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La reconquête du mois de Mai

Quand les épreuves anticipées déciment les classes…

mai

« La reconquête du mois de Juin » : l’un de nos anciens ministres de l’Éducation Nationale en avait fait une bataille… Pour les hispanisants, la « reconquista », c’est un peu connoté – des royaumes chrétiens qui chassent les musulmans de la péninsule – c’est presque une guerre « sainte » de l’état contre le fonctionnaire « mécréant » et « fainéant ». Bon là, j’avoue, j’exagère, il est plus vraisemblable que ce soit un hasard malheureux (ou alors un lapsus).

Cette bataille fut rondement menée, à tel point que la conquête du mois de juillet est, semble-t-il, engagée et pour un prof qui se retrouve (comme moi) de rattrapage le 11 juillet, les vacances semblent beaucoup plus courtes qu’avant…

Si cette guerre fut un succès, il est une autre reconquête qui est à mener : celle du mois de Mai.

En effet, entre les épreuves anticipées de bac de théâtre, natation, escalade, musique, LV3, latin, danse, badminton, gymnastique, échecs, pétanque, point de croix, LV1 et LV2, depuis la fin Mars, je n’ai plus eu une seule fois ma classe de Terminale S au complet. Bien sûr, je ne jette pas la pierre à me collègues et je dois bien avouer que moi aussi, je participe à ces absences avec notre épreuve anticipée en SVT : les Évaluations des Compétences Expérimentales.

Au collège aussi, la frénésie de Mai bat son plein : oraux blancs d’histoire de l’art, sorties diverses (devoir de mémoire, environnement, voyages à l’étranger, raid sportif…).

Et entre profs absents (ils sont jurés) et élèves absents (ils sont devant le jury), difficile de garder une dynamique de travail.

Le pire, ce sont ces journées où vous voyez vos élèves partir un à un, toutes les 30 minutes, pendant que d’autres regagnent le cours, l’esprit visiblement encore tout occupé par leur oral. Quant à ceux qui sont encore présents, ils s’empressent de questionner ces « rescapés de l’apocalypse ». Et pendant ce temps, nous tentons de les convaincre que notre cours peut avoir une certaine importance (et qu’il justifie son coefficient si important au bac).

Oui, il faut bien un mois de Juin pour rattraper la zizanie créée par la multiplicité des épreuves anticipées.

Mais il me semble parfois que je suis le seul que cela inquiète…

En ce moment, lorsque j’arpente la salle au milieu de mes élèves, je me sens quelquefois comme ces gourous de secte millénariste :

« La fin du monde, la fin de votre monde (de lycéen) est proche »

« J’ai vu les signes annonciateurs (convocation pour les uns, heure « séchée allongé » dans la pelouse au soleil pour les autres) »

« Il est grand temps de vous convertir (et de vous mettre au travail !) »

« L’heure du jugement dernier approche ! Préparez vous à passer devant le grand Jury (du bac), celui qui sonde l’esprit et les cœurs (surtout à l’oral de rattrapage) »

« Mais il faut être élu (reçu) pour passer dans cet autre monde supérieur (la fac, l’IUT ou la prépa) »

« Pour cela, il vous faudra vous dépouiller de tout votre superflu : votre portable, votre montre connectée (pour éviter la triche !) et même vos calculatrices programmables (si le sujet le précise) »

« Oui, mes chers disciples, craignez la colère des examinateurs !!! »

Bon, je m’arrête là avant d’arracher mes vêtements et de me flageller jusqu’au sang avec des orties (même s’il paraît que c’est très bon pour la circulation), de toute façon ça ne change pas l’attitude flegmatique de certains.

Heureusement, d’autres s’inquiètent à leur place.

« Oui, rassurez-vous, nous finirons le programme » « Oui nous ferons des révisions (ou des « visions » pour certains) » « Oui, la reconquête du mois de Juin est achevée »

À ce propos, il paraît que les vacances de l’année prochaine commencent le 8 Juillet, avec la rentrée un 31 Août. Reste-t-il encore un mois à reconquérir dans l’année ?

 

Une chronique de Damien THOMAS

(conquistador, conquis par la perspective de la reconquête du mois de Mai)

Commentaires

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Damien Thomas

Professeur de S.V.T. au Lycée, j'aime toucher un peu à tout :
enseignements d'explorations, sections euros, AP, PP, coordination de la discipline préparation de sorties de voyage et parfois ... je fais cour.
Bref un quotidien de prof.

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  • De belles idées Jane mais comme le souligne Damien, cest à nous qu’incombe l’organisation des épreuves et leur passage et cest tres clairement défini dans les textes . En langues, puisque je suis prof d’anglais en Lycee, nous devons trouver les sujets de compréhension orale, organiser l’épreuve avant la fin du 2e trimestre – si si cest obligatoire- et la corriger par nous mêmes . Le texte dit même que nous devons en théorie faire passer l’élève ‘ quand nous sentons qu’il est prêt ‘ !! Chacun son tour ? Une gageure … donc dans le Lycee ou je travaille cette heure dédiée à la CO est banalisée, les eleves convoqués officiellement et préparation et correction en commun ! Mais tous n’ont pas cette chance ! Rebelote avec l’épreuve d’expression orale : même combat ‘ quand ils sont prêts’ et même réponse chez nous : une semaine banalisée où l’on enfile les candidats comme des perles toutes les 10 minutes à raison de 17 par demi journée ! Et avant le 1er juin s’il vous plaît pour faire remonter les notes ! Démobilisation assurée des eleves apres ces oraux : ils ont passé l’épreuve douloureuse ! Plus rien ne peut leur arriver : ils restent au chaud réviser chez eux car cest ‘plus efficace’ madame … Je comprends l’agacement de mes collègues et le nôtre n’en est pas moindre… Personne ne s’est manifesté quand on nous a imposé ces organisations à l’interne par souci d’économie… Mais patience, apres la réforme du College on nous promet celle du Lycee pour 2018… Ah bon ? On n’a pas eu de réforme il y a 4 ans… ??? Excusez moi j’ai encore du mal à digérer mes 1h30 par semaine pour préparer aux 4 compétences… Je croyais que c’était une réforme…

  • Merci de me rebrancher sur le fonctionnement actuel, Damien.
    Mais alors, votre honnête souci de qualité pour la validation finale de ces options, par les équipes d’enseignants ayant assuré eux-mêmes ces options durant l’année scolaire, ne pourrait-il pas trouver satisfaction dans la pratique d’une permutation entre équipes de collèges proches donc du même « bassin de formation », comme le font les équipes des Lycées professionnels ?
    Le double avantage qu’il me semble entrevoir serait l’échange pédagogique pour dégager des critères communs et des idées à refaire fructifier dans des variantes infinies, ou ce qui est maintenant possible (grâce aux TICE) : une banque de données, du travail contributif et collaboratif. Et cela jusqu’à faire le l’Inspection académique l’accompagnateur et le garant supérieur (et non plus un prescripteur-censeur) dans cette dynamique réellement démocratique, puisqu’elle est impulsée depuis le terrain, d’un collège vers d’autres établissements ; dans une dynamique républicaine puisqu’elle part de l’expérimentation pour manifester des compétences acquises par ceux qui deviennent véritablement de Maîtres (qui maîtrisent !), le tout prouvant l’autorité de l’équipe des enseignants ou la valeur de leur projet.
    Comme aussi pour les EPI, si j’en juge par le souhait et l’appel de Marie Soulié, dans sa communication du projet réalisé et intitulé « Sur les traces de Harry Potter ». Pour soutenir son inventivité, qu’elle sache que j’avais un projet très semblable avec mes 5èmes, projet dont je ne montais pas toujours la séquence dans les mêmes logiques de découverte et d’apprentissage (déduction ou induction ; recherche puis restitution ou imagination puis vérification ; enquête ou interview ; texte ou art…), séquence que je ne segmentais pas toujours sur les mêmes activités (manuelle, d’expérimentation, d’écriture, d’illustration, avec ou sans TICE) ni les mêmes modalités (travail individuel ou de groupe ; chez soi ou en atelier / délais ou étapes dirigées ; résultats : grand oral avec ou sans spectacle , avec ou sans exposition, ou publication dans le journal scolaire, une journée « portes ouvertes », une manifestation culturelle).
    Bien que je ne partage pas le sens unique que Marie Soulié fixe pour construire une séquence de PPD-IDD. Parce qu’enfin, dans ces dispositifs pédagogiques, il était déjà possible de procéder comme elle l’a fait dans son EPI.
    Relevons au passage ce paradoxe que l’on pardonne à Marie Soulié, en face de l’enthousiasme et du désir de partager qu’elle exprime : cette dernière reconnaît la grande liberté pédagogique ainsi gagnée mais sans avoir compris qu’elle était justement autant encouragée par les trois dispositifs cités dans le paragraphe précédent.
    Donc se demander plutôt pourquoi le Ministère change fréquemment les noms des dispositifs inter- et pluri- disciplinaires et voir que c’est pour faire croire qu’il entend et réoriente la réforme, ce qui signifie qu’il ne lâchera pas la réforme parce qu’elle est nécessaire pour ouvrir les disciplines et les croiser, dans un monde maintenant partout interconnectable et de plus en plus interconnecté.
    Et surtout s’interroger sur soi, en tant qu’enseignant refusant de s’impliquer dans un EPI ou tardant à tester ce qu’il permet de faire, notamment de voir ce qui est transférable parmi les expériences acquises d’une séquence à une autre, d’un dispositif à un autre (des cours à l’EPI ; de l’EPI aux cours). Afin d’acquérir une vision d’ensemble du métier, par celle du travail ainsi fait, au-delà des dogmes et des théories académiques qui paralysent l’imaginaire des enseignants.
    Bref, jusques à quand durera ce dialogue de sourds très destructeur entre d’une part décideurs des réformes et agents audacieux innovants et d’autre part une majorité d’agents passéistes, dénigreurs ou férocement résistants ?
    Bon bilan individuel et de groupe pour les projets réalisés dans les classes, car ces validations finales que sont les examens vont occuper le devant de la scène et accaparer diversement toutes les équipes.

  • Ayant pris ma retraite, je ne sais plus si la liste des options que vous citez est correcte ou humoristique (notamment point de croix). Mais je compatis très sincèrement.
    Alors, dans la situation effectivement très perturbante que vous signalez :
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    n’est-il pas institutionnellement possible de proposer que cet étalement de nombreuses options soit géré autrement, par exemple en regroupant quelques « matières » proches sur une même date : sport (natation, escalade, gymnastique, badminton, pétanque), arts (théâtre, danse, musique, broderie) et langues (vivantes ou anciennes) ?
    Autrement dit, les différents niveau de la hiérarchie qui décide sont-ils sourds et inconscients, fermés à toute amélioration en face des réalités de mise en oeuvre des épreuves anticipées pour ces options ?
    Autrement dit, les différents niveaux de la hiérarchie qui décide sont-ils sourds et inconscients, fermés à toute amélioration en face des réalités de mise en oeuvre pour ces épreuves anticipées d’options ?
    Donc qui doit/peut faire remonter – au Rectorat via le Ministère – les heures perturbées non rentabilisables pour les autres disciplines du Baccalauréat ?
    Et finalement qu’est-ce qui empêcherait que ces options soient seulement validées dans un contrôle continu, sans épreuve anticipées en fin d’année, comme les projets pluridisciplinaires (exemple ECJS) ou les rapports de stage en entreprise ?

    • bonjour Jane,

      la liste est presque correcte, (le point de croix est un intrus j’en suis certains, mais pour les échecs et la pétanque, j’ai un doute, c’est à vérifier)
      En fait, l’état, pour ne pas avoir à indemniser les profs pour des épreuves de bac s’est défaussé sur ces derniers : c’est aux profs de se démerd..pardon …débrouiller pour organiser les épreuves, constituer les jurys, pour certaines épreuves rédiger les sujets, noter, faire remonter les notes… et tout ça gratuitement!
      Au delà des problèmes de déontologies qui peuvent se poser (un prof qui note ses propres élèves sachant que quelques part on évalue sa performance à la réussite des élèves… la tentation existe de « bien » noter, quand en plus, c’est l’établissement, via son chef, qui renforce cette tentation, il y a quelquefois de quoi s’interroger), c’est un problème plus général qui voit les tâches des enseignants et une certaine pression inhérente, s’étendre sans contrepartie (financière ou même décharge horaire)… « travailler plus pour gagner autant » (même un peu moins si on considère le gel du point d’indice et l’augmentation des charges….mais ça c’est un autre débat).

  • Excellent ! Le coup du prophète de malheur est particulièrement bien vu, et c’est exactement ainsi que je me sens en cette fin d’année (prof d’histoire-géo en 3ème, donc à 3 semaines du DNB), merci pour cet article qui m’a bien fait rire !

    • Et en plus vous avez au collège les quatre bêtes immondes, les créatures de cauchemard qui épouvantent les élèves, troublent leur sommeil, les 4 cavaliers de l’apocalypse : « l’histoire des arbres », le Français, les mathématiques et l’histoire-géographie.
      Brrrrr, j’en frémi d’avance.