Retour de l’uniforme…

pour ou contre ?

 

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, je vais m’entretenir avec vous d’un sujet de l’éducation récurrent depuis quelques années, et remis au goût du jour par le programme de François Fillon : l’uniforme à l’école primaire.

D’ailleurs, pas plus tard qu’il y a une dizaine de jours, un article du Nouvel Obs précisait que François Fillon « souhaite une école du respect et de l’autorité symbolisés par le port de l’uniforme ».

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Ayant senti qu’il s’avançait là sur un terrain glissant, il a tempéré en précisant :

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Mais pas une simple blouse non plus. Il peut s’agir d’un élément de l’habillement, comme un tee-shirt, ou un sweat-shirt à capuche. 

 

Alors, le retour de l’uniforme est-il une vraie solution pour remettre sur un pied d’égalité les élèves, ou de la poudre aux yeux pour les nostalgiques d’une école qui n’était jamais remise en question ?

1. Pourquoi vouloir le retour de l’uniforme ?

La société de consommation ayant fait son chemin – et ses dégâts – les élèves ressentent dès le plus jeune âge le poids de la différence sociale. Le port de l’uniforme tendrait donc à remettre sur un pied d’égalité les enfants, quels que soient leurs origines et leurs milieux. L’uniforme permettrait plus d’égalité entre les élèves, car il tendrait à lisser, à uniformiser leur apparence, et donc les indices de leur milieu social.

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L’uniforme, selon ses partisans, permettrait également de gommer toute appartenance ethnique, religieuse, ou à une classe sociale. Il permettrait de proposer aux élèves un modèle unique, une identité reposant sur l’unicité.

 

Enfin, et pour se rapprocher des propos de M. Fillon, l’uniforme permettrait d’affirmer une autorité, un retour à l’ordre, en minimisant les écarts vestimentaires et les attitudes qui y sont liées. L’uniforme symbolise pour beaucoup de parents l’ordre et l’autorité.

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Preuve aussi que ce retour est toujours dans de nombreuses têtes, une proposition de loi visant à réinstaurer l’uniforme à l’école avait été déposée en janvier 2015, par un collectif de députés de droite, parmi lesquels Bernard Debré, Éric Ciotti, Nicolas Dupont-Aignan, et avait été retoquée par l’Assemblée socialiste.

En 2003 déjà, François Baroin voyait l’uniforme comme « un moyen de lutter contre la violence et le racket ».

Enfin, selon un sondage BVA effectué à la rentrée 2016, les deux tiers des Français (65 %) se déclarent favorables au rétablissement de l’uniforme à l’école, un score en progression sur cinq ans (50 % en 2011).

Mais n’est-ce pas se galvauder et croire à des chimères que de voir l’uniforme comme solution miracle de tous les maux de l’école ?

2. Pourquoi s’opposer au retour de l’uniforme ?

Parce que la société où vont évoluer nos enfants n’est pas celle-là. Elle n’est pas uniforme, unique. Elle est riche, variée, hétéroclite.

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Et ce n’est pas en remettant un uniforme sur le dos de nos élèves qu’on leur apprendra à accepter la différence et à vivre tous ensemble dans une société métissée socialement, ethniquement, et religieusement.

 

 

Marcel Rufo, pédopsychiatre, disait d’ailleurs que « nous vivons dans une société de la diversité. Les différences de couleurs, les différences sociales et vestimentaires font partie de la République. Imposer l’uniforme revient, en un sens, à les cristalliser. À montrer du doigt les diversités comme de véritables dangers. »

Ce n’est pas l’uniforme qui va régler toute forme de violence. L’uniforme n’est qu’une apparence vestimentaire et vous ne changerez pas le vécu des élèves, les tensions relatives à la vie ensemble, le nécessaire développement de personnalités affirmées et différentes.

Il serait illusoire de croire qu’un uniforme rattrapera des décennies de déliquescence en matière d’éducation familiale (moins de temps, moins de suivi et plus de démissions des parents).

L’uniforme seul ne gommera jamais les disparités sociales. Ce n’est pas parce que vous remplacez ses vêtements de marque qu’un élève issu d’un milieu privilégié n’aura pas, quoi qu’il en soit, un avantage culturel et social sur ses petits camarades. Le langage ne s’habille pas non plus d’un uniforme. Entre un enfant qu’on aura repris régulièrement et qui s’exprimera correctement, et un enfant issu d’un milieu modeste, dont on n’aura peu ou pas stimulé le vocabulaire, il restera toujours des inégalités.

Il est stupide, voire dangereux pour l’épanouissement des enfants, de vouloir les faire tous rentrer dans un « moule » unique. Marcel Rufo disait à ce sujet : « Je suis un fervent défenseur du « polymorphisme », nécessaire à l’émancipation psychologique des jeunes ! »

Les enfants, et encore plus les adolescents, construisent leurs personnalités par leurs choix vestimentaires, qui constituent la première chose qu’ils offrent au regard extérieur.

3. Il faudrait aussi savoir pourquoi il avait été instauré, puis abandonné…

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Et pour le coup, un petit cours d’histoire ne fait jamais de mal. Ainsi, selon l’historien Claude Lelièvre, dans cet article :

Il n’y a jamais eu de blouses obligatoires en France. C’est clair et net. Ce n’était pas une pratique totalement généralisée et pas une obligation dans les écoles communales.

Surtout, ce n’était en rien pour des raisons démocratiques d’égalité :

« Les enfants portaient des blouses, pas tous la même, pour protéger les vêtements des tâches d’encre à des époques où le textile était très cher. » tache-stylo-encre

Le déclin de la blouse doit beaucoup à l’arrivée du stylo Bic à l’école en 1965, grâce à une circulaire de l’Éducation nationale publiée le 3 septembre de cette année-là.

Comme quoi ceux qui prônent le retour à un prétendu âge d’or feraient bien de rouvrir leurs manuels d’histoire. L’uniforme pour le coup n’avait jamais été instauré de manière légale, ni même imposé pour une quelconque idée d’autorité ou d’unité des élèves.

Pour finir…

Le retour du port de l’uniforme est une question bien plus complexe qu’il n’y paraît, et il serait dommageable de ne pas poser toutes les questions sur la table avant de prendre une quelconque décision.

Je peux comprendre certains arguments des partisans au retour de l’uniforme et, dans le même temps, je me retrouve complètement dans les propos des opposants.

À bon entendeur…

Au plaisir de lire vos commentaires et d’échanger sur le sujet.

Une chronique de Monsieur Mathieu

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Commentaires

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5 Comments

  1. Laniesse 2 janvier 2017
  2. DOMINIQUE PILLET 15 décembre 2016
  3. Benito 15 décembre 2016
  4. franny 15 décembre 2016
  5. Lou 15 décembre 2016

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