Quand on équipe une classe de tablettes numériques (épisode 2)

Grâce à un prêt (voir Quand on équipe une classe de tablettes numériques #1), nous avons pu expérimenter pendant plus d’un mois les tablettes avec nos élèves. Dans ce premier billet, nous voulions montrer comment l’équipe avait répondu aux questions techniques qui accompagnent la mise en place d’une classe mobile. Il faut ensuite se demander comment on utilise cette classe mobile pour mettre la tablette au service des apprentissages.

 

Comment intégrer ce nouvel outil à nos pratiques ?

Lors de notre expérimentation, nous avons voulu intégrer la tablette à notre pratique quotidienne. Il ne s’agissait pas d’innover à tout crin mais d’établir une continuité pédagogique essentielle pour les élèves comme les professeurs. Cahier et tablettes cohabiteront donc sur le bureau, l’outil technologique venant en appui de nos séances habituelles. Il est certain que les tablettes facilitent une pédagogie différenciée, la construction et la restitution des projets. Si leur utilisation motive un public habitué aux écrans, c’est bien aux professeurs que revient la mission de penser l’outil à des fins pédagogiques. Après un temps de découverte puis d’acclimatation à l’outil, l’enseignant doit continuer à susciter l’intérêt des élèves en imaginant d’autres scénarios pédagogiques. Voici comment nous avons utilisé les tablettes en classe.

 


L’utilisation des tablettes HGEC

#1. L’utilisation de manuels interactifs

Nous avons testé les manuels interactifs du WebPédagogique (Histoire – Géo – ÉduCiv) pour les niveaux 6ème et 4ème. Cette vidéo présente l’intégralité d’une séance de Géographie avec une classe de 6ème. Ici, les élèves construisent leurs savoirs avec la tablette, la restitution se fait à l’oral et une correction coopérative termine la séance.

Les avantages

– Ces manuels offrent pour chaque partie du programme une activité interactive assortie d’un point cours. Ce genre de ressources permet d’avoir sous la main une activité tablette de 15-20 minutes à proposer aux élèves pour commencer, illustrer ou alors réviser le chapitre. Avant une évaluation, un travail de groupes (avec et sans tablettes) est possible. Cela permet au prof de dégager un temps d’aide personnalisée pour les élèves en difficultés (reprise du cours papier) tandis que les autres exploreront de façon plus approfondie le chapitre.

– Les activités sont variées : image interactive, quiz avec une dimension ludique, fonction avant-après idéale pour passer de la reconstitution à la réalité, travail sur carte avec superposition de couches intéressante en Géographie, possibilité d’envoyer le travail élève par mail et de consulter des ressources internet si wifi.

Quelques retours d’élèves : Le travail sur tablette t’a t-il aidé pour l’évaluation ?


OUI

ipad

– Oui, pour la reconstitution de la cité d’Ur (le temple, le cimetière, …) et sur l’étendard . Mais le cahier m’a beaucoup plus aidé. (Ilyan, 6ème)

– Oui, car pour les écritures on avait les images et on pouvait se tester avec le quiz (Lukas, 6ème)

– Oui, parce que c’est tactile et que ça donne plus envie de travailler (Muhammet, 6ème)

– Oui, car il y avait plus d’informations et j’ai plus envie d’apprendre quand c’est sur la tablette que sur le cahier (Noa, 6ème)


NON

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– Non, car avec le cours vous pouvez m’expliquer et les tablettes ne sont pas chez nous pour réviser (Yacine, 6ème)

– Non, pas vraiment utile pour l’évaluation, le cours suffisait. (Hugo, 6ème)


Les marges de progrès

– Nous ne disposions pas d’un outil de gestion de classe pour guider les élèves dans l’activité. C’est pourquoi nous voulions absolument pouvoir vidéoprojeter le contenu des tablettes. Mais cela n’empêche pas certains élèves de s’égarer. En effet, Le manuel interactif fonctionne comme le manuel papier : l’élève doit trouver l’activité, lire attentivement les consignes… mais pour certains la tentation est grande de faire défiler les pages. Cela oblige le professeur à s’assurer que tous respectent bien les consignes. Il serait intéressant que le choix d’une activité bloque l’élève sur les pages concernées. Il ne pourrait continuer dans le manuel qu’en cliquant sur un message d’alerte du style « As-tu bien terminé l’activité ? »

– Il serait intéressant de développer un cahier d’activités interactives, sans partie cours mais avec…

… un travail par compétences et par paliers

… des quiz connaissances en rapport avec les attentes des programmes

… des activités histoire des arts plus approfondies

… des tâches complexes avec utilisation d’autres applis (exemple : Tellagami)

 

#2. Un moyen de repenser la trace écrite et de faciliter l’apprentissage des élèves dys (voir cette chronique pour + d’info : La vidéo comme complément à la trace écrite)

 


 

L’utilisation des tablettes en classe d’anglais par Frédéric FLORIN
Après l’annonce d’un prêt de tablettes, j’ai décidé de tester différentes situations dans lesquelles l’outil pouvait être un « plus » pédagogique. Une classe de sixième a été désignée comme classe pilote même si j’ai mené mon expérimentation sur une deuxième classe de sixième ainsi qu’une classe de cinquième.


#1. En classe entière, un Ipad par élève pour un parcours différencié

Grâce à l’application Duolingo, et un compte e-mail valide, les élèves ont pu lors de quelques séances, mener un parcours personnalisé sur l’application d’apprentissage de langues. Le but premier était de montrer aux élèves que l’anglais n’est pas un objet d’étude uniquement mais un moyen de communication qui se maîtrise par différents biais et que le manuel scolaire et le professeur n’est qu’une des possibilités. Chaque élève avance à son rythme, dans une optique de différenciation pédagogique. Il gravit les niveaux à la manière d’un jeu vidéo, avec en crédit un certain nombre de cœurs et en obtenant des lingots à la fin de chaque niveau. L’élève peut visualiser ses statistiques et voir s’il a rempli le contrat qu’il avait prévu à l’inscription. Les élèves avancent à leurs rythmes mais ils avancent tous et c’est là le principal.


#2. En demie-classe, un groupe Ipad, un groupe en oral intensif

L’un des atouts de ces tablettes est le fait de pouvoir diviser son groupe-classe afin de viser des objectifs très différents. Cela permet dans ce cas une véritable différenciation pédagogique où l’on peut cibler les difficultés de chaque élève. Un groupe d’élèves effectue des exercices de remédiation de révision ou de renforcement de certaines notions alors que l’autre groupe est placé dans le « U central » de la classe et pratique l’oral de manière intensive. En demi-groupe, le professeur peut évaluer l’oral plus finement et mettre en place des scénarios pédagogiques plus exigeants comme les jeux de rôles, les prises de parole en continu, … Au bout d’un certain temps, les groupes vont pouvoir effectuer une rotation.


#3. Un Ipad pour aider à la recherche documentaire

Lors d’un parcours sur les métiers et les filières de formation avec une classe de cinquième, j’ai pu confier une tablette à des élèves afin qu’ils trouvent sur le site Internet Onisep, toutes les informations dont ils avaient besoin pour élaborer une fiche métier dans le domaine de l’environnement.
Ici la tablette est un apport documentaire sans que nous nous déplacions au CDI ou sans aller en salle informatique où il est parfois peu pratique d’écrire sur les bureaux. Les élèves gardent sur leurs bureaux leurs tablettes, leurs fiches de route et leurs trousses. Il sont moins éparpillés et ont tous les outils pour atteindre l’objectif fixé.


Conclusion

La tablette numérique, aussi perfectionnée et attrayante soit-elle, n’est qu’un outil de plus dans notre arsenal pédagogique et son initiation en milieu scolaire nous paraît importante. Elle ouvre aux enseignants d’autres perspectives de travail et permet de former les élèves au potentiel d’un objet largement répandu mais aux usages restreints.

Les tablettes présentent beaucoup d’avantages :

  • la possibilité d’organiser sa classe différemment avec des parcours différenciés
  • la recherche documentaire rapide au sein de la salle de classe
  • une alternative à la salle informatique et au CDI qui sont très demandés voire même encombrés
  •  une maîtrise rapide de l’Ipad par les élèves
  •  un regain de motivation chez certains élèves en difficultés
  •  la facilité de mise en place et de démarrage d’une séance avec tablette

 

Les quelques inconvénients rencontrés :

  • l’utilisation permanente du Wifi afin de pouvoir vidéoprojeter via l’Airplay
  • le problème sur certaines tablettes d’échec d’installation d’applications qui ne peuvent ni être désinstallées, ni être réinstallées
  • la question du stockage de tous les appareils après utilisation. Nous avions opté pour le coffre-fort mais cela demandait beaucoup de manipulations…
  • le déplacement du chariot de salle en salle rend impossible la réservation de la classe mobile heure par heure. Mieux vaut s’entendre au début de l’année en équipe pour réserver des créneaux (2H ou demie-journée suivant l’utilisation) et affiner ensuite.

 

Aller + loin

– Une vidéo pour comprendre comment on a initié notre classe pilote et installé les applications sur les tablettes

Un article de LudoMag : « Les tablettes hybrides, la solution pour l’école »

 

 Emmanuel GRANGE

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One Response

  1. Denis Sestier 8 février 2015

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