage maître de soi, de ses représentations et par là ne pas être soumis à des peurs ou des angoisses infondées qui troublent notre âme.

Mais peut-être que prendre conscience de ce que nous sommes, c’est prendre enfin conscience que nous ne pouvons pas être heureux et que nous devons dès lors poursuivre d’autres buts qui a défaut de nous rendre heureux nous rendrons plus satisfaits

III.

-Prendre conscience de ce que nous sommes, c’est prendre conscience que nous ne sommes pas faits pour être heureux (Freud), que nous sommes par nature des êtres insatisfaits de la réalité dont nous ne sommes pas totalement maîtres. Dès lors, on peut réduire nos ambitions en les accordant avec la Nature (Epicure, Stoïciens) ou ne poursuivre que la joie ou la vertu, qui permet une satisfaction et une estime de soi.

– Prendre conscience de ce que nous sommes, c’est reconnaître qu’il y a un part de chance dans le bonheur et qu’on ne peut que faire en sorte que la chance puisse être au rendez-vous, mais sans garantie de sa présence ni de peur abusive de son absence, si le monde n’est pas systématiquement avec nous, il n’est pas pour autant contre nous.

Suis-je ce que j’ai conscience d’être ?

Exemples d’intro possible et plan détaillé

Intro 1

En logique, dans un jugement d’attribution entre deux termes, le verbe « être » comme copule établit un rapport de compréhension ou d’inclusion entre ces 2 termes. Cela signifie que le 1er terme est compris, englobé dans le second ou même égal au second comme par exemple dans « je suis un être humain », « je suis moi ». En ce sens, on pourrait aussi dire que je suis ce dont j’ai conscience, la conscience étant ce qui me permet de parvenir à me sentir, à me dire et me représenter comme un Je. Mais être a aussi un sens existentiel. Dans ce sens, une chose est ; si elle a une réalité effective, si elle existe de fait. Or on peut penser que si j’ai conscience de ce que je suis, je ne suis pas nécessairement toujours ou encore de fait ce que je pense être, ce que je sais être. Il peut y avoir un écart entre ce que je suis pour moi et ce que je suis de fait. Aussi on peut se demander si je suis ce que j’ai conscience d’être. C’est donc du problème de l’identification du moi et de la réalisation de soi dont nous allons traiter. Nous  nous demanderons donc si le Je n’est pas ce que j’ai conscience d’être ; si j’existe de fait tel que je suis pour moi et si on peut réellement réduire le moi à ce dont j’ai conscience de moi.

 

Intro 2

Le je désigne d’abord le sujet en tant qu’il prend conscience de lui-même et qu’il a un sentiment d’unité et d’unicité. Se penser Je, à la première personne, c’est se savoir être soi et pas un autre, se savoir demeurer soi sous les différents états de conscience. En ce sens, il semble que le je soit intimement lié à la conscience et soit réductible à celle-ci. Mais le je désigne aussi le moi empirique, c’est-à-dire tout ce que je suis de fait, mes caractéristiques physiques, organiques et psychiques. Si je me vois extérieurement, je ne me vois pas nécessairement intérieurement dans mon ensemble, dans tout ce qui me constitue. Dans ce cas, il se pourrait que ce que je suis excède ce que j’ai conscience d’être. Cela expliquerait que je puisse m’étonner moi-même, me surprendre à faire quelque chose que je ne me croyais pas capable de faire ou que je puisse ne pas me comprendre et me chercher. Aussi on peut se demander si je ne suis que ce que j’ai conscience d’être. C’est donc du problème de l’identification du moi, de ses limites, de nos possibilités de le saisir dans son intégralité et de l’incarner dont nous allons traiter. Nous nous demanderons donc si ce n’est pas parce que je suis conscient que je possède le je dans ma propre représentation, si pour autant ma conscience embrasse tout ce que je suis et si enfin j’existe tel que je suis pour moi.

 

Plan

I. je suis parce que je suis conscient et ce que je suis, c’est ce dont j’ai conscience

1. C’est parce que nous sommes doté de la conscience réfléchie qu’en même temps qu’on perçoit qu’on perçoit qu’on s’entraperçoit et prend conscience que l’on est. « Je pense donc je suis » Descartes

2. prendre conscience de soi, ce n’est pas s’arrêter à ce dont on a une conscience immédiate, c’est porter un jugement et par là se connaître, s’identifier. Je vais me définir par ce dont j’ai conscience de moi-même : mon corps, mon caractère, mes désirs, etc…

3. ce dont je n’ai pas conscience ne peut être dans la définition de ce que je suis pour moi.

Tr : mais la conscience ne peut-elle pas être lacunaire et dans ce cas, ce que je suis en soi ne peut-il pas excéder ce que je suis pour moi ?

II. je ne suis pas en soi que ce que je suis pour moi.

1. je ne sais de moi que ce dont je veux bien prendre conscience : mauvaise foi, divertissement,…

2. je ne sais pas tout de moi, conscience superficielle de moi-même : Nietzsche ou Spinoza (Ce dont j’ai conscience, c’est ce que je veux, désire et fais mais non les causes qui expliquent ce que je veux, désire et fais).

3. je ne peux prendre conscience de ce qui échappe radicalement à la conscience :  hypothèse de l’inconscient de Freud

« le moi étant le centre du champs conscientiel ne se confond pas avec la totalité de la psyché… il y a donc lieu de distinguer entre le moi et le soi, le moi n’étant que le sujet de la conscience, alors que le soi est le sujet de la totalité de la psyché, y compris l’inconscient »  selon Jung (1875.1961), pour qui le moi n’est qu’ « une île dans les flots ».

TR : je ne suis pas que ce que j’ai conscience d’être mais cette conscience peut être plus grande (même si bornée). Mais même si je sais davantage qui je suis, suis-je (au sens d’exister) pour autant ce que j’ai conscience d’être ?

III. il n’y a pas nécessairement égalité entre ce qu’est mon existence et ce que je sais être :

1. la vie en société peut exiger que je ne sois au dehors tel que je me sais être au-dedans.

2. avoir conscience d’être ceci ou cela, ce n’est plus l’être tout à fait : être conscient d’être dans l’effort, c’est se regarder faire, distance critique, peut-être rire de soi, donc ne plus être tout à son effort, ni cet effort. Cela altère ce que l’on est, fait qu’on ne colle plus à soi, on est à distance, plus là, déjà ailleurs.

3. comme on est conscient, on change, on devient, donc on ne peut se réduire à ce qu’on est là. On nie ce qui est, on est un projet. Comme l’homme est conscient, il est le seul être chez qui « l’existence précède l’ essence », comme le dit Sartre. C’est au fur et à mesure que je me définis, que je deviens moi. Donc je ne suis jamais ce que j’ai conscience d’être, je deviens moi au fur et à mesure que je prends conscience de moi.

( et cela demeure vrai même si on remet en question Freud en soutenant comme Alain que le moi se réduit à ce dont on a ou peut avoir conscience, puisque il n’y a pas d’autre moi en moi à part moi.)

Est-il facile d’être soi-même ?

Exemple d’intros possibles

1. Etre soi-même, c’est d’abord être soi. Etre soi, c’est ne pas être un autre, ne pas être toi, eux. 2. Or il semble que nous sommes, dès notre naissance, distincts des autres, qui, eux, ne nous confondent pas avec eux et nous identifient comme étant un et unique pour eux. Cela semble donc n’exiger aucun effort, ce n’est pas à gagner, c’est donné. 3. Mais être soi-même, c’est aussi être en accord avec soi. « Même » renvoie en effet  à l’idée d’égalité : égalité entre ce que je suis et ce que je parais, égalité entre ce que je pense et ce que je fais. Et là, il semble qu’il ne soit pas toujours aisé de s’affirmer devant les autres tels que l’on est, de ne pas se trahir ou de faire concorder ses actes avec ses paroles ou ses pensées. 4. Aussi on peut se demander s’il est si facile finalement d’être soi-même. 5. C’est donc du problème du rapport à soi, de la réalisation et de l’acceptation de soi dont nous allons traiter. 6. Ce sujet présuppose aussi que nous puissions coïncider avec nous-mêmes, que nous le souhaitions et que cette égalité n’est à chercher que devant les autres. 7. Nous nous demanderons donc si on n’est pas naturellement soi, si pour autant on le reste toujours devant les autres et si on peut prétendre l’être un jour devant soi et si on le désire vraiment.

(OU avec facile : 1. Le facile, c’est ce qui ne demande pas d’effort. 2. Or il peut apparaître que la chose la plus simple du monde, ce soit d’être soi et pas un autre. De par mon état civil, mon corps, je me distingue naturellement des autres. 3. Mais le facile, c’est aussi ce qui s’accompagne d’aucune souffrance. Et si ne pas être l’autre est aisé, rester fidèle à soi, ce que suggère le « même » dans « soi-même » peut s’avérer parfois douloureux. Par exemple, il peut être inconfortable de s’assumer tel que l’on est face aux autres. Parfois on peut préférer le confort de la trahison de soi-même pour ne pas être exclu ou mal jugé, même si celle-ci nous demande plus d’efforts que de se laisser aller à notre vraie nature. Mentir exige en effet de ne pas se trahir, de faire preuve d’imagination, de constance et de vigilance, car « Chassez le naturel, il revient au galop ». 4. Aussi on peut se demander s’il est si facile d’être soi-même. 5. C’est donc du problème du rapport à soi, de la réalisation, de l’affirmation de soi dont nous allons traiter.  6. Ce sujet présuppose que la coïncidence avec soi est naturelle, possible et désirée. 7. Nous nous demanderons donc si ce n’est pas sans effort que nous sommes nous, si c’est pour autant sans douleurs et enfin si nous pouvons réellement prétendre être nous-mêmes.)

Peut-on vouloir ne pas être conscient ?

Exemple d’introduction possible

1. Vouloir, c’est d’abord désirer. 2. On désire ce dont on manque et ce qui nous semble être une promesse de plaisir. Or nous sommes des êtres conscients présents au monde et à nous-mêmes, capables de dire Je et de porter un jugement sur ce dont nous avons conscience. Donc nous avons la conscience et nous pourrions souhaiter l’inconscience qui peut apparaître plus confortable parfois. En effet, quand on est confronté à une douleur physique ou psychique, on pourrait souhaiter perdre conscience pour y échapper. 3. Mais vouloir, c’est aussi se déterminer vers ce qu’on envisage comme raisonnable, possible et bon. Et ce qui est agréable n’est pas nécessairement bon, au sens de réellement utile, d’en accord avec notre nature. On peut penser en effet que la conscience est une des facultés propres à l’homme. Donc la conscience ne serait pas seulement ce que nous avons mais ce que nous sommes. Or on peut penser que l’on ne peut raisonnablement et légitimement ( « peut-on » renvoie d’ailleurs  à la notion de capacité mais aussi à celle de droit humain, moral ou social) renoncer à ce que nous sommes, ce qui reviendrait à se nier, se dénaturer. 4. On peut donc se demander s’il est peut réellement vouloir ne pas être conscient. 5. C’est donc du problème du rapport de l’homme à sa conscience, de l’attitude que pourrait exiger ce privilège dont nous allons traiter. 6. Se poser cette question, c’est présupposer que nous sommes préalablement conscients pour pouvoir ensuite souhaiter échapper à cet état. 7. Nous nous demanderons donc si l’inconscience peut apparaître comme désirable, si pour autant elle peut être l’objet d’une légitime réelle volonté et si la conscience est acquise avant d’envisager d’y renoncer.

Attelage ailé et sac de peau

Dans le Phèdre  Platon identifie l’âme à un attelage ailé avec un cocher, un cheval blanc sage et un cheval noir impétueux. On peut pour comprendre cette image en utiliser une autre, celle du   sac de peau  que l’on trouve dans la République au livre IX. 

«- Formons par la pensée une image de l’âme, pour que l’auteur de cette assertion en connaisse la portée.
   – Quelle image ?
  – Une image à la ressemblance de ces créatures antiques dont parle la fable- la Chimère, Scylla, Cerbère et une foule d’autres- qui dit-on, réunissaient des formes multiples en un seul corps.
 – On le dit, en effet.
Façonne donc une espèce de bête multiforme et polycéphale, ayant, disposées en cercle, des têtes d’animaux dociles et d’animaux féroces, et capable de changer et de tirer d’elle-même tout cela.
   – Un pareil ouvrage, observa-t-il, demande un habile modeleur ; mais comme la pensée est plus facile à modeler que la cire ou toute autre matière semblable, voilà qui est fait.
    – Façonne maintenant deux autres figures, l’une d’un lion, l’autre d’un homme ; mais que la première soit de beaucoup la plus grande des trois, et que la seconde ait, en grandeur, le second rang.
     -Ceci est plus aisé, dit-il ; la chose est faite.
    – Joins ces trois formes en une seule, de telle sorte que, les unes avec les autres, elles ne fassent qu’un tout.
     – Elles sont jointes.
     – Enfin, recouvre-les extérieurement de la forme d’un seul être, la forme humaine, de manière qu’aux yeux de celui qui ne pourrait voir l’intérieur et n’apercevrait que l’enveloppe, l’ensemble paraisse un seul être, un homme.
      – C’est recouvert. »

Platon propose donc une âme tripartite :

« bête multiforme et polycéphale », c’est  Epithumia, une  partie concupiscible (terme de scolastique. Appétit concupiscible, l’inclination qui porte l’âme vers ce qu’elle considère comme un bien. Les philosophes appellent appétit concupiscible celui où domine le désir.), c’est le VENTRE , partie bestiale et sauvage folle et impudente, prête à tout, mélange de bien et de mal ) = cheval noir de l’attelage

le lion qui incarne le CŒUR qui est courage, qui a le sens de l’honneur, de la dignité, de l’indignation d’où colère possible. C’est le Thumos : partie irascible mais qui a une énergie, une détermination qu’on peut utiliser pour faire le bien. C’est la force de la volonté cheval blanc 

 – l’homme, c’est le « nous » : partie rationnelle et raisonnable de l’âme. Le rationnel est moins puissant que le désir, mais avec la force du cœur , il peut tenir la bête et l’ORDRE qui est synonyme de vertu et de tempérance : il faut contrôler « le nourrisson polycéphale à la manière du laboureur qui nourrit et apprivoise les espèces pacifiques et empêche les sauvages de croître » = le cocher

Suffit-il d’être différent des autres pour être soi-même?

Suffit-il d’être différent des autres pour être soi-même?

Analyse des termes:

Suffit-il : I. est-ce une condition nécessaire II. est-ce pour autant une condition suffisante III. Quelles sont alors les autres conditions ou peut-on envisager qu’il n’y ait aucune solution satisfaisante
Etre soi/être soi-même
Dans le langage commun, être soi et être soi-même, c’est la même chose, du coup quand on n’est plus soi-même, on n’est plus soi. On peut exploiter cette confusion pour faire le plan

I. Etre soi-même = Etre soi.

Etre soi, c’est seulement ne pas être l’autre. Je suis moi parce que je ne suis pas toi. Donc la différence avec les autres suffit pour être soi. C’est d’ailleurs en se différenciant des autres que l’on se constitue comme étant soi (développement de la conscience d’être soi, chez l’enfant, en se dissociant du monde extérieur : séparation avec la mère, différence faite entre ce que je sais et ce que les autres savent, entre moi et le monde). Et c’est en affirmant cette différence qu’on revendique être soi et qu’on reste soi. Quand la différence entre soi et les autres s’évanouit par mimétisme, par mode, on a l’impression de se perdre. Se différencier des autres donne donc un sentiment objectif (par mon corps, mon état civil, mes attitudes, mes particularités) et un sentiment subjectif (je me pense comme différent) d’UNICITE et d’IDENTITE ; tant que je ne suis pas toi, tant que je ne suis personne d’autre que moi, je suis et reste moi. D’OU en I, la réponse immédiate : cela semble nécessaire et suffisant d’être différent des autres pour être soi. Donc être soi, c’est avoir un sentiment d’unité, d’unicité et d’identité : je sais que quelque soit mon attitude, mon état mental, il est toujours mien et pas celui d’un autre ; je sais que même si je change, évolue, je reste toujours moi. Du coup, même quand je triche pour plaire, je sais que cette tricherie est la mienne et pas celle d’un autre et que même si j’apparais sous un visage inhabituel, artificiel, c’est encore moi derrière. Et, c’est d’ailleurs parce que je reste moi que je peux éventuellement constater que là je ne suis plus moi-même, ce qui ne signifie pas pour autant que je suis un autre même si j’apparais autre aux autres ou même à mes propres yeux. Sauf accident neurologique ou perte totale de conscience, on ne peut pas ne pas être soi.
Transition : Ceci dit, ce n’est pas parce qu’on se sait être soi, qu’on est, que pour autant on sait qui on est et qu’on est soi-même au sens plus précis du terme. D’où II.

II. Etre soi-même = être soi-même:

Etre soi-même, c’est davantage qu’être soi, c’est être en accord avec soi,
– c’est-à-dire déjà que ce que nous sommes pour nous, selon nous et ce que nous donnons à voir aux autres de nous s’accordent. D’où un sentiment de cohérence, de fidélité à soi. On ne se trahit pas, on apparaît tel que l’on est. En restant soi, en continuant de se différencier des autres, on s’affirme comme étant soi-même. Mais on peut aussi si tel est notre choix, s’identifier aux autres, adopter leur mode de penser, d’être. Si je suis moi-même pour moi, l’opposition systématique à l’autre ou la revendication permanente de ma différence n’est pas nécessaire. C’est celui qui se cherche, qui a besoin de s’opposer pour se convaincre qu’il n’est pas l’autre ou qui a besoin de cette opposition, de marquer la différence pour se trouver et s’affirmer
– mais être soi-même, ce n’est pas seulement (ni nécessairement d’ailleurs) accorder son paraître et son être, mais surtout accorder son être à son être, donc être plutôt et d’abord en accord intérieur qu’en accord extérieur, d’où pas seulement unicité, unité, identité mais EGALITE. Ce qui fait que si je triche pour plaire et que je sais que plaire est un trait essentiel de ma personnalité, alors j’apparais comme n’étant plus moi-même, mais pour moi, je reste moi et je suis moi-même, car ce désir de plaire, c’est moi. Et à l’inverse, il se peut que j’apparaisse comme étant moi (et pas toi), comme étant moi-même aux autres (pas de changement, même visage), mais qu’au fond de moi-même, je ne me sente pas, pas encore ou plus moi-même. Pour avoir ce sentiment d’être soi-même, d’être en accord avec soi, la différence avec l’autre ne suffit pas. Je peux ne pas être toi, mais ne pas me sentir moi, car j’ai du mal à dire qui je suis, à m’assumer, à me connaître et reconnaître. Ce n’est pas par ce que je ne suis pas l’autre que pour autant je ne me sens pas autre pour moi-même, étranger à moi-même. Il va falloir donc ajouter à l’identité objective, un sentiment d’égalité subjective.
D’où :

III. A. Et cela exige d’autres conditions, un travail de prise de conscience de soi, et dans un premier temps, je vais me révéler plutôt étranger à moi-même : ce qui forme pour nous, notre personnalité, c’est un ensemble de caractères qui nous distinguent des autres. Ces caractères sont des dispositions innées et des acquis en fonction de notre histoire et de son cadre. Ces caractères sont découverts par expérience ou par introspection, ce sont nos manières d’être, d’agir et réagir habituelles. Mais, il se peut qu’un situation exceptionnelle nous révèle un aspect non vu jusqu’ici et alors, la conscience de cette révolution peut nous donner le sentiment que finalement, on ne se connaissait pas vraiment, pas totalement. Dans ce cas, on se révèle tout à coup sans rapport avec ce que l’on était pour soi jusque là. Il y un écart entre le soi habituel et le soi qui se révèle là. On devient en ce sens étranger à soi, ou plutôt à ce qu’on croyait être soi. On se rend compte que finalement on était inconnu par soi, et en ce sens là on devient étranger à soi. Dans ces cas-là, on se rend compte que l’on a des réactions inattendues. Mais ces réactions ont pourtant des causes en moi et le fait que je les ignore souligne les limites de ma connaissance de moi-même. Là, en prenant conscience de moi dans cet état, je me rends compte que je suis pour moi une terre étrangère. Que sais-je de moi ? que je suis, ce que je me rappelle de mon passé, ce que je vois et expérimente de moi…mais tout le reste ce que je suis (saut substantialiste et sa critique), ce que j’ai oublié (vie intra-utérine, naissance, petite enfance, événements refoulés dans mon inconscient), ce dont je ne me rend pas compte (influence des autres, préjugés…) tout cela explique qui je suis mais moi, je l’ignore et c’est ce dont je prends conscience à l’occasion d’un lapsus, d’une réaction inhabituelle ou d’un travail d’analyse de moi-même. Donc au plus je me connais, au plus je me rends compte que je me connais mal et que je suis habité par des corps étrangers (inconscient, les autres…)

B. Ce qui peut laisser penser que :
soit on n’est jamais soi-même, on s’efforce de l’être ou on devient peu à peu soi-même, sans jamais être certain d’y être parvenu totalement (autre III possible si on joue sur le présupposé du sujet qui est qu’on peut être soi-même!)
soit on peut dire que ce que nous sommes pour nous, et donc ce que nous appelons MOI, c’est :
– soit que ce que l’on sait de soi ( le moi s’identifie alors à la conscience qui permet de ramener à soi ce dont on a conscience, qui permet d’être certain d’être ( cogito de Descartes) de dire je ( Kant) et de se sentir soi et qui par ce qu’elle m’apprend de moi me permet de donner une définition de moi,
– soit que nous savons de nous + ce que nous ignorons (inconscient, personnalité profonde, désirs) mais que nous reconnaissons comme nous appartenant (donc le moi est plus grand que ce qu’est la conscience et nous l’acceptons)
-soit ce que nous reconnaissons comme nôtre dans une synthèse que nous faisons et que nous appelons : moi. Je ne suis pas ce que je suis de fait, je suis ce que j’ai choisi d’être. Je ne suis pas mes attachements objectifs, je suis les attachements que j’ai choisi, que je reconnais comme étant miens. Et ce que je choisis pour me définir évolue avec le temps, avec la connaissance que j’ai de moi-même. Du coup même si je n’ai pas choisi d’être ce que je suis, je choisis d’être cela ou non, je choisis d’être celui que je suis. Donc le moi (je pour moi) ne s’identifie pas nécessairement à la conscience, il s’identifie à ce à quoi j’ai choisi de m’identifier. Ce que j’appelle moi, n’est qu’une représentation de moi-même.