Au secours ! Je m’oriente…

… je suis perdu.

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Une fois n’est pas coutume, je ne raconterai pas aujourd’hui une tranche de vie, mais ferai plutôt un ensemble de remarques et d’interrogations que je livre à votre expérience et à votre sagacité.
Quel casse-tête en ce moment pour nos élèves de terminale que de réfléchir, en même temps qu’ils préparent leur bac blanc, à leur orientation post-bac !

Ça semble si normal… mais…

  • Ces vœux si simples, qui tiennent chacun en une ligne, c’est l’orientation de toute une vie qu’ils peuvent entraîner… alors qu’ils sont juste…essentiels !
  • Le lycée, généreux, leur distribue les infos sur les dates, comme si ces procédures, vues par notre administration comme de simples cases à remplir, allaient de soi, et surtout se faisaient rapidement. Or la réalité du lycéen en ce début février, c’est un bac blanc dans quinze jours. Toutes les matières à réviser, cinq mois et presque un millier de feuilles tout enseignement confondu.

Malgré cela, calendrier national oblige, on lui demande, comme si c’était une évidence :
*de potasser les dossiers Onisep et la brochure sur les études post-bac. C’est sûr que s’il l’avait fait avant, ce ne serait plus à faire. Mais depuis ces quatre derniers mois, il a :

  •  vu quelques moyennes chuter drastiquement, remettant en cause ce projet si nourri qui était le sien jusqu’alors.
  • rencontré la petite amie dont il est tombé éperdument amoureux et qu’il n’entend pas quitter l’an prochain en allant dans cette fac si lointaine qu’il envisageait pourtant.
  • tellement grandi que ses parents ne supportent plus que ce quasi –adulte vive à la maison (trop peur du futur Tanguy !) alors il vaut mieux pour lui mettre des kilomètres entre eux…tant pis pour le BTS qui était aux portes du domicile et de la table familiale !
  • compris entre-temps que le métier dont il rêvait depuis l’enfance n’est pas ce qu’il pensait ! Il vaut mieux envisager autre chose…
  • décidé de vivre en coloc avec deux copains, alors il est préférable d’étudier dans la même ville (c’est plus facile !)
  • trouvé le métier de ses rêves au hasard d’une rencontre, à Noël !
  • et puis surtout, reçu cette fameuse brochure Onisep en janvier seulement !!!

*Donc maintenant, il ne lui reste plus qu’à :

  • filer aux salons-avenir (plutôt deux ou trois qu’un, de préférence en se déplaçant dans les villes voisines, donc le week-end, avec papa et maman (!) parce que, grand ado, il ne conduit pas encore ! Ah, j’ai oublié, rajoutons les leçons de conduite…  (mais quand réviser pour le bac blanc ??)
  • aller aux portes ouvertes… À l’élève qui ne sait pas, on conseille bien sûr d’en faire plusieurs. Il a droit à trente-six choix sur APB. Mais alors… trente-six établissements ? Tous ouverts le samedi entre fin janvier et début mars, c’est-à-dire…en ce moment. La plupart en même temps (le lycéen, nous l’ignorions, a le don d’ubiquité. Ses parents aussi !). Encore le week-end bien sûr… (Ah oui, les révisions ???)
  •  et pourquoi pas… faire des stages dans ce qui l’intéresse. ( euh…les révisions , on en parle encore ?)
  • n’oublions pas l’essentiel : il est primordial qu’il sache bien hiérarchiser ses voeux, sinon tout ce qui a été fait avant peut ne mener à …presque rien !…. (faut réviser , sinon, sans le bac, ça ne sert à rien non plus !)

C’est vrai quoi, il n’a plus qu’un mois pour se décider, alors il doit se bouger !

Mais là, l’élève de 17 ans ne sait plus à quel saint se vouer : voyager dans toute l’académie tous ses sacro-saints week-end ou s’asseoir à son bureau pour travailler (je reconnais que j’omets sciemment dans mon étude (soucis de simplification) celui qui rajoute un troisième choix : s’installer devant sa console…).

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Alors il est un peu perdu l’ado. Qui va l’aider ? Ses profs, ses parents, la copsy (en une heure de rendez-vous !!) ?

Tant de partage de compétences pour se rendre compte que, finalement, il est souvent tout seul. Soit la famille est là, et bien là, et alors le projet d’orientation n’est plus un projet, c’est juste une poursuite logique d’études depuis son berceau… de toute façon, fiston fera comme papa, tonton, parrain… Soit la famille, pour des tas de raisons (on est artisan de père en fils mais fiston a deux mains gauches, la famille a démissionné, papa et maman ne se parlent plus et se contrecarrent sans cesse, les parents ne parlent pas français et l’onisep pour eux c’est du chinois, le courant est complètement bloqué entre fifils et ses parents… ) n’est pas disponible ou n’y connait rien et là, on rentre de plein fouet dans un véritable mur !

Comment nous, à l’école, pouvons-nous agir ?

Certes en théorie, cette question, au coeur de l’Education Nationale, se prépare en aval. Mais dans la réalité, vous chers collègues, travaillez-vous vraiment l’orientation ? En collège un peu, surtout pour ceux qui justement doivent bifurquer du système classique. Mais pour les autres ? Combien passent leur année de seconde ou de première en n’entendant qu’un pâle discours théorique sur les bacs (en fait la plupart ne feront que des bacs proposés dans leur lycée… c’est dur de quitter les copains à 15 ans) ?

Finalement, une orientation, c’est avant tout un métier. Et quels métiers connaissent-ils ? Ceux de la famille, ceux qu’ils côtoient (le médecin, le boulanger…). Mais savent-ils qu’il existe des métiers que personne ne connait ? Créateur de noms, Goûteur d’eau, Comportementaliste canin, Sexeur de poussins….Bon d’accord, ici je suis allée m’amuser du côté des métiers rares. Il parait même qu’il reste un dernier feutier en France. Mais sans rire, tant de métiers nous sont strictement inconnus. Et puis il y en a qui sont vraiment beaux et rares. L’un de nos élèves pourrait-il avoir cette compétence exceptionnelle ? Souvent, on  connait le nom de certaines professions, mais pas ce que cela représente réellement, les qualités, les défauts…… Et en plus, il faut penser à tous ceux qui vont disparaître le temps de leurs études  et ceux qui vont naître bientôt…

Alors moi, avec mes secondes, j’ai décidé subitement, devant le désarroi des mes terminales, de prendre le taureau par les cornes. Depuis trois ans je faisais, dans la classe où je suis prof principale, environ cinq heures d’orientation (connaitre ses compétences, quel métier leur correspondrait, découvrir le site de l’Onisep, quels bacs dans notre bassin, quelles poursuites d’étude pour le bac souhaité en fin d’année).

Cette année, j’ai rajouté donc un nouvel outil high-tech: un petit cahier ! Et dans celui-ci, mes élèves doivent noter tout ce qu’ils rencontrent en terme de profession : ils ont vu un documentaire sur les énergies et l’interviewé est technicien en maintenance éolienne ? Ils doivent écrire ce qu’il dit de son parcours, de ses activités, de ses difficultés… Ses parents invitent un ami programmeur ? Même chose. Tatan est audit dans une banque ? Oui mais au fait, ça veut dire quoi exactement ? Hop, petit cahier…on écrit…

Et ensuite… et bien une fois pas semaine, en trois minutes, l’élève présente l’un de ces métiers à la classe ébahie (enfin, j’espère, je commence la semaine prochaine !). Et si personne n’a rien à présenter, ou plus tard si une présentation a fait naître des questions, j’ai prévu des petites vidéos de l’Onisep (trois minutes environ) sur un métier que je choisis.

Alors oui, ça va me manger du temps sur les cours. J’aurai sacrifié quelques heures de mon programme après lequel je cours pourtant toute l’année. Mais tant pis. J’ose néanmoins espérer qu’en fin de lycée, ils auront l’utilité de ces petites fenêtres ouvertes sur le monde professionnel. 

Et je me prends à rêver… que mon petit cahier deviendrait un livret officiel, remis à l’enfant en primaire, et qu’il complèterait tout au long de son cursus… rêve ou utopie ?

Une chronique de Rachelle

Rappels de quelques liens présents dans le texte :

ONISEP

ADMISSION POSTBAC

Commentaires

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4 Comments

  1. darthenucq 13 février 2016
  2. eric 12 février 2016
  3. Rachelle 11 février 2016
  4. Gwenaëlle BIARD 11 février 2016

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Vous n'êtes pas un bot hein ? *