Archive du categorie: ‘Poèmes

La lune Blanche samedi, 16 avril 2011

LA LUNE BLANCHE


La lune blanche  
Luit dans les bois ;

La lune blanche, dessin de Victor

De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée…


Ô bien-aimée.
L’étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure…


Rêvons, c’est l’heure,


Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l’astre irise…


C’est l’heure exquise.


La bonne chanson, 1872

Cythère vendredi, 15 avril 2011

Cythère.


Un pavillon à claires-voies

Cythère, dessin de Maréva

Abrite doucement nos joies
Qu’éventent des rosiers amis ;


L’odeur des roses, faible, grâce
Au vent léger d’été qui passe,
Se mêle aux parfums qu’elle a mis ;


Comme ses yeux l’avaient promis,
Son courage est grand et sa lèvre
Communique une exquise fièvre ;


Et l’Amour comblant tout, hormis
La Faim, sorbets et confitures
Nous préservent des courbatures.


Fêtes galantes, 1869

Un grand sommeil noir vendredi, 15 avril 2011

UN GRAND SOMMEIL NOIR


Un grand sommeil noir

Un grand sommeil noir, dessin d'Antoine B

Tombe sur ma vie :
Dormez, tout espoir,
Dormez, toute envie !


Je ne vois plus rien,
Je perds la mémoire
Du mal et du bien…
O la triste histoire !


Je suis un berceau
Qu’une main balance
Au creux d’un caveau :
Silence, silence !


Sagesse, 1880

Impression fausse samedi, 9 avril 2011

Impression fausse


Impression fausse, dessin d'Antoine C

Dame souris trotte,

Noire dans le gris du soir,
Dame souris trotte
Grise dans le noir.



On sonne la cloche,
Dormez, les bons prisonniers !
On sonne la cloche :
Faut que vous dormiez.



Pas de mauvais rêve,
Ne pensez qu’à vos amours
Pas de mauvais rêve :
Les belles toujours !


Le grand clair de lune !
On ronfle ferme à côté.
Le grand clair de lune
En réalité !


Un nuage passe,
Il fait noir comme en un four.
Un nuage passe.
Tiens, le petit jour !


Dame souris trotte,
Rose dans les rayons bleus.
Dame souris trotte :
Debout, paresseux !


Romances sans paroles, 1874


Mon rêve familier samedi, 9 avril 2011

Mon rêve familier


Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

Mon rêve familier, dessin de Hugo

D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.


Car elle me comprend, et mon coeur, transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.



Est-elle brune, blonde ou rousse ? – Je l’ignore.
Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.



Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

Mon rêve familier, dessin d'Eve

L’inflexion des voix chères qui se sont tues.


Poèmes saturniens, 1866


Art poétique samedi, 9 avril 2011

Art poétique


De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air,

Art poétique, de Maréva

Sans rien en lui qui pèse ou pose.


Il faut aussi que tu n’ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l’Indécis au Précis se joint.


C’est des beaux yeux derrière des voiles,
C’est le grand jour tremblant de midi,
C’est par un ciel d’automne attiédi
Le bleu fouillis des claires étoiles !


Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !


Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L’Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l’Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !


Prends l’éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d’énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l’on n’y veille, elle ira jusqu’où ?


O qui dira les torts de la Rime !

Art poétique, de Tom

Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d’un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?


De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée
Vers d’autres cieux à d’autres amours.


Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym…
Et tout le reste est littérature.


Jadis et naguère, 1884

Le ciel est par-dessus le toit samedi, 9 avril 2011

Le ciel est par-dessus le toit


Le ciel est par-dessus le toit, dessin d'Alexandra


Le ciel est, par-dessus le toit,

Si bleu, si calme !

Un arbre, par-dessus le toit

Berce sa palme.


La cloche, dans le ciel qu’on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l’arbre qu’on voit
Chante sa plainte.


Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.


-Qu’as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?


Sagesse, 1881

Soleils couchants vendredi, 8 avril 2011

Coucher de soleil à Carqueiranne J. Giannoni

SOLEILS COUCHANTS


Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.


La mélancolie
Berce de doux chants
Mon coeur qui s’oublie
Aux soleils couchants.


Et d’étranges rêves
Comme des soleils
Couchants sur les grèves,
Fantômes vermeils,
Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
À des grands soleils
Couchants sur les grèves.


Poèmes saturniens, 1866

Il pleure dans mon coeur. jeudi, 10 mars 2011
Il pleure dans mon coeur par Antoine B

Il pleure dans mon coeur par Antoine B

IL PLEURE DANS MON CŒUR


Il pleure dans mon cœur

Comme il pleut sur la ville

Quelle est cette langueur

Qui pénètre mon cœur ?


Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s’ennuie,
Ô le chant de la pluie !



Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s’écœure.
Quoi ! nulle trahison ?…
Ce deuil est sans raison.


C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine !


Romances sans paroles, 1874

Chanson d’automne jeudi, 10 mars 2011

CHANSON D’AUTOMNE

Chanson d'automne, dessin de Lisa


Les sanglots longs

Des violons

De l’automne

Blessent mon cœur

D’une langueur

Monotone.


Tout suffocant

Et blême, quand

Sonne l’heure,

Je me souviens

Des jours anciens

Et je pleure.


Et je m’en vais

Au vent mauvais

Qui m’emporte

Deçà, delà,

Pareil à la

Feuille morte.


Poèmes saturniens, 1866