Lors du salon é[email protected], j’ai eu la chance de participer à une table ronde sur l’éducation 2.0, organisée par le webpedagogique. Ce fut l’occasion de revenir sur les relations de l’école avec le web 2.0

Le web 2.0 est une notion très précise pour ses acteurs mais qui est assez floue pour les internautes qui restent à sa périphérie. On parle de web 2.0 en référence à un changement de nature du web qui s’est progressivement mis en place dans les premières années de ce siècle (voir la page web 2.0 de ce blog). Avant l’émergence du web 2.0, le web était simplement constitué de pages écrites dans un langage particulier (le langage html) qui permettait de mettre en lien des contenus (des image, du son, d’autres pages). La frontière entre auteurs et lecteurs étaient clairement définie par une barrière technologique : l’auteur écrit la page en utilisant un logiciel particulier et le dépose sur un serveur. Le lecteur interroge ce serveur pour accéder aux informations mais reste passif vis à vis des informations qu’il reçoit. La transition vers le web 2.0 est apparue avec la possibilité donnée aux internautes d’interagir avec le contenu, de le modifier. Le site wikipedia en est une parfaite illustration : ce sont les internautes qui font le site. Progressivement, les développeurs de sites ont incorporés de plus en plus de possibilités de modification et d’interaction et la sphère du web 2.0 offre désormais une très riche palette d’outils (blogs, wiki, applications en ligne, plateforme de partage d’informations, etc. voir le site movers 2.0 qui montre les tendances actuelles du web 2). Lors de la table ronde, Virginie Clayssen proposait de décrire le web 2.0 à travers différentes notions :

  • Le web 2.0 est une immense plateforme virtuelle qui regroupe un très grand nombre de personnes susceptible d’entrer en relation entre elle.
  • Le web 2.0 regroupe de nombreuses bases de données : le coeur de la plateforme virtuelle web 2.0 est la mise en relation de très nombreuses bases de données. Tous les sites web 2.0 fonctionne sur une base de donnée. La page que vous êtes en train de lire n’est pas stockée dans le serveur « en dur » mais est reconstruite à chaque requête des internautes, par le serveur qui va pioché dans différentes bases de données : celles qu’il a en mémoire auquel il va éventuellement rajouter d’autres données fournies par d’autres serveurs.
  • Le web 2.0 élabore une intelligence collective : ces interactions entre bases de données sont le fruit d’une intelligence collective comme le montre cette vidéo. Chaque internaute contribue à cette intelligence. Celle-ci est partout et nulle part à la fois : le lien qui vient d’être fait vers la vidéo relie une base de donnée (celle de ce blog qui contient les articles de cette page) à une autre base (celle de youtube qui héberge la vidéo). Cette relation participe à une intelligence collective diffuse autour du concept de web 2.0.
  • Version beta : lors du processus de publication d’un logiciel, avant le lancement du produit sur le marché, les développeurs proposent gratuitement aux utilisateurs prêts à prendre des risque, une version beta de leur logiciel. Celle-ci n’est pas complètement finalisée et contient encore des bugs que les beta-testeurs se proposent de déceler, (une blague de fan de linux : « ok, ça fait 15 ans qu’on teste la version beta de windows, on attend la version finale avant de l’acheter »). Dans la sphère du web 2.0, de nombreux services utilisés par des millions d’internautes sont toujours des version beta, c’est à dire livré tel quel aux usagers avec des risques de bug : les services du web 2.0 sont toujours en développement.

La nouvelle génération d’internautes (nos élèves) baigne dans le web 2.0 depuis ses origines et a un rapport au savoir façonné par cette mise en réseau. Comment ces caractéristiques du web 2.0 viennent-elles interroger l’école ? Et est-il envisageable de penser de nouvelles modalités au partage des connaissances pour donner naissance à une école 2.0 ?

Il me semble que le web 2.0 en effaçant la frontière entre auteurs et lecteurs désinstitutionnalise le savoir. Dans la philosophie du web 2.0, chacun est pourvoyeur d’information. Bien entendu, cela semble en complète contradiction avec l’école telle qu’elle se pratique où l’enseignant est celui qui distribue l’information et valide la façon dont celle-ci a été intégrée par l’élève. Mais ce modèle me parait obsolète à l’heure où les élèves peuvent en quelques clics accéder à un savoir insoupçonné par les enseignants. Dans un modèle d’éducation 2.0, l’enseignant n’est plus le « dealer » de savoir mais un expert en « savoir », c’est à dire qu’il sait comment relier les savoirs entre eux, comment faire des liens entre les savoirs et comment cartographier le savoir. Lors de la table ronde, Olivier Vincent faisait remarquer qu’actuellement la création de contenu sur le web est gratuite et quasi-instantanée : à partir du moment où l’on a un accès internet, on peut créer un blog et publier un article en quelques minutes (il n’est plus nécessaire de publier un livre pour être lu par des milliers de personnes). C’est vrai, mais pour moi, c’est la production de la non-information qui est gratuite : pour publier une information pertinente, il faut du temps. Du temps pour la laisser maturer, du temps pour l’écrire avec pertinence. Le web 2.0 donne cette illusion d’instantanéité et de facilité mais en réalité, il y a toujours un processus assez long de maturation de l’information. Les enseignants de par leur formation ont l’expertise suffisante pour apprendre aux élèves à discriminer l’information. Cela demande un peu de courage, puisqu’il faut accepter de déplacer son expertise du savoir en tant que tel vers l’intelligence du savoir. C’est d’autant plus courageux que dans un modèle education 2.0, où les rapports sont desinstitutionnalisé, l’autorité de l’enseignant n’est pas donnée à priori, elle est acquise progressivement, elle émerge de la relation entre enseignants et élèves de la même façon que l’autorité d’un acteur du web 2.0 n’est pas donnée à priori mais émerge des interactions entre les acteurs.

Le format « table ronde » d’une heure et demie était un peu court et cette notion d’éducation 2.0 mériterait certainement un peu plus de temps. Fort heureusement, il reste le web 2.0 pour développer les idées !