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Dissiper une illusion est-ce seulement corriger une erreur ?

Dissiper une illusion est-ce seulement corriger une erreur ?

I. A = B, Une illusion est souvent une erreur, donc on peut penser que dissiper une illusion est corriger une erreur. Commettre une erreur, c’est croire que ce qui est vrai pour nous et vrai en soi, c’est confondre le faux et le vrai. En analysant les causes de nos erreurs, on peut trouver les moyens de la corriger.

– on se trompe par ignorance ou à cause d’une connaissance partielle, donc en donnant des informations à la personne dans l’erreur, on peut l’amener à revoir sa position et arriver au vrai.

– on se trompe aussi souvent parce qu’on n’a pas pris le temps de  confronter notre idée avec celle des autres. Le dialogue peut être un moyen de se rendre compte qu’on se trompe (c’est le rôle de la maïeutique de Socrate : l’art d’accoucher les esprits de leur ignorance ignorée et d’un savoir ignoré (oublié : théorie de la réminiscence) en guidant, donnant confiance et en prenant son temps, en avançant de consensus en consensus. L’esprit de l’autre est « la pierre de touche » de la vérité présente dans le mien. On peut par le discours rationnel et en se servant de sa raison corriger une erreur.

– on se trompe aussi parce qu’on croit ce qu’on nous dit, parce qu’on ne doute pas de l’autorité des autres, du poids de la majorité. En se confrontant soi-même à la réalité, on peut par expérience se rendre compte de notre erreur, éprouver si ce qu’on pensait vrai, l’est vraiment.

TR : Donc il semble possible de corriger une erreur par un jugement droit, éclairé et s’appuyant sur des faits, parce que ses causes ne sont que nos faiblesses : comme le disait Descartes, ce sont la précipitation et la prévention (préjugé) qui sont à l’origine de nos erreurs. Et c’est pour cela que les erreurs peuvent être fécondes. Mais si l’erreur est féconde, c’est parce que celui qui se trompe aspire au savoir, à  voir la réalité confirmer ou infirmer  son idée, or selon Freud, l’illusion se moque elle de la réalité, elle ne part pas des faits , mais de nos désirs alors n’est-elle vraiment qu’une simple erreur ?

II. A ? B, Une illusion est souvent une erreur MAIS une erreur qui n’a pas les mêmes causes que les simples erreurs, elle exige un autre traitement pour être dissipée.

– une illusion est une erreur qui a pour origine un DESIR et ses représentations imaginaires. Elle n’est pas l’expression d’une faiblesse, mais d’une force, celle du désir. Cf analyse de Freud.

– comme le montre l’illusion d’optique, même si on sait qu’elle n’est qu’une illusion et donc qu’on ne manque pas de savoir, elle persiste (même si on s’efforce de ne pas croire ce qu’on voit). Cela explique par exemple la difficulté d’accepter la théorie  de L’HELIOCENTRISME (on voit bien le soleil bouger dans le ciel), en plus du fait qu’elle nous enlève notre place centrale dans l’univers, qui était bien plus agréable et conforme à nos désirs narcissiques. C’est pourquoi Freud parle de cette découverte scientifique comme étant la prière BLESSURE NARCISSIQUE infligée par la science à l’homme.

Donc les moyens de corriger une erreur ne suffisent plus, et ils seront rejetés par l’illusionné : les prisonniers veulent tuer le philosophe qui viendrait leur donner le savoir, le discours rationnel n’a pas de force ici.

– on peut tenter de dissiper une illusion par LA CONTRAINTE, comme on force le prisonnier à sortir de la caverne et à  se confronter à la réalité et à renoncer à son désir irréaliste.

– on peut tenter de changer les désirs de l’illusionné, en lui donnant le désir de la vérité, de la réalité. Il faut lui faire comprendre que la vérité est plus désirable que son imaginaire, que la réalité est finalement plus agréable, avantageuse que son imaginaire. (C’est ce qu’essaie de faire Epicure avec la croyance dans les Dieux)

– on peut tenter de changer le monde, pour que le désir à l’origine de l’illusion n’ait plus l’occasion de naître. (C’est ce que souhaitait Marx)

On doit donc user d’autres moyens face à l’illusion que face à l’erreur. Mais toute illusion n’est pas nécessairement une erreur ( cas de la jeune fille), aussi on peut se demander si on peut vraiment et doit dissiper toute illusion comme toute erreur ?

III. A ? B , l’illusion n’est pas une erreur CAR  si l’erreur est corrigible et doit être corrigée, l’illusion ne peut être dissipée et ne doit pas toujours l’être peut-être :

– il y a eu des illusions dramatiques comme celle à l’origine des idéologies totalitaires comme le nazisme, mais certaines illusions ont été bénéfiques dans le sens où elles ont permis à une époque de repousser les limites du possible. C’est parce que certains hommes ont refusé la sagesse du « changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde » que leur désir est devenu en partie réalité. C’est parce certains hommes ont cru défendre leur intérêt, leur passion que l’histoire a avancé ( théorie des grands hommes chez Hegel : « rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion » et donc sans illusion. L’erreur n’a de valeur que comme moyen à dépasser : on apprend en se trompant, c’est en corrigeant ses erreurs (premiers essais, hypothèses) qu’on arrive peu à peu à la vérité

– l’illusion peut aider à vivre quand la réalité est trop frustrante, l’erreur fait qu’on n’agit pas efficacement.

peut-être que le désir de vérité, la volonté de ne pas être dans l’erreur et  l’illusion  est en fait  le fruit d’une illusion : NIETZSCHE

CONCLUSION : On peut croire que dissiper une illusion est la même chose que corriger une erreur car dans les 2 cas, on se trompe. Mais en réalité, une illusion est une erreur différente des autres, dont la force est celle de nos désirs, et face à eux, les preuves et les démonstrations ne peuvent rien, il faut trouver d’autres moyens. Des moyens qui sont au final peu efficaces, car une illusion ne peut pas être dissipée totalement et désirer la dissiper, c’est peut-être même être encore dans l’illusion. Donc dissiper une illusion n’est vraiment pas la même chose que corriger une erreur.

Extrait 1: Vérité absolue, provisoire, technique?

 Pour aborder ( ou revoir) la question de la vérité ( et ses définitions!) telle que la pensent la science ( médiévale et moderne!) et la religion et revenir sur les rapports conflictuels des 2, voilà l’explication d’un texte extrait de Science et religion de Bertrand Russell ( 1935)

  Les premières lignes du texte:

     « Un credo religieux diffère d’une théorie scientifique en ce qu’il prétend exprimer la vérité éternelle et absolument certaine, tandis que la science garde un caractère provisoire : elle s’attend à ce que des modifications de ses théories actuelles deviennent tôt ou tard nécessaires, et se rend compte que sa méthode est logiquement incapable d’arriver à une démonstration complète et définitive. Mais, dans une science évoluée, les changements nécessaires ne servent généralement qu’à obtenir une exactitude légèrement plus grande ; les vieilles théories restent utilisables quand il s’agit d’approximations grossières, mais ne suffisent plus quand une observation plus minutieuse devient possible. En outre, les inventions techniques issues des vieilles théories continuent à témoigner que celles-ci possédaient un certain degré de vérité pratique, si l’on peut dire. La science nous incite donc à abandonner la recherche de la vérité absolue, et à y substituer ce qu’on peut appeler la vérité « technique », qui est le propre de toute théorie permettant de faire des inventions ou de prévoir l’avenir. La vérité « technique » est une affaire de degré : une théorie est d’autant plus vraie qu’elle donne naissance à un plus grand nombre d’inventions utiles et de prévisions exactes. La « connaissance » cesse d’être un miroir mental de l’univers, pour devenir un simple instrument à manipuler la matière. »

 

Chap 1 p.12 à 16 de « Un crédo religieux… » à la fin du chapitre.

 Intro : Ce chapitre présente la science et la religion comme étant « 2 faces de la vie sociale », deux éléments de la culture humaine.

En début de chapitre, Russell note que la religion a eu une place importante dès les débuts de l’humanité en tant que « phénomène social » ( se caractérisant par 3 éléments : une église, un credo et une morale ; elle a été un mode de structuration des premières sociétés et une réponse à toutes les détresses de l’homme d’ordre gnoséologique – réponse à son ignorance et à ses questions -, psychologique – peur de la mort- , sociale- Marx, etc…), la science ne s’est imposée qu’à partir du XVIème siècle avec la révolution copernicienne puis newtonienne.

Russell a noté que quand la science et la religion ont été en conflits , la science est « invariablement sortie victorieuse », ce qui le laisse penser que la religion, comme « phénomène social » semble vouée à disparaître avec le progrès de la science.

Il a également noté que ces conflits peuvent être de 2 sortes :

  • il y a les conflits sur un point du texte sacré ( ex. la Bible , avec le lièvre qui rumine p.9, mais aussi géocentrisme, ou origine du monde) qui ne sont pas très importants en soi si on décide que la religion « ne fait autorité qu’en matière de  religion et de morale »

  • il y a des conflits plus « sérieux » concernant le dogme et ses fondements ( existence de Dieu, libre-arbitre, immortalité de l’âme).

    Mais pour Russell, tout conflit est en réalité sérieux

  1. car ils remettent en question la parole de Dieu ( qui ne peut faire d’erreur) et l’autorité de cette parole et par là de l’Église. ( autorité dont elle a besoin pour imposer sa morale : cf. critique de Nietzsche du libre-arbitre comme « tour de passe-passe théologique » )

  2. car la religion prétend détenir LA vérité et que cette vérité est ABSOLUE . Or la vérité ne peut être qu’UNE ! Il ne peut pas y avoir une vérité pour la science et une vérité pour la religion.

    DONC le vrai conflit entre la science et la religion est celui de la possession de la vérité.

EXPLICATION

Dans ce chapitre, Russell souligne que si la science et la religion prétendent toutes 2 à la vérité,

  • elles n’ont pas la même définition de la vérité ( ligne 1 à 29)

  • que cette différence a été une conquête de la science moderne par opposition à la science des « pionniers » , à la science médiévale ( ligne 29 à 60)

  • puis il va finir en analysant les conséquences pour la religion des victoires de la science ( ligne 61 à 71) et

  • et en revenant sur la distinction entre la religion comme « phénomène social et ensemble de croyances » et comme « phénomène purement personnel et état d’esprit » ( ligne 71 à la fin)

Lignes 1 à 29

Russell note donc que la religion et la science ont 2 conceptions radicalement différentes de la vérité.

Pour la religion, la vérité est donc UNE, ENTIERE et ABSOLUE ( éternelle). Ce qui est établit comme vrai ne peut faire l’objet du moindre doute et de la moindre révision car ce serait remettre en question l’autorité de Dieu et de l’Église. Elle est l’objet d’une foi inconditionnelle en l’autorité.

Pour la science, la vérité est PROVISOIRE

Elle sait par expérience que des théories admises comme vraies se sont avérés fausses ou à corriger avec le perfectionnement de la connaissance et des observations ; elle est aussi consciente des limites des preuves ( Cf : Popper) et des limites des démonstrations et théories ( montre fermée Einstein : cf Chap VI)

Russell note cependant qu’avec « une science évoluée », les évolutions que subissent les théories sont plus des ajustements, des modifications que des révolutions. On peut donc garder des « veilles théories » pour des « approximations grossières » et pour des « observations plus minutieuses » en adopter d’autres.

On peut noter ici que le critère de vérité est donc ici l’observation ( Russell est inductiviste ( la connaissance va du particulier observé au général, il se méfie de la méthode hypothètico déductive qui prétend à partir d’une théorie générale expliquer le particulier, car p. 11 : « l’expérience a montré qu’il est dangereux[…] hypothèse de travail ».

On peut aussi noter que Russell ajoute  à ce critère, un critère pratique, pragmatique ( proche de celui de W. James) puisqu’il parle de « vérité technique ». Une théorie n’est pas vrai de manière absolue ( sans lien avec quoique ce soit), elle est vraie par rapport aux « inventions  utiles» ( techniques) qu’elle permet et aux « prévisions  exactes» qu’elle permet pour agir efficacement. Même si pour Russell, une théorie n’est pas seulement vraie par ses effets positifs pour l’action, elle dépend aussi des causes qui ont amené à cette théorie et en particulier une observation attentive ( c’est sur ce point qu’il est en déssaccord avec Russell et avant lui avec Epicure qui réduit la vérité à ses suites), cela amène à une conception de la science plus modeste :

ligne 26 : «  la connaissance cesse d’être un miroir mental de l’univers ( vérité correspondance pensée sur le modèle de la copie fidèle) pour devenir un simple instrument à manipuler la matière ( vérité pragmatique : peu importe si la théorie est LA théorie, le tout est qu’elle fonctionne, se vérifie dans l’action) »

          Lignes 29 à 60

Russell va en effet souligner que cette conception de la science et de la vérité scientifique est moderne ; les « pionniers de la science » ayant en réalité la même conception de la vérité et de son fondement ( l’autorité) que la religion, au départ.  La science avait le même but que la science parvenir à une vérité ABSOLUE mais avec une méthode différente, nouvelle  ( pour Nietzsche la science moderne n’a pas changé : elle pose la vérité comme un idéal, cf. Cours) mais limitée par le même fondement l’autorité.

Ligne 35, Russell souligne en effet que la différence entre science moderne et science médiévale concerne fondamentalement l’origine, le fondement de la vérité : autorité ( connaissance par ouïe-dire) ou observation ( connaissance par soi-même, objective que tout le monde peut faire) ?

La science médiévale est une science fondée sur l’autorité, celle d’Aristote ( à laquelle va s’opposer Galilée avec son principe d’inertie) qui fait pourtant de l’expérience le fondement même de la connaissance ( ce qui explique que la diversité des phénomènes observés – ex. le mouvement- ne le conduisent pas à des lois générales et à le conduisent à des erreurs – le gland tombe plus vite à cause de sa masse que la feuille de chêne). Cette autorité n’empêche pas les observations mais limite les conclusions, les hypothèse ( risque d’hérésie dont Galilée va être accusé!) et fait que finalement, on ne part pas de ce qui est observé pour en induire une théorie mais on part de la théorie d’Aristote pour en déduire ce que l’on observe.

La science moderne est elle fondée sur l’observation, sur les faits et rejette l’argument d’autorité.

On pourrait objecter ici à Russell que ce qu’oppose la science , ce n’est pas l’autorité et l’observation, mais l’autorité et la Raison.

En tout cas, par l’observation et les faits, la science a eu des « succès » ( amélioration des conditions de vie, confort et luxe, p 8 ) qui ont obligé la religion à trouver une stratégie face à cette perte du monopole de la vérité et à cette nouvelle conception de la vérité.

Ligne 61 à 71

Ce sont ces stratégies adaptatives que va examiner  Russell.

Elles sont au nombre de 2

  1. sur les points du texte, remis en question par la science, substituer à une lecture littérale ( à laquelle restent fidèles les créationnistes remettant en question la théorie de Darwin, la science restant parallèle à la religion et rejetée comme fausse) , une lecture allégorique ou figurative ( permettant de concilier 2 lectures et le concordisme).

    Donc poser dans le texte, deux lectures possibles, l’impossibilité de l’une ne compromettant pas la possibilité de l’autre. Cette liberté interprétative doit pour ne pas ébranler l’autorité de l’Église être autorisée par celle-ci, qui par là renonce en partie à son autorité. C’est ce que souligne Russell avec le protestantisme qui fait du fidèle et de l’interprétation de son « âme individuelle » le siège de l’autorité. On sait que ce transfert a été difficile à admettre historiquement ( la Réforme). Et que cette intrusion de la liberté d’interprétation est peut-être une des raisons qui font de la religion chrétienne , « la religion de la sortie de la religion », comme le dit Marcel Gauchet, instaurant la distance critique et l’examen de conscience, et par là le doute qui peut mettre en péril la foi et la soumission à une autorité extérieure, institutionnelle ( + homme au centre de tout).

  2. La seconde stratégie est celle qui consiste à séparer deux domaines : celui des faits et celui des valeurs et du sens, ou de laisser le soin à la science de répondre à la question du Comment ? et à la religion, les questions du Pourquoi ? et du Pour quoi ?

    Russell souligne cependant que cette adaptation remet en question l’autorité de l’Eglise fondée sur le présupposé d’une vérité UNE et ABSOLUE. D ‘où ses doutes «  il reste à savoir si elle y a réussi »

Ligne 72 à la fin

Il note pour conclure que si la religion comme institution peut souffrir et même disparaître face aux succès de la science, il y a un aspect de la vie religieuse qui lui ne peut en être affecté : c’est « l’état d’esprit religieux ».

Par là, il entend une certaine manière de penser la vie et ses buts.

On peut trouver cet état d’esprit  chez « les meilleurs parmi les saints et les mystiques » ( on pourrait voir ici un parallèle avec la distinction que fait Bergson entre la religion dynamique des mystiques et la religion statique de la masse des croyants. Voir Cours)

Cet état d’esprit se caractérise par un amour de l’humanité  et une foi en l’humanité et ses potentialités et son avenir.

S’il condamne les religions comme illusions et aliénation ( comme Marx, Nietzsche), il reconnaît qu’il y a quelque chose de bon dans cet état d’esprit ( = religion de l’homme qui pourrait être adopté par un libre-penseur!)

Russell fait l’hypothèse que cet état d’esprit pourrait survivre aux déclins des Églises ( bien qu’ayant été étroitement lié avec elles). On pourrait imaginer une foi sans credo parce que jugé sans fondement.

Russell souligne que l’abandon du credo est nécessaire pour comprendre le monde et que cette compréhension pourrait permettre une « véritable sagesse », auquel aspire cet état d’esprit religieux.

« The word God is for me nothing more than the expression and product of human weaknesses, the Bible a collection of honorable, but still primitive legends which are nevertheless pretty childish. » Einstein

Pourquoi je ne suis pas chrétien, Russell

Y a-t-il d’autres moyens que la démonstration pour établir une vérité?

I. Si on ne réduit pas la vérité aux vérités de la raison, dont le critère est la cohérence et le moyen de les établir, la démonstration ( raisonnement logico-mathématique), alors OUI, il y a aussi les vértités de faits et d’autres moyens d’établir la vérité d’un énoncé:  il y a  la monstration par la preuve expérimentale ou le constat dans le réalité pour les vérités de fait dont le critère est la correspondance entre l’idée et la réalité; il y a aussi l’intuition pour les vérités du coeur distinctes des vérités de la raison pour Pascal, dont le critère est l’évidence; ou encore l’épreuve du doute ( Descartes et le doute hyperbolique auquel résiste la certitude du cogito)

Mais ne peut-on pas douter de ces vérités et des moyens de les établir?

II. La démonstration reste le seul moyen certain d’établir avec certitude et solidité une vérité: car on peut remettre en question la valeur de la preuve expérimentale ( Popper) , sa réelle capacité à établir la correspondance entre la théorie et le réel ( Einstein et la métaphore de la montre), de même on peut douter de l’évidence sensible comme de la valeur des intuitions ( mieux vaut une bonne démonstration qui permet, elle , d’établir une vérité universelle ( tout esprit la reconnaît et y parvient).

Mais cette vérité est-elle aussi solide qu’elle paraît l’être?

III. la démonstration a ses limites: on ne peut tout démontrer, donc toute démonstration s’appuie sur du non-à-démontrer ou du non-démontré car indémontrable, donc la vérité établie est au mieux une vérité conditionnelle, relative aux postulats ou axiomes posés au départ; ensuite on peut penser que la démonstration est plus souvent un moyen d’exposer une vérité ( syllogisme) qu’un moyen de l’établir; de plus on n’est pas à l’abri d’un paralogisme; enfin ces vérités de la raison ne correspondent qu’à des relations entre les idées, mais ne préjugent pas du rapport entre celles-ci et la réalité. Or on peut penser que ce qui fait qu’un énoncé est vrai, c’est cette correspondance avec la réalité. Mais comme on l’a dit en II, cette correspondance est bien difficile à établir, à moins qu’on adopte la position de W.James ou de Russell pour qui la vérité est d’abord pragmatique ou technique, mais dans ce cas, c’est seulement l’épreuve de la réalité dans l’action qui permettra d’établir la vérité d’une théorie plutôt qu’une simple démonstration, même avantageuse pour la penser.

Donc la démonstration est un moyen de parvenir à des vérités de la raison, plus sûrs que ceux qui permettraient des vérités de fait, mais la démonstration ne peut établir que des vérités de la raison.

Peut-on préférer à l’illusion qui réconforte le savoir (la vérité) qui dérange?

Analyse du sujet et 2 plans possibles parmi d’autres:

Peut-on préférer l’illusion qui réconforte au savoir qui dérange?

à la vérité qui dérange?

  1. Est-il possible
  2. A-t-on le droit
  • en tant qu’être moral ( droit moral)
  • en tant que citoyen ( droit légal)
  • en tant qu’homme: être doué de raison et conscient ( droit naturel)
Se déterminer pour une personne ou une chose parce qu’on la juge meilleure, plus importante : une préférence est donc le CHOIX du meilleur. Le meilleur est « le plus bon », le bon est :

  1. ce qui nous procure un plaisir, ce qui est agréable ( mobile du choix : le désir comme recherche de plaisir)
  2. ce qui nous procure une satisfaction car utile, c’est-à- dire en accord avec notre nature ( motif du choix: la volonté comme recherche du bon)

Donc AGREABLE / BON:

– on peut désirer ce qu’on ne veut pas

– on peut vouloir ce qu’on ne désire pas

Une illusion est une croyance dérivée de:

  • notre ignorance ( l’illusion est aussi alors une erreur)
  • nos désirs ( l’illusion n’est pas nécessairement une erreur)

 

Le savoir s’oppose à l’ignorance et à l’erreur; savoir, c’est détenir une vérité, qui est l’accord entre l’idée et le réel.
 

Arguments pour un III si on arrive à montrer que ces présupposés sont critiquables

Un choix présuppose

  • deux termes différents ( sinon on choisit au hasard)
  • une connaissance des 2 pour pouvoir se déterminer ( sinon on choisit en aveugle)
  • la liberté de choix ( pas de nécessité, pas de devoir, pas de contraintes)
Le L’ présuppose que toute illusion est réconfortante. On présuppose aussi que tout savoir dérange

 

Plan 1

  INTRO :  1.Pouvoir, c’est d’abord avoir la possibilité. 2.Parmi celles-ci nous avons, semble-t-il, celle de préférer au savoir dérangeant, difficile à accepter, l’illusion et son confort. L’ignorance ou la fuite de la réalité a ses charmes, qui peuvent être des motifs pour les préférer à la vérité . Il est plus confortable par exemple de se croire immortel que d’être confronté à sa mortalité.3.Mais pouvoir, c’est aussi avoir le droit; et on peut penser que même si l’illusion est plaisante, s’en contenter c’est manquer de maturité, de lucidité et de courage. Cette faiblesse n’est peut-être pas en accord avec la noblesse qui pourrait être la nôtre en tant qu’homme. 4.Aussi on peut se demander si on peut vraiment préférer l’illusion qui réconforte au savoir qui dérange. 5. C’est donc de notre liberté face à la connaissance et la vérité dont nous allons traiter, est-elle limitée par des devoirs ou peut-on faire ce qui nous plaît. 6. Se poser cette question, c’est présupposer que nous avons le choix et que les termes du choix sont bien ceux-là. 7. Nous nous demanderons donc s’il est possible de préférer l’illusion, si on peut légitimement se contenter de ce choix et si ce choix nous est vraiment donner dans ses termes.

  I. Est-il possible de désirer l’illusion plutôt que le savoir ( ou la vérité)? OUI

( transition: tout ce qui est possible, n’est pas forcément légitime; ex.)

II. A-t-on le droit de choisir l’illusion plutôt que le savoir ( ou la vérité)?

En tant qu’être conscient, raisonnable, actif NON et ce serait un mauvais choix car l’illusion n’est pas bonne.

III. Mais a-t-on vraiment le choix entre les deux?

-quand on est dans l’illusion on ne le sait pas et on croit savoir, donc on ne peut pas juger si l’illusion est meilleure

– le savoir (ou la vérité) n’est peut-être qu’une illusion, on ne peut choisir qu’entre deux illusions

-on ne peut pas préférer l’illusion qui finit toujours par se dissiper, on n’échappe pas au savoir qui dissipe l’illusion ( sauf problème de la mauvaise) OU même avec le savoir, elle ne se dissipe pas ( mauvaise foi, désir plus fort que la raison)

-le choix proposé est discutable aussi car toute illusion n’est pas réconfortante, et tout savoir n’est pas dérangeant

Plan 2

INTRO : 1.Préférer, c’est face à un choix, se déterminer pour une chose ou une personne parce qu’on la juge meilleure ou plus importante que l’autre ou que d’autres. On peut associer le meilleur à ce qui est le plus plaisant, lez plus agréable, en somme le plus désirable pour nous. Car on désire ce dont on manque et ce qu’on se représente comme promesse d’un plaisir futur. 2.Dans ce cas , l’illusion réconfortante semble pouvoir être immédiatement préférable au savoir qui dérange. Mieux vaut prendre ses désirs pour des réalités que se confronter à la réalité frustrante ou pauvre. 3. Mais choisir le meilleur, c’est aussi et surtout vouloir pour nous ce qui est bon, c’est d’ailleurs parce qu’on juge l’agréable, bon , qu’on le recherche. Or l’agréable n’est pas nécessairement bon, comme le montre Socrate dans le Gorgias de Platon, avec l’exemple d’un malade qui refusant l’amertume d’un médicament au nom de l’agréable risque la mort, alors qu’il aspire comme tout homme à rester en vie, qu’il veut recouvrer la santé. Certes la vérité peut être dérangeante, mais elle est peut-être ce qui s’accorde avec ce dont nous avons besoin en tant qu’être raisonnable et conscient, et puis fuir la réalité n’est pas peut-être pas la meilleure solution pour la changer, l’améliorer. 4. Aussi on peut se demander si on peut vraiment préférer l’illusion qui réconforte à la vérité qui dérange. 5. C’est donc du problème de savoir ce qui est le meilleur pour nous, entre la vérité et l’illusion et donc ce qui nous définit entre nos désirs et notre raison.6. Nous nous demanderons donc si une préférence pour l’illusion n’est pas possible, si pour autant l’illusion peut devenir un véritable objet de notre volonté et si,enfin, nous avons le droit de réduire le bon à l’agréable en tant qu’homme.

  I. Est-il possible de désirer l’illusion plutôt que le savoir ( ou la vérité)? OUI, l’illusion est agréable

( transition: le choix du meilleur ne se réduit pas au plus agréable, l’agréable désiré n’est pas forcément le bon voulu)

II. Est-il possible de vouloir l’illusion plutôt que le savoir ( ou la vérité)? NON, l’illusion n’est pas bonne: elle détourne de la réalité ( et fait qu’on s’en contente), elle est contraire à la raison ( esclavage du désir ou de l’ignorance), elle ne provoque qu’une joie superficielle et précaire.

III. En a-t-on le droit? NON ( mais l’homme est un être déraisonnable et le savoir engendre le besoin d’illusion)

ES, 2010 :Une vérité scientifique peut-elle être dangereuse ?

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Le corrigé proposé gratuitement par le Webpédagogique le jour du bac:

Les notions au programme : La vérité, la raison et le réel, le bonheur.

La problématique :

Le sujet portait sur un type de vérité particulière : la vérité scientifique, ou plutôt « une » vérité scientifique. Qu’entend-on par « vérité scientifique » ? Toutes les vérités sont-elles scientifiques ? Qu’une vérité puisse être dangereuse peut sembler surprenant. Ce sont plutôt les actions qui sont habituellement considérées comme dangereuses, ou les erreurs. La vérité est d’ordinaire perçue comme ce qui permet à l’homme de ne pas errer. C’est plutôt l’erreur qui est jugée nuisible. En quel sens une vérité scientifique peut-elle être dangereuse ? De quel point de vue ? Pour qui ? Il est remarquable que les découvertes scientifiques qui remettaient en cause les dogmes religieux ont toujours été condamnées (la théorie de l’évolution de Darwin par exemple). Les hommes semblent préférer l’illusion que la vérité établie par la science. Quel est donc ce pouvoir des vérités scientifiques ?

Les difficultés / pièges à éviter :

Il fallait éviter de transformer la question en « est-ce bien de savoir la vérité ? » ou « la science est-elle dangereuse ? »

La difficulté de ce sujet était qu’il pouvait conduire les candidats à constituer un catalogue sur ce qui était dangereux, et à aligner des propos anecdotiques sans réelle articulation.

Attention à ne pas confondre application technique de la science et vérité scientifique.

Le sujet faisait allusion à Nietzsche et à sa critique de la vérité.

Les références pertinentes :

  • Descartes
  • Nietzsche
  • Freud
  • Platon

Le plan proposé :

I. Une vérité scientifique est une source de certitude, et de liberté pour l’homme
II. Mais une vérité scientifique peut être destructrice
III. Le danger, c’est de faire un usage dogmatique de la vérité scientifique Continue reading ES, 2010 :Une vérité scientifique peut-elle être dangereuse ?

L: La recherche de la vérité peut-elle être désintéressée?

Le corrigé :

Ce sujet interroge sur le rapport que l’homme entretient avec la vérité, la connaissance mais aussi son évolution. Dans l’Antiquité, la vie théorique contemplative étant présentée comme la vie la meilleure, la plus adéquate à notre nature d’homme.  Mais déjà à l’époque Epicure revendiquait que la vérité  ne valait pas pour elle-même mais « pour ses suites ».  On peut rechercher la vérité pour elle-même mais le fait-on ? L’intérêt se réduit-il à l’utilitaire ? Et ce qui nous intéresse à l’utile ? Et finalement cela pose-t-il vraiment problème que l’on cherche la vérité par intérêt ?

Un plan possible :

I. Il est possible qu’elle le soit
II . La recherche de la vérité est rarement désintéressée
III. L’utile ne se réduit pas à l’utilitaire

I. Il est possible qu’elle le soit

1. On peut rechercher la vérité pour la vérité. C’est l’idéal de la connaissance dans l’Antiquité : contempler les idées (theoria). Le savoir vaut pour lui-même et est préférable en soi à l’ignorance et l’illusion pour l’homme en tant qu’être de raison. C’est le cas du philosophe. Il désire la sagesse, le savoir, la vérité : aspiration à ce qui lui manque.

2. La vérité est une valeur comme le bon et le beau, valant pour elle même et donc désirable en soi.

3. La recherche de la vérité doit être désintéressée sans quoi on compromet de la trouver (condition d’objectivité et de rigueur).

Transition : mais de fait n’est-elle pas que  rarement désintéressée?

II. La recherche de la vérité est rarement désintéressée

Bien souvent la recherche de la vérité est utilitaire. S’il n’y a pas d’intérêt, comment se déterminer à vouloir accéder à la vérité? La volonté présuppose un choix et par là un jugement et une détermination.

1. L’homme ne peut pas agir sans intérêt( c’est par ailleurs ce qui compromet selon Kant l’existence d’un acte purement moral, la présence de ce « cher moi » que seuls des motifs pathologiques animent.)

2. La recherche de la vérité est utilitaire dans plusieurs domaines :

  • démarche scientifique « science d’où prévoyance ; prévoyance d’où action » (Auguste Comte). La science a cessé d’être une aventure de la connaissance pour devenir une aventure de puissance : « instrument à manipuler la matière » (Russell, Science et Religion).
  • démarche psychanalytique : mieux se connaître, c’est mieux être. Epicure se préoccupe moins de la vérité que de ses suites »
  • démarche historique : connaître le passé pour s’en libérer ou espérer mieux comprendre le présent, en peut-être même tirer des « leçons » de l’histoire, même si ce projet semble inadéquat au regard de la « primultimité » des évènements ou faits historiques.

3. Selon Nietzsche, « l’instinct de vérité » est partout le même. C’est le même « instinct de mort », contraire à la vie : religion, philosophie, science, sont dans la même logique : donner des points de repère, rassurer, poser un monde transcendant dévaluant confortablement le monde immanent. « La vérité » permet de nous cacher ce qui est : c’est une illusion nécessaire.

4. La recherche de la vérité est donc intéressée, d’où, d’ailleurs, la possibilité de se contenter du critère de vérité pragmatique de W. James : « est vrai ce qui permet de prévoir, d’agir efficacement », ou de la vérité technique selon Russell.

III. L’utile ne se réduit pas à l’utilitaire

1. Mais la recherche de la vérité peut aussi être inutilitaire et pourtant utile.

  • La vérité, bien que parfois difficile à entendre, est quelque chose de positif : confronter au réel…elle permet d’agir en conséquence ; satisfaction en tant qu’être de raison, même si en tant qu’être de désir, cela relève de la souffrance.
  • On ne peut vivre les yeux fermés, ou se laisser conduire par d’autres. L’homme se doit de développer conscience et connaissance.
  • La connaissance comme facteur de liberté et de Joie (Spinoza).

2. Le fait que la recherche de la vérité soit intéressée n’est pas nécessairement un obstacle pour l’atteindre. « L’objectivité est collégiale plutôt qu’individuelle, en science » (Popper). Si réellement il y a intérêt pour la vérité, souci du vrai, il y aurait aussi des exigences :

  • ne pas se contenter de ce qui avantage
  • se méfier de la crédulité
  • analyser en profondeur
  • analyse de Popper sur la vérification
  • vouloir que la théorie s’accorde pleinement avec le réel (Einstein et la montre fermée)

L’accord avec autrui est un critère suffisant de vérité ?

L’accord avec autrui est un critère suffisant de vérité ?

I. On peut penser que si ce qui est vrai doit l’être pour tous ( la vérité est absolue et universelle ou n’est pas), réciproquement, ce qui est vrai pour tous ne pourrait  que nécessairement être vrai :

– car les hommes ne peuvent pas croire ce qu’ils savent ne pas être vrai en tant qu’être rationnels

– l’accord avec l’esprit de l’autre peut être vu comme la « pierre de touche » de la vérité présente dans le mien : c’est le présupposé des dialogues de Platon ; on ne peut tenir comme recevable, vrai que ce que les deux interlocuteurs admettent après examen

– si  seul on peut être victime de sa subjectivité, l’inter-subjectivité peut être un gage d’objectivité : ce qui est commun à différents points de vue

– si autrui = spécialiste, alors on peut se fier à ce qu’ils posent comme vrai. C’est le cas de la vérité scientifique qui est admise par l’ensemble du corps scientifique.

II. Si l’accord commun est la conséquence du vrai ( comme l’évidence d’impose à tous) , l’accord commun n’est pas suffisant pour garantir de la vérité de ce qui est cru :

-Exemples nombreux de ceux qui ont défendu le vrai, seul contre tous..

l’homme n’est pas qu’un être de raison, c’est aussi un être de désir, capable dès lors de s’illusionner, donc la croyance commune n’est pas nécessairement vraie (allégorie de la caverne, manipulation idéologique, limite du paradigme en science…)

– la science avance en corrigeant des erreurs dues à différents facteurs, qui semblent être un moment nécessaire, pour être dépassé dans la conquête de la vérité

– ce qui compte ce n’est pas l’accord, mais les raisons de cet accord : d’où les autres critères : évidence, cohérence, correspondance

III. Mais ces critères sont-ils suffisants ? Limites des vérités formelles et matérielles.

Peut-on croire à ce que l’on sait ne pas être vrai?

I.vu ce qu’est croire et  la nature raisonnable et rationnelle de l’homme,  il semble difficile au même moment , dans une même conscience, de croire en une idée tout en sachant qu’elle n’est pas vraie, c’est-à-dire fausse.

En effet,

  1. croire, c’est être dans une attitude d’esprit qui affirme avec un degré plus ou moins grand de probabilité la réalité d’une chose ou la vérité d’une idée. Donc pour croire que la terre est ronde , il faut  penser que cet énoncé est vrai, donc  si je sais que ce n’est pas vrai, je sais que c’est faux , donc je ne peux pas considérer au même moment que c’est  faux , et  y croire c’est-à-dire  croire que c’est vrai.
  2. 2.       Et c’est d’autant plus difficile à concevoir que le savoir est une connaissance rationnelle obtenue soit par démonstration soit par observation et vérification expérimentale. Le savoir s’oppose à l’opinion qui est  soit résultat d’un raisonnement erroné ( aveuglé par la passion et l’intérêt, par ex.) , soit d’une erreur de perception ( allégorie de la Caverne de Platon, je crois ce que je vois et je me trompe), soit d’une absence de raisonnement ( je pré-juge avant même d’avoir jugé). Donc normalement le savoir doit l’emporter contre l’opinion et doit avoir plus de force de conviction même si l’opinion peut être très persuasive. Donc si je sais que c’est faux, je ne peux plus y  croire , ni être convaincu que c’est vrai  car je suis un être rationnel en tant qu’être pensant . Ma rationalité fait que je ne peux pas consciemment préférer l’infondé, l’irrationnel, le faux au démontré, prouvé et vrai. En tant qu’être rationnel, je veux raisonnablement le vrai.
  3. Consciemment, je ne peux croire au faux si je sais que c’est faux , car cela reviendrait à se mentir à soi-même OR comme le montre Sartre , cela présupposerait que je sois double ( une partie sachant le vrai menteuse et une partie ignorante trompée) or je suis une seule et même conscience transparente à elle-même. Donc si je crois à ce que je sais ne pas être vrai , c’est en fait  soit sans y croire vraiment ( car je sais que ce n’est pas vrai), soit sans savoir vraiment si c’est vrai dc j’ai un doute dc j’y crois car finalement je ne suis pas sûr qu c’est vrai. Dc soit je sais et je ne peux pas croire le contraire, soit je crois car je ne sais pas.

 

Transition : pourtant la mauvaise foi, ça existe ( même si théoriquement c’est impossible !) , on a vu dans l’histoire de la science des préjugés résister à des preuves ( Galilée, Copernic, Darwin), alors comment expliquer cette croyance paradoxale, illogique et contraire à la nature de l’homme ?

 

II. Cela s’explique  :

  1. 1.       par la nature de l’homme. Il n’est pas simplement un être de raison , c’est aussi un être de désir. Donc si en tant qu’ être rationnel il cherche la vérité, en tant qu’être de désir il cherche le bien-être, le bonheur. Or la vérité peut faire mal et renvoyer à une réalité douloureuse. Et en ce sens il a besoin d’illusion. Comme le dit Freud,   « une illusion n’est pas la même chose qu’une erreur … Ce qui caractérise l’illusion , c’est d »être dérivée des désirs humains ». Et , il illustre cela par l’illusion religieuse correspondant à un besoin archaïque enfantin de se sentir aimé et protégé contre le monde extérieur (injuste) et contre soi (pulsions du ça) qui résiste à l’absence de preuve de l’existence de Dieu ou même à la démonstration par la science de la fausseté de certaines explications divines ( création du monde, la réalité physiologique de la mort…). Dc le fond de la croyance est  d’ordre psychologique ( détresse, peurs..) ou matérielle (souffrance , misère … « la religion est l’opium du peuple » pour Marx. Aussi « vouloir  détromper les hommes c’est attenter à leur bonheur » comme le soulignait Rivarol, d’où la résistance de la croyance face au savoir.
  2. 2.       par les limites du savoir.

A. Ce n’est pas parce que je sais qu’une idée n’est pas vraie qu’elle est pour autant fausse, ce n’est pas parce que je sais qu’une chose n’est pas réelle qu’elle est pour autant irréelle.

  • En effet, si par vrai, j’entends observé et vérifié, l’absence d’observation ne suffit pas pour pouvoir déclarer que la chose n’existe pas ou que l’idée est fausse . Il se peut que la chose n’est pas encore été observée ou échappe à toute observation (ex. Dieu est partout donc nulle part visible). Donc  je peux croire à ce que je sais ne pas être prouvé car ce n’est pas forcément irréel pour autant.
  • Si par vrai, j’entends non rationnellement démontré, ce qui n’est pas démontré  n’est pas non plus forcément faux. Cela peut être au-delà ou en-deçà de toute démonstration. Dieu se sent, selon Pascal, il s’éprouve et ne se prouve pas. Les vérités intuitives du Cœur s’imposent et l’absence de démonstration prouve plus les limites de la raison , son impuissance que la fausseté de ses vérités. Pour Descartes, Dieu c’est la perfection, et l’homme imparfait est incapable de la penser ,cela ne remet pas pour autant en question sa nature, son idée et sa vérité. Donc je peux croire à ce que je sais ne pas être démontré, mais que je sens comme étant vraie.

                    B. Il peut même être rationnel de croire en quelque chose qui n’a pas été prouvé ni démontré : le pari de Pascal.

                   C. ce n’est pas parce que je sais qu’une chose n’est pas vraie (au sens de vérité absolue et universelle) que pour autant cette chose n’est pas digne de confiance et de croyance

  • Une théorie « corroborée » n’est pas « vraie » (au sens de totalement prouvée) mais elle est probable et donc je peux y croire comme en quelque chose de possible et de fiable
  • Une théorie n’est pas vraie au sens classique ( en accord avec les faits, le réel) , mais elle peut être « vraie » au sens de « vérité pragmatique » selon William .James ou de « vérité technique » de Bertrand Russell. Et la théorie du non-miracle de Putnam donne des raisons d’y croire avec une certaine confiance.

 

 

Conclusion : Donc aussi illogique et inattendu que cela puisse paraître,  je peux croire en ce que je sais ne pas être vrai, vu que l’homme a un besoin d’illusion en tant qu’être de désir , vu les limites de son  savoir et vu que ce qui n’est vrai n’est pas forcément faux et donc incroyable pour autant. Peut-être sommes-nous  d’ailleurs condamnés à ne croire que ce qu’on sait ne pas être vrai de manière absolue , mais vrai seulement de manière provisoire et pratique.

 

Séries techno. Peut-on être sûr d'avoir raison?

Problématique : avoir raison, c’est être dans le vrai ( vérité absolue) ou être dans quelque chose de plus vrai, de plus vraisemblable  que l’autre, avoir moins tort ( vérité relative) et l’idée d’être sûr ; c’est l’idée que notre jugement nous apparaît comme étant suffisamment solide pour que nous en soyons convaincus subjectivement et objectivement. Cela invite donc à penser les critères de vérité sur lesquels nous nous appuyons pour avoir ce sentiment de conviction et de vérité.

On peut aussi utiliser les deux aspects de « peut-on » est-il possible et est-ce légitime pour construire les I et II.

Plan possible :

I.              Oui, il semble tout à fait possible d’être sûr d’avoir raison

          A.  parce qu’on sait des choses que ce savoir soit innée ou acquis : on se prononce alors sur des questions qui sont comme on dit de notre domaine, nous concerne directement ( je sais qui je suis, ce que je veux ou ne veux pas)

          B. ce savoir donne le sentiment d’avoir raison : des preuves, des démonstrations, des évidences, le témoignage de ceux qui savent ( argument d’autorité),

 

II.             Mais ce sentiment de conviction peut ne pas être légitime et donc on ne  peut être sûr d’avoir raison dans le sens d’être dans le vrai ( absolu)

          C. il peut y avoir de fausses évidences et une ignorance ignorée ( on ne sait pas qu’on est au fond de la caverne)

          D. en ce qui concernent les jugements de vérité,  les critères de vérité les plus solides sont la correspondance et la cohérence, or la cohérence  ne permet d’établir qu’une vérité formelle et conditionnelle ET le critère de la correspondance peut être aussi discutable : à quoi correspond au juste une théorie par définition générale, universelle alors que chaque fait est particulier et qu’on est jamais sûr que la théorie corresponde parfaitement à la réalité ( Einstein, Platon, Hume, Popper). En ce qui concerne l’expérience, comme pouvoir tirer pas induction des lois générales de situations particulières vécues.

          B. en ce qui concerne les  jugements de valeurs, difficile d’être certain d’avoir raison : le seul étalon étant la raison qu’il est difficile d’entendre, car il est difficile de se défaire de ses intérêts ( constat qui amène John Rawls à une justice procédurale, et à celle du voile d’ignorance)

          A. l’absence de doute n’est pas une garantit de vérité : on confond parfois vérité et illusion qui ne repose que sur la force de nos désirs, de nos habitudes, de nos intérêts.

III.            Non seulement, on ne peut jamais être sûr d’avoir raison, mais le sentiment d’avoir peut même être un obstacle à la découverte de la vérité, c’est ce que souligne :

          A. Bachelard avec l’idée de « catharsis intellectuelle et affective » qui doit préluder toute recherche de la vérité, où il faut précisément se débarrasser de tout ce qu’on croit savoir

          B. Alain pour qui « penser n’est pas croire », il ne faut jamais penser avoir raison ni avant, ni pendant, ni  après. La science doit rester ouverte à la critique

          C. recherche de la vérité, de l’absolu, une quête sans fin qui nous condamne à ne jamais nous contenter de ce qu’on pense être vrai.