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L’expression « devoir de mémoire » est très utilisée aujourd’hui. Cette page est destinée à éclaircir la question. Le début convient à tout le monde, mais la deuxième partie sur Histoire et Mémoire sera plus aisément lisible par des lycéens que par des collégiens. On a parfois l’impression que le « devoir de mémoire » sonne comme une injonction morale faite par une génération d’adultes qui n’a pas elle-même résolu tous les problèmes de sa propre mémoire. Autrement dit, il y a l’obligation d’un « travail d’histoire » sur cette question. Antoine Prost utilise l’expression « devoir d’histoire ».
« L’injonction à se souvenir risque d’être entendue comme une invitation adressée à la mémoire à court-circuiter le travail de l’histoire » dit justement Paul Ricoeur dans La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli, Seuil, Paris, 2000.
Depuis plusieurs années, le « devoir de mémoire » est invoqué de façon récurrente et insistante :
– par les associations d’anciens combattants, résistants, déportés, minorités persécutées ou victimes civiles des deux guerres mondiales et de la guerre d’Algérie, tout récemment par les descendants des esclaves noirs, qui entendent faire reconnaître et transmettre des mémoires douloureuses, traumatisées, soucieuses de préserver leur spécificité ;
– par les plus hautes autorités de l’État, président de la République, Premier ministre, ministre de la Défense, ministre délégué aux anciens combattants, ministre des Affaires étrangères, à l’occasion en particulier de commémorations et de journées du souvenir, dont le nombre se multiplie pour satisfaire les différentes mémoires blessées en mal de reconnaissance ;
– par la représentation nationale qui multiplie le vote de lois destinées à apaiser les mémoires souffrantes, mais qui en même temps donne l’impression de vouloir imposer aux historiens et aux enseignants une lecture officielle de l’histoire le plus souvent au nom du « devoir de mémoire ».
L’injonction au « devoir de mémoire » exprime sans aucun doute l’inquiétude légitime de voir la mémoire submergée par l’oubli, néanmoins, philosophes et historiens marquent une grande réticence à intégrer ce concept, même appliqué à la mémoire du génocide.
Cela implique qu’on fasse la différence entre l’histoire et la mémoire :
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L’histoire
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La mémoire
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- Elle a un caractère scientifique. Les historiens sont des chercheurs.
- Elle essaie de comprendre la complexité de ce qui s’est passé, en étudiant les détails et les contradictions de la réalité.
- Elle sert à comprendre le passé.
- Elle cherche à étudier tous les aspects de la réalité du passé.
- Elle aboutit à des travaux scientifiques, des thèses, des livres d’histoire, des manuels scolaires.
- L’histoire ne juge pas : elle décrit, elle explique le passé.
- Le travail des historiens peut être influencé par la mémoire collective : certains sujets seront davantage travaillés à certaines époques.
- L’histoire est indispensable pour comprendre le passé.
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- Elle est collective. C’est l’affaire des citoyens.
- Elle simplifie la réalité pour être davantage collective. Elle néglige les détails et les contradictions de la réalité.
- Elle sert à comprendre le présent et à réagir sur la réalité du moment.
- Elle est basé sur l’oubli d’une partie de la réalité. La mémoire est sélective.
- Elle aboutit à des commémorations, à des « journées du souvenir »., à des moments collectifs de la vie d’un pays ou d’une communauté.
- La mémoire contient un jugement collectif sur les faits.
- La mémoire a besoin de l’histoire car elle doit reposer sur des faits établis, sinon il s’agirait de rumeurs plus que de mémoire.
- La mémoire est indispensable pour construire le présent.
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Tableau source : Nathanson d.d.
Réflexions sur le devoir de mémoire…
Pour Jean-François BOSSY, chercheur de l’Institut national de recherche pédagogique ( INRP ), « la critique du devoir de mémoire semble être le nouveau passage obligé de la conscience lucide et de la vigilance intellectuelle, la pose nouvelle de l’intellectuel averti, comme il n’y a pas si longtemps, le devoir de mémoire fut le fer de lance d’un nouveau civisme, recomposé autour de la figure de la victime ( victime de la guerre, victime des camps,…)
Le philosophe Paul RICOEUR, définit le « devoir de mémoire » comme une « mémoire obligée », une sorte d’« injonction à se souvenir », qui ne peut se comprendre que par rapport « aux événements horribles » auquel il fait référence
et qui n’a de sens que par rapport « à la difficulté ressentie par la communauté nationale, ou par des parties blessées du corps politique, à faire mémoire de ces événements de manière apaisée ».Certes le travail de mémoire et le travail de deuil lui paraissent tout à fait légitimes et nécessaires. Mais, il relève qu’il y a un glissement du bon usage à l’abus du « devoir de mémoire », lorsque « le devoir de rendre justice, par le souvenir, à un autre que soi », aux victimes à l’égard desquelles nous avons une dette à payer, s’érige en « direction de conscience qui se proclame elle-même porte-parole de la demande de justice des victimes » par une sorte de « captation de la parole muette des victimes ».
Plus généralement, il considère que le « devoir de mémoire est lourd d’équivoque parce que l’injonction de se souvenir risque d’être entendue comme une invitation adressée à la mémoire à court-circuiter le travail de mémoire » .
Alain BROSSAT, professeur de philosophie à l’université de Paris VIII, appelle à un examen critique de la notion d’« injonction d’avoir à se souvenir » parce qu’elle peut produire de « paradoxaux effets d’oubli ou d’oblitération », et faire apparaître le « devoir de mémoire » comme « ce raccourci moralisant dont la vertu première est d’éluder l’extrême complexité des questions » que recouvre cette injonction, et que « ceux là-mêmes qui semblent lui accorder le statut d’une prescription générale et inconditionnelle peuvent, au demeurant, agir de façon déterminée comme des empêcheurs d’écrire le passé ou de dire l’histoire » .
Jean-Pierre RIOUX, historien et inspecteur général d’histoire, constatant « qu’un rapport organique s’est établi entre la diffusion militante puis officielle du » devoir de mémoire » et l’instrumentalisation judiciaire de l’histoire » révélée à l’occasion du procès Papon, redoute qu’on en arrive au nom du « devoir de mémoire » à culpabiliser les nouvelles générations, et en particulier les élèves des collèges et des lycées : « Comme si le » devoir de mémoire » l’emportait désormais sur la connaissance explicite et sur la raison qui fondent la citoyenneté.
Comme si la mémoire était de meilleur rendement probatoire, moral et civique, que le récit vrai, construit par les historiens en croisant toutes les traces ».
François MARCOT, lors de la Journée d’études consacrée en 2003 au thème « Devoir de mémoire et légitimité de l’oubli », sans contester la légitimité du « devoir de mémoire », en tant que facteur de reconnaissance morale et identitaire des citoyens envers les victimes et ceux qui se sont sacrifiés pour défendre les valeurs de la République, a rappelé que mémoire et histoire peuvent se trouver en décalage, voire s’opposer
Henry ROUSSO, historien de la Seconde Guerre mondiale, ancien directeur de l’IHTP, considère que « la mémoire relève d’une approche sensible, individuelle, presque sentimentale du passé, qui abolit la caractéristique première de l’histoire historienne, à savoir la mise à distance» , et que le « devoir de mémoire » est aussi un « devoir de vérité » qui s’impose à tous les historiens.
Pour Gilles MANCERON, la mémoire est faite d’oubli, la mémoire est sélective.
De façon contradictoire, tantôt « les enjeux du présent imposent d’autres urgences que le ressassement du passé », tantôt « il existe une forme de refus du présent qui consiste à se plonger dans le passé, à se demander quelles étaient les responsabilités il y a cinquante ans, sans se poser la question de ce que sont aujourd’hui les responsabilités pour les citoyens, face à un certain nombre de problèmes bien actuels ». Comme Pascal Ory, il dénonce, à propos du procès Papon, le risque d’instrumentalisation du travail d’historien, conduisant à « la subordination du passé au présent » et à « la lecture rétrospective du passé en fonction d’un certain nombre de commandes et d’exigences du présent ».
François COCHET quant à lui préfère parler de « devoir d’histoire » plutôt que de « devoir de mémoire ». Pour lui, la différence essentielle entre l’histoire et la mémoire, c’est que « l’histoire cherche à comprendre ce qui a fait agir une communauté nationale à un moment donné, en fonction des représentations de soi et des autres que cette communauté vit à cet instant », tandis que « la mémoire en revanche, est forcément contemporaine du moment où l’on parle ». Il admet que « le témoin est l’allié objectif de l’historien »et qu’« ils font bon ménage tous les deux », mais « à la condition expresse d’avoir précisé leurs rôles respectifs. : le témoin éclaire une période, l’historien l’explique »
Pour Gérard NOIRIEL, la différence essentielle entre mémoire et histoire, « ne réside pas dans la méthode ou dans le rapport aux archives », mais plutôt « dans le type de questionnement adressé au passé », dans la mesure où « les producteurs de mémoire ont surtout le souci de » sauver de l’oubli « , ou de réhabiliter, les individus et les groupes qui ont leur faveur, alors que le rôle de l’historien consiste à élaborer des questionnements qui lui permettront de mieux comprendre, voire d’expliquer, le passé ». Selon lui, « l’histoire et la mémoire sont deux rapports au passé qui ont chacun leur logique propre et qu’on ne peut pas hiérarchiser ». Mais en même temps, il considère « que la distance que l’historien doit prendre à l’égard des enjeux de mémoire ne justifie nullement un repli dans sa tour d’ivoire ». Pour lui, « les universitaires sont des enseignants-chercheurs », ce qui signifie « qu’il doivent s’efforcer de diffuser leurs connaissances spécialisées grâce à des moyens pédagogiques adéquats. Lorsqu’ils accomplissent cette partie de leur mission, les historiens ne sont plus dans le domaine de la science historique pure. Ils interviennent à leur tour dans les enjeux de mémoire. En mettant à la portée des citoyens le savoir qu’ils ont élaboré, ils contribuent à enrichir la mémoire collective de l’humanité. Ils contribuent à diffuser ce qu’on appelle » l’esprit critique « grâce auquel les porteurs de mémoire examineront leur passé avec davantage de recul et plus de tolérance à l’égard des autres »
Pierre NORA définit la mémoire comme « le souvenir d’une expérience vécue et fantasmée et, à ce titre, elle est portée par des groupes vivants, ouverte à toutes les transformations, inconsciente de ses déformations successives, vulnérable à toutes les manipulations, susceptible de longues latences et de brusques réveils », et l’histoire au contraire comme « une construction toujours problématique et incomplète de ce qui n’est plus, mais qui a laissé des traces. Et à partir de ces traces, contrôlées, croisées, on tâche de reconstituer au plus près ce qui a dû se passer, et surtout d’intégrer ces faits dans un ensemble explicatif cohérent.
On pourrait dire aussi que la mémoire relève du magique, de l’affectif, et qu’elle ne s’accommode que des informations qui la confortent.
L’histoire est une opération purement intellectuelle, laïcisante, qui appelle analyse et critique.
La mémoire installe le souvenir dans le sacré, l’histoire l’en débusque toujours et, même si elle s’en sert, elle « prosaïse ».
La mémoire sourd d’un groupe dont elle contribue à souder la solidarité identitaire. Elle singularise et particularise.
L’histoire est le résultat d’un travail soumis à des procédures contraignantes. Elle appartient à tous et à personne, elle ne s’attache qu’aux évolutions et aux rapports des choses.
Bref , la mémoire est un absolu et l’histoire ne connaît que du relatif »
Lors du colloque » Apprendre l’histoire et la géographie à l’école » qui s’est tenu à Paris en décembre 2002, Jean-Pierre RIOUX et Annette WIEVIORKA constataient que « l’ancienne confrontation entre » histoire » et » mémoire « , naguère dominée par l’opposition entre Lavisse et Péguy, a resurgi dans le débat historiographique et civique depuis vingt ans », et que « la mémoire est devenue un objet d’histoire ». Ils rappelaient qu’« il existe donc un devoir d’histoire qui respecte les règles du métier d’historien et qui se distingue du devoir de mémoire », et qu’« il faudra donc faire demain une histoire de la mémoire, en suivant les règles élémentaires du métier d’historien et proposer en classe une historisation pas à pas de la mémoire »
Dans le numéro de juillet-août 2006 de la revue L’Histoire, Philippe JOUTARD, constatant que ce fut « la solution proposée pour clore les guerres civiles les plus longues de notre histoire, les guerres de Religion » et que « le pacte d’oubli » sur lequel fut fondée la transition démocratique dans l’Espagne post-franquiste, « avait servi de référence aussi bien à la sortie des dictatures d’Amérique latine qu’à celles des régimes communistes en Europe de l’Est », invoquait « le devoir d’oubli » comme « moyen de terminer une guerre civile ». Pour lui, il ne s’agit pas de substituer le « devoir d’oubli » au « devoir de mémoire », car « il est faux d’opposer la mémoire à l’oubli, ne serait-ce que parce qu’une mémoire se définit autant par ce qu’elle néglige que parce qu’elle met en valeur, le rapport entre les deux pôles fluctuant au gré de la conjoncture et des volontés politiques.
Une société peut vouloir, un moment, compenser un » trop-plein de mémoire « , par une amnésie volontaire, pour permettre la pacification des esprits, quitte à revenir plus tard suer ce choix.
À quelques conditions tout de même.
En premier lieu, le devoir d’oubli suppose que justice soit rendue sur les cas les plus criants et que l’accord au moins implicite de groupes antagonistes puisse se faire autour d’un gouvernement reconnu comme légitime.
Il faut ensuite que l’histoire garde se droits : une histoire qui hiérarchise et nuance, mais qui n’oublie ni n’occulte. Comme le montre le cas espagnol le travail historique finit toujours par faire sortir un pays de l’amnésie. Et c’est tant mieux. mais un pays où le temps a fait son œuvre, et dont les plaies se cicatrisent »
L’inspecteur-général d’histoire, Laurent WIRTH, clôturant les travaux du séminaire national sur » La traite négrière, l’esclavage et leurs abolitions : mémoire et histoire « , organisé par le ministère de l’Éducation nationale à Paris le 10 mai 2006, rappelait que « face au devoir de mémoire constamment mentionné par les médias », il convenait « de privilégier un devoir d’histoire », qu’il fallait éviter d’alimenter « la guerre civile des mémoires » et, évoquant la publication du manuel franco-allemand réalisé par des historiens français et allemands, il a dit sa conviction que « l’histoire est essentielle pour pacifier les conflits de mémoire »
La mémoire de la grande guerre…
La mémoire est entrée dans l’économie marchande. Hier, la politique du souvenir combattant consistait à organiser des cérémonies devant les monuments aux morts.
Hier, c’était le temps du souvenir. Un temps où la majorité des femmes et des hommes qui se rassemblaient le 11-Novembre étaient des acteurs directs ou des proches descendants de l’événement commémoré. Au souvenir a succédé la mémoire. Les cérémonies ont cédé la place aux programmes commémoratifs résultats d’une longue addition de colloques, expositions, conférences, soirées théâtrales, projections de films, inaugurations de stèles, etc. Les salles du souvenir se sont transformées en musées, historials ou mémoriaux, les lieux de pèlerinage en centres de tourisme de mémoire, les voyages scolaires en entreprises de visites.
La mémoire est devenue concurrentielle. Hier, Verdun résumait la Grande Guerre. Aujourd’hui, l’ensemble des sites du front de l’ouest revendique leur part de marché. A l’ouest, le front touristique s’est éveillé ! Ypres, Arras, Péronne, Compiègne, Meaux, Craonne, Suippes, l’Hartmannswillerkopf…
La disparition des derniers combattants de 1914-1918 a fait symboliquement rentrer la Grande Guerre dans le temps de l’Histoire. Après le souvenir (deux générations) et la mémoire (deux générations) voilà venu le temps long de la reconnaissance diversifiée et partagée. Ce temps long doit favoriser l’organisation du marché mémoriel de la de la guerre de 1914-1918. Et pour cela c’est la demande qu’il faut solliciter !
Inscription des champs de bataille de la Grande Guerre en Europe dans le Patrimoine mondial de l’Unesco afin de les imposer comme des lieux reconnus de l’histoire universelle dans le tourisme monde. Numérisation et mise en ligne des 8 500 000 fiches d’état signalétiques et des services des combattants français et celles des millions de combattants des autres nations afin de permettre à chaque citoyen du monde de s’approprier ses ancêtres qui ont combattu en 1914-1918.
Bibliographie : http://lodel.imageson.org/dakirat/document62.html?format=print
Sous la direction de Stéphane Audoin-Rouzeau et Jean-Jacques Becker, Encyclopédie de la Grande Guerre 1914 – 1918
Publié le 11 novembre 2008 par hgdd dans
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histoire,
mémoire