À la recherche du temps perdu

La fuite en avant

Je ne sais pas vous, mais pour ce qui me concerne, depuis quelques années, je trouve que le rythme de ma vie s’accélère. J’ai cette étrange sensation de courir après le temps, ce temps qui m’échappe et que je ne rattrape pas. Et pourtant, objectivement, j’ai aujourd’hui l’expérience et l’expertise de mon métier qui me permettent d’être efficace, performant diraient les managers du privé.

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En outre, dans ma vie privée, mes enfants, même s’ils sont parfois un peu récalcitrants s’agissant de faire leurs devoirs, sont plutôt de bonne composition et n’alourdissent que peu les tâches du quotidien. Alors pourquoi cette étrange sensation de fuite, de manque de temps ? Le monde qui m’entoure me simplifie chaque jour la vie : je fais mes courses au drive, je maîtrise le copier-coller, mes démarches administratives et commerciales se font en deux clics, mon meilleur ami, le lave-vaisselle, rend ma vie plus douce… Bref ! Vous voyez ?

Dans le train qui me ramenait vers ma province bordelaise, dans un wagon silencieux, j’ai été malgré moi l’auditeur d’une conversation des plus intéressantes sur le thème de cette chronique. Et je me suis senti, l’espace d’un voyage, moins seul dans mes pensées. Voilà en quelques lignes les propos échangés entre ces deux hommes, sans visage pour moi puisque je n’ai vu que le haut de leurs crânes.

Raisons d’une vocation

Il s’agissait a priori – quand on entend et que l’on n’écoute pas, on n’est jamais trop sûr – d’un enseignant de lycée et de l’un de ses anciens élèves qui ne s’étaient pas revus depuis une petite dizaine d’années. Le jeune élève était désormais diplômé de la plus prestigieuse école française, école dont on peut voir des membres chaque année défiler sur les Champs-Élysées. Après les félicitations de rigueur, l’enseignant apprend que le jeune homme, loin de vouloir viser les postes du directoire du CAC 40, souhaite devenir enseignant, et enseignant dans le second degré. Surpris de ce noble, mais surprenant choix, notre enseignant pousse ses investigations et découvre, de fil en aiguille, la conscience politique naissante de ce jeune adulte. En effet, celui-ci n’a rien contre l’idée d’être « en marche », encore que, à condition de savoir « pour où ? », « vers quoi ? ». Son avis est qu’il est temps de faire une pause, de pousser la réflexion sur ce monde à grande vitesse. Les processeurs accroissent chaque jour leur vitesse d’exécution, plusieurs milliards d’instructions par seconde à l’heure où ces lignes sont écrites, mais les humains n’ont pas de telles marges. Et c’est partant de ce constat humaniste que le jeune homme a choisi d’être au cœur de la machine humaine en embrassant le métier d’enseignant. À sa façon, ce nouveau professeur dévoué a réinventé la célèbre maxime du « hâte-toi lentement », et entend retrouver le temps.

Une chronique d’Octave

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