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La science en 3 idées clefs

La science  en 3 idées clefs

 

On peut définir une science comme l’étude d’un objet particulier qui la définit (ce qui fait qu’il n’y a a pas la science mais des sciences du vivant, de la physique..) selon une méthode particulière  ( qui implique une certaine  théorie de la connaissance) avec une exigence commune (pour le scientifique est seul vrai, ce qui a été vérifié et prouvé ET il ne peut parvenir à une connaissance sans rigueur ni méthode) et un présupposé commun ( le réel est intelligible) dans le but désintéressé d’expliquer l’objet étudié, c’est-à-dire d’identifier des causes, de relations invariables de cause à effet, des lois.

1. On pense qu’en science, « l’expérience est reine », ce qui permet de croire en ces théories.

On pense cela  parce que la science a renoncé

– à la question métaphysique pourquoi? (Causes premières et les fins dernières) au profit de la seule question comment? Elle cherche seulement objectivement à rattacher les phénomènes observables entre eux par des relations invariables ( lois)

– aux explications finales, à la magie (action de l’esprit sur la matière et de causes surnaturelles, extra-mécaniques)  Elle ne cherche que des causes naturelles et rationnelles.

– à tout expliquer : elle se contente donc d’étudier les phénomènes observables et d’en dégager les relations invariables de cause à effet

– elle s’appuie sur l’expérience comme observation et comme expérimentation, et elle dépasse et critique l’expérience ordinaire qui est qualitative, singulière et qui en reste aux apparences et n’offre qu’une diversité.  Les sciences vont  traduire les qualités en quantités (elle mathématise son objet) , chercher  l’unification rationnelle de la diversité empirique et parfois distinguer vécu et réel.

On pense cela parce qu’Aristote a été avant Galilée la référence (de l’autorité de l’Eglise) en science. Aristote a placé l’expérience au cœur de la science (par opposition à Platon). Même s’il admet qu’il ne peut y avoir de science du singulier, l’expérience engendre chez l’homme l’art et la science car  au travers des souvenirs, elle donne par sa variété une conception universelle sur un ensemble de réalités comparables. Par conséquent l’art ajoute l’universalité à la singularité de l’expérience. Epicure, Locke et Hume sont des empiristes partant du principe que la connaissance vient seulement par impression, induction, généralisation de l’expérience ( avec certitude mais aussi avec des limites) .

  MAIS on peut démontrer aisément que si « toute notre connaissance débute par l expérience, cela ne prouve pas qu’ « elle dérive toute de l expérience » selon Kant, car si sans intuitions sensibles (expérience) qui offre la MATIERE de la connaissance, les concepts sont vides et creux ( simple idée ou postulats) MAIS  sans concepts, sans théorie, les intuitions,  sont aveugles et ne disent rien, la MATIERE n’a pas  de FORME.

       DONC  l’empirisme (théorie selon laquelle toute notre connaissance dériverait de l’expérience, selon laquelle il suffirait de bien observer, d’accroître l’efficacité du regard pour que la nature dévoile ses lois.) est insuffisant, stérile et impossible CAR  il n’y a de fait scientifique que s’ il y a déjà théorie, question, hypothèse, les instruments de mesure et d’observation utilisés étant eux-mêmes des « théories matérialisées »

         En effet, comme le dira Claude Bernard « une simple constatation des faits ne pourra jamais constituer une science ». L’observation est toujours particulière et passive. « les sens ne donnent jamais que des exemples, c »est-à-dire des vérités particulières et individuelles » , selon Leibniz. Il y a « fait scientifique » que s’il y a « observation polémique » selon Bachelard. Comme le dit R. Thom « toute expérience est réponse à une question et si la question est stupide , il y a peu de chances que la réponse le soit moins ». Comme le dit Einstein , « les concepts physiques sont des créations libres de l’esprit » et le scientifique se doit d’être « ingénieux » pour découvrir uniquement au mouvement des aiguilles et au tic tac, le fonctionnement du boitier fermé qu’est l’univers.)

DONC en science ce qui semble prévaloir ce n’est pas l’observation , certes importante, mais la théorie qui vient décider, orienter et guider l’observation. Les faits ne parlent pas d’eux-mêmes, ne sont pas donnés, « les faits sont faits » , comme disait Poincaré. Reconnaître  cela, c’est reconnaître ce que Kant a appelé dans la critique de la raison pure  «  la révolution copernicienne de la science ». De la même manière que Copernic a montré que  le soleil, et non la terre, est le centre du système ; le centre de la connaissance est le sujet connaissant. C’est lui qui par sa raison  produit des « expériences abstraites » inobservables dans la nature ( ex. le plan incliné de Galilée pour un mouvement rectiligne et uniforme) qui « prolonge » et éclaire le réel. C’est lui qui «  prend les devants » et « force la nature » à répondre à ses questions. Le scientifique est un activiste, « un  essayeur » ; Il n’observe pas passivement  la nature.

Galilée est la référence de la science moderne : « le grand livre de la nature est écrit en langage mathématique » même si ce n’est pas ce que montre l’expérience s’en tenant aux apparences. Ce sont le modèle rationaliste, la méthode hypothético-déductive, la méthode expérimentale   qui se sont imposés.

2. on pense que la science détient le monopole de la vérité et que ses vérités sont absolues et sûres car vérifiées.

  MAIS on peut reconnaître que la preuve expérimentale a ses limites : celles des instruments, celles des connaissances et du paradigme (Théorie de Kuhn), d’un système ( on ne peut vérifier une théorie seule , indépendamment d’un système théorique, donc l’expérimentation ne nous dit pas ce qui est vrai ou faux dans le système mais seulement qu’il y a du vrai ou une erreur ( théorie holiste de la connaissance – Duhem – Quine)  , celles de l’expérimentation qui ne peut être que particulière ( impossible de vérifier expérimentalement une théorie qui est une loi universelle de la nature, argument de Popper)

            On peut aussi reconnaître que la vérité en science est relative au temps et que la science progresse par correction d’erreurs successives. Ce qui interdit de parler de vérité en science si la vérité doit être absolue et si elle doit être pensée sur le modèle d’une copie du réel ou d’une correspondance avec l’essence même du réel, car comment être sûr que le réel est rationnel ( même si ce postulat rend possible l’action, la technique). « Science d’où prévoyance ; prévoyance d’où action » disait Comte.

3. Si on confond souvent les sciences et la technique (on accuse souvent à tort les scientifiques d’applications techniques dangereuses), s’il est vrai que les premiers mathématiciens furent des arpenteurs ,l’arithmétique semble issue des nécessités du commerce, s‘il est vrai que depuis Descartes, les sciences ne sont plus à nouveau que spéculatives, théoriques mais offre la perspective d’une maîtrise technique  de la nature ( « comme maîtres et possesseurs de la nature »,  ce sont plutôt les échecs de la technique qui suscitent une réflexion scientifique, que ses réussites, qui empêchent qu’on se pose des questions plus avant et  les sciences, quoiqu’elles servent les techniques et s’en servent répondent pour nous avant tout à une simple  curiosité intellectuelle désintéressée. Les sciences seraient une aventure désintéressée de la connaissance, de la théorie (étymologiquement contemplation), qui s’opposerait à la volonté de domine et de transformer la matière propre à la technique.

  MAIS  on peut penser que la science est devenue un simple « instrument à dominer la matière » selon l’expression de Russell, non seulement parce qu’elle est soumise au milieu technique mais aussi parce qu’elle doit renoncer ou se résoudre à une vérité peut-être relative et pragmatique. C’est la conception pragmatique  de la vérité de W. James  (1842-1910 ) en rupture avec la conception traditionnelle de la vérité.  « Le vrai consiste uniquement dans ce qui est avantageux pour la pensée » et chaque action, chaque résolution de problème  que permet la théorie, la loi scientifique vienne en un sens corroborée celle-ci ( même si on ne peut être pleinement sûr que c’est une loi du réel en soi)

Le langage en 3 idées clefs

Le langage en 3 idées clefs

On associe spontanément 1) le langage à toute forme de communication, on pense spontanément 2) que les mots ne sont que des enveloppes permettant de transmettre à autrui nos pensées et enfin 3) qu’une langue n’est qu’un étiquetage du réel variant d’une langue à une autre.

MAIS 

1) si tous les êtres vivants communiquent (transmettent et comprennent des messages), seuls les hommes parlent, ont un langage.

On peut définir le langage comme une fonction d’expression de la pensée et de communication entre les hommes, mise en oeuvre au moyen d’un système de signes vocaux (parole) ou/et graphiques (écriture), ordonnés selon des règles (grammaire).  Une communication animale se fait au moyen d’un code de signaux.

Communication animale (langage des abeilles étudié par Karl von Frisch, 1965) Langage humain
Signal relie « un fait physique à  un fait physique par un rapport naturel ou conventionnel » « le signe linguistique unit non une chose et un nom, mais un concept et une image acoustique » Ferdinand de Saussure( 1857-1913) ; union conventionnelle immotivée (Hermogène contre Cratyle dans le Cratyle de Platon)  entre une réalité psychique (son perçu/ SIGNIFIANT) et une autre réalité psychique (un sens, un SIGNIFIE, un concept, qui présuppose la capacité de se représenter quelque chose non sous la forme d’une image particulière mais d’une idée générale
Il exige pour être compris un système sensori-moteur en éveil et de la mémoire (lien appris) ou un instinct.

 

 Un animal comprend un signe comme un signal.

 

 Un signal provoque une REACTION

Il exige pour être compris une faculté symbolique ou représentative, capacité de construire une représentation, de se rendre présente une chose malgré son absence et par-delà sa particularité, sous forme d’une idée ( travail d’abstraction).

Un signe renvoie à une SIGNIFICATION.

Animal emprisonné dans son univers environnant, parmi les choses ; fusion d’où confusion, prisonnier de l’immanence, dominer par le monde Distance grâce au signe qui vient entre le sujet et l’objet, l’homme vit dans un monde de significations, avec un écart, une représentation ( avec sa logique) + verbe créateur ( réalité absente mais présente par les mots, remplace les choses, les expériences par leur évocation) d’où BIG BANG CULTUREL
 Fixité du contenu ( finalité biologique) Contenu illimité. On peut tout évoquer

6 fonctions du langage : expressive, impressive, métalinguistique, phatique, poétique et référentielle

Invariabilité du contenant, message stéréotypé, indécomposable « arranger ensemble diverses paroles » Descartes, de manière illimitée grâce à une double articulation ( monèmes ou morphèmes  –éléments significatifs de base – de phonèmes qui permettent de former les monèmes )
Communication ni libre, ni volontaire (cause : stimuli, une passion, soumission à l’impression ; pas de dialogue Prise de parole libre, liberté de se taire, de parler pour ne rien dire, pour faire entendre sa pensée, « composer un discours qui fasse entendre sa pensée » Descartes
 

Limites de la maîtrise des signes du langage humain par les animaux comme le BONOBO Kanzi

Un organe mental « la grammaire universelle » CHOMSKY qui fait de la parole une performance par rapport à une compétence innée.

 

2) Les mots/signes permettent de communiquer notre pensée ; ils en sont l’enveloppe (rapport d’extériorité). C’est la thèse de Hobbes : «  L’usage général de la parole est de transformer notre discours mental en discours verbal, et l’enchaînement de nos pensées en un enchaînement de mots ; et ceci en vue de deux avantages : d’abord d’enregistrer les consécutions de nos pensées ; celles-ci, capables de glisser hors de notre souvenir et de nous imposer ainsi un nouveau travail, peuvent être rappelées par les mots qui ont servi à les noter ; le premier usage des dénominations est donc de servir de marques ou de notes en vue de la réminiscence. L’autre usage consiste, quand beaucoup se servent des mêmes mots, en ce que ces hommes se signifient l’un à l’autre, par la mise en relation et l’ordre de ces mots, ce qu’ils conçoivent ou pensent de chaque question, et aussi ce qu’ils désirent, ou qu’ils craignent, ou qui éveille en eux quelque autre passion. Dans cet usage, les mots sont appelés des signes. »  MAIS on peut penser que les mots et la pensée entretiennent un rapport d’intériorité. Le langage serait la faculté indispensable pour la pensée et la conscience de soi

Le langage serait une condition suffisante (Descartes) ou nécessaire de la pensée. Dire je, identité narrative comme condition de la conscience de soi. La pensée est un «discours silencieux que l’âme se tient tout au long à elle-même » selon Platon. Hegel confirme cela en disant que “vouloir penser sans les mots est une entreprise insensée”. Contrairement à ce que l’on croit la pensée la plus haute, la plus élaborée n’est pas celle qu’on ne peut exprimer. En général ce qu’on n’arrive pas à dire clairement, c’est ce qu’on ne pense pas non plus clairement. Faire un effort pour exprimer ce qu’on pense dans une langue accessible, c’est faire un effort pour clarifier sa pensée, la préciser. La pensée a aussi besoin des mots pour être consciente d’elle-même, les mots l’objectivent, lui donnent une existence matérielle qui nous permet d’en prendre conscience car elle devient objet pour un sujet et de se préciser. Les mots «  sont des sources de concepts » et permettent d’organiser le monde en catégories conceptuelles, donc de le penser. Et sans les mots pas d’idées générales :  « il faut donc énoncer des propositions, il faut donc parler pour avoir des idées générales ; car sitôt que l’imagination s’arrête, l’esprit ne marche plus qu’à l’aide du discours” selon Rousseau dans Le discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes. Le langage serait donc indissociable du développement des facultés proprement humaines, de la transmission de la culture dont la langue est un élément essentiel. Exemple : Les enfants sauvages, privés de langage, donc privés d’un développement intellectuel normal.

  Si le langage est la condition de la pensée, en tout cas générale et abstraite, elle peut aussi conditionner la pensée. EX : 1984 de G.Orwell (service du dictionnaire charger pour faciliter la révision de l’histoire et empêcher toute pensée hérétique de « tailler jusqu’à l’os » la langue en créant  la Novlangue ;  la lutte politique est d’abord une lutte sémantique ; “Discours est tyran” selon le sophiste Gorgias, celui qui a le pouvoir des mots et sur les mots a le pouvoir tout court.

3) On pense qu’une langue est un étiquetage du réel, passer d’une langue à une autre c’est passer d’une nomenclature à une autre, problème tout relatif de la diversité des langues. MAIS on peut plutôt soutenir qu’une langue est un découpage du réel dépendant de et impliquant une certaine représentation du réel. Du coup, « nous habitons notre langue » ( Martinet) , nous pensons le monde à travers elle., à travers ce découpage qui est UTILITAIRE ( thèse de Bergson : « Nous nous mouvons parmi des généralités et des symboles, comme en un champ clos où notre force se mesure utilement à d’autres forces ; et, fascinés par l’action, attirés par elle pour notre plus grand bien, sur le terrain qu’elle s’est choisi, nous vivons dans une zone mitoyenne entre les choses et nous, extérieurement aux choses, extérieurement aussi à nous-mêmes.“  Le rire; au lieu de dissimuler les apparences (« Le mot, qui ne note de la chose que sa fonction la plus commune et son aspect banal, s’insinue entre elle et nous, et en masquerait la forme à nos yeux si cette forme ne se dissimulait déjà derrière les besoins qui ont créé le mot lui-même » Bergson), il peut en rester aux apparences et ne pas désigner les essences ( Cratyle de Platon) , traduire une manière de voir par une grammaire qui détermine en retour notre manière de voir et de penser, une métaphysique.  Selon la thèse SAPIR et WHORF la langue commande notre vision du monde et fait de l’épisode de la Tour de Babel, une véritable tragédie. ( ex. Descartes , victime de la grammaire ; une langue amérindienne où pas de noms communs, poisson = « ça poissonne », activité et non une substance.)

Les échanges en 3 idées clefs

 Les  échanges en 3 idées clefs

A partir de  ce texte de Montesquieu , on peut dégager une définition des échanges économiques et 3 idées principales:

1. l’échange économique ne crée pas un lien mais simplement des rapports, conséquence du croisement d’intérêts particuliers; d’ailleurs il n’existe que parce que le partage et la solidarité des communautés n’est plus.

2. l’échange économique peut avoir pour moyen l’argent ( la monnaie rendant commensurables des biens différents) qui en devenant sa fin, le tue

3. le commerce  n’est pas seulement un fait, c’est aussi un esprit qui peut finir par corrompre les esprits

«  Le commerce guérit des préjugés destructeurs ; et c’est presque une règle générale que, partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce ; et que, partout où il y a du commerce, il y a des?mœurs douces.???Qu’on ne s’étonne donc point si nos mœurs sont moins féroces qu’elles ne l’étaient autrefois. Le commerce a fait que la connaissance des mœurs de toutes les nations a pénétré partout : on les a?comparées entre elles, et il en a résulté de grands biens.???On peut dire que les lois du commerce perfectionnent les mœurs ; par la même raison que ces mêmes lois perdent les mœurs. Le commerce corrompt les mœurs pures ; c’était le sujet des plaintes de?Platon ; il polit et adoucit les mœurs barbares, comme nous le voyons tous les jours.

  L’effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes : si l’une a intérêt d’acheter, l’autre a intérêt de vendre ; et?toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels.???Mais si l’esprit de commerce unit les nations, il n’unit pas de même les particuliers. Nous voyons que, dans les pays où l’on n’est affecté que de l’esprit de commerce, on trafique de toutes les?actions humaines, et de toutes les vertus morales ; les plus petites choses, celles que l’humanité demande, s’y font, ou s’y donnent pour de l’argent.???L’esprit de commerce produit dans les hommes un certain sentiment de justice exacte, opposé d’un côté au brigandage, et de l’autre à ces vertus morales qui font qu’on ne discute pas toujours ses?intérêts avec rigidité, et qu’on peut les négliger pour ceux des autres.???La privation totale du commerce produit au contraire le brigandage, qu’Aristote met au nombre des manières d’acquérir. L’esprit n’en est point opposé à de certaines vertus morales : par exemple,?l’hospitalité, très rare dans les pays de commerce, se trouve admirablement parmi les peuples brigands ». Montesquieu, L’esprit des lois, 1748

L’étymologie latine du mot cambiare indique le principe d’un rapport de réciprocité entre des parties. Cambiare c’est « donner ou céder à quelqu’un quelque chose contre quelque chose ».  On appelle marchand tout échange dont l’un des termes est un service rendu ou une propriété, autre qu’une quantité de monnaie; et l’autre terme est, en contrepartie, une quantité de monnaie ou une autre propriété ou un service rendu.

 

+

 

« Ce qui donne naissance à une cité, c’est, je crois, l’impuissance où se trouve chaque individu de se suffire à lui-même, et le besoin qu’il éprouve d’une foule de choses » Platon, République, Livre II  

+ division du travail primitive en métiers

« La division du travail […] est la conséquence nécessaire […] d’un certain penchant naturel à tous les hommes […] : c’est le penchant qui les porte à trafiquer, à faire des trocs et des échanges d’une chose contre une autre. » Adam Smith,

 

Si l’échange est la condition de toute association, il ne peut  suffire à constituer une cité, qui ne vise pas que la survie matérielle mais un idéal.

De même que l’objet marchandise est  « coupé » de son propriétaire à partir du moment où il est offert à la vente ( prêt à s’en séparer)  de même l’échange marchand est « coupé » de tout autre rapport pouvant exister entre les échangistes.

 

Les échanges économiques et marchands ne suffisent pas à constituer une société, il faut leur ajouter toute une dimension culturelle, symbolique et politique.

Il faut ajouter un échange de biens d’un autre ordre (ayant de la valeur et pas seulement un prix) : échanges affectifs (gestes, sourires, amitié) et symboliques (paroles, respect, signes.)

 

Pour Durkheim, la division du travail et l’échange sont donc aussi le fondement de la société – c’est-à-dire du passage de la communauté (relation étroite entre individus, solidarité mécanique par ressemblance et proximité) à  la société (une solidarité organique : la cohésion résulte de la différenciation, comme pour les organes d’un être vivant ; avec rupture du lien social quand communauté trop nombreuse).

    Pour que l’individu devienne un sujet économique, les individus doivent se poser comme étrangers les uns aux autres. Dans une communauté, ce qui fait lien social, c’est le statut, dans une société, c’est  le contrat qui exige de penser l’homme comme une personne ayant, théoriquement, une existence antérieure au social : fin d ‘un ordre holiste, les individus entrent en rapport les uns avec les autres, non pas pour sacrifier leurs droits naturels mais pour les sauvegarder.

+ Le développement du commerce et l’idée moderne de liberté sont intimement liés.

 

+ ouverture sur d’autres sociétés : l’échange économique est l’occasion de découvrir d’autres  cultures.

 

 

 

+ facteur de  paix  (CECA par exemple)

 

« Il commence là où les communautés finissent, à leurs points de contact avec les communautés étrangères ou avec des membres de ces dernières communautés » Marx, Le Capital, Livre I, §I

L’échange économique présuppose la fin du partage des fruits d’un travail collectif où chacun effectue sa part (corvée, tribut) et où il y a redistribution. C’est ce qui caractérise les sociétés archaïques hiérarchisées, où les notions de contrat, de propriété privée, d’individu comme personne privée n’existent pas.  : « Pour que l’aliénation soit réciproque, il faut tout simplement que des hommes se rapportent les uns aux autres, par une reconnaissance tacite, comme propriétaires privés de ces choses aliénables et, par là même, comme personnes indépendantes » (Marx)

Le marché s’installe donc sur une autonomisation de l’économique par rapport au social, fin de la société traditionnelle holiste.

 

 

 PB : « Au lieu que l’économie soit encastrée dans les relations sociales, ce sont les relations sociales qui sont encastrées dans le système économique. »

Karl Polanyi, La Grande transformation

PB : si on s’ouvre sur d’autres sociétés, fin de la communauté et liens qui ne durent que le temps de l’échange. « Si l’intérêt rapproche les hommes ce n’est jamais que pour quelques instants ; il ne peut créer entre eux qu’un lien extérieur. Dans le fait de l’échange, les divers agents restent en dehors les uns des autres, et l’opération terminée, chacun se retrouve et se reprend tout entier. » Durkheim, de la division du travail

PB : la paix n’est-elle que l’absence de conflits, contraires à l’intérêt privé ?

 

L ‘échange économique est fondé sur le besoin et l’intérêt de chaque partie.

 

 

 

 

 

 

 

 

L’échange économique présuppose une stricte égalité entre ce qui est donné et ce qui est reçu (« un certain sentiment de justice exacte » Montesquieu)

 

L’échange économique condamne le vol (le brigandage) et l’usure et valorise le travail car ce qui fait la valeur d’une marchandise c’est sa valeur d’usage (utilité et rareté du produit) et sa valeur d’échange (= la quantité de travail nécessaire à sa production – sans quoi il y aurait avantage à produire soi-même ou à faire produire la marchandise plutôt qu’à l’acheter).

« Le travail est donc la mesure réelle de la valeur échangeable de toute marchandise. Le prix réel de chaque chose, ce que chaque chose coûte réellement à celui qui veut se la procurer, c’est le travail et la peine qu’il doit s’imposer pour l’obtenir. (…) Ce qu’on achète avec de l’argent ou des marchandises est acheté par du travail, aussi bien que ce que nous acquérons avec la sueur de notre front. Cet argent et ces marchandises nous épargnent, dans le fait, cette fatigue. Elles contiennent la valeur d’une certaine quantité de travail, que nous échangeons pour ce qui est supposé alors contenir la valeur d’une quantité égale de travail. Le travail a été le premier prix, la monnaie payée pour l’achat primitif de toutes choses. »

Adam Smith

 

     La monnaie a été instituée pour rendre des choses différentes (sans quoi il n’y a pas de raisons d’échanger) commensurables. L’argent est le moyen d’égaliser l’échange.

 1)  « Sur un marché, ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme ; et ce n’est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c’est toujours de leur avantage. »  Adam Smith (1723-1790)

PB : Même si les vices privés contribuent au bonheur public (théorie de la main invisible de Smith: “Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent d’une manière bien plus efficace pour l’intérêt de la société, que s’il avait réellement pour but d’y travailler.” ) l’économie n’a plus de comptes à rendre ni à la morale ni à la religion, droit d’ignorer le désintéressement, la possibilité du sacrifice, du don de soi, l’amour de l’humanité, la générosité…

PB : peut-on sortir de la logique de l’échange ?  Le don ?  Contre-don attendu ou sentiment d’obligation chez le receveur ? « Donner est une supériorité. » Victor Hugo

2)  PB : la morale n’exige –t-elle pas que parfois l’on renonce à ce qui nous est du ? Idem pour l’équité ?

 

 

3) PB : D’étalon de l’échange, sur le marché livré à la liberté (fin des échanges traditionnels où la valeur d’usage prédomine), le travail devient lui-même une marchandise (« Le travail ne produit pas que les marchandises ; il se produit lui-même et produit l’ouvrier en tant que marchandise »). Et comme la valeur d’échange l’emporte et dépend aussi de la comparaison avec d’autres produits (« La dépréciation du monde des hommes augmente en raison directe de la mise en valeur du monde des choses. » Marx), de l’offre et de la demande, la valeur d’échange finit par l’emporter sur la valeur d’usage,  le travail de l’ouvrier est alors acheté en dessous de sa valeur d’usage, d’où plus-value et exploitation et dévalorisation du travail

Tout semble pouvoir devenir marchandise. « Nous voyons que, dans les pays où l’on n’est affecté que de l’esprit de commerce, on trafique de toutes les?actions humaines, et de toutes les vertus morales ; les plus petites choses, celles que l’humanité demande, s’y font, ou s’y donnent pour de l’argent.? » Montesquieu

On ne voit plus nécessairement les choses pour ce qu’elles sont mais pour ce qu’elles valent. « Je dépense donc je suis » Beigbeder dans 99 fr.

Apparaît aussi ce que Marx appelle le Fétichisme de la marchandise, on a l’impression que la marchandise a de la valeur en elle-même (oubli qu’elle ne vaut que par le travail incorporé en elle) et on réduit sa valeur à une valeur d’échange, au détriment de sa valeur d’usage

 

 

4) PB l’argent finit par devenir le but de l’échange et ce qui tue l’échange.

«  Il est tout à fait normal de haïr le métier d’usurier du fait que son patrimoine lui vient de l’argent lui-même, et que celui-ci n’a pas été inventé pour cela. Car il a été fait pour l’échange, alors que l’intérêt ne fait que le multiplier. Si bien que cette façon d’acquérir est la plus contraire à la nature. »    Aristote, Les Politiques, I, 10

« L’argent, qui possède la qualité de pouvoir tout acheter et de s’approprier tous les objets, est par conséquent l’objet dont la possession est la plus éminente de toutes. Universalité de sa qualité est la toute-puissance de son être ; il est donc considéré comme l’être tout-puissant. (…) Ce que je peux m’approprier grâce à l’argent, ce que je peux payer, autrement dit ce que l’argent peut acheter, je le suis moi-même, moi le possesseur de l’argent. Les qualités de l’argent sont mes qualités et mes forces essentielles en tant que possesseur d’argent. » Marx, Manuscrits de 1844

Synthèse : Epicuriens vs stoïciens

 

Points communs

Epictète « ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses mais les jugements relatifs aux choses »

Epicure « la médecine ne serait d’aucune utilité si elle ne guérissait pas les maladies du corps, de même pour la philosophie, si elle ne guérissait pas les maux de l’âme »

L’épicurisme et stoïcisme sont des EUDEMONISMES et recherchent le même ETAT de REPOS , l’ATARAXIE ou l’APATHIE , EQUANIMITE via un accord avec la nature en nous et hors de nous

différences

Épicure

Le bonheur est le plaisir réglé. Le plaisir est le souverain bien et la vertu est le moyen ( prudence,tempérance, justice) ou la voie ( la conscience de la maxime qui conduit au bonheur) pour y parvenir.

Le plaisir est premier, la vertu seconde et l’étalon reste le plaisir, le corps celui de l’esprit.

Liberté extérieure ( et intérieure) : parvenir à une vie autarcique et autosuffisante par la modération des désirs et de bonnes représentations.

Zénon de Cition ( 336.264) , Epictète( 50-125), Sénèque ( 4-65)

Le bonheur est la vertu et dans l’exercice de la vertu. La vertu et le plaisir sont étrangers ( l’agréable et le bon ne sont pas identiques). Seule une volonté rationnelle est le moyen d’y parvenir. L’étalon est la raison et s’oppose au corps, au désir et au plaisir :

  • « La vertu est chose élevée, sublime, royale,invincible, inépuisable ; le plaisir est chose basse, serviel, faible, fragile ( qui s’établit et séjourne dans les mauvais lieux et les cabarets »

  • « L’éloge du plaisir est funeste »

  • « le vrai plaisir est le mépris du plaisir » Sénèque, car le plaisir possède, amollit, abêtit et rend esclave l’âme et s’affranchir des désirs-passions, c’est affirmer la grandeur de la volonté humaine et les pouvoirs de la raison.

Liberté intérieure : être maître de nos désirs ( se libérer de leur esclavage) et nos représentations.

1.La peur des dieux

L’univers est plutôt défectueux, sans finalité et hostile ( il ne peut être une création des Dieux). Pas de providence.

La physique, l’atomisme libère des mythes, des fausses représentations des Dieux (leur prêtant occupations, soucis, colères, faveurs), d’un Dieu créateur et des angoisses qui en découlent.

Les Stoïciens pensent qu’il y a de réelles preuves objectives de l’existence de Dieu : l’univers est rationnel, il est ordonné, toute chose à une finalité et semble être faite pour le bien de l’homme. Il y a une providence divine favorable aux hommes. Les Dieux ( Dieu) ne sont pas malveillants.

Dieu est le principe actif du monde ( logos= raison), immanent ( = non transcendant, c’est-à-dire extérieur et supérieur au monde) et sa matière, en tant que passif : panthéisme.

2.La peur du destin et du hasard

– toute croyance au destin est incohérente avec la définition même des Dieux.

– entre les deux théories fausses ( du mythe sur les Dieux et du « destin des physiciens » (= Stoïciens), il vaut mieux croire à la première, effet psychologique plus avantageux (impression de contrôle, apaisement par des prières)

– celle d’un Dieu du hasard l’est encore plus, prêtant à un être parfait une volonté imparfaite et irrationnelle.

– le hasard n’est que le hasard, la rencontre fortuite de deux séries causales.

Pas de Dieu du hasard, pas de hasard et AMOR FATI

– « j’appelle destin, ce que Les Grecs appellent eimarmenè, c.-à-d. l’ordre,la série des causes, attendu que la cause rattachée à une cause engendre à son tour un effet : c’est là la vérité immuable qui coule de toute éternité. D’où il est manifeste que le destin n’est pas ce que l’on prend dans une acception superstitieuse, mais le nom dont, en langage de physicien, on désigne la cause éternelle des choses, en vertu de laquelle s’est accompli ce qui a eu lieu, ce qui est présent se produit, et ce qui est à venir arrivera.» Cicéron

– si on coïncide avec soi ( = sa raison), on coïncide avec l’ordre ( rationnel) du monde, on comprend et accepte l’ordre des choses, on aime ce qui est et arrive, d’où apathie ( absence de passions négatives) et eupathie ( bonne passion) et joie face à cequi est. On est libre dans la nécessité comprise et acceptée

– le stoïcisme n’est pas un fatalisme : il est un nécessitarisme laissant une place à la liberté, comme acceptation et comme choix concernant ce qui dépend de nous : d’où critique de l’argument paresseux (évènements co-fataux ; différences entre cône et cylindre qui n’ont pas le même mvt après le même choc ( différences entre causes procatartiques extérieures, fatales et causes synectiques intérieures)

« Veuille seulement que les choses arrivent comme elles arrivent ; et pour toi, tout ira bien. » Épictète, Manuel

3.
La peur de la mort

-« la mort n’est rien pour nous » : la mort est décomposition, dissolution du composé d’atomes que nous sommes, donc pas de sensibilité, donc pas d’expérience de la mort car mort = principe d’exclusion, elle ou moi ! Protection naturelle contre une douleur insupportable -Âme : composé d’atomes, pas de vie après la mort ; Dieux indifférents -Le bonheur ne se mesure pas à la quantité, mais à la qualité : la durée n’intensifie pas l’intensité, elle ne peut que permettre plus de variété, qu’on peut trouver en étant comblé ici et maintenant, seul le présent nous appartient ( le passé et le futur ne nous appartiennent pas) et seul ce à quoi nous sommes présents compte.

– La mort n’est pas un mal, elle appartient à l’ordre des choses, elle est ce qui parachève une existence

« XI. Pourquoi naissent les épis ? N’est-ce pas pour mûrir et pour être moissonnés ensuite, quand ils sont mûrs ? Car on ne les laisse pas là sur leur tige, comme s’ils étaient consacrés. S’ils avaient du sentiment, penses-tu qu’ils fissent des voeux pour n’être jamais coupés ? Non, sans doute. Ils regarderaient comme une malédiction de n’être point moissonnés. Il en est de même des hommes. Ce serait une malédiction pour eux de ne pas mourir. Ne pas mourir, pour l’homme, c’est comme pour l’épi n’être jamais mûr et n’être jamais moissonné. » Entretiens, II, Epictète

je ne peux éviter la mort, mais je peux éviter la crainte de la mort ; ce qui fait peur, ce n’est pas la mort, c’est la crainte de la mort, par attachement à la vie qui ne dépend pas totalement de moi ( la souffrance vient de l’aliénation, conséquence de mauvaises, irrationnelles, déraisonnables représentations.

Fiche synthèse sur la culture

 

La culture, c’est ce qui a été ajouté par l’homme à la nature.

 

Le mot culture a 3 sens :

 

  1. la culture, c’est ce qui nous unit : ce qui caractérise l’homme, c’est que c’est un animal inachevé, incomplet par nature, qui a besoin de la culture pour survivre et devenir homme. Le propre de l’homme est la perfectibilité (selon Rousseau), de mettre en valeur ou de transformer la nature autour de lui par le travail et la technique et en lui par l’éducation , la civilisation (« L’homme ne veut pas rester tel que la nature l’a fait » selon Hegel). L’homme est un être prométhéen. Selon la mythologie grecque, Prométhée aurait volé aux Dieux le feu et la technique pour les donner à l’homme. Le feu symbolise la culture : cuisson des aliments, forge, lumière de la connaissance, foyer autour duquel on se réunit, feu sacré de la religion…

    On peut cependant voir le développement culturel, comme un processus de dénaturation (l’homme descendrait pour certains parfois en dessous de la bête à cause de la culture) ou comme une destruction de la nature par la main de l’homme. Cette « autoproduction » de l’homme par la culture pose le problème d’une nature humaine. Qu’est-ce qu’est l’homme avant la culture, si ce n’est une « nuée de possibilités »? Peut-on alors parler d’une nature humaine ou faut-il comme Sartre préférer parler de condition humaine, le propre de l’homme étant de n’avoir pas de propre, d’être l’être chez qui « l’existence précède l’essence »

    « S’il est impossible de trouver en chaque homme une essence universelle qui serait la nature humaine, il existe pourtant une universalité humaine de condition. Ce n’est pas par hasard que les penseurs d’aujourd’hui parlent plus volontiers de la condition de l’homme que de sa nature. Par condition ils entendent avec plus ou moins de clarté l’ensemble des limites a priori qui esquissent sa situation fondamentale dans l’univers. Les situations historiques varient : L’homme peut naître esclave dans une société païenne ou seigneur féodal ou prolétaire. Ce qui ne varie pas, c’est la nécessité pour lui d’être dans le monde, d’y être au travail, d’y être au milieu d’autres et d’y être mortel… Et bien que les projets puissent être divers, au moins aucun ne me reste-t-il tout à fait étranger parce qu’ils se présentent tous comme un essai pour franchir ces limites ou pour les reculer ou pour les nier ou pour s’en accommoder. », Jean-Paul SARTRE, L’existentialisme est un humanisme

  2. la culture, c’est ce qui peut nous diviser . Si tout homme est un être culturel, tous les hommes n’appartiennent pas à la même culture. Au sens ethnologique , une culture, c’est un ensemble de pratiques, de représentations, de croyances, de valeurs propres à une communauté ou société, dont on hérite ou s’imprègne. Malgré l’existence d’invariants que l’on retrouve dans toutes les cultures ( prohibition de l’inceste, mariages, sépultures, religion…), malgré la richesse des échanges que peut apporter cette diversité, elle peut être source de points négatifs : ethnocentrisme ( tendance à confondre culture et naturel, à croire que l’histoire est à sens unique, à rejeter dans la nature comme sauvage ou barbare, ce qui est différent de notre culture), communautarisme (repli identitaire sur sa culture) et relativisme culturel (à chaque culture, ses valeurs d’où impossibilité de porter le moindre jugement et appel à une tolérance sans limites. Tout se vaut donc plus rien ne vaut, même plus pour certains les Droits de l’homme.)

  3. la culture, c’est ce qui pourrait nous aider à dépasser nos différences et à nous réunir. la culture, c’est l’ensemble des productions de l’esprit ou de la raison qui ne répondent pas à des besoins vitaux ou économiques, comme l’art, la littérature, la philosophie… C’est la « culture cultivée », à travers laquelle on faisait jadis « ses humanités ». La culture, c’est alors ce qui touche l’universel, élève l’homme. Le beau, le vrai, l’émotion esthétique ignorent les frontières et l’usage de la raison permet de les dépasser.

 

Petit Quiz

 

  1. qui a dit « le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie » ?

    a) Claude Lévi-Strauss dans Race et histoire

    b) Montaigne dans Les cannibales

    c) Kant dans Anthropologie au point de vue pragmatique

  2. Quand a eu lieu la fameuse Controverse de Valladolid où Las Casas a défendu contre Sepùlveda (fidèle à la théorie d’Aristote selon laquelle certains hommes sont par nature inférieurs et faits pour être esclave), que les amérindiens bien que différents culturellement des espagnols n’en étaient pas moins des hommes ?

    a) 1789

    b) 1550

    c) 1492

    ( Ceci étant dit, les amérindiens doutaient aussi de l’humanité des espagnols puisqu’ils observaient leurs cadavres pour voir s’ils entraient en putréfaction comme les leurs)

  3. Quel est le philosophe qui défend l’idée que chez l’homme « l’existence précède l’essence » et qu’il ne faut donc plus parler de « nature humaine », mais de « condition humaine ». Ce qui est commun aux hommes, c’est une même situation fondamentale. Tous les hommes sont mortels, contraints de travailler et de vivre au milieu des autres hommes.

    a) Sören Kierkegaard

    b) Jean-Paul Sartre

    c) Emmanuel Kant

  4. Quel est le philosophe qui se promenait en plein jour au milieu de la foule, une lanterne à la main, en disant qu’il cherchait des hommes, et non des déchets ?

    a) Hannah Arendt

    b) Diogène

    c) Platon

  5. Complétez cette phrase d’Edgar Morin dans le Paradigme de la nature humaine (1973), « l’homme est un être culturel par nature parce que…

    a) c’est un être naturel par la culture »

    b) c’est comme ça »

    c) privé de culture sapiens serait un débile mental, incapable de survivre sinon comme un primate de plus bas rang »

 

( réponse 1. a ; 2. b ; 3,b ; 4,b ; 5 a)

 

Fiche synthèse 3 : désir et bonheur

 

Désir comme manque / Pénia (Platon) Désir comme puissance/ Poros ( Calliclès)
Causes de cette conception :

– expérience des souffrances, des déceptions du désir et de notre finitude ( origine ontologique du désir comme manque à être, le mythe d’ Aristophane), de notre soumission au temps (qui nous pousse à désirer ce qu’on n’a pas, plus ce qu’on n’est pas encore ou plus) et de notre ubris

– si le désir est vu comme effet de la conscience d’un manque, il est aussi créateur de manque

– volonté dualiste de distinguer raison et désir, d’opposer esprit/ volonté /humanité et corps/désir/animalité dans une logique rationaliste, condamnant le sensible ; affirmant que seul le désir peut nous détourner du Bien et du Vrai ( concupiscence de la chair, péché, acrasie) et dévaluant la vie ( morale ascétique, condamnation de la vie)

-entrer dans la logique du désir, c’est s’inscrire dans celle du principe de plaisir qui se heurte au principe de réalité = souffrance ; condamnation du désir comme refus de souffrir

Causes de cette conception– expérience de la force du désir, de sa vitalité ( « malheur à celui qui n’a plus rien à désirer » : ennui mortel)

 

– le désir comme créateur de valeur

 

– le désir comme essence de l’homme ( effort pour persévérer dans son être, Spinoza) ; l’animal n’a que des besoins ; condamnation injuste du désir : « c’est une triste et sauvage superstition qui interdit de prendre du plaisir… » Spinoza ; confusion entre désir et « bêtise des passions » Nietzsche ; Rousseau , le discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, « Quoiqu’en disent les moralistes, l’entendement doit beaucoup aux passions, qui d’un commun aveu, lui doivent aussi beaucoup : c’est par leur activité que notre raison se perfectionne ;nous ne cherchons à connaître que parce que nous désirons jouir »

– vaincre une souffrance procure du plaisir et est signe de puissance et acceptation de la vie

 

 

La souffrance ne vient pas du désir mais de ses errances, de ses frustrations

Conséquences : ascétisme, « changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde » ; rechercher dans l’existence d’autres buts que la satisfaction des désirs : ne pas souffrir en se contentant de la satisfaction des besoins, la vertu ( Kant)

Conséquences : Voie 1. discriminer les désirs, mieux se connaître pour désirer en accord avec soi, accepter ce que l’on est et assumer sa puissance et la vie d’où JOIE

« Partout où il y a joie, il y a création : plus riche est la création, plus profonde est la joie. La mère qui regarde son enfant est joyeuse, parce qu’elle a conscience de l’avoir créé, phy­siquement et moralement. Le commerçant qui développe ses affaires, le chef d’usine qui voit prospérer son industrie, est-il joyeux en —raison de l’argent qu’il gagne et de la notoriété qu’il acquiert ? Richesse et considération entrent évidemment pour beaucoup dans la satisfaction qu’il ressent, mais elles lui apportent des plaisirs plutôt que de la joie, et ce qu’il goûte de joie vraie est le sentiment d’avoir monté une entreprise qui marche, d’avoir appelé quelque chose à la vie. Prenez des joies exceptionnelles, celle de l’artiste qui a réalisé sa pensée, celle du savant qui a découvert ou inventé. Vous entendrez dire que ces hommes travaillent pour la gloire et qu’ils tirent leurs joies les plus vives de l’admiration qu’ils inspirent. Erreur profonde ! On tient à l’éloge et aux honneurs dans l’exacte mesure où l’on n’est pas sûr d’avoir réussi. […] Si donc, dans tous les domaines, le triomphe de la vie est la création, ne devons-nous pas supposer que la vie humaine a sa raison d’être dans une création qui peut, à la différence de celle de l’artiste et du savant, se poursuivre à tout moment chez tous les hommes : la création de soi par soi, l’agrandissement de la personnalité par un effort qui tire beaucoup de peu, quelque chose de rien, et ajoute sans cesse à ce qu’il y avait de richesse dans le monde ? » Bergson, L’Énergie spirituelle

OU Voie 2. s’abandonner aux désirs, voie hédoniste d’où PLAISIR

Limites : voir Désir comme puissance 

 

Limites : voie 2 : cetteexaltation de la vie n’en est que la négation car c’est chercher inconsciemment à éteindre le désir, donc un désir de mort. Il y a aussi une complaisance excessive de l’individu à l’égard de lui-même, incapable de se refuser quoi que ce soit, dans une attitude passivité à l’égard de lui-même. Une victoire sur soi offre une satisfaction plus grande que de céder à ses désirs.

Le bonheur n’est pas qu’une succession de plaisirs éphémères

 

Fiche de synthèse 2: la conscience

 

« Conscience » immédiate : être là présent à soi et au monde, attention : ( la conscience s’oppose à l’inconscience) :perdre conscience : être endormi, dans le coma , dans un état second, automatisme – texte 2 p 29) : être conscient de … ( existence en soi = léger décalage)

 

Conscience réfléchie : retour sur ce dont on a immédiatement conscience ; percevoir qu’on perçoit, prendre conscience d’être conscient : réflexion, jugement de fait et de valeur ( existence pour soi = division)

 

Conscience de soi : s’entrapercevoir quand on perçoit qu’on perçoit, s’attribuer à soi-même cet état de conscience et reconnaître le fait de devoir en répondre ( responsabilité)

 

 

DESCARTES ( 1596. 1650)  SUIS- JE ? « Je pense donc je suis » = conscience certaine d’être ( résultat du doute hyperbolique : feint, méthodique et radical) SOLIPSISME

Affirmations dans le Discours de la méthode ( 1641)

QUE SUIS-JE ? Je suis une substance pensante : « res cogitans » ( je suis une conscience, une âme, un esprit) SOLIPSISME

Si « substance » = ce qui se tient dessous sous le changement :  : ETRE une même PERSONNE : UNITE, PERMANENCE

QUI SUIS-JE ? Être un INDIVIDU avec une PERSONNALITE ( « moi empirique ») : ETRE, UNITE, PERMANENCE, UNICITE : « une seule et même personne »

BESOIN DES AUTRES

Je = substance pensante

« cette vérité » = « premier principe de la philosophie que je cherchais» = modèle de vérité ; 1ère règle de méthode : règle de l’évidence

SUBSTANTIALISME

« l’âme par laquelle je suis ce que je suis est entièrement distincte du corps » : je suis une âme et j’ai un corps ( substance étendue)

( même si je ne suis pas dans mon corps comme « un pilote en son navire » : union intime des deux)

DUALISME

« l’âme est plus aisée à connaître que le corps. »

« Connais-toi toi même »

Socrate

TRANSPARENCE A SOI

TRANSLUCIDITE

 

 

 

MAITRISE DE SOI : (libre-arbitre ) RESPONSABILITE

Je sais que je suis, ce que je suis, je suis déjà en un sens ce que je suis ( même si je ne sais pas qui je suis); je n’ai qu’à réaliser ce que je suis déjà en quelque sorte.

Ma nature est de penser, de me dominer et de dominer ( thèse des animaux-machines) : « devenir comme maître et possesseur de la nature »

Texte 4 p 31, Pascal.

CRITIQUES

Une substance est ce qui existe en soi et n’a pas besoin d’autre chose pour exister

Argument des neurosciences et matérialiste : pas de pensée, sans cerveau : MONISME

NIETZSCHE

Texte 2 p 23

Ce n’est pas parce qu’il y a pensée et conscience de cette pensée que Je suis l’auteur, l’agent de cette pensée :

Descartes victime consentante de la grammaire

Je suis corps et âme, mais d’abord corps !

La conscience est au service de la vie et ce qui vient en dernier, au regard de certaines exigences vitales, ( + Bergson : théorie du voile) : superficialité de la conscience, illusion

« métaphysique de bourreau » Nietzsche

(personne : terme de barreau)

« Deviens ce que tu es »

Nietzsche

HUME

Pas de connaissance sans expérience ; or pas d’expérience du Je en lui-même : « je bute toujours sur une perception particulière » : je = une fiction

KANT

Texte 1 p 28

Le Je est la condition de toute expérience, condition de notre sentiment d’identité mais il n’est l’objet d’aucune expérience : le Je est transcendantal.

Je ne suis pas prisonnier de mon existence concrète, empirique et de ce qui m’y détermine ( déterminisme) : liberté en tant qu’être intelligible, doué de raison

« posséder le je dans sa représentation élève l’homme infiniment au-dessus des autres créatures »

sujet moral, fin en soi, dignité, devoir et respect

Second impératif de la morale : « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité dans ta personne comme dans la personne de tout autre jamais simplement comme un moyen mais toujours en même temps comme une fin »

SARTRE (HUSSERL)

La conscience n’est pas une substance ( digérant, s’appropriant le monde), elle est mouvement, acte

« toute conscience est conscience de quelque chose »

Double existence : en soi ( « enfoncé dans l’être de la vie », condition humaine) et pour soi : capacité de ne pas être déterminé par ce qui est:

distance, écart, pouvoir de néantiser, espace de liberté

Possibilité de la mauvaise foi

( texte 9 p 37)

Responsabilité et liberté absolue, confirmée par l’angoisse que l’on cherche à atténuée par la mauvaise foi

« l’existence précède l’essence » : je suis ce que ne suis pas (plus) et ne suis pas ce que je suis ( encore)

je = mémoire + projet

FREUD

« le moi n’est pas maître dans sa propre maison »

« là où est le ça, le moi doit advenir »

 

 

 

Fiche synthèse : Qu’est ce que la philosophie?

 Définition de la philosophie : 3 aspects Distinctions conceptuelles et définitions à retenir
1. Réflexion critique : retour sur ce qui est présent à notre esprit sans examen ? recherche de la vérité ( Socrate) être sage ? être savant

vrai? Bien ( vertu, justice)

se libérer courageusement de l’ignorance ? se connaître soi-même ( gnoti seauton ) penser par soi-même et non par les autres.

« Réfléchir, c’est nier ce que l’on croit » Alain

« Une vie sans examen n’est pas vivable pour l’homme » Socrate

 

Opinion (« doxa », affection, première flexion de l’esprit face au poids du groupe, du senti, du désir ) ?pensée ( « logos », travail réflexif de l’esprit faisant retour sur son contenu, analyse, raisonnement, jugement – soupeser des raisons- contre/malgré ces poids) 

Entendement : faculté de connaître et de comprendre par l’intelligence et non la sensibilité ( ordonner, ramener à l’unité aux moyens de règles les données de l’expérience sensible)

2. Réflexion amenant à une existence libre, réussie et heureuse ( Socrate, Épicure, Épictète…) être sage : maîtriser ses passions et désirs et savoir que faire du savoir

vrai? Bien ( vertu, justice, bonheur)

 

J’oriente mes adeptes vers un « bonheur vrai » Socrate

« la philosophie est une activité qui, par des discours et des raisonnements, nous procure la vie heureuse » Epicure

Désir (plaisir, agréable, impulsion immédiate – tentation, affection) ?Volonté ( satisfaction, bon, résultat d’une délibération, d’un choix réflexion) Bon : en accord avec notre nature pour « conserver son être » Spinoza ( Éthique, IV, proposition 20)

Utile : utilitaire ( moyen en vue d’une fin, besoins pratiques et vitaux – corps, vie) / utile (en soi et pour soi ; aspirations propres à l’homme – esprit , existence)

3. Réflexion jusqu’à la métaphysique : méta ( après) physique ( phénomènes observables) 

« Ainsi toute la philosophie est comme un arbre dont les racines sont la métaphysique, le tronc est la physique et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences, qui se réduisent à trois principales : à savoir la médecine, la mécanique et la morale. »

DESCARTES ( 1596.1650 ) , Principes de la Philosophie

« La science du philosophe est celle de l’être en tant qu’être » ARISTOTE ( 384. 322), Métaphysique

Curiosité naturelle : capacité d’étonnement, intérêt pour les questions première ( pourquoi du comment) et dernière ( pour quoi, sens), pour les principes ( = ce qui est au commencement, ce qui est premier et commande. Ex. la cause première)

Raison : faculté des principes indépendamment de toute expérience dont dépend la connaissance.

C’est pourquoi on peut distinguer la philosophie des réflexions quotidiennes et  d’autres recherches de la vérité :

– de la connaissance scientifique : elle ne concerne que les faits ( les phénomènes naturels) et elle n’aspire par le raisonnement et l’observation qu’ à les expliquer, à dégager leurs causes et relations invariables ; la philosophie va plus loin et se demande quelle est leur nécessité et les rapports qui les unissent, uniquement par l’entendement et la raison sans recours à l’expérimentation.

– de l’art : il recherche et représente la vérité sous une forme sensible et individuelle qui peut avoir un sens profond, « mais sans avoir pour but de faire comprendre l’idée dans son caractère général » Hegel ( 1770.1831) Esthétique

– de la religion : elle révèle au fond du cœur la vérité que l’art fait contempler à l’extérieur., mais cette vérité est l’objet d’un sentiment vécu, d’une méditation pas le fruit d’une réflexion

? la philosophie = « la raison libre, dont le propre est de concevoir, de comprendre par l’intelligence seule ce qui ailleurs est donné comme sentiment ou comme représentation sensible. » Hegel ( 1770.1831) Esthétique