Quelques vanités

13 03 2009

Crâne de Jan Fabre

Après avoir fait le bilan au tableau des procédés techniques (pochoir, aquarelle) des moyens ( photographie, peinture, dessin) et des processus ( série, suite) utilisés depuis le début de l’année scolaire en troisième, j’ai affiché au tableau une photocopie couleur de la sculpture de Jan Fabre intitulée Crâne (2001) en plastique, scarabées et carapaces. Passés le dégoût et les questions techniques (naturalisation) sur la fabrication de l’oeuvre, j’ai fait un rapide rappel historique sur le genre de la vanité.

Puis j’ai donné l’intitulé du travail, à savoir « donnez votre vision personnelle de l’oeuvre de Jan Fabre en utilisant tout ce que vous avez travaillé depuis le début de l’année ». Mais je voulais qu’ils réfléchissent avant de se lancer bille en tête dans une réalisation. Les élèves devaient me présenter un projet sous forme de dessin (d’esquisse).

Voici quelques travaux d’élèves de 3ème

Travail d’Amira, de Carole, de Mégane et de Quentin

Cette photographie de Pedro Meyer, Têtes de mort en sucre me semble intéressante pour comparer les représentations des élèves et les oeuvres des artistes qui sont plus proches de la présentation. Jan Fabre utilise des techniques réalisées avec de vrais animaux et Pedro Meyer fait un gros plan du réel sur des pratiques liées à la Fête des morts pratiquée au Mexique notamment.

A bientôt,

Adeline Besson



Formations Artistiques

9 03 2009

Télérama vient de sortir un livret sur les formations artistiques.

couverture du livret

Sur le site de Télérama, une bonne partie des formations après le BAC sont mentionnées dans toute le France et ailleurs notamment pour le monde de la mode (dans le livret). Bref, le site constitue une bonne base pour éviter les pièges d’une orientation qui en étant très spécialisée, reste très ouverte à tous les métiers autour de l’art ( arts plastiques, mode, design et autres arts appliqués ou même l’enseignement).

A bientôt,

Adeline Besson



La méthode d’Hector Obalk

7 03 2009

portrait du critique et de l'historien

Demain soir sur Arte, la chaîne diffuse la série Grand’Art. Hector Obalk propose un Ingres érotique. L’occasion de revenir sur sa méthode. Il l’a décrite sur France Inter vendredi dans l’émission « J’ai mes sources » de Colombe Schneck.

On peut être surpris qu’un historien d’art fasse de la critique en disant parfois que telle ou telle production d’artiste est mauvaise ou pas. Pourquoi pas ! C’est ce qui lui permet de désacraliser l’objet et non l’oeuvre. Ce qui est intéressant dans la méthode d’Obalk, c’est que l’auteur part de l’oeuvre, c’est-à-dire qu’il ausculte aussi bien les détails que l’ensemble de la peinture. Il s’agit souvent d’analyses de toiles ou de dessins sans pour autant noyer le spectateur dans des anecdotes liées à la vie de l’artiste ou bien au contexte historique. Il compare les productions à l’intérieur d’une même oeuvre ou avec d’autres de périodes différentes. L’approche est sensuelle et sensible (la touche, la lumière, le modelé…) et s’incarne dans les mouvements de caméra.

livre

Dans la matinale de France Inter, Nicolas Demorand est intervenu pour comparer le travail d’Hector Obalk à la méthode iconographique de l’historien Daniel Arasse.

Mais Obalk a bien relevé cette comparaison mais il la conteste. La sensualité dont parle Demorand n’est pas mise en forme de la même manière. Là où Obalk décèle dans le détail la plasticité de la peinture, Arasse cherche le signifiant derrière cette peinture. Pour reprendre une expression d’Hector Obalk : « Il décèle les mots derrière les images ». Certes,  la méthode d’Arasse est sensuelle mais reste littéraire.

Une critique sur la méthode d’Hector Obalk: ses analyses ne se frottent pas souvent aux oeuvres du XXème siècle et notamment à la peinture de cette période. Quand est-il de l’accident, du hasard qui constitue un des processus de cette peinture, de Claude Monet à Alechinsky.

A bientôt,

Adeline Besson



Mika Rottenberg à La Maison Rouge

2 03 2009

image issue d'une vidéo-installation

La jeune artiste présente une exposition monographique de ses installations, mélange de vidéos et de sculptures. Son travail vidéo contraste avec celui d’Andy Warhol, présenté lui aussi à la Maison Rouge. La fascination pour la société du spectacle chez le pape du Pop Art apparaît dérisoire après avoir vue le travail de Rottenberg. L’artiste prend pour modèle l’Amérique des petits employés, du travail à la chaîne alors que Warhol s’intéresse aux peoples des années 80. La première installation-vidéo semble être déconnectée de la réalité mais dans la deuxième, bien vite les personnes miment une réalité issue de la société de consommation. L’absurde pointe vite son nez et on se surprend à rire. Les gestes répétitifs des corps confinés dans des espaces étroits oscillent entre dégoût et érotisme. On pense quelquefois au rapport au corps et aux objets des films de Matthew Barney. Dans Dough (2005-2006), le spectateur est installé dans un espace restreint pour regarder une chaîne de production faisant fabriquer de la pâte par des femmes confinées dans des « box ».

Une preuve encore que l’on peut dénoncer les travers de la société de consommation sans idéologie en utilisant le ressort de l’absurde et sans tomber dans la fascination.

A bientôt,

Adeline Besson



Projet Land Art au Landy (4)

22 02 2009

Suite du projet Land Art au Landy avec d’autres réalisations d’élèves….

Projet de Katia

« Mon projet se nommera « HELPING »!

J’ai l’intention de faire des logis en bois, l’isolation se fera avec du liège et du tissu recyclé… bref des matières écologiques de façon à perdre le moins de chaleur possible. En plaçant des plaques solaires, j’espère qu’ils seront indépendants du point de vue énergétique. Avec des plantes, des arbres… le terrain sera moins pollué et cela sera plus agréable à la vue.

A l’intérieur, ce logis sera meublé au minimum (peut-être issue de la récupération pour rester dans le cadre écologique. Ils seront conçus pour une ou deux personnes, les animaux seront tolérés.

Je pense que ce projet sera intéressant à cause des personnes sans domicile fixe, mourantes dans le froid et les conditions dans lesquelles elles sont accueillies dans les centres, cela les aidera à se réintroduire dans la société  et laisser la place aux autres. »

Projet d’Imen

« Pour rénover cette parcelle, je me suis d’abord demandée à qui s’adresserait cet espace. Puis, j’ai décidé que cela serait fait pour les artistes qui utilisent la nature. J’ai donc pensé y mettre des bancs qui permettront à toutes les personnes qui ont l’âme artistique ou bien de simples curieux de l’environnement de s’asseoir et de découvrir l’art dans toute sa splendeur et son naturel.

On ajoutera aussi au décor, trois montagnes artificielles et un espace aménagé pour des créations artistiques. Il y aura un grand bac à sable et un espace vert pour la détente.

Je pense que mon projet « Ecoart » sera bien pour Aubervilliers car la ville se positionnera comme une ville qui a le souci de la nature et de l’écologie. De plus, ce projet permettra de révéler les talents artistiques de chacun et la ville par ce lieu aidera les artistes qui débutent à mieux s’exprimer et à démocratiser l’art dans les banlieues. Les artistes qui débutent ici à Aubervilliers pourront avoir un espace pour sublimer leur amour de l’art. Mais aussi pour que les habitants de toutes les communes puissent apprendre des choses sur l’art et venir découvrir un lieu de détente, écologique et artistique. »

A très bientôt pour d’autres projets.

Adeline Besson



Projet Land Art au Landy (3)

16 02 2009

La séquence s’est déroulée en quatre étapes.

Je vais tenter de montrer les trois premières étapes du travail.

1ère étape

J’ai demandé aux élèves de « rendre intéressant le terrain vague du Landy » en utilisant les recherches faites en classe sur l’histoire du terrain ( pollution) ou ce qu’il restait sur celui-ci, à savoir des gravats, de la ferraille, des arbres ou la dalle de béton.

Dans un premier temps, j’ai tiré une vue satellite sur « Google Earth » du terrain vague et je leur ai demandé de faire une vue de dessus de leur projet sur ce plan.

terrain vague vue d'en haut

2ème étape

Ils devaient faire un texte d’une dizaine de ligne pour expliquer leurs projets et l’envoyer sur mon mail avec le plan en fichier joint ( ce qui permettait de valider un des items du B2I).

3ème étape

L’artiste Jean Paul Ganem m’a envoyé par mail un photomontage représentant le terrain vague vu de face du côté de la rue Emile Augier.

J’ai distribué ce montage aux élèves qui devaient réaliser directement sur le document une vue frontale de leur projet.

3 projets parmi d’autres

Projet de Sian:  » Mon projet est un parc ouvert à tout le monde. Il y aura de la pelouse et des fleurs. Si l’herbe ne peut pas pousser, on achètera de la pelouse en plastique. Une fontaine sera au milieu du terrain et l’eau sera potable pour ceux qui ont soif. Plusieurs bancs seront autour de la fontaine pour s’asseoir. Il y aura une poubelle à chaque bout du parc. Cela donnera un peu plus de beauté dans le quartier. Les bancs seront en bois pour résister à la pluie. Cet endroit sera fait pour se retrouver au calme et réfléchir tranquillement. Il y aura aussi quelques lampadaires pour éclairer la nuit. L’entrée sera interdite aux chiens car ils grattent la terre et cela fait des trous. »

D’autres travaux dans un prochain numéro…

A+

Adeline Besson



Projet Land Art au Landy (2)

15 01 2009

Suite du Projet Land Art, je vais tenter de décrire la séquence pédagogique en plusieurs billets.

1. Préliminaires

Le projet fait suite à une séquence sur l’espace réel ou comment l’espace réel peut devenir artistique. C’est à travers l’installation que les élèves ont pu appréhender l’espace de la classe. Les élèves devaient se mettre par groupe de 3 ou 4 et devaient transformer une partie de l’espace de la classe avec une feuille d’aluminium alimentaire ( 20 cm x 2 m).

La première étape devait se focaliser sur la fabrication du travail avec les moyens adaptés à ce type de feuille. La réalisation devait passer par une phase de croquis préparatoires. Elle devait prendre en compte les qualités de la feuille d’aluminium ( sa capacité à modeler une forme, sa légèreté, ses reflets, son opacité, sa couleur argentée faisant penser au métal). La deuxième étape a été la phase d’installation, à savoir comment transformer l’espace de la classe avec leur réalisation ? (photos dans les prochains jours)

2. Mise en oeuvre

Le projet Land Art a pris la suite de cette séquence car mon intention était de faire intervenir les élèves, toujours dans un espace réel mais cette fois à l’échelle de la ville d’Aubervilliers. Le terrain vague reste encore un mystère. Après quelques recherches aux Archives d’Aubervilliers et à l’Urbanisme, j’ai vite compris que la parcelle était très polluée depuis le début du XXème siècle; et le quartier a été le lieu d’une double histoire, celle de l’industrialisation et de l’immigration.

La toute première étape du projet a été de rassembler les différentes informations et d’en livrer quelques échantillons aux élèves sous forme de carte, de plans de bâtiments et de lettres de plaintes à la Préfecture. Les élèves devaient repérer sur la carte la situation du terrain, rassembler les différentes pièces de deux plans d’usine et lire quelques plaintes d’habitants lorsque la maire d’Aubervilliers se nommait Pierre Laval. Bref, le travail débutait par un travail de recherche historique.

La deuxième étape a été de parler du travail de Jean-Paul Ganem qui allait intervenir sur le terrain en observant deux autres artistes pratiquant le Land Art. Par groupe, les élèves devait comparer une oeuvre de Nils-Udo et une autre de Christo.

site d'arts plastiques avec une oeuvre de Nils Udo Ouvre de Christo

A partir d’un questionnaire, les élèves ont compris que l’on pouvait utiliser la nature de deux manières différentes. A l’oral, nous avons pointé ces différences. Dans le cas de Nils Udo, il s’agit de collecter les matériaux sur le site (branches). Dans celui de Christo, il s’agit d’amener une matière extérieure artificielle au site plastique rose). Dans les deux cas, la nature était sublimée par le geste artistique.

Pour conclure, j’ai repris la démarche de Ganem en montrant qu’il n’intervenait pas sur une nature idéalisée ressemblant au Jardin d’Eden mais sur des sites qui étaient oubliés par l’homme. Soit parcequ’ils sont utilisés à des fins purement utilitaires comme chez les agriculteurs en Dordogne (on en oublie presque que ce travail peut être poétique visuellement) ou soit parce qu’ils font office de décharges comme au Canada.

A bientôt pour la suite des aventures…

Adeline Besson



Projet Land Art au Landy (1)

10 01 2009

Voilà plusieurs années que je cherche à faire vivre à mes élèves ce que peux être la conception d’un vrai projet artistique de A à Z. Cet été, j’ai découvert le travail de Jean-Paul Ganem en Dordogne. Mais ce qui a provoqué le déclic ce sont ses différents projets au Canada et au Brésil.

Projet Canada

Projet Brésil

Le quartier du Landy où une partie de mes élèves vivent, est une zone que l’on pourrait qualifier en reprenant le politiquement correct: « de zone en devenir ». Celle-ci est ponctuée de logements insalubres, d’entreprises et de terrains vagues. Ces derniers peuvent être encore exploités car ils ne sont pas tous construits. Il fallait s’engager dès la rentrée car le quartier est en plein bouleversement urbain entre la construction de logements, de magasins et du centre nautique…le quartier doit être entièrement bétonné d’ici 5 ans.

La première phase du projet consistait à contacter l’artiste et à demander l’appui de la mairie afin de proposer le choix d’un terrain vague rue Emile Augier en plein coeur du Landy qui pourrait convenir pour réaliser un projet de Land Art. Les interventions accolées au Land Art sont  habituellement appliquées dans l’histoire de l’art à de très beaux paysages dignes d’êtres imprimés sur cartes postales. Or dans ses derniers projets, Ganem intervient sur des terrains qui sont laissés à l’abandon dans un contexte plutôt urbain.

Loin d’idéaliser le paysage en sublimant ses caractéristiques, il s’en sert pour réhabiliter un paysage urbain oublié par le regard.

Bien sûr, la séquence pédagogique a évolué en fonction des aléas inhérents à ce type de projet. A l’heure actuelle nous attendons avec l’artiste et son  producteur l’accord de Plaine Commune afin d’avoir l’autorisation d’intervenir sur le terrain vague car le site a subi différentes pollutions au cours du 20ème siècle.

Dans un prochain article, je décrirais les différentes étapes pédagogiques du projet Land Art au Landy.

A bientôt,

Adeline Besson



Britz, une gifle magistrale

7 09 2008

PortraitPortrait

Hier soir 21 heures, je zappe sur Arte et je reste littéralement scotchée devant 3 heures de téléfilm intitulé en français Les Graines de la colère (réalisateur Peter Kosminsky). Le réalisateur de ce téléfilm n’est pas un petit nouveau. Ses sujets sont très politiques: la guerre du Kosovo et l’implication des troupes anglaises dans Warriors, les dessous de l’arrivée au pouvoir de Blair avec Les Années Tony Blair. Cette fois, Kosminsky récidive en proposant deux points de vue sur les répercussions des attentats londonien du 7 juillet 2005 auprès des citoyens britanniques d’origine pakistanaise, les « Britz ».

Ces deux points de vue se découpent en deux parties. Le premier suit l’aîné d’une famille d’origine pakistanaise, brillant étudiant qui choisit de rentrer au MI5, le service d’espionnage britannique. Le second, filme la cadette suivant des études de médecine qui milite contre les gouvernements Blair et Bush pour se transformer insidieusement en « vierge du paradis ». Loin d’être manichéens, les points de vue nous montrent un personnage d’espion loin du cliché James Bond, un jeune homme déterminé. Lorsque l’on découvre le système mis en place par le MI5, on pense à La vie des autres, le fameux film allemand (bientôt sur Arte). Le spectateur suit aussi l’assignation à résidence de la meilleur amie de la cadette avec bracelet électronique, liste de personnes à ne pas contacter, et procès sans son propre avocat, digne d’un prisonnier de Guantanamo.

Bref, un téléfilm ambitieux où tout sonne juste, où tous les effets filmiques font corps avec le sujet. Et surtout, les deux points de vue nous disent comment une démocratie peut basculer à tous moments sous couvert de lois antiterroristes.

A bientôt pour la rediffusion très tardive sur Arte.

Adeline Besson



Jeff Koons à Versailles

6 09 2008

Koons à Versailles

Jeff Koons et Versailles, deux noms antinomiques ? Pas si sûr, l’artiste américain mondialement connu investit Versailles à partir du 11 septembre. Split-Rocker notamment, sorte de sculpture végétale à deux faces est installée dans le jardin de l’Orangerie. Cette tête en forme de jouet mi-dinosaure mi-poney est censée contraster avec le jardin ordonné et codifié par Le Nôtre.

Tête

Cette installation rappelle Puppy devant le Musée Guggenheim à Bilbao. Jeff Koons déplace des jouets considérés comme populaires ( production à grande échelle et objet sympathique aussi bien auprès des enfants que des adultes) dans un contexte artistique, en l’occurrence ici, le Château de Versailles. Il en fait des sculptures monumentales fabriquées avec des techniques diverses (art de la topiaire, plastique, porcelaine, acier inoxydable) qui elles non plus, ne sont pas considérées comme classiques. L’objet du quotidien, le jouet transformé devient alors apte à être considéré comme objet d’art. Il ne s’agit pas ici de crier au scandale parce que les sculptures seraient de mauvais goût mais de revenir sur l’ironie ou l’irrévérence supposée des installations.

Là où certains y voient du scandale ou de l’ironie, j’y voit plutôt de l’installation convenue qui ne pose pas vraiment la question du lieu. Car les oeuvres de Koons sont juste exposées là où elles feront le plus d’effet. D’autre part, l’ironie aurait été plus intéressante si Jeff Koons n’avait pas, pour une fois transformé ces jouets comme Marcel Duchamp avait pu le faire avec un vrai urinoir.

Jeff Koons ne dénonce rien, il montre simplement que les objets du quotidien subissant une transformation peuvent s’adapter aux expositions et au marché de l’art. Cette nouvelle intervention au Château de Versailles tend à consacrer un artiste au somment de sa carrière. Tel le Roi Soleil, Jeff Koons brille au firmament de sa gloire.

Portrait

A bientôt,

Adeline Besson