Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme.
Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes.Montez de la mine, descendez des collines, camarades !
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades.
Ohé, les tueurs à la balle et au couteau, tuez vite !
Ohé, saboteur, attention à ton fardeau : dynamite…C’est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères.
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère.
Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rèves.
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève…Ici chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait quand il passe.
Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place.
Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes.
Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute…Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh…
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Le chant des partisans, surnommé la Marseillaise des résistants ou le chant des résistants a été composé pendant la seconde guerre mondiale, en 1943 pour être précis.
L’air a été composé par Anna Marly, dont le nom de jeune fille était Anna Betoulinsky. C’était une chanteuse et compositrice française, née à Pétrograd, en 1917.
En 1942, Anna se trouve à Londres où elle travaille comme cantinière au Quartier Général des Forces Françaises Libres. Elle ne se sépare jamais de sa guitare et c’est sur cet instrument, qu’elle transforme un air russe révolutionnaire et invente de nouvelles paroles dans sa langue maternelle.
Un an plus tard, deux expatriés en Angleterre, Joseph Kessel et son neveu, Marcel Druon entendent la mélodie et décident d’écrire de nouvelles paroles, en français celles-ci : le chant des partisans était né !
Le chant devient l’indicatif d’une émission transmise par la BBC, Honneur et Patrie. Il reste audible malgré le brouillage des ondes de la BBC par les allemands.
La Royal Air Force largue les partitions du chant sur la France occupée, et les paroles, publiées dans les « Les cahiers de la Libération » en 1943 sont bientôt connues et chantées par les résistants et les Forces Françaises de l’Intérieur. Siffler quelques notes du chant sert de code de ralliement et d’identification dans les maquis.
Le chant connaît un regain de popularité en 1964, quand il est remis au goût du jour par André Malraux lors de la cérémonie d’entrée des cendres du résistant Jean Moulin (voir illustration ci-dessus) au Panthéon de Paris.
Le manuscrit original est conservé au Musée de la Légion d’Honneur.
Que sont-ils devenus?
Anna Marly : elle écrivit plus de 300 chansons. Elle quitta la France à la fin de la guerre et passa le reste de sa vie à voyager, d’abord en Amérique du Sud, puis en Afrique et aux Etats-Unis, avant de s’installer définitivement à Palmer, en Alaska, où elle mourut en 2006, après avoir été décorée de l’Ordre National du Mérite en 1965 et faite chevalier de la Légion d’Honneur vingt ans plus tard.
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Joseph Kessel : cet aventurier, grand reporter et romancier français après avoir co-écrit les paroles du Chant des Partisans, publia « L’Armée des Ombres », en hommage aux combattants. Après avoir rejoint les Forces Aériennes Françaises Libres du Général de Gaulle, il devint capitaine d’aviation dans une escadrille chargée de maintenir les liaisons avec la Résistance et lui donner des consignes de nuit.
Après la guerre, il se consacra à sa carrière de grand reporter et d’écrivain et devint l’un des membres de l’Académie Française. Il est mort en 1979.
Maurice Druon : Après la guerre, il devint un homme de lettres à succès grâce aux « Grandes Familles » (Prix Goncourt 1948) et surtout à sa sage « Les Rois Maudits ». Il fut élu à l’Académie Française en 1966 et resta engagé dans la vie politique jusqu’à sa mort en 2009, à Paris.


