Quelques vanités

13 03 2009

Crâne de Jan Fabre

Après avoir fait le bilan au tableau des procédés techniques (pochoir, aquarelle) des moyens ( photographie, peinture, dessin) et des processus ( série, suite) utilisés depuis le début de l’année scolaire en troisième, j’ai affiché au tableau une photocopie couleur de la sculpture de Jan Fabre intitulée Crâne (2001) en plastique, scarabées et carapaces. Passés le dégoût et les questions techniques (naturalisation) sur la fabrication de l’oeuvre, j’ai fait un rapide rappel historique sur le genre de la vanité.

Puis j’ai donné l’intitulé du travail, à savoir « donnez votre vision personnelle de l’oeuvre de Jan Fabre en utilisant tout ce que vous avez travaillé depuis le début de l’année ». Mais je voulais qu’ils réfléchissent avant de se lancer bille en tête dans une réalisation. Les élèves devaient me présenter un projet sous forme de dessin (d’esquisse).

Voici quelques travaux d’élèves de 3ème

Travail d’Amira, de Carole, de Mégane et de Quentin

Cette photographie de Pedro Meyer, Têtes de mort en sucre me semble intéressante pour comparer les représentations des élèves et les oeuvres des artistes qui sont plus proches de la présentation. Jan Fabre utilise des techniques réalisées avec de vrais animaux et Pedro Meyer fait un gros plan du réel sur des pratiques liées à la Fête des morts pratiquée au Mexique notamment.

A bientôt,

Adeline Besson



La Joconde: une énigme?

16 01 2008

détail, le sourire détail, les yeux

On aura tout dit ou presque sur le tableau de Léonard de Vinci, du documentaire affligeant révélant les petits secrets du peintre au fameux sourire. Mais le principal a été oublié comme toujours, à savoir l’analyse picturale du tableau.

Ah… au fait… si vous en doutiez encore, De Vinci a bien peint le portrait de Lisa Maria Gherardini, née à Florence en 1479. Elle devient la troisième femme du marchand de soie, Francesco del Giocondo. Mais cette commande n’est jamais arrivée chez le marchand et c’est François 1er qui fit son acquisition vers 1516. Le tableau sera accroché sucessivement au château d’Amboise puis à celui de Fontainebleau et Versailles avant d’arriver au Louvre (voir le site du Figaro pour plus d’informations).

Le tableau

Parlons de La Joconde: le tableau n’est pas seulement un portrait de femme mais il est aussi un paysage placé derrière du personnage. Le portrait est d’abord une synthèse des recherches anatomiques du peintre. Ce visage, nous pouvons le retrouver dans le tableau intitulé « La Vierge aux rochers » et dans de nombreux dessins. Car les visages de Léonard sont souvent androgynes, un savant mélange de masculin et de féminin. Ce qui révéle une forme de symbolisme au-delà de la technique picturale réaliste. Les yeux, le sourire sont souvent le sujet d’un nombre incalculable d’interprétations. Par exemple que les yeux suivraient le spectateur. C’est une illusion d’optique car le portrait est peint de trois-quart et le corps s’arrête à mi-corps avec les mains comme si La Joconde était au bord d’une loggia (balcon).

le paysage

L’illusion pourrait être le maître mot de ce tableau. Le paysage est une magnifique perspective atmosphérique. C’est-à-dire qu’au fur et à mesure que le paysage semble s’éloigner, il s’évapore dans des nuances de bleu. Ce qui donne un effet de profondeur voire un aspect presque fantastique à ce tableau.

Mais Léonard de Vinci peut-il se résumer à La Joconde ?

Pour plus de détails retrouvez le site du Louvre.

A bientôt,

Adeline Besson



Quand la démarche fait corps avec le sujet

22 10 2007

Série Claude Monet

Voici une partie de la série de Claude Monet sur la Cathédrale de Rouen de 1892 à 1894. Le Salon de 1859 coincide avec la disparition progressive du sujet puisque le sujet n’est plus « optiquement restitué ». Il est littéralement effacé mais toujours présent au profit d’un processus créatif plus visible. Les artistes se tournent vers la fabrication de l’image et moins vers le sujet. La grande découverte chez Monet notamment c’est le refus de la « couleur locale ». On considérait à l’époque que chaque objet matériel était doté d’une couleur avec qelques variations. Mais dans le tableau« Impression, soleil levant » de 1872, le peintre montre que chaque chose brille et reçoit de la lumière et donc des couleurs qui changent tous le temps. De plus les lignes de contours sont supprimées, il n’est plus question d’ isoler la forme de ce qu’il l’entoure tant la peinture est complexe. Mais ce qui est vraiment nouveau c’est non seulement de peintre le sujet à toutes les heures de la journée et donc d’introduire par la série la dimension du temps dans l’ espace en deux dimensions. Cette démarche apparaît dans la série des « Meules ». L’obsession du sujet, répété à l’infini permet à l’artiste de travailler le processus créatif.

Ce qui fait dire à Monet que nous n’apprécions pas la réalité en soi mais l’instant unique, une immersion au coeur des sensations. La contemplation statique basée sur un point de vue unique n’est plus il faut se déplacer, s’éloigner, se rapprocher vers la série.

Andy Warhol, Green car crash Electric chair

Autre époque, autre démarche, le fameux Andy Warhol utilise la série dans « les disasters ». Green car crash de 1963 n’est plus fait à la main. Le peintre se sert des moyens de son époque. La sérigraphie est utilisée pour la publicité et reprise par Warhol qui est lui-même un ancien dessinateur publicitaire. Ce procédé mécanique permet d’utiliser la photographie. Mais surtout il met à mal la notion d’original par sa manière de travailler et de reproduire mécaniquement des photographies qui n’appartiennent pas à l’auteur lui-même. L’artiste reporte par la sérigraphie ces images sur la toile lui conférent un statut artistique. Ces productions de masse de l’ère industrielle ont rejoint le monde l’art dans les galeries et les musées. Le principe du « ready-made » de Duchamp est réutilisé avec ces nouvelles images issues de la culture de masse. Ces images stéréotypées, décontextualisées deviennent la métaphore d’une société qui à force d’images de toutes sortes, banalise les faits. Les sérigraphies à force d’être répétées, disparaissent et sont brouillées. Le sujet s’efface au profit d’une démarche qui sappe le concept de l’originalité et du génie du XIX° siècle, seul sur sa montagne. La démarche remet en cause le concept même d’art.

Dans les deux démarches il ne s’agit pas simplement de regarder le sujet mais de le questionner au regard de l’ensemble. Le sujet n’est pas seulement considéré comme l’illustration d’un propos mais il est travaillé de manière quasi-obsessionnelle (en série) pour aboutir à des questions qui dépassent l’art lui-même. Dans l’oeuvre de Monet c’est le temps qui apparaît en filigrane et dans Warhol ce sont les mécanismes de la société médiatique et consumériste.

En d’autres termes, le style ne se résume pas au sujet représenté mais à la démarche. Le processus de la série détermine chez les deux artistes une démarche singulière avec leur contexte social.

La série peut être utilisée pour faire comprendre le principe de la démarche artistique notamment dès la classe de troisième.

Bonne lecture,

Adeline Besson



Pinoncelli, vandalisme ou iconoclasme ?

9 02 2007

l'urinoir de DuchampEn 1917 Marcel Duchamp présente un urinoir pour une exposition à New York. Refusé. Trois jours plus tard la galerie 291 du photographe Alfred Stieglitz l’accepte, et il trône aujourd’hui au Centre Pompidou. Un artiste, Pierre Pinoncelli, après avoir uriné dedans en 1993, a été condamné pour l’avoir ébréché avec un marteau en 2006.

Je ne ferais pas l’historique des différentes étapes des interventions de l’artiste mais j’analyserai plutôt les questions qu’elles posent. En effet, le dernier procès le condamne à trois mois de prison ferme et à une amende moins importante que prévue, le Centre Pompidou parle de vandalisme puisque l’artiste s’est attaqué à l’urinoir de Duchamp exposé au Musée le 4 janvier 2006. Le terme de vandalisme utilisé par le Musée permet de penser qu’on ne peut pas analyser l’action de Pinoncelli. Car de fait le terme classe l’intervention du côté de la morale et donc clôt le débat. Car il y a bien débat car au delà de l’aspect moral de l’affaire, il s’agit de comprendre pourquoi cela gêne l’institution et par extension le public.

Lorsque l’artiste urine en 1993 sur Fountain (1917), il remet en cause cet objet trivial devenu sculpture sur un socle et exposé dans un musée qui par cette action l’objet d’art redevient simple urinoir. Ou récemment encore lorsqu’il donne un coup de marteau , il casse cet objet devenu art avec tout ce que cela implique, à savoir un prix sur le marché n’ayant plus grand chose avoir avec le processus de création qui présidait lors de l’exposition de La Society of Independant Artists. Celle-ci fut organisée sur la base de « No jury, no prizes ». Duchamp voulu tester le principe et se rend chez un grand fournisseur de plomberie à New York et achète un urinoir. Fountain est refusé  » aux raisons que l’objet est « obscène, indécent, n’est pas une oeuvre originale, n’est pas de l’art ».

Le processus est enclenché, si l’artiste peut utiliser des objets manufacturés qu’il n’a pas créé de ses propres mains, qu’est-ce qui est de l’art? Est-ce que l’art peut se réduire à un objet? C’est ce que Pinoncelli interroge à travers ses actes. Fountain au fond est devenu avec le temps, l’institution, l’assimilation culturelle, un objet sacré qui n’interroge plus le visiteur. Il est entré au Musée, lieu de la sacralisation par excellence. Pinoncelli devient alors un iconoclaste, celui qui s’oppose à l’adoration et au culte des images saintes. Celles-ci sont aujourd’hui les images , le culte dévolu à l’ART qu’il ne faut plus toucher, contester.

Bonne lecture, voir l’article de Libération du10 février et du Monde
Adeline Besson



Qui a volé le lingot d’or à la Fondation Cartier ?

6 02 2007

inscription sur le lingot

Fin de l’exposition de Gary Hill à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, lorsque la réalité rejoint la fiction.

Jeudi 1er février, trois hommes cagoulés font irruption dans les locaux de la Fondation et maîtrisent le gardien pour d’emparer de la recette du jour et du lingot d’or. Celui-ci fait partie de l’installation visuelle et sonore intitulée Frustrum.

image principale de l'installation

Le spectateur se retrouve devant un bassin d’une huile non inflammable où trône le fameux lingot d’or, en face du visiteur l’image virtuelle d’un aigle se débat dans un pylône éléctrique en faisant claquer ses fils par un bruit assourdissant de fouet. Dès que l’aigle semble effleurer le bassin son image se trouble. La symbolique apparaît comme obscure mais le rapace fait référence à l’empire américain pris au piège de ses propres valeurs.

Le matin même, le lingot avait été remplacé. S’agissait-t-il d’un vrai au centre de l’installation? Ou comme le laisse entendre la police: est-ce que les voleurs, bien informés ont dérobé le vrai lingot dans la chambre forte du musée? L’enquête reste ouverte. Vrai ou faux, les voleurs ont pu découvrir sur le lingot cette inscription:  » Pour tout ce qui est visible, il existe une copie cachée ».

A bientôt,

Adeline Besson



Damien Hirst et son requin: une approche de l’art conceptuel

28 01 2007

L’artiste anglais fait parler de lui après qu’une ses pièces, intitulée The physical impossibility of death in the mind of someone living (L’impossibilité physique de la mort dans un esprit vivant) daté de 1992, se soit décomposée dans son aquarium. Le travail de conservation du requin-tigre n’a pas été très bien réalisé et quinze ans après, il faut recommencer l’opération car le corps de l’animal s’est déformé et l’eau de l’aquarium s’est troublée au fil des années. Donc, un nouveau requin tué a fait le voyage en cargo-congélateur pour remplacer l’ancien. Les aventures de cette oeuvre sont détaillées sur le site de Courrier International.
Cet article permet de revenir sur le travail de Damien Hirst car finalement les écrits parlent assez peu des oeuvres et mettent en exergue la provocation et les sommes dépensées par les collectionneurs qui entourent les oeuvres. Si l’on parle de provocation c’est surtout que l’artiste utilise des techniques et par extension des présentations qui sont utilisées par les sciences naturelles et autre anatomie comparée qu’il transpose dans des musées et des galeries d’art contemporain.

In his infinite wisdom

Dans cette oeuvre In his infinite wisdom, exposée à la Tate Gallery à Londres, Hirst met en scène un veau conservé dans le formol. De la même manière, Géricault transposait un sujet d’actualité dans le Radeau de la Méduse dans la peinture d’histoire, ce qui provoqua le scandale car le sujet, un événement non idéalisé devenait une oeuvre d’art. Ici, l’artiste va plus loin en transposant des sujets, formes utilisées par les sciences dans l’espace de l’art.

L'urinoir de Marcel Duchamp

Vous allez me dire que ce n’est pas nouveau et Marcel Duchamp l’a fait avant lui en montrant un urinoir sur un socle( objet le plus quotidien montré comme une sculpture) dans un contexte artistique. Mais ce qui est réellement nouveau et Damien Hirst n’est pas le seul à le faire, c’est que l’art contemporain utilise les méthodes et les images appartenant à d’autres domaines: à savoir, dans le cas de Hirst les sciences naturelles ou l’anthropologie et même par exemple les codes de la mode (un autre domaine appartenant aux arts appliqués).

Ce phénomène qui ne cesse de grandir est la preuve qu’au lieu de brouiller les domaines scientifiques ou culturels, il marque l’ouverture de l’art contemporain à tous les savoirs et savoir-faires du monde qui nous entoure. De la même manière si la Renaissance et le XVIIIème ont puisé dans l’Antiquité pour s’inventer une Antiquité qui leur convenait afin de regénerer l’art de l’époque, les artistes contemporains puisent dans des domaines proches ou très éloignés pour se les approprier et alimenter l’art d’aujourd’hui.

Je reprendrai une citation en forme de conclusion de Nathalie Heinich et Jean-Marie Shaeffer dans leur ouvrage Art, création, fiction entre sociologie et philosophie, publié en 2004:  » l’interdisciplinarité n’a de sens et d’intérêt qu’à condition: non pas de viser au brouillage des limites entre les diciplines, mais profiter de leur mise en forme pour assurer leurs fondements ».

Même si l’interdisciplinarité se fait à l’intérieur des oeuvres de Hirst, l’enseignement peut contribuer à créer les conditions de cette interdisciplinarité entre plusieurs discilpines afin que la demande d’interdisciplinarité qui provient du Ministère de l’Education Nationale ne soit pas simplement une utopie mais une réalité à l’heure où les savoirs et savoir-faires des disciplines sont remis en cause par cette même institution.

Cette réflexion fera suite à plusieurs propositions de cours sur l’interdisciplinarité.

A bientôt et bonne lecture,

Adeline Besson



Georges de la Tour, « Le songe de Saint-Joseph »

27 01 2007

L’exposition à l’Orangerie intitulée Les peintres de la réalité, est l’occasion de revenir sur un tableau de George de la Tour: Le songe de Saint-Joseph. Les oeuvres du peintre ont été redécouvertes au début du XXème siècle.

le songe de Saint-Joseph

Le peintre fut un temps qualifié de premier surréaliste par le peintre André Lhote. Le terme reste anachronique historiquement mais il n’est qu’en partie pertinent. Car le sujet et son traitement apparaissent contradictoires. En effet, les figures de l’ange et du Saint et leurs vêtements respectifs sont traités de manière réaliste voir hyperréaliste. Ceux-ci contrastent avec le traitement de la lumière (en clair-obscur) avec cette couleur orangée propre aux oeuvres de La Tour. Ce qui fait dire aux spécialistes qu’il a été influencé par Le Caravage. La scène pourrait paraître simplement réaliste mais voilà cette lumière presque picturale qui effleure les visages et les tissus, semble arrêter le temps. Ce temps suspendu, celui du songe qui vient vous envelopper et donner à l’oeuvre son caractère presque mystique et intemporel. La peinture fait alors corps avec son sujet grâce à cette ambivalence entre traitement réaliste, clair-obscur et composition. Celle-ci est prédominée par l’ange, sorte de fillette qui ferme la composition en même temps qu’elle enveloppe Saint-Joseph.

Pour voir comment les artistes du début du XX° siècle se sont appropriés, les oeuvres de La Tour, cliquez ici (voir notamment Magritte et Humblot)

A bientôt

Adeline Besson



Le Radeau de la Méduse (de Peter Witkin)

23 01 2007

The Raft of G.W.Bush

La photographie de Joel Peter Witkin intitulée The Raft of G.W. Bush est une nouvelle interprétation du Radeau de la méduse de Géricault ( voir l’article précédent) mais il garde tout de même l’actualité comme point d’appui.

En effet, le tirage de 2006 vendu par la galerie Baudoin Lebon lors du Salon Paris Photo, est une parodie où l’on voit, à gauche le Président américain, la couronne électrique sur la tête et le drapeau de la nation sur l’épaule, plongé dans ses pensées. Au-dessus de lui, sa mère Barbara Bush emperruquée, regarde au loin. A ses pieds l’ancien secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld semble anéanti (par la situation en Iraq). Il est reconnaissable à ses lunettes qu’il tient à bout de bras. D’autres personnages de l’actualité américaine sont présentes comme le Président Dick Cheney et sa femme ainsi que les péripéties présentées de manière allégorique du mandat de G.W. Bush.

La parodie reste plutôt symbolique pour le photographe, l’artiste est plus habitué à une version plus « trash » du corps. Mais le traitement de l’actualité est efficace, la peinture d’histoire qui prévalait à l’époque de Géricault est imitée sour la forme d’un bricolage. L’eau est matérialisée par des sacs poubelles noirs, l’écume par du coton hydrophyle et le ciel en deux dimensions, brossé à larges touches fait penser à une illustration. Il contraste avec le radeau en trois dimensions. Ce sont les accessoires qui rajoutent les détails comiques à la situation (soutien-gorge porté par Cheney, perruque blanche de Barbara et os dans la main de l’ange sexué en haut de la composition).

Alors que le peintre Géricault transpose l’actualité dans le grand genre de la peinture d’histoire, Witkin le propulse dans une sorte de quotidien, fait de bric et de broc, aussi absurde et décalé qu’un bourbier politique, en l’occurrence celui de l’Iraq.

A bientôt

Adeline Besson



Madâme ou l’image de Bernadette Chirac

17 01 2007

image du livre de Lepers

Le film Madâme de John Paul Lepers est l’occasion de parler de l’image de l’épouse du Président actuel. Car l’épouse du Président n’a pas de statut dans les institutions françaises. Le film se présente comme un document à charge mais l’image renvoyée par Madâme est tellement lisse et positive alors que faire d’autre? D’autant que celle-ci a déjà relaté sa vie dans un livre entretien avec Patrick de Carolis.

L’image de Madâme a pris au cours des années beaucoup plus d’importance. Même si son entrée en politique s’est faite à contre-coeur. En effet, Jacques Chirac lui demande de se présenter comme conseillère générale de Corrèze en 1979. Elle qui se confie comme timide à une proche de l’époque (dans le film, la femme de l’élu décédé dont elle brigue le mandat), se retrouve en charge de cette nouvelle fonction. Bien vite, Madâme se prend au jeu et prend soin de ses administrés. A tel point que les petits mots accompagnants les subventions sont au cachet de la Présidence de la République. Le mélange des genres commence ici. Le clientélisme n’est pas une nouveauté mais il s’accommode mal de ce mélange surtout après les affaires politico-financières des dernières décennies.

L’image a de quoi impressionner les administrés de Corrèze. Sur celle-ci, se rajoute la dame au grand coeur avec l’opération Pièces Jaunes de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France et David Douillet comme personnalité (voir article de l’express de 2006). Et puis le soutien pour la vie quotidienne des enfants et des personnes âgées, toujours avec la même Fondation avec Aimé Jacquet. Toutes ses oeuvres caritatives sont relayées par les TF1 alors qu’Anne Barrière (épouse de Robert Namias, directeur de la rédaction de TF1) était à l’époque du film de John Paul Lepers la conseillère en communication de Madame Chirac. Puis France 3 participe aussi de la construction de cette image mais aussi dévoile une deuxième facette moins politiquement correcte, à savoir le reportage ou plutôt le montage de cette même chaîne afin de montrer une conseillère générale de Corréze offensive qui obtient le maintien du petit bureau de poste de la bonne ville de Sarran par un fonctionnaire de la Poste. Bref l’image a un revers bien amer et si la RTBF a essayé d’arrêter Madâme dans la rue pour lui poser des questions comme n’importe quelle autre personnalité, elle leur a répondu que l’on arrêtait pas les personnalités dans la rue mais qu’il fallait prendre rendez-vous avec leur conseiller en communication : « Imaginez si vous abordiez la reine Paola de Belgique ». On se demande si cela ne serait pas plus facile d’aborder la reine des Belges qui n’a comme Mâdame aucun rôle réel dans leurs institutions respectives. Mais voilà Madâme a bien un rôle mais celui de conseillère générale de Corréze et non de Chef d’Etat. Madâme aurait-elle confondu l’image qu’elle a créée au fil des années avec son mandat réel?

Je vous recommande donc vivement le film de John Paul Lepers qui est visible au centre culturel L’Entrepôt dans le 14 ème arrondissement de Paris. Et oui, c’est le seul cinéma qui a bien voulu le diffuser mais vous pouvez voir un grand nombre d’extraits du film sur le blog du journaliste: www.johnpaullepers.blogs.com

A bientôt et bon film

Adeline Besson



Rembrandt: exposition virtuelle

26 11 2006

Sur le site de la Bibliothèque Nationale, une exposition virtuelle intitulée La Lumière de l’ombre est accessible sur le site bnf.fr. Celle-ci est consacrée à l’oeuvre gravée de Rembrandt. Le site montre le processus créatif de l’artiste et revient de manière documentée sur les techniques de gravure . Le chapitre « à la loupe » permet de revenir sur le trait lui-même en proposant à l’internaute de s’approcher au plus près de plusieurs oeuvres.

Mais je prendrai comme exemple de ce processus une gravure non achevée L’Artiste dessinant d’après modèle.

Dans cette eau-forte gravée en 1639, Rembrandt se représente en train de dessiner d’après un modèle feminin, thème récurrent au XVIIème siècle. Cette gravure est restée inachevée, contrairement à la Grande mariée juive présentée au début. Le fond travaillé comme la plupart de ses gravures contrastent avec le reste de l’image.

Ce fond ne représente pas un simple décor mais une sculpture en buste présentée de profil (un modèle) avec un drapé, une palme blanche et une presse (l’outil final qui permet de révéler l’image). Cette presse vient marquer le point d’ancrage du regard dans la composition. De chaque côté de ce point, un autoportrait de Rembrandt assis regarde un modèle vivant féminin debout sur une estrade. Ce modèle ressemble étrangement à la sculpture en buste du fond. Une composition en triangle s’instaure entre le modèle (sculpture), le modèle vivant et l’artiste. Cette gravure est une sorte de mise à nu du processus créatif. Les références (sculpture, modèle et accessoires), l’outil, l’artiste en train de produire et surtout l’acte de dessiner, à savoir la représentation de l’inachèvement de la gravure et le contraste du trait qui va de l’esquisse au clair-obscur très travaillé) démontrent une mise en abyme du processus créatif.

Preuve qu’une seule gravure, fusse t-elle inachevée montre plus de choses qu’un nombre imposant d’images. Rembrandt n’affirmait- il pas qu »une oeuvre est achevée quand un artiste a dit ce qu’il avait à dire »?

Bonne lecture,

Adeline BESSON